Adrien était allongé dans son canapé, devant une vieille série, lorsque quelqu’un sonna à sa porte. Il soupira et se força à se lever.
Lorsqu’il ouvrit, il découvrit Nino avec une valise à ses pieds. Il avait l’air épuisé.
— Salut, mec… Tu veux bien d’un coloc pour quelque temps ?
Adrien s’écarta pour le laisser entrer.
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Je me suis disputé avec Alya hier soir et j’ai fui lâchement en allant récupérer quelques affaires pendant qu’elle bosse. Je lui ai même écrit un SMS… même pas un appel.
— Nino… c’est à cause du défilé ?
— Non… enfin, pas directement ! C’est autre chose. Je peux pas t’en parler, Adrien. Ça concerne surtout nos identités secrètes, tu vois.
Adrien hocha la tête. Il comprenait très bien, même s’il aurait voulu en savoir davantage. Finalement, il lui adressa un léger sourire.
— Je te prépare la chambre d’amis…
— Merci, mec !
Adrien le conduisit jusqu’à la chambre. Nino posa sa valise près du lit, puis se tourna vers lui.
— Adrien ? Toi, ça va ?
— Pas vraiment…
Il baissa la tête avant de reprendre :
— J’ai appris d’autres trucs sur mon père. C’était assez violent… et je me suis disputé avec Nathalie.
— Mec… je suis désolé. Tu veux en parler ?
— Pas vraiment. Tu veux une bière ?
Il se dirigea vers la cuisine et entendit Nino le suivre. Trois bouteilles vides étaient posées sur le plan de travail. Adrien en sortit deux autres du réfrigérateur.
— Adrien… tu as bu ?
— Un peu…
— Adrien…
— Nino, c’est pas toi qui disais qu’il fallait apprendre à décompresser ? J’ai pas cours demain. J’en ai même pas de la semaine. Alors lâche-moi, tu veux ?
Il décapsula l’une des bières, posa le décapsuleur sur le plan de travail, puis retourna s’installer devant la télévision.
— Adrien… tu sais, l’alcool, ça aide pas vraiment.
— C’est pas comme si je faisais ça tous les jours. J’en ai juste besoin pour cette fois. Tu me juges alors que t’as fait pareil la dernière fois que t’es venu.
Nino s’assit à côté de lui.
— C’est vrai. Et c’était le pire conseil du monde. Je me justifiais juste pour boire comme un trou et oublier. Mais ça marche pas… ça marche jamais.
Il prit doucement la bouteille des mains d’Adrien et la posa sur la table basse.
— Ça sert absolument à rien.
Adrien le regarda. Nino eut un sourire triste avant de s’affaler dans le canapé.
— Parfois, on devrait faire comme les filles.
Adrien leva un sourcil et lui jeta un regard de biais. Nino retira sa casquette et reprit :
— Tu sais… en parler. Et peut-être même pleurer.
Adrien eut un rire sec.
— Tu sais que c’est pas réservé aux filles ?
— Ouais, mais nous, on ose pas le faire. Alors… qu’est-ce que t’as appris ?
— Que mon père était un gros connard qui s’en foutait de moi.
— Mec… tu le savais pas déjà ?
— Pas totalement…
Nino baissa les yeux.
— Désolé. Moi, j’ai appris que ma meuf, que je pensais si géniale, avait été cruelle avec une amie…
— Tu veux en parler plus en détail ?
— Non… Quelle semaine de merde.
— Ouais… On pleure quand ?
Nino éclata de rire et essuya une petite larme.
— J’en sais rien, moi !
Adrien reposa sa tête contre le canapé et ferma les yeux.
— Pas si facile d’être une fille, finalement ?
Nino rit de nouveau.
— T’es bourré, Adrien.
— J’ai bu que trois bières.
Ils passèrent la soirée affalés sur le canapé devant une série qu’ils ne regardaient même pas vraiment. Adrien parla de son père, de Nathalie. Nino, lui, parla surtout d’Alya et un peu du divorce de ses parents.
Au milieu de la nuit, Nino finit par s’endormir sur le canapé. Adrien, lui, s’était relevé et regardait silencieusement par la fenêtre lorsque Plagg sortit du réfrigérateur avec son morceau de fromage.
— Vous avez enfin fini de vous plaindre ?
— Ouais, ton bureau des plaintes est de nouveau ouvert.
— Je vois que tu as du mordant quand tu as bu.
Adrien soupira.
— Je vais pas m’excuser de te répondre pour une fois.
Plagg avala son morceau de fromage d’un coup.
— Moi, ce que j’en dis…
Adrien soupira et regarda dehors. La nuit était déjà bien avancée. Il tourna ensuite les yeux vers Plagg.
— Plagg…
— Non ! Pas cette fois, Adrien ! Maintenant, on arrête les sorties nocturnes pour papillonner, surtout quand t’es bourré. Va te coucher !
— Plagg.
— Non ! Adrien, tu penses réellement que ce que tu fais est bon pour Marinette ? Et même pour toi ?
Il regarda Plagg un instant, puis soupira.
— T’as raison. Je vais me coucher…
Il se réveilla le lendemain matin avec un mal de tête terrible. Lorsqu’il se leva, Nino était déjà debout. Il préparait le petit-déjeuner et avait même fait le ménage.
— Salut, coloc !
Il lui tendit un grand verre rempli d’une mixture verdâtre.
— Bois ça ! C’est le remède préféré de mon père contre la gueule de bois. Je te conseille de l’avaler d’une traite.
Adrien trempa ses lèvres dans le verre avant de reculer en grimaçant.
— C’est totalement dégueulasse !!!
— Je t’avais prévenu. Allez, bois !
Adrien grimaça à nouveau, mais cette fois, il avala le contenu le plus rapidement possible. Il reposa le verre et retint une autre grimace. Nino déposa devant lui une assiette de crêpes.
— Mange aussi un peu.
— Tu fais ça tout le temps pour Alya ?
— On dirait pas comme ça, mais Alya et le ménage, ça fait deux. Et je te parle même pas de la cuisine. Elle pourrait t’empoisonner en voulant te faire plaisir. Alors, c’est moi qui m’y colle souvent. Le seul truc que je fais pas, c’est la vaisselle. Mais vu que toi, t’as un lave-vaisselle, c’est plutôt simple.
Adrien sourit et mangea quelques crêpes avant de repousser l’assiette.
— Désolé, mec. Elles sont super bonnes, mais j’ai envie de vomir…
— C’est rien, c’est ta première cuite. Faut bien vivre ça un jour. Tu devrais pas faire grand-chose cet après-midi.
— Pourquoi ? On a quelque chose de prévu ce matin ?
— Je dis ça parce qu’il est déjà treize heures, Adrien !
Adrien le regarda, incrédule, puis se mit à chercher son téléphone.
— Non, il peut pas être treize heures ! J’ai à peine fermé les yeux.
— Oh non, t’as ronflé comme un pompier. Tu m’as même réveillé.
— Je ne ronfle jamais.
— Eh bien, tu ronfles quand t’as trop bu, apparemment.
Adrien rit, amusé.
— On devrait faire quelque chose ensemble aujourd’hui, commença Nino.
Il allait poursuivre lorsqu’il reçut un message d’urgence de Ladybug. Adrien lui adressa un sourire.
— Raté. Allez, va sauver Paris.
Nino hocha la tête et partit dans la chambre d’amis.
Adrien le regarda s’éloigner avant de reprendre :
— Plagg ? Ça te dit un peu d’action ?
— Non, pas vraiment, Adrien. Mais je ne vais pas avoir le choix.
— Plagg ! Transforme-moi !
Chat Noir aperçut Ladybug avant même de distinguer clairement l’akumatisé.
Elle se tenait au milieu du carrefour, seule, le yo-yo déjà déroulé entre ses doigts. Autour d’elle, la rue avait pris des airs de champ de bataille : vitrines brisées, voitures en travers de la chaussée, morceaux de mobilier éparpillés sur le bitume. Plus loin, plusieurs civils frappaient contre les parois de sphères translucides sans qu’aucun son ne lui parvienne.
En face de Ladybug, un homme vêtu de noir et de rouge faisait tourner un boomerang métallique autour de son poignet.
Chat Noir accéléra. Le boomerang quitta brusquement la main de l’akumatisé. Ladybug l’évita d’un bond et Chat Noir sauta du toit.
— Heureusement que ton partenaire préféré est là !
Il atterrit devant elle juste au moment où l’arme revenait. Son bâton se déploya dans sa main et intercepta le boomerang dans un claquement sec. Une vibration douloureuse lui remonta le long des bras. Puis une lueur rouge traversa sa poitrine.
Chat Noir baissa les yeux. Une marque venait d’apparaître sur sa combinaison.
— Ça, c’est pas bon signe…
Il n’eut pas le temps d’en dire davantage. L’akumatisé était déjà sur lui.
Chat Noir para le premier coup. Le choc résonna contre son bâton. Une fraction de seconde plus tard, quelque chose le frappa brutalement en plein torse. Son corps décolla du sol. La tôle d’une voiture céda sous son poids lorsqu’il s’écrasa dessus.
L’air quitta ses poumons. Pendant quelques secondes, il resta allongé sur le capot déformé, les yeux fixés vers le ciel.
— Chat Noir ! cria Ladybug en se tournant vers lui.
— Ça va !
C’était largement exagéré, mais il avait connu pire. Il se redressa en grimaçant.
Ladybug venait d’envoyer son yo-yo vers l’akumatisé. Le fil s’enroula autour de son bras et elle tira violemment. L’homme glissa de quelques mètres.
Puis Ladybug fut arrachée du sol à son tour.
Elle traversa la distance qui les séparait et roula sur le bitume.
Chat Noir se figea.
Il regarda la marque rouge sur le torse de Ladybug, puis l’akumatisé qui récupérait tranquillement son boomerang.
— On récolte toujours ce que l’on sème, déclara ce dernier.
Chat Noir serra les dents. Il fallait vraiment qu’ils tombent sur le type capable de transformer chaque attaque en très mauvaise idée.
Une lumière verte éclata soudain au milieu de la rue.
— Shell-ter !
Un immense bouclier apparut entre Ladybug et l’akumatisé.
Carapace atterrit juste derrière.
— J’ai raté quelque chose ?
Chat Noir se releva complètement.
— Quelques cascades un peu honteuses.
Carapace tourna la tête vers lui avec un sourire.
— Merci pour ton soutien ! répliqua Chat Noir en croisant les bras, vexé, avant d’éviter le boomerang.
Carapace leva son bouclier. L’arme frappa sa surface avec violence. Il recula sous l’impact, ses chaussures raclant le sol.
Chat Noir attendit l’effet.
Une seconde.
Deux.
Rien.
Carapace était toujours debout.
Ladybug aussi l’avait remarqué. Son regard passa rapidement du bouclier à l’akumatisé, puis à Chat Noir.
Le boomerang revint dans la main de son propriétaire.
Chat Noir fit lentement tourner son bâton entre ses doigts. L’effet de Contrecoup ne semblait donc pas se déclencher lorsqu’ils se contentaient de bloquer ses attaques.
Contrecoup lança de nouveau son arme.
Carapace s’interposa. Le boomerang ricocha sur son bouclier et repartit dans l’autre sens. L’akumatisé dut se pencher pour l’éviter avant de le rattraper.
Ladybug leva aussitôt son yo-yo vers le ciel.
— Lucky Charm !
Une pluie de lumière rouge éclata au-dessus d’eux et un petit objet tomba dans ses mains.
Chat Noir plissa les yeux.
Une balle en mousse.
— Vraiment ?
Ladybug ne répondit pas. Elle observa les alentours.
Chat Noir suivit instinctivement son regard : une bouche d’incendie, un panneau à moitié arraché, le bouclier de Carapace, le boomerang.
Puis elle lui lança la balle.
Il la rattrapa au vol.
Elle désigna simplement Contrecoup du menton.
Chat Noir sourit.
— Avec plaisir. Les chats aussi aiment jouer à la baballe !
Il fit rebondir la balle une fois contre le sol. L’akumatisé fronça les sourcils.
Chat Noir la lui lança sans force.
Contrecoup l’évita.
La balle rebondit sur une portière et revint vers Chat Noir, qui la récupéra d’une main.
— Tu n’aimes pas jouer ? Malheureusement pour toi, le chat aime ça.
Le visage de l’akumatisé se ferma. Son boomerang partit à toute vitesse.
Chat Noir se décala.
Carapace intercepta le boomerang derrière lui tandis que Ladybug avait déjà disparu sur le côté.
Un claquement métallique retentit.
Chat Noir tourna la tête juste à temps pour voir le bouchon de la bouche d’incendie voler.
L’eau jaillit avec violence.
Contrecoup recula.
Carapace comprit immédiatement. Il plaça son bouclier dans le jet. L’eau ricocha sur sa surface et frappa l’akumatisé de plein fouet.
Celui-ci chancela sous la pression.
Chat Noir sentit son sourire s’élargir et lança de nouveau la balle.
Cette fois, Contrecoup l’attrapa au vol.
Ses doigts se refermèrent dessus.
— Ça suffit !
Il la renvoya violemment.
Chat Noir se baissa.
La balle passa au-dessus de sa tête.
Un bruit sec retentit derrière lui.
Le panneau déjà fragilisé venait d’être heurté.
Chat Noir leva les yeux.
Le métal bascula lentement.
Contrecoup eut à peine le temps de se retourner lorsque le panneau tomba sur son bras. Son boomerang lui échappa.
Ladybug bondit.
L’akumatisé se jeta vers son arme, mais Carapace lança son bouclier au ras du sol. Le boomerang glissa dessus et fut projeté dans les airs.
Le fil rouge du yo-yo l’attrapa aussitôt.
Contrecoup saisit le câble et tira brutalement.
Chat Noir vit Ladybug avancer d’un pas.
Puis ouvrir la main.
Le yo-yo lui échappa volontairement et l’akumatisé partit en arrière sous son propre élan.
Ladybug avait déjà récupéré son arme.
Le boomerang était maintenant plaqué contre le sol par le fil de son yo-yo.
Elle leva les yeux vers Chat Noir.
Il concentra l’énergie dans sa main.
— Cataclysme !
Le boomerang tomba en morceaux et le papillon noir s’éleva de l’objet. Le yo-yo de Ladybug le saisit aussitôt et, quelques instants plus tard, un papillon blanc reprenait sa liberté.
Chat Noir lui tendit la balle en mousse. Ladybug la récupéra et la lança vers le ciel.
— Miraculous Ladybug !
La vague rouge du Miraculous Ladybug traversa la rue.
Les vitrines se reformèrent. Les voitures retrouvèrent leur forme. Les sphères éclatèrent en milliers de points lumineux et libérèrent leurs prisonniers.
Chat Noir aimait toujours regarder tout se reconstruire.
Lorsqu’il se retourna vers Ladybug, elle était à genoux à côté d’une femme et lui tendait le Lucky Charm.
— Qu’il t’aide à savoir quand dire non et quand demander de l’aide. Tu n’es jamais seule.
— Merci, Ladybug. Merci aussi à vous, Chat Noir et Carapace.
Les deux hommes hochèrent la tête et lui firent un signe avant de disparaître sur les toits, bientôt rejoints par Ladybug.
— On s’est bien débrouillés ! déclara Carapace en tendant son poing.
Chat Noir n’hésita pas un instant à taper dedans.
Puis les deux hommes se tournèrent vers Ladybug.
Elle resta immobile quelques secondes, regardant leurs poings tendus vers elle. Elle hésita un instant avant qu’un sourire n’apparaisse finalement sur son visage.
Elle frappa doucement leurs poings avec le sien.
— Bien joué !