Note : Ce chapitre conclut la partie 2 de notre aventure, il se termine donc sur une note plus positive. On en a fait, du chemin pour arriver jusqu'ici !
Je suis très reconnaissante envers toutes les personnes qui continuent à me suivre chaque semaine, je n'ai aucune idée de ce que vous pensez de l'histoire mais je suppose que vous l'appréciez puisque le nombre de vues reste assez constant, merci pour ça ❤️ (j'ai d'ailleurs remarqué une explosion de vues sur le chapitre du match de beer pong, si ce genre d'épisode léger et fun vous plait, je pourrais penser à en faire d'autres du même style plus tard... ?)
Je profite de la clôture de ce nouvel acte de l'histoire pour vous rappeler de ne pas hésiter à me donner votre avis, vos attentes, vos théories... J'écris cette fic par passion, mais je dois admettre qu'avoir quelques retours à son propos me ferait vraiment plaisir. Si vous voulez me soutenir et entretenir ma motivation d'aller jusqu'au bout du récit, vous savez quoi faire 💖
Merci encore à vous pour votre présence, et une bonne lecture !
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[À l'hôpital, il y a environ 6 ans]
« Yumei. Merci d'être venue. »
Elle se tient dans l'encadrement de la porte, indécise, les deux mains serrées autour de la lanière de son sac d'étudiante encore rempli des notes du cours dont elle revient. Elle pose ce dernier dans un coin, puis s'avance dans la chambre d'un pas hésitant vers la personne qui vient de l'accueillir.
Face à elle se trouvent deux hommes. Le premier, elle le connaît bien : il s'agit de son oncle Mirai, plus connu sous son nom de héros, Sir Nighteye. Il est assis sur une chaise, juste à côté du lit d'hôpital dans lequel est installé le deuxième homme, vêtu d'une simple tenue de convalescent. Pour elle qui fait des études de journalisme, spécialisée dans le monde héroïque, ce visage large et carré surmonté de deux grandes mèches blondes en forme du V de la Victoire lui semble presque plus familier encore.
C'est la première fois qu'elle rencontre All Might en chair et en os, si bien qu'elle ne sait pas trop comment se comporter face à lui. Il s'agit d'un grand ami de son oncle, et donc par extension, d'un ami de la famille. Mais se retrouver face au Symbole de la Paix en personne, qui plus est alité, est une expérience qu'elle n'aurait pas cru vivre un jour dans sa vie.
Elle s'incline respectueusement devant lui, mais il lui signifie d'une voix gênée de ne pas s'embêter avec ce genre de formalités. Elle se tourne alors vers Mirai, anxieuse mais aussi impatiente de comprendre en quoi elle, une humble étudiante en journalisme, serait d'une quelconque utilité au chevet du Numéro 1 des héros.
« Désolé d'être aussi direct, Yumei. Mais... nous aurions besoin de ton alter. »
La jeune fille s'en doutait un peu, mais elle ne peut dissimuler sa confusion face à cette requête. Après tout, son oncle possède lui aussi un alter de prévoyance, alors en quoi le sien serait-il plus utile ?
« Vous voulez... connaître le futur d'All Might... ? Mais, Mirai... Tu n'en es pas capable ? »
All Might détourne le regard, visiblement très embêté par la situation qu'il n'a pas vraiment l'air d'approuver. Nighteye réajuste ses lunettes, le visage extrêmement sérieux.
« Je l'ai déjà fait. Mais mon partenaire ne semble pas vouloir entendre raison, alors... Puisque ton alter te permet de voir plus loin dans le futur et qu'il diffuse les visions directement dans l'esprit des personnes concernées, j'ai pensé que son effet de persuasion serait plus efficace. »
Yumei ne peut s'empêcher de dévisager All Might. Ce dernier n'arbore pas son sourire légendaire, il a même l'air crispé. S'il n'était pas cloué au lit, elle est certaine qu'il aurait déjà quitté la pièce depuis longtemps.
« Mirai, arrête d'être ridicule..., marmonne-t-il en grinçant des dents. Le monde ne peut pas se passer du Symbole de la Paix, tu le sais bien. »
Son oncle détourne la tête sans répondre. Yumei commence doucement à voir ce qu'il se trame.
« Si je comprends bien, tu essaies de convaincre All Might de prendre sa retraite... ? »
Cette simple idée la fait frémir d'horreur. Il n'y a pas besoin d'utiliser son alter pour comprendre en quoi l'absence soudaine du Numéro 1 des héros serait une catastrophe pour l'équilibre fragile de la société. Mirai reprend :
« Oui, on peut le formuler comme ça... En tout cas, nous verrons déjà si nos visions se rejoignent, à toi et à moi. »
Elle acquiesce d'un air entendu. Elle a bien compris que son oncle cherche à prouver à son ami qu'un destin terrible l'attend. Pourtant, elle ne peut se défaire de cette question qui l'angoisse plus encore : que deviendrait le monde sans All Might ? Incapable de penser à autre chose, elle tire une chaise au chevet du blessé et ramène ses longs cheveux derrière ses oreilles pour bien dévoiler l'œil mauve gravé sur son front. All Might pose à contrecœur sa main dessus.
Ce geste déclenche aussitôt une sensation de choc électrique dans le corps des deux concernés. La spirale d'images qui défile à toute vitesse devant leurs yeux est inattendue, horrifiante. Yumei assiste en direct à un monde en désolation ; à un All Might qui observe tristement son reflet, devenu maigre et rabougri, sans pouvoirs ; à une société en proie au chaos et à l'instabilité, au milieu de laquelle le pauvre blond essaie encore de se faire une place. Ses yeux croisent ceux de l'homme face à elle, et elle y découvre une réalité plus terrifiante encore. All Might a peur.
Le Symbole de la Paix a peur.
Il leur faut quelques longues secondes pour se remettre de ces visions déplaisantes. Le héros alité prend aussitôt sa tête entre ses mains, désemparé.
« Je ne comprends pas ! Mirai, ça ne ressemble en rien à l'avenir que tu m'as prédit ! »
Le grand homme en costume blêmit.
« Comment ça ?
— Tu as prévu ma mort si je renonce à prendre ma retraite. Mais ce n'est pas ce que nous venons de voir... C'est même bien pire que ma mort ! »
Yumei se risque, pâle comme un linge elle aussi.
« Excusez-moi, je... Je sais pourquoi nous n'avons pas eu la même vision, mon oncle et moi. Je crois plutôt que... que je vous ai montré à quoi ressemblerait votre vie si vous décidez maintenant de ne plus être un héros.
— Comment ?? »
Elle commençait déjà à s'en douter, et la question qui ne voulait pas quitter son esprit au moment d'utiliser son pouvoir vient de confirmer ses craintes. On dirait que son alter n'est pas seulement capable de prédire l'avenir d'une personne tel qu'il est supposé se dérouler...
Il permet également de montrer des futurs alternatifs.
« J'ai tenté quelque chose... J'ai demandé à mon Troisième Œil de me montrer à quoi ressemblerait un monde sans All Might. Ce que nous venons de voir, ce n'est pas un futur inévitable, mais ce qui nous attend si vous décidez de quitter votre activité de héros... »
Elle n'avait jamais vu une expression aussi chamboulée et déçue sur le visage de son oncle. Lui qui comptait sur son aide pour convaincre son ami de ne plus mettre sa vie en danger, il tombe à présent de haut.
Et ce regard... Il ne l'a jamais quittée.
Même après toutes ces années. Même après sa mort dont elle ne s'est toujours pas vraiment remise.
Elle n'a pas oublié non plus l'expression terrifiée d'All Might.
Depuis ce jour, ce souvenir de leurs visages la hante quotidiennement. Il l'accompagne chaque fois qu'elle hésite, afin de ne jamais oublier le pouvoir terrifiant de son alter...
[Retour au présent]
Les jours qui ont suivi la fête au Manoir ont été particulièrement horribles à vivre pour les trois amis. Après avoir dormi quelques heures (et à nouveau séché le travail pour cause de "maladie"), Hawks a fini par se résigner et a abandonné toute envie de s'expliquer avec Tōya. Résultat, les deux hommes ne se sont plus adressé la parole une seule fois depuis leur dispute, et leurs différentes stratégies pour s'éviter l'un l'autre ont fini par exclure indirectement Yumei de toute interaction avec eux.
Aujourd'hui, c'est le troisième jour qu'elle passe entièrement seule, avec pour unique occupation son travail pour le Front qu'elle a doucement appris à détester. C'était déjà très dur pour elle d'avoir fragilisé sa relation avec Himiko, mais l'absence de Hawks et de Tōya dans sa vie est encore beaucoup plus difficile à supporter. Auprès d'eux, Yumei avait réappris à sourire, à rire... désormais, elle a l'impression d'avoir été privée du seul bonheur que sa vie comptait encore. Après tout, n'avait-elle pas renoncé à ses envies de disparaître après avoir promis à Tōya de le sauver ? Comment va-t-elle faire, s'il ne revient plus vers elle ? Que va-t-elle devenir ?
Incapable de se concentrer, elle a délaissé son travail pour aller prendre l'air. De toute façon, l'étroitesse de sa chambre commence à lui paraître anxiogène. Elle se balade quelques instants dans le jardin à l'entrée de la résidence, puis s'assied sur le banc sur lequel elle s'était assoupie quelques nuits plus tôt. Elle reste là de longues minutes, essayant de vider son esprit de ces pensées intrusives qui n'en finissent pas de la tourmenter. Mais rien à faire : elle ne peut pas s'empêcher de sentir la présence (ou plutôt, l'absence) de ses deux amis autour d'elle, partout.
Elle sourit tristement en repensant à leur interaction autour de ce banc. À la manière dont Tōya avait posé son menton sur sa tête. À celle dont Hawks avait caressé ses deux mains de ses pouces pour la rassurer. Où sont-ils, tous les deux ? Le héros probablement à Musutafu. Pour le vilain, elle n'en a aucune idée.
Mais surtout, où sont-ils quand elle a autant besoin d'eux ?
Vidée, elle lève les yeux alors qu'elle entrevoit une silhouette au loin approcher de l'entrée du domaine. Cette dernière apparaît d'abord floue à sa vue fatiguée, mais Yumei revient subitement à elle lorsqu'elle reconnaît cette dégaine habillée de noir et cette démarche nonchalante.
Tōya.
Ce dernier a revêtu ce qu'il appelle affectueusement sa "combinaison anti-héros" : son épais manteau à capuche et à col haut, qui dissimule la majorité de ses cicatrices et qu'il ne met que quand il sort du Manoir, ainsi qu'un masque et des lunettes de soleil pour cacher son visage. Plus inhabituel, Yumei remarque tout de suite un dossier cartonné calé dans le creux de son bras. Intriguée, elle se lève de son banc pour l'accueillir, un sourire maladroit et forcé sur le visage, alors qu'il vient se poster devant elle.
« Hey... Ça fait deux jours que... hum. Tu vas bien ? »
Elle n'assume pas de prononcer sa phrase en entier. Oui, ça fait deux jours qu'elle n'a pas vu Tōya, ce qui semble incroyablement long, compte tenu qu'elle a pris l'habitude qu'il la suive partout depuis deux semaines. Mais cette phrase sonne aussi incroyablement désespérée, quand elle y pense. Il enlève sa capuche, ôte ses lunettes et son masque et les range dans sa large poche en haussant les épaules.
« Et toi ? »
Elle perd immédiatement son sourire. Elle voit tout de suite que quelque chose cloche chez lui. Tōya n'a jamais été très positif et n'a jamais vraiment répondu correctement à la question "ça va ?". Mais la froideur et le manque d'intérêt derrière cette réaction ne ressemblent pas à ce qu'elle lui connaît depuis qu'ils sont devenus amis.
« Pas trop, non... Tu... »
Il attend un instant, mais perd vite patience en voyant qu'elle ne parvient pas à formuler une phrase complète. Il fourre ses mains dans ses poches et commence déjà à passer à côté d'elle, prêt à la laisser en plan. Elle se sent si bête... Ils étaient si proches, tous les deux. L'ambiance glaciale de cette interaction la fait même craindre que Tōya soit redevenu "Dabi".
Elle se tourne vers lui, soudain très anxieuse à l'idée d'être à nouveau laissée toute seule.
« Tu as été chercher des informations pour le Front ? Tu as trouvé des choses intéressantes ? »
Elle fait référence au document qu'il tient toujours sous son bras. Tōya fronce les sourcils, soudain dérangé par sa curiosité.
« Ça ne te concerne pas, Yumei... »
Malgré la froideur de sa voix, Yumei n'y tient plus. Elle refuse d'entrer dans son jeu et de faire semblant d'ignorer les problèmes. Tōya est son ami, et elle ne le laissera pas la rejeter ni sombrer à nouveau sans réagir. Elle se plante alors devant lui, à présent énervée par son attitude, et croise les bras pour essayer de se rendre un minimum intimidante. Elle se hausse aussi discrètement sur la pointe de ses pieds, ce qui la fait paraître presque plus grande que lui.
« Arrête de faire l'enfant, Tōya Todoroki ! Il y a à peine quelques jours, tu pleurais devant moi parce que tu regrettais d'avoir causé du tort à ton frère. Tu ne me feras pas croire que tu es redevenu comme avant du jour au lendemain. C'est mort ! Je sais que mon ami, mon coéquipier, est toujours là quelque part et j'exige aujourd'hui qu'il me raconte tout de ses plans démoniaques pour renverser la société ! »
Elle se hausse le plus haut qu'elle peut sur ses orteils, bombant son torse pour lui signifier à quel point elle est sérieuse. Tōya semble un peu décontenancé par son attitude. Il a l'air partagé entre l'agacement et l'amusement, mais à la grande déception de Yumei, elle ne parvient tout de même pas à le faire rire. Il réfléchit quelques instants, puis finit par soupirer, son visage trahissant une certaine culpabilité qu'il ne parvient pas à dissimuler.
« Saleté de petite fouine... Regarde le contenu, si tu veux vraiment tout savoir. Mais ça va pas te plaire. »
Soudain très anxieuse, Yumei s'empare du dossier cartonné. Et effectivement, ce qu'elle découvre à l'intérieur ne lui plaît pas, vraiment pas du tout.
« Un test ADN ?! Tu as été chercher une preuve qu'Endeavor est bien ton père ? Pourquoi ?? »
Tōya ne répond pas. Il a tourné sa tête sur le côté pour éviter soigneusement son regard.
« Pourquoi, Tōya ?! »
Le stress monte d'un cran dans la poitrine de la jeune femme, son sang lui bat aux tempes de plus en plus fort et des larmes commencent à perler au coin de ses yeux.
Non, il ne peut pas faire ça...
Il ne peut pas être aussi bête.
Il ne peut pas retourner à ses plans de vengeance envers son père !
Oh, non. Elle ne le laissera pas faire.
Elle ne réfléchit pas, son corps bouge de lui-même. De sa main libre, elle envoie une puissante gifle en plein sur le visage de son ami, bien cinglante, chargée de toute la frustration qu’elle a accumulée ces derniers jours. Étonnée elle-même par la force qu’elle a mise dans son geste, elle constate en même temps qu’elle lui a arraché l’une des agrafes chirurgicales accrochées à sa joue, d’où commence à couler un filet de sang.
Tōya se tourne vivement vers elle, la main sur sa peau qui se détache par endroits, une colère non dissimulée dans le regard.
« Putain, mais t’es une grande malade !
— Oh, c’est vraiment toi qui dis ça ?! C’est pas moi qui suis en train d’échafauder un plan pour détruire la vie de mon père !
— T’es qui pour me juger, merde ! Je fais encore ce que je veux de ma vie !
— Réfléchis cinq minutes, bougre d’idiot ! Tu as le privilège de savoir que ton plan va foirer, et pourtant, tu te dis quand même que la meilleure chose à faire est de continuer à l’exécuter ??
— J’en ai plus rien à foutre, Yumei, ok ?! Que je réussisse ou que je foire, ça va mal finir pour moi ! Alors si je peux au moins pourrir sa vie pour donner un minimum de sens à la mienne... »
Les deux se calment en même temps. La respiration de Yumei est sifflante. Elle fait tout pour contenir la colère et les larmes qui cherchent toujours à exploser hors de son corps. Elle n’en revient pas. Le manieur de flammes est vraiment redevenu Dabi... parce qu’il a subi un rejet qu’il n’arrive pas à supporter ? Et tous ses efforts pour changer ? Et ces bons moments où elle a appris à découvrir "Tōya" ? Tout ça, c’était du flan ? Elle est supposée faire une croix dessus et accepter cette fatalité ?
Non, elle ne peut pas... Aussi malsain que cela puisse être, elle le sait bien. S’il laisse tomber, elle n’a plus de raison elle-même de continuer. Le temps qu’elle se reconstruise un avenir et qu’elle trouve à nouveau sa voie, elle n'a rien d’autre que sa volonté de sauver Tōya. Sans lui, elle aussi finira par faire marche arrière... et il est hors de question qu’elle revienne au stade où elle était quand elle a intégré le Front.
Alors, tant pis.
Tant pis pour Hawks et la promesse qu’elle a faite de ne jamais révéler la véritable nature de son alter à un vilain.
Tant pis pour sa promesse envers elle-même de ne plus jamais utiliser ce pouvoir sur qui que ce soit.
Tant pis si elle s’apprête à faire une grosse, très grosse erreur.
C’est ça, ou dire définitivement adieu à la santé mentale de Tōya, et à la sienne en même temps.
« Écoute... je vais te montrer un truc. Mais tu dois me promettre de ne jamais parler de ce que tu vas voir, à personne. Tu m'entends ? »
Le corps du jeune homme se détend et il la dévisage maintenant d’un air intrigué. Il acquiesce silencieusement, et elle soulève alors la frange qui dissimule son Troisième Œil.
« Tu connais mon alter, mais je ne t’ai pas présenté son pouvoir correctement... Je t’ai dit qu’il montrait ton futur et que celui-ci pouvait être modifié si tu le veux. En fait... il fonctionne plutôt sur base d’hypothèses. »
Face à la confusion légitime de son interlocuteur, elle ne peut réprimer un sourire même si tout son corps tremble.
« En gros, mon alter nous montre des visions sur base d’une question "et si ?". Si on ne pose pas de question, comme ça a été le cas quand tu m’as rencontrée, il te montre le futur actuel qui t’attend. Mais si tu formules une hypothèse... alors, il te montrera un destin alternatif. Ce qui t'arrivera en fonction de cette décision. »
Elle détourne le regard. Le stress monte vivement en elle alors qu'elle se remémore les enjeux de cette révélation. C’est à cause de la vérité sur son alter qu’elle a été autant malmenée par Kugo, rendu fou par le potentiel infini d’un tel pouvoir de prédiction. Elle avait confiance en lui, tout comme elle a confiance en Tōya aujourd'hui, et malgré ça... tout a dérapé. Elle ne peut pas s'assurer que son ami, qui est en plus un criminel, n'en fera pas de même. Et elle ne pourra jamais supporter d'être à nouveau abusée à cause de son pouvoir.
De plus, si le Front est mis au courant de ses capacités, ce serait définitivement la fin de la société telle qu’ils la connaissent.
Elle a longtemps, très longtemps hésité à lui en parler. Et aujourd'hui, malgré tous ces enjeux, elle décide finalement de mettre Tōya dans la confidence. Elle ne peut pas croire que son ami décide de se servir d’elle maintenant. Pas après avoir vu son véritable potentiel de frère protecteur.
Alors, la balle est désormais dans son camp.
« Attends... Qu’est-ce que t’essaies de me dire, au juste ?
— Sers-toi de mon alter. Demandons-lui à quoi ressemblerait ta vie si tu renonçais définitivement à te venger d’Endeavor. »
Il blêmit alors qu’elle soutient son regard, plus déterminée que jamais. Elle rajoute :
« Si ton avenir se montre heureux, je veux que tu me promettes de ne plus jamais douter de toi. Par contre, si tu es vraiment destiné à finir malheureux comme tu sembles obstinément le croire, je te promets que je n’interférerai plus jamais avec tes plans et tes décisions. »
Elle relâche sa frange et lui tend la main pour conclure leur accord. Il hésite, mais finit par la saisir brièvement, incertain de vouloir s’engager dans une histoire pareille.
« Mmh. Je dois prononcer la phrase tout haut ou un truc du genre ?
— Non, juste, penses-y très fort pendant que tu touches mon front.
— Ok... »
Et le contact se fait. La décharge familière envahit la jeune femme alors que les visions de l’avenir de Tōya, qu’elle voit à travers ses yeux à lui, commencent à se préciser dans son esprit. Les premières beaucoup plus nettes que les suivantes, comme toujours.
Elle entrevoit d’abord une scène qui semble appartenir à un futur proche. Elle se voit elle-même et Hawks aux côtés de Tōya, installés confortablement au bord d’une falaise avec de grosses couvertures et discutant, le sourire aux lèvres.
La vision devient floue pour laisser place à un intérieur qui ressemble à une salle de réunion dans un bâtiment scolaire. Tōya y fait face à plusieurs héros et elle reconnaît aussitôt parmi eux All Might et Nezu, le principal de UA. Leurs visages semblent méfiants, mais ouverts à la discussion.
Les images commencent à s’alterner de plus en plus vite, et c'est maintenant le tour d'une salle de procès. Le jeune manieur de flammes fait face à une assemblée, Endeavor installé au premier rang accompagné d'un avocat.
Ensuite, le décor change du tout au tout, et elle se retrouve dans un petit appartement cosy. Tōya est installé dans un canapé, et Hawks se trouve à ses côtés alors qu’ils discutent joyeusement, tous les deux très proches.
Dans la vision suivante, elle se revoit elle-même, mais aussi Hawks et Twice en train de boire un verre ensemble à une terrasse, ce qui semble être des années plus tard.
Enfin, la dernière vision (la plus floue, mais la plus impactante) montre l’arrestation d’un vilain que Tōya est en train d’attacher. Hawks atterrit à côté d'un air très fier, puis déposer un baiser sur sa bouche pour le saluer.
Quand les images s'estompent, Yumei revient à elle alors que Tōya s’est éloigné de quelques pas, encore en train d’encaisser ce qu’il vient de voir. Tous les deux se dévisagent avec des yeux ronds. Au fond d’elle, elle était persuadée que l’avenir alternatif de son ami serait positif. Le jeune homme mérite que la vie cesse enfin de s’acharner sur lui, qu'il puisse trouver le bonheur. Elle en est intimement convaincue depuis longtemps.
Mais elle ne s’attendait pas à ça.
Pas à un avenir aussi parfait.
Le jeune vilain semble en proie à un conflit mental très difficile à gérer. Il a pris sa tête entre ses mains et tire sur ses cheveux noirs sous l’effet du stress, marmonnant des jurons, probablement en train de se blâmer pour avoir autant gâché sa vie alors que le bonheur a, finalement, toujours été à sa portée depuis tout ce temps. Yumei comprend, même si elle ressent plutôt une douce chaleur envahir sa poitrine alors qu’elle repense à tout ce que l'avenir réserve à Tōya Todoroki s’il accepte de laisser la haine s’échapper définitivement de son cœur.
Elle s’approche précautionneusement de lui, attrape ses mains pour qu’il cesse de se faire mal, et le tire doucement pour l’asseoir sur le banc à côté d’elle. Elle ne dit rien et lui laisse le temps de se calmer, sans envahir son espace personnel, sans juger. Tōya s’est penché en avant, les avant-bras sur les cuisses, la tête pendant mollement entre ses deux jambes. Au bout d’un long moment, il se met enfin à parler, sans se redresser.
« Je suis vraiment le pire des abrutis, pas vrai ?
— Oui... un peu. »
Elle lui sourit, et il se redresse. Il a l’air déjà un peu plus calme.
« Tout ce qu’il suffisait... Il suffisait juste de...
— Ne te blâme pas, Tō. Ta colère est légitime et tu ne pouvais pas savoir... Mais n’oublie pas : maintenant, tu m’as promis de ne plus douter de toi. »
Il baisse la tête à nouveau.
« Et ça commence maintenant !, rajoute-t-elle face à sa mine dépitée. Tu ne vas quand même pas rompre ta promesse dès la première seconde ?!
— Ah... Excuse-moi. »
Il réfléchit un instant, sourcils froncés, toujours en train d’enregistrer ce qui vient de lui arriver et les informations troublantes qu’il a pu entrevoir.
« Alors, moi aussi, j’ai vraiment le droit au bonheur ?
— Bien sûr !
— Je vais devenir un héros... ?
— On dirait ! En tout cas, si tu ne changes pas d'avis d'ici-là. »
Elle ne peut pas s’empêcher de glousser face à la confusion notoire de son ami.
« Et je vais... faire ma vie avec... »
Elle lui sourit d’un air encourageant.
« ... avec un poulet ? »
Prise de court par ce trait d’humour inattendu, le premier depuis plusieurs jours, Yumei éclate de rire. Tōya esquisse enfin son premier sourire de la journée, les joues rouges en repensant à ses visions de Hawks. Attendrie face à sa réaction, la jeune femme lui prend doucement la main. Elle est heureuse, pour lui, mais aussi pour elle : enfin, elle a l’impression que son alter lui permet de faire le bien autour d’elle.
« Hawks et moi, on sera toujours là pour toi, Tōya. Alors s’il te plaît, ne doute plus jamais de nous désormais. »