Marinette soupira en regardant la caméra s’éteindre. La journaliste lui serra la main tandis que Nathalie se rapprochait d’elle.
— C’était parfait, Marinette. Nous devons nous dépêcher. Vous avez rendez-vous dans trente minutes et, si nous partons en retard…
Marinette hocha la tête, attrapa son sac à main et la suivit. Depuis plusieurs jours, elle enchaînait les interviews. Elle s’était même réfugiée quelques nuits dans une chambre d’hôtel lorsque des fans et des journalistes avaient commencé à harceler ses parents et à camper devant leur maison.
Grâce à Nathalie, qui avait mis en place un système de sécurité avec des gardes du corps, elle allait enfin pouvoir rentrer chez elle et retrouver sa chambre ce soir. Elle avait même désormais un garde du corps attitré.
Elle s’installa sans un mot dans la voiture. L’homme chargé de sa protection, qui ne lui avait presque pas adressé la parole depuis le début de la journée, prit place à l’avant. Nathalie, elle, s’assit sur la banquette arrière à côté d’elle.
— Au fait, je vous ai envoyé sur votre téléphone les questions qu’ils sont censés vous poser. Mais ils sont connus pour changer de direction à la dernière minute.
— Sans vouloir vous vexer, Nathalie… pourquoi je dois lire les questions, du coup ?
— Au moins, vous saurez quoi répondre s’ils les gardent.
Arrivée au studio, elle fut rapidement accompagnée dans la salle de radio, où on lui expliqua brièvement comment fonctionnait le matériel. Puis l’émission commença.
— Ici Radio Paris, la radio de la mode et des dernières sorties ! Samedi dernier, nous avons eu droit à un défilé du tonnerre ! Une collection à s’en décoiffer, qui a remis le groupe Agreste sur le devant de la scène de la mode. Et en plus de tout ça, nous avons eu droit à la révélation choc de l’identité de Red, qui est présente aujourd’hui avec nous ! Red, bonjour ! Est-ce que je dois vous appeler Red ou Marinette Dupain-Cheng ?
— Salut tout le monde ! Vous pouvez continuer à m’appeler Red. C’est un peu mon nom de scène, finalement.
— Pourquoi ce surnom, Red ? Et pourquoi ne pas avoir créé sous votre vrai nom ?
— Eh bien, Red, c’est court, simple, et le rouge a toujours été une couleur qui marque les esprits. J’ai toujours eu à cœur de protéger mon identité pour pouvoir me concentrer sur mes études et protéger ma famille.
— C’est vrai que vous avez fini vos études à New York avec brio, malgré une activité assez importante.
— C’est compris dans les études. Et c’est une vraie passion pour moi depuis que je suis jeune. C’est un rêve devenu réalité.
— Un très beau rêve, en effet, Red. Ça fait quelques années qu’on entend parler de vous dans le monde de la mode à l’international. Pourquoi avoir choisi Paris ? Et surtout, pourquoi le groupe Agreste ?
— Eh bien, Paris est ma ville natale. J’y ai grandi et puis elle reste la capitale de la mode. Plus jeune, j’ai travaillé plusieurs fois avec le groupe Agreste. Ça m’a paru très naturel de rencontrer leur nouveau dirigeant et de travailler avec eux.
— Les rumeurs disent pourtant que Marinette Dupain-Cheng sortait avec Adrien Agreste. Est-ce que c’est grâce à ça que vous avez été choisie comme styliste pour le groupe ?
— Non. Adrien Agreste n’a rien à voir avec mes choix professionnels.
— Mais il a eu un impact sur votre départ, il y a cinq ans ?
Elle le regarda, les mains se serrant légèrement avant qu’elle ne réponde d’un ton sec :
— Vous me posez cette question parce que je suis une femme et que mes décisions doivent forcément être dues à un homme ?
— Aïe ! OK… Ça, ça fait mal. Mais pas la peine de monter sur vos grands chevaux.
— Pardon ? Mais c’est vous qui me réduisez à une pauvre adolescente qui est partie en larmes après une rupture amoureuse, non ?
— On dirait plutôt que vous prenez la mouche à la moindre remarque.
— En réalité, mes proches disent que je suis plutôt du genre à me remettre régulièrement en question et à prendre en compte les remarques constructives. Ce que vous ne faites absolument pas.
— Il ne faut pas tout prendre au premier degré…
— Bon, en fait, je n’ai pas à rentrer dans ce débat. Merci pour l’invitation et au revoir.
— Quoi ? Mais attendez ! Nous n’avons pas fini l’interview.
Elle se leva et reprit :
— La prochaine fois, soyez plus professionnels.
Elle partit et, presque aussitôt, Nathalie la rejoignit, suivie du garde du corps. Marinette ne s’arrêta pas et Nathalie soupira en marchant à ses côtés.
— Marinette, ce n’était pas très professionnel de votre part.
— Nathalie, j’ai enchaîné une dizaine d’interviews depuis quatre jours. Et c’est le seul qui m’a posé ce genre de question ! Je fais ces interviews pour le groupe, mais surtout pour mon métier. Vous pensez qu’il aurait osé poser ce genre de question à Gabriel Agreste ?
Elles se regardèrent sans un mot. Marinette ferma les yeux un instant avant de reprendre :
— Nathalie, je refuse de subir ce genre de chose. Quand j’étais plus jeune, j’ai assez passé de temps à me taire et à accepter. Je ne suis pas une diva, je veux juste qu’on respecte mon métier.
Nathalie la regarda un instant avant de hocher la tête.
— Bien. C’est d’accord. Plus question d’avoir affaire à ce genre de personne. Tu as raison, Marinette. À notre époque, tu ne devrais pas avoir à subir ce genre de questions et le groupe te soutiendra. Mais attends-toi à de nombreuses critiques dans les prochains jours.Allons y ! Ne restons pas plus longtemps ici.
Ils la déposèrent chez elle et son père l’accueillit en la serrant dans ses bras.
— Tu vas bien, ma petite chouquette ? J’ai entendu l’interview.
— Oui, papa, je vais bien.
— Il va voir, lui, s’il ose encore dire du mal de ma chouquette !
— Papa… Qu’est-ce que je t’ai déjà dit sur les mauvaises critiques qui me concernent ?
— Mais, ma petite chouquette en sucre…
— Papa !
— De ne pas y faire attention…
Marinette sourit et reprit :
— Maman n’est pas là ?
— Elle est partie faire quelques courses.
— Bien, je vais aller me reposer un peu. Papa, je vais bien, vraiment.
Il la serra à nouveau contre lui.
— Je suis si heureux que tu sois devenue une femme si forte !
Elle lui tapota doucement le dos jusqu’à ce qu’il décide enfin de la relâcher.
— Merci, papa. À tout à l’heure.
Elle grimpa rapidement dans sa chambre et referma la porte derrière elle.
Elle finit par s’installer sur sa terrasse et se laissa tomber dans le fauteuil moelleux qu’elle avait installé quelques jours plus tôt.
— Tu bronzes souvent après avoir assassiné un présentateur à la radio ?
Elle ouvrit un œil et découvrit Chat Noir, debout sur son muret, qui la regardait avec amusement.
— Bonjour à toi aussi. Qu’est-ce que tu fais ici ?
— J’ai entendu l’émission à la radio. En fait, tout Paris en parle.
Elle se redressa légèrement.
— Qu’ils en parlent.
Chat Noir sauta du muret et s’appuya contre celui-ci.
— J’ai lu aussi les journaux et les autres interviews. Alors, tu es célèbre, presque autant que moi.
Elle rit et il lui sourit.
— Content de te servir de clown.
— Je vois que ton ego n’a pas pris une ride non plus.
Il croisa les bras avec une mine boudeuse, ce qui fit sourire Marinette.
— Tu ne vas pas bouder ?
— Non, pas du tout. Les chats ne sont pas connus pour bouder.
— En vrai… un peu quand même, non ?
Elle le regarda et reprit :
— Ne boude pas, tu vas attraper des rides à force de faire la grimace. Ce serait dommage pour ton beau visage.
Il finit par lui sourire.
— Je vais croire que tu me dragues, Marinette.
Elle ne répondit pas, mais referma les yeux avec un petit sourire pour profiter un peu du soleil.
— Et on dit que c’est moi le chat alors que c’est toi qui lézardes ?
— Je fais le plein de vitamine D. Je vais bientôt devoir retourner m’enfermer pour créer.
— Dans une cave sous terre ? Tu devrais surtout prendre des vacances !
— Non, je dois surfer sur la vague du succès. Le secret, c’est de profiter à fond de chaque petit moment de repos. Tu devrais faire la même chose.
— Pourquoi tu crois que je viens toujours te voir ?
Elle rouvrit les yeux. Ils se regardèrent un moment sans dire un mot, puis elle se leva.
— Non, ce n’est pas une bonne idée.
— Je n’ai rien dit !
— Chat Noir, tu es un super-héros ! Je ne connais même pas ta véritable identité !
— Tu veux la connaître ?
— Non ! C’est la tienne. Tu dois la protéger.
— Et si je voulais laisser tomber ?
— Pourquoi ?
— Je ne mérite pas ce costume.
— Vraiment ?
— J’ai appris beaucoup de choses dernièrement… et je n’étais pas là quand Ladybug a affronté Monarque. J’aurais dû être là.
— C’était il y a six ans et tu restes humain, même si tu as ce superbe costume. Tu ne pourras pas sauver le monde entier. Et puis, Chat Noir n’a peur de rien, non ?
— Peut-être… Alors, est-ce que tu voudrais dîner avec moi ?
— Toujours pas. Tu comptes faire comment ?
— Je te promets que ce sera une soirée inoubliable. S’il te plaît. Prouve-moi que Chat Noir n’a peur de rien.
— Ce n’est pas à moi de te le prouver.
Il baissa les yeux sans un mot. Marinette le regarda avant de reprendre :
— D’accord… J’accepte ce dîner, mais je ne te promets rien pour la suite.
Un grand sourire illumina le visage de Chat Noir et le cœur de Marinette se serra. Il était bien trop heureux qu’elle ait accepté. Elle se força à sourire.
— Tu es bien trop confiant.
— Non, mais c’est un grand pas et je suis content que tu aies accepté. Demain soir ? Je te promets une très, très belle soirée.
Elle le regarda et reprit :
— S’il y a deux « très », je suis forcée de te croire.