Shadow Protocol : La 21e Ombre

Chapitre 13 : Premier jour de stage

Par shadem

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La lumière du matin filtrait à travers les immenses baies vitrées du manoir Kageyama, jetant des ombres étirées sur les parquets en chêne noir. Dans sa chambre, un espace minimaliste où chaque objet semblait avoir été placé par un architecte d'intérieur sans âme, Akari préparait sa valise. Elle rangeait ses uniformes de Yuei et ses tenues civiles avec une précision mécanique. Le luxe qui l'entourait — les draps en soie, les bibelots en cristal, le silence feutré des couloirs — lui paraissait soudainement étouffant.

Elle glissa au fond de son sac une vieille photo écornée qu'elle gardait toujours cachée sous son matelas. On y voyait un homme au sourire franc, les cheveux en bataille, loin de la rigidité des portraits officiels de la famille. C’était son père. Elle caressa le visage sur le papier avant de refermer la fermeture éclair de son sac de voyage dans un bruit sec.

Le petit-déjeuner fut servi dans la salle à manger d'apparat. Une table de marbre si longue qu'on y aurait presque entendu l'écho de ses propres pensées. Reina Kageyama était déjà assise en bout de table, lisant le journal numérique sur sa tablette, une tasse de thé fumante à la main. Le cliquetis des couverts d'argent contre la porcelaine fine était le seul son qui meublait le vide.

— « J'ai reçu la notification de Yuei hier soir, » commença Reina sans lever les yeux, sa voix aussi tranchante qu'une lame de glace. « Best Jeanist. C’est donc là ton choix. »

Akari prit une gorgée de jus de fruit, sentant l'amertume lui remonter à la gorge. « Oui. Son agence est celle qui me permettra de progresser le plus techniquement. »

— « Son agence est un cirque médiatique, Akari ! » Reina posa sa tasse avec une force contrôlée, faisant tressaillir le liquide. « Tu as choisi les projecteurs et la laque à cheveux plutôt que la discrétion et l'efficacité des Shadow Ops. Tu humilies l'héritage de ta famille pour une semaine de célébrité aux côtés d'un homme qui passe plus de temps chez le coiffeur que sur le terrain. »

— « C’est ce que tu penses, ou c'est ce que tu as peur que les gens pensent ? » répliqua Akari en fixant sa mère droit dans les yeux. « Jeanist est le Numéro 3. Il a immobilisé plus de vilains à lui seul que toute la branche de Kyoto ces cinq dernières années. Il est précis. Il est méthodique. Tout ce que tu prétends apprécier. »

Reina se leva, sa silhouette se découpant contre la lumière crue de la fenêtre.

— « Tu parles comme lui. Toujours à chercher une "autre voie", une manière plus "élégante" de faire les choses. Regarde où sa finesse l'a mené, Akari. »

— « Justement, parlons-en, » dit Akari, sa voix baissant d'un ton, chargée d'une intensité nouvelle. « Tu me dis qu'il était faible. Tu me dis qu'il est mort parce qu'il n'était pas assez froid. Mais le rapport officiel parle d'un accident lors d'une patrouille à Hosu. Pourquoi y a-t-il autant de zones d'ombre dans ton récit ? »

Reina contourna la table, s'arrêtant juste derrière sa fille. Elle posa ses mains gantées de soie sur les épaules d'Akari. Le froid qui émanait de sa mère n'était pas dû à un Alter, mais à son âme.

— « Ton père... » commença Reina, sa voix devenant un murmure venimeux, « ...est mort parce qu'il a tenté de sauver un vilain qui n'en valait pas la peine. Il a utilisé son Alter pour stabiliser un bâtiment en ruine au lieu de se protéger. Il s'est vidé de sa propre chaleur pour maintenir des structures d'ombre trop vastes pour un seul homme. Quand les secours sont arrivés, il n'était plus qu'une statue de glace. Son cœur s'était arrêté de battre bien avant que le bâtiment ne s'effondre. Il a sacrifié la lignée Kageyama pour une morale de bas étage. Voilà les circonstances, Akari. Il a choisi les autres avant sa propre famille. »

Akari sentit un frisson parcourir son échine. Ce n'était pas de la peur, mais une révélation. Son père n'était pas mort par incompétence, mais par excès d'humanité. Exactement ce que Reina considérait comme une faute grave.

— « Je ne laisserai pas sa mort être vaine, » souffla Akari en se dégageant de l'étreinte de sa mère. « Si son erreur était d'aimer trop les gens, la tienne est de ne pas les aimer assez. »

Elle se leva, attrapa son sac et quitta la pièce sans un regard en arrière. Elle entendit le bruit de la porcelaine se briser contre le sol de marbre alors qu'elle franchissait le seuil du manoir.


Le voyage vers l'agence de Best Jeanist fut une transition brutale. En arrivant dans le quartier chic où se trouvait l'immense bâtiment de verre et d'acier, Akari vit une foule de journalistes et de fans massés devant les grilles. C’était le monde de la lumière, bruyant, coloré, superficiel en apparence mais d'une exigence folle.

Elle vit une silhouette familière s'extraire de la foule avec une subtilité de bulldozer. Bakugo Katsuki, traînant son sac avec une mine de déterré, fulminait contre les paparazzis.

— « Poussez-vous, les figurants ! » hurla-t-il en faisant crépiter ses mains.

— « Toujours aussi diplomate, à ce que je vois, » lança Akari en arrivant à sa hauteur.

Bakugo s'arrêta net, la dévisageant comme si elle était une apparition maléfique. « T'es vraiment venue, la bourge ? Je pensais que ta vieille t'aurait enfermée dans un placard après ton abandon au tournoi. »

— « J'ai le sens des responsabilités, Bakugo. Et j'ai hâte de te voir porter un jean slim, » répliqua-t-elle avec un sourire provocateur.

— « Ferme-la ! »

Ils entrèrent ensemble dans l'agence. L'intérieur était d'une propreté clinique, décoré de tissus luxueux et de mannequins portant des designs de haute couture. Au centre de la pièce, debout sur un podium, se tenait Best Jeanist en personne. Ses cheveux blonds étaient impeccablement coiffés, et son col en denim montait jusqu'à ses yeux.

— « Bienvenue, jeunes pousses, » dit-il d'une voix calme et mélodieuse. « Bakugo Katsuki, la force sauvage qu'il faut dompter. Et Kageyama Akari, l'ombre raffinée qui cherche sa structure. Vous êtes ici pour apprendre que l'héroïsme est un art. Un héros qui ne sait pas se tenir n'est qu'un vilain avec un permis. »

Il descendit du podium et s'approcha d'eux. Il passa une main gantée sur l'uniforme de Bakugo, grimaçant devant un pli mal placé. Puis, il se tourna vers Akari.

— « Ton Alter est fascinant, Kageyama. La solidification de l'ombre demande une tension interne que peu de gens comprennent. C'est comme tisser du denim avec du vide. Mais ton esprit est encombré de nœuds familiaux. Pendant cette semaine, nous allons lisser tout ça. »

— « Je suis prête à apprendre, monsieur, » dit Akari en s'inclinant.

— « JE SUIS PAS LÀ POUR FAIRE DE LA COUTURE ! » explosa Bakugo.

Best Jeanist utilisa ses fils de denim en un éclair, ligotant Bakugo avant même qu'il puisse lever une main. Le blond se retrouva saucissonné, le regard furieux.

— « La première leçon, Bakugo, c'est le silence. Et pour toi, Kageyama, c'est la visibilité. Vous allez commencer par une patrouille médiatique. Montrez au monde que l'ombre et l'explosion peuvent être... élégantes. »

Akari regarda Bakugo, qui essayait de mordre ses liens, puis elle regarda Jeanist. Elle comprit que cette semaine ne serait pas seulement un entraînement physique. Ce serait une lutte de chaque instant pour ne pas se laisser formater, tout en absorbant chaque bribe de savoir technique du Numéro 3.

Elle pensait à son père. Il était mort à Hosu. Jeanist avait des contacts là-bas. Entre deux séances de "relooking" et de patrouilles, elle trouverait un moyen de fouiller dans les rapports d'intervention de l'époque. La lumière de cette agence allait lui servir de projecteur pour éclairer les ténèbres de son passé.

Le stage commençait. Et avec Bakugo à ses côtés, l'élégance risquait fort de finir en déflagration.




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