Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 9 : Changer les choses

Par Sevvka

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« Hawks ?

— Mmh ? »


Le jeune héros est tiré de sa rêverie. L'une de ses acolytes aux belles ailes de libellule, assise sur les hauteurs d'un immeuble à côté de lui, le dévisage de ses deux très grands yeux noirs.

« Vous ne semblez pas dans votre assiette aujourd'hui, chef. Quelque chose vous tracasse ? »

Hawks, accroupi sur le rebord du bâtiment comme un oiseau perché sur sa branche, baisse le menton. Il contemple un instant la vie grouillant dans les rues, quelques mètres en dessous d'eux, soucieux. Oui, quelque chose le tracasse, bien sûr... Depuis ce matin, il n'a fait que se les remémorer : les souvenirs de Dabi lui hurlant dessus, de Yumei couverte d'hématomes et pleurant dans ses bras. Il voudrait tellement pouvoir regagner la planque du Front pour s'assurer que la situation ne dégénère pas en son absence. Son corps a beau être en patrouille, son esprit se trouve encore là-bas, au Manoir de la Montagne Gunga.

Malheureusement, il n'a pas le droit de parler de ses préoccupations. Aujourd'hui plus que tout autre jour, sa mission top secrète lui pèse lourdement sur le cœur. Il aurait tellement aimé pouvoir mettre ses acolytes dans la confidence... Leur parler de ses problèmes et de ses pensées envahissantes, qui lui occupent l'esprit depuis la nuit mouvementée qu'il vient de passer. Mais il est toujours sur écoute, et de toute façon, aucun autre héros ne doit savoir qu'il est infiltré au Front de Libération du Paranormal.


Alors il doit faire comme d'habitude : feindre sa bonne humeur et sourire. Après tout, c'est à ça qu'il a été formaté depuis son enfance, cela ne devrait donc pas lui poser un trop gros problème.

« Ne t'inquiète pas, Anis. J'ai juste très peu dormi la nuit dernière... »

Elle ne semble pas remettre ses paroles en question. Probablement que les cernes sous ses yeux d'aigle doivent suffisamment en témoigner à sa place. Elle se relève, posant une main sur son épaule.

« Rentrez vous reposer. C'est une journée calme aujourd'hui, vous pouvez nous confier le restant de la patrouille. Même vous, vous n'êtes pas infaillible. »

Touché par ses mots, le jeune homme lui renvoie un sourire reconnaissant.

« Je ne vais pas protester. Je crois que j'ai besoin de temps pour moi aujourd'hui... Merci. »


Dès qu'Anis lui en avait donné l'autorisation, il avait volé de sa vitesse légendaire pour regagner le Manoir. À l'approche de sa chambre, ses plumes hypersensibles avaient immédiatement capté la présence d'un problème. De la noirceur, une immense noirceur émanait de la pièce et faisait trembler ses ailes avant même qu'il n'ait pu découvrir la scène qui était en train de s'y jouer.

Et il avait vu juste. Un signe du destin ou l'instinct aiguisé du rapace qui sommeille en lui, il ne saurait le dire. Mais depuis ce matin, il était certain que la situation allait dégénérer, et il était arrivé juste à temps.


Hawks observe Dabi se précipiter en dehors de la pièce, les yeux ronds. Il reste sans voix, enregistrant encore ce qu'il vient de voir. Il a essayé de... tuer Yumei ? Pourquoi... ? Pourquoi a-t-il autant insisté pour la ramener à la résidence la nuit dernière, si c'est pour s'acharner sur elle une demi-journée plus tard ? Pourquoi prendre cette peine ? C'est incompréhensible...

Il se tourne à nouveau vers la jeune femme. Celle-ci a l'air pétrifiée, en proie à une immense panique, ses yeux rivés sur des souvenirs qu'il ne peut pas comprendre. De toute évidence, le jeune vilain venait de la terroriser, et peut-être de réveiller un traumatisme chez elle. Les ailes basses, le cœur pincé, Hawks s'accroupit auprès d'elle, essayant de lui parler d'une voix la plus douce et la moins tremblante possible.

« Yumei... Si tu m'entends, cligne des yeux deux fois. »

La jeune femme halète encore, tous ses muscles tendus. Cependant, elle finit par s'exécuter, mouillant en même temps ses joues de larmes.

« Très bien. Est-ce que tu es d'accord que je te touche le bras ? Cligne des yeux si tu l'es. »

Elle s'exécute une seconde fois. Hawks lui prend délicatement le bras, l'aidant à se relever et à s'asseoir sur le lit. Il l'assiste pendant plusieurs longues minutes, comptant avec elle pour qu'elle récupère un souffle régulier, jusqu'à ce qu'elle soit à nouveau en mesure de parler.


Elle prend sa tête entre ses mains, désemparée, accablée par la scène qu'elle vient de vivre.

« Je suis désolée... C'est ma faute... C'est encore ma faute.

— Ne dis pas ça, s'il te plaît... »

Le rapace sent sa détresse lui fendre le cœur.

« Peu importe votre confrontation, c'est lui qui a essayé de lever la main sur toi. Si quelqu'un doit être en tort, c'est lui, et certainement pas toi. »

Il observe sa mine piteuse, une profonde colère grondant au fond de lui. Si Yumei n'avait pas besoin d'assistance, il aurait pourchassé le vilain pour lui faire passer définitivement l'envie de se comporter comme un connard lunatique et complètement cinglé.

Elle secoue la tête, et il ne s'attend pas une seconde à ce qui va suivre :

« Il... Il s'est interrompu. Il n'allait pas le faire... Il était terrifié... à cause de moi. C'est moi qui ai causé toute cette situation... »

L'oiseau laisse s'échapper un petit piaillement outré et lui renvoie une expression contrariée, mêlée d'extrême confusion et de dégoût.

« Yumei, attends... Tu ne vas quand même pas le défendre... ?!

— Désolée... »


Il soupire, pince l'arête de son nez dans un geste de fatigue extrême. Si elle aussi se met à agir de façon illogique, il n'est pas au bout de ses peines avec ces deux-là. Yumei semble remarquer son agacement et tente de se reprendre, contrôlant autant que possible les tremblements de sa voix et son souffle encore irrégulier.

« Hawks, tu peux me prendre pour une folle... Mais depuis que je suis ici, tout le monde a été très accueillant avec moi. Ce sont... enfin, vous êtes peut-être des vilains, mais je vois surtout en vous des êtres humains avec vos propres faiblesses. Y compris Dabi, et je... je peux t'assurer qu'il a d'excellentes raisons d'être remonté comme ça contre moi... »

Elle soutient son regard, l'air pas très assuré, comme si elle craignait qu'il ne la croie pas et qu'il la rejette. Face à son regard dubitatif, elle rajoute tout de même :

« Malgré tout, je ne lui pardonnerai pas facilement de m'avoir agressée... Il m'a... Il m'a vraiment fait très peur, et je n'ai plus envie d'avoir affaire à lui pour le moment. »

Hawks commence enfin un peu à se détendre. Il n'a pas du tout envie de pardonner ou d'essayer d'avoir une once de compassion pour le criminel. Mais à partir du moment où la jeune femme n'est plus mise en danger et qu'elle est confortable avec sa décision et ses émotions, il peut se permettre de se sentir un peu moins en alerte.

« Je garderai un œil sur lui... si ça peut au moins te rassurer. »

Elle semble d'abord surprise, puis lui adresse un sourire triste mais confiant

« Merci, Hawks. J'ai vraiment beaucoup de chance d'avoir fait ta connaissance. »


À ces mots, le héros se sent déjà plus léger. Il lui renvoie un sourire chaleureux, l'un des plus sincères qu'il a pu arborer depuis très longtemps.



* * *



De là-haut, l'air est frais, la vue imprenable. Le vent souffle avec vigueur dans ses cheveux noirs et sur son visage abîmé. Ses caresses froides parviennent à l'apaiser, au moins un peu. Son long manteau noir claque derrière ses jambes, secoué par quelques bourrasques dangereuses qui pourraient bien le faire basculer dans un moment d'inattention.

Dabi contemple le Manoir depuis les hauteurs. Après cette confrontation désastreuse qu'il aimerait effacer de sa mémoire, il a couru, couru sans savoir où aller, et ses pas l'ont porté le long d'un sentier de montagne. Il a grimpé pour se vider l'esprit, puis s'est arrêté sur un promontoire dégagé pas très loin au-dessus de la résidence, sans trop savoir ce qu'il y cherchait.

La solitude et le calme, sans aucun doute. La sensation d'être loin de ses problèmes, peut-être. L'envie de se cacher du monde, trop honteux de son comportement, très certainement.


Alors il se tient là. Les pieds au bord de la falaise, au bord d'un vide qui le tuerait s'il devait tomber. Il n'est pas venu ici pour sauter, non... À vrai dire, il ne sait pas vraiment ce qu'il veut. Mais la fraîcheur de l'air et l'épais silence de ce lieu parviennent à calmer ses nerfs à vifs. Et la sensation d'être au bord, de pouvoir éventuellement en finir avec un simple pas en avant et surtout, d'être maître de ce destin-là, lui fait étrangement beaucoup de bien.

Il ressent un besoin crucial de récupérer le contrôle. De retrouver un sens à ce désastre qui est sa vie. Comment se sentir pleinement vivant, quand on sait déjà tout ce que l'avenir nous réserve, et qu'il ne nous réserve que de la colère, de la frustration et du désespoir ?


Il lâche un petit rire doux, triste. Pourquoi a-t-il survécu à l'incident de la colline de Sekoto ? Dans quel but ? Si ce n'est pas pour se venger de son père... si ce n'est pas pour chercher désespérément un autre moyen d'exister à ses yeux, d'être vu. Pourquoi est-il encore là ? A-t-il pris les mauvaises décisions depuis le début ? Est-il vraiment devenu un vilain... pour rien ? A-t-il détruit des vies, des familles... pour rien ?

Il regarde en bas. Pendant quelques secondes, le vertige lui fait tourner la tête, la peur lui serre la gorge. Les mots de l'autre fille lui reviennent en tête. « Tu peux encore te racheter »...

Conneries. Elle ne connaît rien à sa vie. Elle ne sait pas à quel point il a déjà été trop loin. Il a tué des innocents. Sans remords. Le sourire aux lèvres, parce qu'il sait très bien que cela détruira son paternel quand il l'apprendra. Et même si on lui pardonnait. Même si on l'autorisait à se réinsérer dans la société... il est de toute façon dans les dernières années de sa vie.

À l'hôpital, on l'avait averti qu'il ne tiendrait que quelques mois sans un traitement spécial... il y a sept ans. Ce sont sa haine et son acharnement qui lui ont permis de vivre aussi longtemps. Sans son désir de vengeance, son corps en miettes allait probablement finir par lâcher tôt ou tard. S'il se rendait à la société maintenant, il choisirait une mort pitoyable en prison, le cœur rempli de regrets jusqu'au restant de ses jours. Avait-il envie de ça ? Non, vraiment pas, très peu pour lui.


Il n'y a plus d'avenir radieux qui l'attend. Il est condamné à vivre jusqu'au bout cette putain de tragédie.

Alors... à quoi bon continuer ?


Il ferme les yeux, expire profondément.

Il est tellement perdu. Tellement dégoûté.

Il regarde en bas.

Alors, pourquoi pas...


« Dabi ? »

Le noiraud se saisit si fort qu'il manque de glisser pour de bon en bas de la falaise. Son cœur bat la chamade dans sa poitrine et il lui faut quelques longues secondes pour s'en remettre. Il se retourne brusquement vers le coupable de son semi-arrêt cardiaque, les joues empourprées à cause de l'embarras et de l'émotion d'être passé à deux doigts du suicide involontaire.

« Compress ?! Bordel ! Tu veux ma mort, c'est ça ?! »

Le magicien ôte son habituel masque et son chapeau haut-de-forme, qu'il dépose sur une grosse pierre, puis s'approche de lui les deux mains levées pour l'inviter à se calmer.

« Désolé, désolé ! Je t'ai vu partir en courant, tu m'as bousculé sans même t'en rendre compte. Ça m'a semblé très inhabituel, alors j'ai pensé que c'était une bonne idée de te suivre. »

Il marque une pause, hésitant, et continue avec une voix plus sérieuse.

« Et j'ai l'impression que j'ai bien fait... »

Dabi détourne le regard, honteux, serrant les dents. Il se sent bête d'avoir été suivi sans s'en être rendu compte. Cela dit, rien d'étonnant : il s'agit de la spécialité de Mr. Compress, l'as de la fuite et de la filature.

Ce qui est beaucoup plus étonnant par contre, c'est que son compagnon a l'air inquiet pour lui. Il ne l'aurait pas cru aussi prévenant, d'autant qu'il n'est pas sûr de se sentir si proche de lui.


Il ne prend pas la peine de répondre à la remarque de son camarade. Il ne sait pas lui-même s'il était vraiment prêt à se laisser tomber, et il n'a pas envie d'en parler. À la place, il se détourne et s'assied au bord de la falaise, un genou ramené contre son torse, laissant son autre jambe pendre dans le vide. Le magicien vient s'installer à côté de lui, à une distance raisonnable pour ne pas le mettre dans l'inconfort.

« Ça fait un moment qu'on ne s'était pas retrouvés tous les deux, commence Mr. Compress. Tu vas peut-être trouver ça bizarre, mais j'ai l'impression que beaucoup de choses ont changé depuis qu'on a rejoint le Front. L'Alliance n'existe plus... On se voit moins souvent qu'avant. Et je réalise... que je ne suis plus trop sûr d'y trouver ma place. »

Dabi est étonné. Il pensait que Compress viendrait essayer de le cuisiner, mais c'est finalement ce dernier qui se confie à lui. Et, franchement, il lui en est reconnaissant. L'inciter à parler de ses problèmes l'aurait mis très mal à l'aise, et l'artiste semblait l'avoir compris. Surprenant... Depuis quand le connaissait-il si bien ?

Mr. Compress continue :

« Moi, c'est l'Alliance que j'aime. C'est notre lutte et nos galères communes, même quand on vivait dans la rue, même quand on n'avait pas un rond. Alors si je peux préserver cette réalité si précieuse à mes yeux... Je le fais. »


Dabi se sent un peu moins mal. Il pose une de ses joues sur son genou, les épaules relâchées, regardant distraitement le paysage qui s'étend face à lui.

« Je ne sais pas ce que t'essaies de me dire, ducon. Mais je n'ai pas l'intention de partir. »

Face au tact légendaire de son camarade, Mr. Compress ne peut s'empêcher de rire.

« D'accord. Alors j'ai peut-être réagi de manière excessive.

— Ouais. J'ai failli mourir doublement d'un arrêt cardiaque et d'une chute dans un précipice. La prochaine fois, préviens en avance quand ça te prend l'envie d'être sympa, que je puisse m'y préparer.

— Je n'y manquerai pas. »

Dabi peut apercevoir du coin de l'œil un sourire se dessiner sur les lèvres de son interlocuteur. Il en réprime un à son tour, trop fier pour se permettre de lui montrer son propre soulagement, mais il n'en pense pas moins.


« Si je peux préserver cette réalité si précieuse, je le fais. »

Ces mots résonnent dans la tête du brûlant criminel. Qu'a-t-il de précieux à préserver, lui ? Il ne s'est jamais attaché à l'Alliance comme cela semble être le cas de ses camarades. Dans son esprit, ils ont toujours été d'excellents outils pour lui permettre d'accomplir sa vengeance. Il n'a jamais vraiment cherché à les comprendre, à essayer pleinement d'appartenir à leur groupe... et pourtant, ils l'avaient tous intégré et ils semblaient tous tenir à lui à leur manière.

Est-ce que c'est ça qui lui manque ? Des sentiments ? De l'intérêt pour les autres ? Peut-il vraiment encore changer les choses, encore se racheter ? Peut-il se trouver un nouvel objectif, qui pourrait surpasser son désir de vengeance... ? Cela lui semble peu probable.


Mais ça peut valoir la peine d'essayer, il se dit.

Dabi ferme les yeux, apprécie le silence qui s'est installé et le vent qui lui caresse toujours doucement les cheveux. Il est trop pudique pour le dire tout haut, mais il formule dans son esprit un mot à l'adresse du compagnon qui l'a empêché de sauter ce jour-là.


Merci.




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