Le prix de la folie

Chapitre 9 : L'ambivalence comme clef : Partie 2

Par yoshirifi

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Chapitre 9 : L'ambivalence comme clef

Partie 2


Quelques mois s'étaient écoulés depuis sa rencontre avec Eymir. Ses nombreuses visites étaient toujours réalisées sous le sceau de la prudence et de la discrétion. La pensée que Diméthyde puisse prendre cet autre orphelin comme futur disciple était ancrée dans son esprit, sans que cette information fût clairement confirmée par son informateur. En soi, l'autre garçon s'avérait être d'une compagnie supportable, malgré son profond optimisme qui agaçait parfois Thresh. Néanmoins, le brun n'avait pas l'impression de ressentir un rejet, comme cela pouvait être le cas dans le Sanctuaire ou de façon générale depuis la mort de sa mère. Ils étaient deux orphelins. Peut-être que les épreuves traversées se retrouvaient dans leurs aspirations communes à la survie ?


Parfois, la joie que le brun ressentait lors de leurs conversations, le surprenait. Si son interlocuteur le remarquait, il ne le verbalisait pas en tout cas. Pour autant, une part de lui souhaitait haïr Eymir pour la menace qu'il représentait. Les rappels à l'ordre étaient nombreux pour que ce sentiment prenne réellement le pas sur ce qu'il éprouvait. Dans ces moments, Thresh repensait à tout ce qu'il avait enduré pour ne pas perdre l'objectivité nécessaire à la situation. Les autres demeureront toujours une menace, n'est-ce pas ?


Il ne pouvait prendre le risque d'ignorer de quoi serait fait son avenir. Du moins, l’orphelin ne le prendrait plus. Pas après tout cela. Aussi, Thresh avait pris soin d'étudier minutieusement l'emploi du temps de son maître. Il devait répondre à cette question, conjointement avec ses propres escapades. Pour le moment, le brun n'avait jamais croisé Diméthyde avec Eymir durant les sorties ponctuelles de son maître. Toutefois, certaines sorties, plus régulières, avaient également retenu son attention.


Jusque-là, il lui était difficile de se rendre à l'orphelinat durant l'après-midi, sans éveiller les soupçons des autres percepteurs du Sanctuaire sur une absence de sa part. Toutefois, il avait fait en sorte de prendre une telle avance dans ses connaissances sur la magie étudiée qu'il avait expressément demandé de pouvoir étudier de son côté. Voyant probablement le mécontentement croissant qu'engendrait cette situation chez leurs autres apprenants, on l'avait autorisé à ne pas assister à plusieurs de ces enseignements. Ce temps libre, il l'utiliserait pour finir de mener son investigation à bien.


Ce jour-là, Thresh avait pris la route pour l'orphelinat. Comme souvent, le soleil brillait malgré quelques nuages, le réchauffant durant sa marche. Le vent soufflait paisiblement contre son visage. Le brun marqua un arrêt et prit un instant pour inspirer profondément l'air marin, avant de contempler le panorama. Malgré les mouvements des vagues, ce tableau semblait immobile et intemporel. Une seconde, il crut entendre un murmure. Son cœur rata un battement et il fit volte-face. L'orphelin ne vit rien en dehors du bosquet qui bordait la route. Il secoua la tête et reprit la route.


Comme à son habitude, Thresh se dirigea vers la petite colline qu'ils avaient élue comme lieu de rencontre avec Eymir. Ce dernier l'accueillit avec une expression ravie, alors qu'il contemplait la vue, assis dans l'herbe. Le brun le rejoignit tout en prenant soin d'esquiver les ronces et autres trous, sans même les regarder.

- Tu deviens bon à ce jeu-là aussi, constata Eymir.

- Je pourrais te surprendre, confirma Thresh avec un sourire.

- C'est déjà le cas. Je ne pensais pas que tu reviendrais la deuxième fois, mais je suis content que tu l'aies fait. A plusieurs reprises d'ailleurs.

- Toujours aussi joyeux pour peu.

- Toujours aussi rationnel.


Les deux garçons échangèrent un regard pour une risette.

- Quand j'y pense, je l'étais rarement avant. Avec eux, précisa Eymir, songeur.


Thresh l'observa avec plus de sérieux, acceptant la confession de son vis-à-vis.

- Et toi ? Tu as toujours été aussi… distant et rationnel ?

- Tu as pensé à froid, déduisit Thresh, l'ombre d'un sourire sur son visage.

- Oui, c'est vrai, rigola Eymir en se grattant la nuque d'un air gêné. Mais je trouve que c'est un bon mélange, ça tempère mes élans d'optimiste.


Le brun le fixa, avant de regarder au loin.

- Je suppose que non. Il a pu m'arriver d'être… simplement en vie sans en ressentir constamment le poids.

- Et tes parents ?


Thresh se figea légèrement en songeant à sa mère, puis à son géniteur.

- Désolé, je parle trop.

- C'est bien que tu le remarques de toi-même, rétorqua Thresh avec flegme.

- Tu le sais, je suis un fin observateur de tout ce qui est silencieux. Les pierres et les arbres n'ont d'ailleurs pas de secret pour moi ! plaisanta ce dernier.

- Insinuerais-tu que je serais la somme des deux ?

- Je n'oserais pas, s’esclaffa Eymir. Mais je te trouve plus intéressant qu'eux, rassure-toi ! D'ailleurs, j'ai quelque chose pour toi.

- Tu remarqueras que je n'ai pas besoin de ton onguent, ironisa Thresh.

- Tu me demandais qui était le noble qui venait nous voir.


Cette phrase fit perdre son sourire à l’intéressé, ainsi que la légèreté qu'il ressentait jusque-là.

- Et ?

- Si je ne te connaissais pas, je pourrais croire que tu t'impatientes.


Le brun se contenta de le fixer, avant de se détourner.

- Ne boude pas, je plaisante. Il est censé passer aujourd'hui.


Thresh acquiesça silencieusement. Ce fait corroborait son hypothèse sur l'absence de Diméthyde pour le moment.

- Je n'ai pas le droit à un petit merci ? Plaisanta son vis-à-vis.


Thresh le considéra, notant que derrière la note d'humour, l'obtention de l'information n'avait pas été de tout repos. Du moins de ce qu'Eymir avait l'air de considérer.

- … Merci.


Son interlocuteur cligna plusieurs fois des yeux, avant qu'un sourire illumine son visage.

- Je n'ai pas bien entendu, tu peux répéter ?

- En regard de la tête d'imbécile que tu fais, tu as compris.

- Ah j'ai une tête d'imbécile ?


A cet instant, Eymir prit prestement sa gourde et jeta de l'eau sur Thresh. Ce dernier recula légèrement, avant d'attraper le bras de l'autre garçon pour empêcher qu'il déverse plus de liquide vers lui. Le brun se jeta sur lui et força légèrement sur le bras qu'il maintenait. L'eau ruissela sur Eymir qui riait, allongé sur le dos.

- C'est bon, c'est… bon, tu as gagné.


Thresh relâcha la pression avant de tirer sur le bras pour qu'Eymir se redresse.

- Doucement, Thresh. Tu veux me casser le bras ?


Aussitôt, l'appelé relâcha sa prise, s'étonnant lui-même de sa réaction. S'il avait effectivement pu l'imaginer quelques fois, son intention actuelle n'était pas de cet ordre.

- Ça te va bien.

- Quoi donc ?

- D'être aussi vivant, précisa Eymir avec plus de douceur. Je vais chercher quelque chose pour nous essuyer, je reviens.


Immédiatement, l'autre orphelin s'exécuta, laissant Thresh à ses pensées. Il retourna à sa contemplation de l'horizon, les bras croisés sur les genoux. Avait-il vraiment eu peur de lui faire mal ? Cette pensée le rendit perplexe. Tandis qu'il réfléchissait à cette question, des hennissements le sortirent de ses considérations.


Le brun suivit du regard un carrosse richement décoré qui arrivait par une route provenant des champs, plusieurs cavaliers l'accompagnant. Thresh se dissimula du mieux qu'il put et guetta leur arrivée. Une femme d'un âge avancé sortit de l'attelage, aidée de l'un des cavaliers. Malgré les années, sa beauté était aussi évidente que sa sévérité. Toutefois, quelque chose d'autre attira l'attention de Thresh. Il ne fut pas sûr, mais son cœur s'emballa en croyant comprendre ce qu'il avait perçu.


Soudain, l'image prenant forme devant lui ne laissa aucun doute. Eymir marchait d'un pas guilleret vers lui, accompagné du fameux noble. A cet instant, ce dernier n'avait pas encore regardé dans la direction de Thresh.


L'orphelin devait partir, trouver une solution, qu'importe mais quelque chose. Il n'avait pas fait tout ça pour mourir aujourd'hui ! Il souffla, tentant de maîtriser sa respiration et ses pensées. Il devait trouver une excuse pour s'éloigner. Dès lors qu'il se mettrait debout, il serait vu. Ramper, au-delà du caractère dégradant, ne lui permettrait pas de disparaître assez vite non plus. Soit. Pour commencer, il devait trouver une raison de baisser la tête pour ne pas montrer ses yeux. Expéditivement, il prit sa lame et lacéra suffisamment sa peau au dessus de son sourcil pour que du sang dégouline franchement sur son œil.


Brusquement, la douleur fut remplacée par les images. Son cœur battait la chamade. Ses jambes refusèrent de lui obéir et de le soulever. Ses mains tremblèrent tandis que son dos lui semblait aussi meurtri que ce jour là. Non. Il devait garder le contrôle et...

- Qu'est ce que tu fais là ? l'accusa quelqu'un derrière lui.


Ce timbre familier le sortit de sa torpeur. Thresh se retourna, voyant Diméthyde le toiser d'un air mécontent. Le brun eut du mal à dissimuler sa surprise, alors que son maître l'attrapa sans ménagement par le bras.

- Debout ! Dépêche-toi !


Néanmoins, Eymir courut vers eux, les rattrapant.

- Thresh ! Qu'est ce qu'il t'est arrivé ? s'enquit le garçon en voyant le sang. C'est vous qui avez fait ça ?! lança-t-il à Diméthyde.

- Que se passe t'il, Eymir ?


Cette voix, l'orphelin l'avait entendue une seule fois dans sa vie. Il en cauchemardait encore. La voix qui avait condamné à mort sa mère. Son poing et ses dents se serrèrent. Diméthyde prit une rapide inspiration, avant de marquer un arrêt. Sans doute, avait-il compris qu'ils ne pourraient pas partir aussi facilement, sans avoir au moins échangé quelques mots.

- Tu ne sais pas ce que tu fais, petit, persifla Diméthyde à Eymir.


Thresh regarda vers le sol, écoutant seulement les bruits de pas les rejoignant. Chaque empreinte dans l'herbe, comme autant de traces sur lui. Chaque respiration, comme scellant les siennes. Chaque bruissement de vêtements, comme autant de chaînes l'enserrant. La proximité du nouvel arrivant le sortit de sa transe.

- Diméthyde ? Cela fait quelques années.

- Sylvius, émit l'appelé. J'ignorais que le sort des orphelins te préoccupait, ni celle de ta famille.


Ce dernier soupira. Le ton agressif de Diméthyde fit sourciller Thresh, le faisant grimacer en commençant à reprendre conscience de la douleur présente. L'orphelin observa l'ombre à ses pieds, celle qui avait anéanti sa vie.


Un bref instant, Thresh redressa les yeux vers son géniteur, s'étant assuré qu'il regardait devant et non vers lui. Les années avaient marqué son visage et ses cheveux présentaient également de quelques mèches ivoire. Son attention s'arrêta sur leur caractéristique commune. Celle qui lui avait valu sa condamnation à mort. Derrière la chaleur ambre de ces iris, Thresh nota de la culpabilité et une certaine lassitude. Il n'aurait su dire envers quoi et baissa immédiatement les yeux, avant que leurs regards se croisent.

- Je n'en suis pas fier, mais tu sais comment les choses fonctionnent entre nos familles, reprit son géniteur.

- Je présume que c'est une maigre consolations pour les morts.


Un nouveau silence s'imposa alors qu'Eymir tendit à Thresh le linge qu'il était initialement parti chercher.

- Ton disciple s'est blessé ? Ça a l'air grave, je pourrais …


Thresh sentit qu'il s'approchait et allait se mettre à sa hauteur. Sa paume frôla son épaule. La chaleur du geste le surprit, autant qu'elle le révulsa. Il eut envie de saisir la dague en sa possession et de l'enfoncer profondément dans le ventre à sa portée. Toutefois, cela ne suffirait pas. La souffrance causée ne serait pas seulement réparer par la mort. Il fallait plus. Il fallait que ses cris couvrent les siens. Il fallait que la vie ait un goût de cendre. Il fallait qu'il ait envie de perdre la tête comme sa mère avait perdu la sienne. Il fallait que la souffrance soit sa seule compagne et ponctue son existence.


Diméthyde tira sur le bras de Thresh le faisant reculer.

- Ne le touche pas, je m'occupe de lui. Je ne voudrais pas qu'on le retrouve fouetté à mort, lui aussi.

- Tu sais bien que les choses étaient différentes …

- Répète-toi ça autant que nécessaire pour t'endormir. En attendant, je t'interdis de t'approcher, somma t'il, en se mettant entre eux.

- Je sais que tu tenais à elle. J'en suis désolé.

- Esmée... était meilleure que tu ne le seras jamais, fit difficilement Diméthyde.


L'inflexion émotionnelle dans la voix de son mentor ému Thresh, d'autant plus à l'évocation du prénom de sa mère par un tiers.

- Tu pourrais sauver tous ces orphelins, que tu n'en serais pas meilleur pour autant. Ça ne ramènera ni Esmée, ni ton fils ! Je pense qu'on en a fini. Évitons de se croiser à nouveau, veux-tu ? Je passe mon temps à autre chose que tuer des femmes et des enfants, et je ne souhaite pas le perdre davantage avec toi.


Après un long silence, son vis-vis murmura simplement :

- Fais attention à lui.


Devant l'inflexion étrange de cette phrase, Thresh sourcilla avant de redresser le regard. Ses prunelles ambre croisèrent leurs semblables, le temps d'un battement de cils. Aucun étonnement n’y transparaissait, seulement le voile discret d’une mélancolie ancienne. Brusquement, Diméthyde l'entraîna à sa suite, mettant fin à cet échange visuel. Son mentor rejoignit sa monture, y installa Thresh, puis s’y hissa à son tour. Ensemble, ils s’élancèrent au galop, laissant derrière eux la raison de leur rancune commune, son ombre demeurant dans leur sillage.


*****


Le duo d'ennemis arriva devant un bâtiment vétuste. Des cheminées vomissaient des colonnes de fumée grise. En soi, l'édifice était assez excentré de Zaun, propice à l'élaboration d'armes ou de protocoles peu regardants sur l'éthique. La végétation paraissait avoir relégué la conquête de cette zone au profit des cailloux et de la poussière. Lucian marqua un arrêt, jetant un coup d’œil derrière lui, avant de secouer la tête. Il attrapa le parchemin, un air songeur sur le visage.

- Commencerais-tu à douter du bien fondé de ton action ? Se gaussa Thresh.


La Sentinelle redressa son attention vers lui, puis retourna à son introspection, mutique. Son absence de réponse intrigua autant qu'elle amusa le brun. Le sujet de sa réflexion devait être important pour que le petit ne réagisse quasiment pas. Soit, il lui laisserait les quelques minutes nécessaires pour qu'il soit pleinement concentré, ayant lui-même des éléments à vérifier avant de s’engouffrer dans ce qui paraissait être un piège. Il s'éloigna et observa les alentours.


A première vue, la construction comportait deux étages. Chaque fenêtre était protégée par des barres métalliques. Les cheminées ne laissaient pas deviner où se trouvait leur point de combustion initiale. En dehors de la porte principale, aucune autre sortie n'était visible. En somme, un endroit qui pouvait rendre toute fuite plus complexe, sans autre atout telle que la magie.


Cependant, la sienne était sous surveillance. L'ancien spectre percevait les mouvements de Zac sous terre, comme l'ombre des siens. L'idée qu'on puisse le suivre de cette façon était cocasse, mais présentement l'agacement prenait le pas. Si les choses ne se déroulaient pas comme la Sentinelle le prévoyait, et ce serait très probablement le cas, Thresh devait pouvoir avoir recours à sa forme spectrale.


Toutefois, il ne doutait pas que ses ennemis restreindraient l'utilisation de leurs armes Hextech contre lui, en regard de leur précédente confrontation. Cela laissait le soin à la Sentinelle de lui tirer dessus. Il l'aurait fait dans les égouts, mais pouvait-on parier que ce serait le cas dans une situation où il savait que Zac interviendrait contre eux ? Le natif des Îles Bénies poussa un léger soupir, avant de revenir vers son acolyte de circonstances.


Lucian s'approcha de lui :

- Alors ?

- Tu voulais quelque chose ?

- Je commence à te connaître. Il y a d'autres sorties ?


Thresh lui lança une expression amusée, avant de répondre simplement :

- Non. Un piège en bonne et due forme.

- Bien.

- Je commence à penser que ton inconscience dépasse la considération que j'avais de ton état mental, constata Thresh.

- Si je peux te surprendre toi, ça ne devrait pas être compliqué de les surprendre eux. En route.


Le brun l'observa s'éloigner un instant, l'ombre d'un sourire se dessinant face au comportement du mortel. Thresh le rejoignit et le duo se dirigea de l'entrée de l'édifice. D'une main déterminée, le tireur entrouvrit la porte. Un couinement métallique résonna, suivi des bruits de leurs pas. L'intérieur du bâtiment était aussi peu chaleureux que son extérieur. Des conteneurs recelaient une substance violette, dont la lumière donnait une teinte rosée sombre à l'environnement.


Devant eux se trouvait une femme vêtue de blanc, leur tournant le dos. Elle tenait une fiole dans une main métallique, l'observant avec attention. Ses yeux marrons se détournèrent légèrement de l'objet pour s'orienter vers les nouveaux arrivants. Un intérêt illumina son regard en s'attardant sur Lucian puis sur Thresh.


Le brun sentit un mouvement dans son dos et vit un sbire fermer la porte derrière eux. Il parcourut du regard le reste des lieux, comptant une quinzaine d'hommes de mains. Renata brisa finalement le silence :

- Je commençais à croire que la vie de cette fille ne t’intéressait plus, Lucian.

- Où est-elle ?

- Où est ce que je t'avais demandé ?


Lucian grommela avant de sortir le document. Leur cheffe se rapprocha, laissant distinguer plus finement les traits de son visage. A première vue, elle paraissait être aussi jeune que le tireur voire même plus. Quelqu'un ayant autant de pouvoir aussi vite ? Ce fait piqua la curiosité au vif de l'ancien spectre. Elle tendit lentement la main vers le document.

- Jayna, exigea Lucian.


Renata fit un petit signe de tête. Immédiatement, ses sbires amenèrent Jayna, la tenant par chacun de ses bras. Elle paraissait légèrement sonnée. Ses yeux s'ouvrirent difficilement, puis son regard s'attarda sur le duo d'ennemis.

- Que lui avez-vous fait ? s'enquit Lucian.

- Elle s'agitait quelque peu. Nous lui avons administré un petit calmant. D'ici peu de temps, cet état passera. Le parchemin, maintenant, ordonna Renata, tandis que ses hommes déposèrent Jayna à ses pieds.


Lucian lui donna de mauvaise grâce, avant de s'accroupir et de vérifier l'état de sa protégée. Il l'attrapa par le bras et la souleva sur son dos. Il jeta un regard à Thresh, et se détourna rapidement vers la sortie. Des sbires lui barrèrent la route. S'apprêtant à ouvrir le parchemin, Renata arrêta son mouvement pour observer la Sentinelle.

- Tu as ce que tu voulais, non ? commenta Lucian.

- Peut-être bien, mais eux non, nuança Renata.


Des Conceptionnistes sortirent de l'ombre arborant leur cape rouge.

- Tu es libre de partir, mais le spectre va avec eux, exposa Renata en désignant nonchalamment Thresh de la main.


Lucian fit volte-face.

- Ce marché n'engageait pas Thresh.

- J'ai pris la liberté de le compléter puisqu'il est sur mon territoire et à décimer une partie de mes hommes.


Ce fait arracha un rictus à l'appelé. Les Conceptionnistes s'approchèrent et l'entourèrent en laissant une certaine distance malgré tout.

- Ici, peu importe qui vous êtes. Immortel ou non. Rien ne te retient, Lucian, rappela froidement Renata.


Ce dernier lui lança un regard mauvais, avant de jeter un coup d’œil au tortionnaire. Le tireur soupira, avant d'acquiescer. Les sbires de Renata s'écartèrent et Lucian franchit la porte. Leur meneuse leur fit un petit signe de tête et deux d'entre eux sortirent également.


Thresh esquissa un sourire fugace avant de détailler chacun des hommes le menaçant, la main sur une des lames en sa possession. Le groupe d'ennemis se resserra autour de lui, arme non contondante en main. L'ancien spectre alla à leurs rencontres, laissant s'approcher les lames, s'appuyant presque contre :

- Si vous deviez me tuer, vous ne prendriez pas autant de précaution.


Soudain, il attrapa l'une des mains pointant une dague contre lui. La jeune fille qui la possédait, émit un cri de surprise, alors qu'il l'attira et la bloqua contre lui.

- Je n'ai pas le même problème, se délecta le tortionnaire.


Thresh avança derechef, laissant les lames de ses ennemis transpercer lentement sa proie fraîchement prise. Son cri d'agonie fut long, tandis que son sang ruisselait au sol. Thresh poussa le cadavre empalé sur plusieurs lames, faisant reculer avec force plusieurs de ses adversaires. Il ramena son bouclier de fortune désarmant l'un d'entre eux, une arme prise dans les côtés. Il retourna le corps de la fille de sorte d'avoir une prise plus solide grâce à la garde de la lame emprisonnée. A son tour, il planta la sienne au niveau de sa clavicule, s'offrant une seconde prise.


L'ancien spectre s'approcha de nouveau de ses ennemis qui essayèrent de lui enlever le corps de la fille. Soudain, il enfonça avec plus de force la lame au niveau de la clavicule, transperçant une main ennemie dans le mouvement. Le blessé cria de surprise et lâcha le corps. Thresh en profita pour donner un large mouvement éloignant les autres, avant de récupérer son arme et de se jeter sur sa nouvelle proie. Il lacéra expéditivement les yeux de ce dernier, avant de se préparer à empaler son nouveau bouclier. L'un des Conceptionnistes maugréa :

- Vous aviez dit que vous nous le remettriez.

- C'est le cas. Si vous voulez qu'il soit plus docile, cela coûtera plus.

- Très bien.


Aussitôt, un des hommes de Renata sauta face à lui. Ses yeux présentaient une étrange teinte rose. Couleur qui parcourait les veines sur sa peau, sculptant sa musculature hors norme. Soit, ce serait sans doute moins facile avec celui-là. Son adversaire balaya l'aveugle qu'il détenait d'un revers du bras. Celui-ci s'écrasa avec force contre l'un des murs dans un gargouillis morbide.


Thresh eut à peine le temps de récupérer son arme, que son adversaire s'avança avec une telle vélocité qu'il le saisit à la gorge. Il le souleva sans difficulté d'une trentaine de centimètre du sol. L'ancien spectre grimaça alors qu'une de ses mains vint tenter de desserrer la prise de son adversaire. De l'autre, il planta son arme à plusieurs reprises dans le bras de son adversaire. Il visa les différentes artères, faisant dégouliner abondement du liquide rose. Alors que Thresh s'apprêtait à retirer l'arme pour la planter à nouveau, son adversaire lui attrapa sans ménagement sa main. Il lui tordit le bras, laissant son arme plantée transversalement.


Soudain, l'ancien spectre relâcha sa prise sur la main qui l'étranglait pour attraper la deuxième lame en sa possession. Tandis que son adversaire le maintenait par la gorge, il planta son arme perpendiculairement à la première. Thresh força avec autant de vigueur que la situation le lui permis. Lentement, la flaque à leurs pieds s'élargit. Soudain, la peau se déchira plus nettement déversant une nouvelle flaque rose sous ses pieds. Son adversaire cria de douleur et le balança dans le décor. Le brun sentit quelque chose heurter son dos, mais n'eut le temps de voir quoi. Il s'écrasa lourdement à plusieurs mètres, un des Conceptionnistes ayant réceptionné sa chute. Le mastodonte retira les lames et les balança avec rage au sol.


De son côté, Thresh perçut une douleur nette au niveau de son poignet gauche. Probablement était-il brisé. Il se redressa avec difficulté, tandis qu'un autre des sbires de Renata apparut dans son dos. Il le saisit par la nuque, le souleva de sa hauteur et le plaqua à terre. L'impact fut tel que le sol se craquela. L'ancien spectre lâcha un petit râle. Son adversaire appuya un genou contre son dos et maintint sa tête d'une main, l'immobilisant.


- Voilà, maintenant vous pouvez l'attacher, semble-t-il. Faites-le solidement, pour éviter d'autres débordements, constata Renata en le fixant.


Thresh entendit des bruits de pas s'approcher, avant qu'on ne lui saisisse les bras. Il contint toute démonstration de douleur, tandis qu'on lui enserrait solidement les poignets et les chevilles. Des bottes se postèrent devant son visage, puis firent le tour. Il sentit le courant d'air et entendit des grattements à proximité. Une odeur nauséabonde de détritus le submergea.

- Emmenez-le.


Aussitôt, plusieurs mains se posèrent sur lui pour le soulever, avant de le déposer sur quelqu'un d'assez massif. Dans la situation actuelle, se débattre ne lui servirait pas. Sans sa forme spectrale, venir à bout de ces gorilles serait plus complexe. Autrement, la question ne se serait même pas posée. Autant s'éloigner de cet endroit, les Conceptionnistes seront plus faciles à gérer physiquement avec les capacités qu'étaient présentement les siennes. Ce fait l'irrita, mais il se contenta de patienter.

- Je veux le triple lors de la prochaine livraison, exigea Renata.

- Le triple… ? maugréa l'un des Conceptionnistes.

- Il a blessé gravement l'un de mes hommes. Cela mérite rétribution, en plus de sa capture.


Un silence pesant s'en suivit. Des grattements récurrents ponctuèrent le calme.

- Marché conclu, répondit une seconde voix. En route.

- Où est-elle ? Où l'ont-ils caché ? marmonna une voix.


Chacun se scruta, visiblement étonné. Soudain, la porte s'ouvrit en grand, interrompant l'examen visuel de la pièce.

- Renata Glasc, émit une voix forte. Vous êtes en état d'arrestation pour possession de documents illégaux et usage du Shimmer.


Vi s'avança, suivie d'une troupe conséquente de soldats de Piltover.

- Relâchez-le, réclama Lucian.


Un rictus apparut sur les traits de l'ancien spectre en songeant à l'ironie de la chose.

- Maintenant ! exigea le tireur.

- Ou quoi ? En tant que Sentinelle, tu devrais nous aider plutôt que de le défendre, s'offensa l'un des Conceptionnistes.

- Ça, c'est mon problème.


Renata s'avança.

- Quels documents ?

- Tu le sais parfaitement, gronda Vi. Soit vous coopérez gentiment, soit on va utiliser d'autres moyens, menaça-t-elle en appuyant sa main contre sa paume.

- Regarde par toi-même, fit Renata à Vi en tendant le rouleau.


Lucian eut un geste brusque, en disant :

- Vi !


Cette dernière ouvrit le parchemin. Un bruit de frottement résonna. Le parchemin s'embrasa vigoureusement dans ses mains. Aussitôt, Vi relâcha le document et recula.

- Un petit conseil, Sentinelle. Dissimule mieux les allumettes la prochaine fois. Sans compter l'odeur de l'alcool, releva avec sagacité Renata.


Thresh songea à la surprise dont avait parlé le tireur avant d'entrer ici. Certes, c'était moins frontal qu'usité, mais la marge de progrès sur la subtilité était à travailler.

- Et pour le Shimmer ?

- Je mène des expériences pour le combattre. C'est nécessaire pour pouvoir s'en protéger. Ta précieuse commandante l'a compris. Voici un ordre de sa main.


Vi attrapa la feuille que Renata lui tendait.

- Ne t'en fais pas, je ne l'ai pas piégée, ironisa celle-ci.

- Ce … Cait n'aurait pas...

- J'ignore quels sont vos désaccords, mais je te prie de ne pas les régler ici. Je ne fais que rendre la vie des habitants meilleurs, moyennant rétribution.


Vi empoigna Renata par le col. Aussitôt, ses hommes se manifestèrent, pointant leurs diverses armes dans la direction de son agresseur.

- C'est un faux !

- Toi qui est si proche d'elle, tu dois reconnaître son sceau et sa signature. Retourne-lui demander, si cela ne convient pas. Maintenant, lâche-moi si tu veux repartir en un seul morceau. Ta mort compliquerait nos relations, mais je saurais également en tirer profit, menaça Renata.


Vi relâcha Renata, qui remit ses vêtements droits. Elle lui tourna le dos, avant de renchérir :

- A moins que lui renvoyer un cadavre ne soit un message assez parlant pour ceux qui essayent de me doubler.

- Te doubler ? Elle ne savait pas que je viendrais ici !

- Tu crois cela ? Tu ne la connais peut-être pas aussi bien que je le pensais, finalement. Tu devrais savoir qu'elle ferait tout pour protéger sa précieuse ville, quitte à fréquenter et à traiter avec les Barons de la Chimie. Cette Brume n'a été qu'un élément accélérant le processus. Il faut bien que les vivants apprennent à arrêter ces créatures et ce n'est pas avec un sens moral et des principes conservateurs que l'on fait avancer les choses. Ta sœur l'avait compris.

- Ne parle pas de Powder !

- Pourtant, elle est devenue un symbole de Zaun à un moment. C'est ce qui a conduit cette ville à s'émanciper de Piltover.

- Tu ne la connaissais pas !

- Certes, non. Toutefois, j'ai pu assister aux conséquences de ses actes. Tu penses que la situation que nous vivons est différente ? Tant que nous aurons des richesses et du pouvoir, il seront toujours convoités. Si ce n'est par les Barons et les familles aristocratiques, ce sera par Noxus ou Demacia. Pour nous défendre, nous devons évoluer et posséder des armes qui rivalisent avec les leurs. C'est aussi simple que ça, et c'est ainsi que s'établissent les relations entre les puissants. En fonction des dégâts que chacun peuvent se causer.


Les paroles de Renata étaient censées. Tout n'était que rapport de force. Cependant, la position de Vi semblait plus proche de celle de Lucian. En particulier sur l'idéalisme avec lequel devait être résolu ce genre de situation. Allait-elle franchir le pas en comprenant que sa manœuvre était un coup d'épée dans l'eau ? De ce point de vue, le fait d'être aux premières loges des intrigues des autres agréait le tortionnaire. Les grattements revinrent, entraînant de nouveaux échanges de regards entre les différentes parties.


Vi poussa un soupir, avant de jeter un regard à Lucian.

- Désolé. Saisissez-le.


Les soldats Piltoveriens s'approchèrent de la Sentinelle qui grommela. Il mit en joug les gardes s'approchant de lui.

- Dans ce cas, désolé pour ça.


Il croisa le regard de sa Némésis. Expéditivement, le Démacien chargea ses armes et lui tira dessus avec vigueur. La magie en lui explosa avec force, le crispant. L'intensité de la décharge fut telle que Thresh se mordit les lèvres.


Son porteur le laissa tomber lourdement au sol. Les bruits de pas se firent de plus en plus éloignés, autant que les ombres de sa réalité sombrant avec lui dans son inconscience.




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