Le prix de la folie

Chapitre 8 : A l'orée d'une brumeuse réalité : Partie 3

Par yoshirifi

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Chapitre 8 : A l'orée d'une brumeuse réalité

Partie 3


La brise effleurait l'herbe verdoyante. Sous l'ombre d'un arbre, il avait trouvé refuge contre l'agressivité de la lumière. Un livre sur les genoux, il se savait en sécurité. Il perçut la voix familière de sa mère, lui faisant signe. Elle le rejoignit et s’assit à ses côtés, un air paisible sur ses traits. Délicatement, le revers de sa main se posa sur sa joue, alors qu'ils échangèrent un regard. Ses yeux clairs reflétant la transparence d'un lac d'une pureté éblouissante. Il ferma ses paupières un instant, profitant de la caresse chaleureuse. «Tu pourrais rester ici avec moi ». Cela serait simple. Cela semblait être la meilleure solution. Pourtant quelque chose n'allait pas. Il fronça les sourcils, tandis que la voix résonnait de plus en plus fort.


Brusquement, le présent s'imposa à lui. Sa main spectrale maintenait en l'air un corps dépourvu de combativité. Deux filets de sang s'écoulaient de ses orbites, vidés de leurs propriétaires. Son bras droit avait un angle anormal. Sa lanterne scintillait vigoureusement de sa teinte verdâtre macabre. Lâchant la dépouille, le Garde aux Chaînes examina les alentours.


Le liquide carmin formait des flaques par endroits, jonché de morceaux de cadavres. Aucune de leurs âmes ne demeurait dans leurs corps. Le tortionnaire pouvait effectivement sentir les nouvelles arrivantes dans son objet fétiche. Onze précisément. S'il avait souvenir de ce qu'il venait de se passer, probablement aurait-il apprécier ce fait.


Cependant, la situation le laissait perplexe. Que s'était-il passé ? La magie de leurs armes différait de celle du gamin. Était-ce le fruit de cette interaction ? Si tel était le cas, il devait en avoir le cœur net. Pour autant, l'idée d'ignorer ce qu'il avait fait durant un laps de temps, aussi court fut-il, le troublait. Les seuls qui avaient la possibilité de lui confirmer qu'il fut lui-même, étaient ces deux jouets. L'apparition sonda les alentours. A priori, cette zone avait été désertée par les âmes qu'il connaissait si bien.


Dans un tintement métallique familier, le spectre s’élança sur son nouveau terrain de chasse. Parallèlement à sa progression, il inspecta méticuleusement chaque endroit de cette ville noyée dans son brouillard gris. Thresh percevait nettement l'éloignement rapide des habitants, à mesure de l'écho de ses chaînes se rapprochant. L'analogie avec les Îles Obscures l'amusa quelque peu.


En y réfléchissant, l'un de leur assaillants avait évoqué le passage de « spectres qui avaient ravagé » cet endroit. De son côté, l'apparition percevait l'attirance de la Brume à son encontre. Elle se situait à une centaine de kilomètres au Nord de sa position. Il songea au roi déchu, puis à Isolde et enfin à Senna. Le chemin du premier impliquait forcément le déplacement des deux autres. Si le siège de le Conception Écarlate était effectivement à Démacia, la route de Viego le conduirait sans nul doute là bas.


Un instant, le tortionnaire se remémora la délicieuse expression de son ancienne prisonnière au moment où il l'avait fauchée. L'imaginer mal en point, comme avait pu le confier l'un des Conceptionnistes, l'agréa. Néanmoins, ce fait fut tempéré par l'éloignement de cette dernière, bien que temporaire, de sa lanterne. Son agacement fut d'autant plus tangible en songeant aux mortels qui s'était permis d'enlever son jouet. En somme, sa propriété. Il prendrait le temps de leur enseigner cette leçon. Personne ne lui échappe.


Finalement, le Garde aux Chaînes perçue ce qu'il convoitait à environ un kilomètre à l'est. Son rire résonna dans l'air, alors que les lumières vacillèrent une seconde.


Brusquement, une décharge électrique le frappa de plein fouet. L'apparition chancela légèrement. Avant qu'il ne sonde les environs, une humaine apparut, le tenant en joug. Ses cheveux était d’une couleur vive et inhabituelle. Des arcs électriques semblaient effleurer son corps, comme si elle était une incarnation de cet élément. La gravité dans ses yeux marrons dénotait également d'une espièglerie propre à un être qui avait l'habitude de ces situations.


- Je pensais que vous étiez tous partis, constata-t'elle.

- Mes projets ne t'impliquaient pas, pour l'instant. Tu serais sage de conserver cette chance et de déguerpir, répondit froidement Thresh.

- Te laisser te balader et tuer n'est pas une option, poursuivit-elle.


L'air se chargea d’électricité. A cet instant, son adversaire fusa sur lui. Une tempête électrique dévastatrice se déclencha. Cette fois, Thresh accusa le coup, la décharge le déstabilisant franchement. Des arc électriques se dessinèrent dans la zone. Le métal autour d'eux participait à créer une cage zébrée d'éclair. Il s'amusa de l'ingéniosité d'une telle prison élaborée en aussi peu de temps, alors que la fille s'était éloignée à nouveau. Elle chargea son pistolet, derechef.


De son côté, l'apparition fit tournoyer son crochet avant de le lancer dans sa direction. L'humaine l'esquiva. L’arme spectrale s’abattit violemment sur une plaque métallique, l’envoyant valser au loin. Aussitôt, une partie de la cage lumineuse s'évanouit. En réponse, son assaillante poursuivit plus intensément ses tirs. Le spectre en essuya une partie. La douleur était vive et lancinante, mais supportable. Toutefois, l'humaine sembla suffisamment surprise pour se reculer franchement, le souffle court.


Le Garde aux Chaînes s'avança tranquillement, alors qu'elle tentait de conserver la distance entre eux.

- Un manque d'énergie peut être ? S'amusa l'apparition.

- J'en aurais assez pour te botter les fesses, rétorqua-t'elle avec cette même lueur dans les yeux.


Le pistolet électrique se chargea de nouveau, tandis que la faux spectrale ondulait circulairement. Le Garde aux Chaînes analysait les mouvements de sa proie et ceux qu'il avait pu observer naguère. Sans crier gare, l'arme fantomatique vola dans la direction de son adversaire. Cette dernière bondit à côté, avant de s'approcher et de faire feu. La douleur fut intense, mais Thresh resta concentré. Expéditivement, le tortionnaire ramena son crochet. La faucille frôla sa proie et revint à lui sans la prise escomptée. Le manquement de sa cible l'étonna le temps d'un battement de cils. L'angle calculé semblait pourtant juste en regard de la position de l'assaillante. Les multiples coups reçus avaient probablement altéré quelque peu sa perception.


La jeune fille en profita pour continuer ses assauts, demeurant mobile. Elle le tenait efficacement éloigné, alors que le temps ne lui profitait pas. La magie impie en lui s'affaiblissait. Soit, c'était à lui de venir à elle. L'apparition s'approcha, contraignant la mortelle à s'enfoncer dans une ruelle. Son crochet reprit sa danse circulaire, tandis les balles électriques illuminant l'espace entre eux.


Brusquement, Thresh lança son arme. La petite bondit sur un côté du mur, avant de se propulser le long de ce dernier.

- Bien essayé lui lança t-'elle, avant de poursuivre sa route.


Le tortionnaire la vit glisser vers leur zone de combat initiale. Son apparence spectrale s'évanouissait de plus en plus. Tandis qu'elle allait bondir, l'apparition concentra les restes de magie dans son crochet et le jeta avec force. L'humaine écarquilla légèrement les yeux, avant que l'arme ne la heurte en l'air. Elle atterrit violemment au sol. Son pistolet s'écrasa à un mètre d'elle. Thresh se jeta sur elle, avant qu'elle ne se redresse. Il enserra sa gorge, ses traits humains totalement apparent.

- Lâche là !


Dans son dos, une autre voix masculine résonna. Le disciple de Diméthyde fit volte-face sa proie toujours en main, suffoquant.


Son vis-à-vis à la peau brune arborait un sablier blanc sur le front et une crête blanche. Une épée était posée sur son épaule et un air sauvage lui paraît le visage. D'autres mortels dissimulés sous un masque vinrent à sa suite.

- LACHE-LA, exigea le mortel.

- Pas sans contrepartie. A ce propos, vous devriez prendre en compte le fait qu'elle ne tiendra pas éternellement sans air. De plus, je présume que votre inaction est due à sa magie. Ses pouvoirs sont certes intéressants et singuliers, mais endigue tout secours de votre part en combat. J'en conclus qu'elle doit être dans l'incapacité de les utiliser à cette seconde, puisque vous êtes devant moi, exposa avec neutralité l'ancien spectre.


Le chef de la bande grimaça, avant de céder :

- Qu'est ce que tu veux ?


La première impulsion de Thresh fut de penser qu'il était venu récupérer ses possessions. Cependant, afficher aussi nettement son sadisme le desservirait dans sa position actuelle. D'autant que le groupe d'inconnus semblait tenir aux siens. Preuve étant qu'ils s'abstenaient de toute offensive afin de parlementer pour la fille.

- Mes acolytes mortels ont été enlevés lors de notre passage en ville. Ils se trouvent dans ce bâtiment, fit le spectre en désignant.


Des murmures résonnèrent parmi les masqués, avant que le meneur ne reprenne la parole.

- Pourquoi ?

- Il ne me semble pas que tu sois en position de poser les questions, s'amusa le tortionnaire.


Son interlocuteur grimaça, le regard amer.

- Je souhaite des informations, puisque vous semblez les connaître. Ensuite, je me débrouillerais, précisa plus sérieusement le natif des Îles.


La fille émit un bruit de suffocation, ce qui finit d'achever la résolution de leur chef.

- Très bien, mais relâche-là, exigea le jeune Zaunien.


Thresh desserra légèrement son emprise. Sa proie reprit sa respiration bruyamment. Toutefois, il conserva sa main sur la gorge de la mortelle. Voyant qu’il n’obtiendrait rien de mieux, son interlocuteur soupira.

- Renata Glasc. Voici le nom de la personne chez qui vous vous dirigez.


L'ancien spectre nota l'air méfiant et la rancune semblant rutiler dans les prunelles marrons de son jeune interlocuteur.

- Elle est l'une des personnes les plus puissantes de Zaun et l'un des barons de la chimie. Je suspecte même son empire de s'étendre au-delà de notre ville, finit ce dernier, le regard au loin.

- Ce bâtiment …

- Possède trois entrées, compléta instantanément le jeune Zaunien. Chacune gardée par une demi-douzaine de sbires. Tous possèdent la technologie Hextech et parfois plus …


Le plus âgé l'interrogea du regard. Son vis-à-vis clarifia ses sous-entendus:

- Une drogue qui peut décupler la force, mais les enrage. Ils en deviennent dépendants. Personne ne l'attaque parce que, d'une façon ou d'une autre, Renata trouve toujours le moyen d'acheter ce qu'ils convoitent, afin de les avoir à sa botte.

- As-tu une idée de ce qu'elle souhaite ?


Le jeune homme eut une mimique d'agacement, avant de le fixer simplement. Il reprit sobrement :

- Ce que je sais, c'est que si votre ami a conclu un marché avec elle, elle ne le laissera pas partir avant qu'il ait payé sa dette. Je dirai qu'attaquer frontalement serait suicidaire, mais je ne suis pas sûr que la mort soit un problème, dans votre cas.


Thresh lui adressa un air amusé, tandis que ce dernier le détaillait avec méfiance. Il arrêta son attention les fers à ses poignets. Son interlocuteur sembla surpris, avant de s'attarder dessus pendant quelques instants.

- C'est toi qui les as crées ? Devina le brun.


Le plus jeune resta interdit une fraction de seconde.

- Seulement un prototype. Toutefois, il semble que vous ayez déjà trouvé une faille, souligna ce dernier passablement amusé. Comme je l'ai dit, Renata a plus de pouvoir qu'il n'y paraît et sa toile s'étend au delà de ce qu'elle montre. Néanmoins, étant donné votre … statut, peut-être arriveriez-vous à négocier avec elle. Après tout, vous possédez quelque chose qu'elle n'a pas : l'immortalité.

- Rien n'est jamais gratuit, lança Thresh avec flegme.

- Non, nous sommes d'accord. A ce sujet, je pense avoir payé ma part, alors laissez partir Zeri, émit le meneur avec conviction.

- Tout comme tu pourrais m'avoir raconté n'importe quoi, rétorqua la manipulateur aguerri.

- C'est vrai, mais vous arrêter n'est sûrement pas dans notre intérêt. Je ne tiens pas à perdre mes compagnons dans un combat stérile. Nous avons d'autres batailles à mener. Nous avons vu les ravages de vos semblables. Une chose est sûre : je ne tiens pas à les affronter si je n'y suis pas contraint. Cependant, s'il le faut, je n'hésiterais pas, finit-il en abaissant son épée, signe qu'il défendrait sa partenaire.


De son côté, Thresh avait suffisamment perdu de temps dans cette altercation. Connaissant le gamin et en regard du tableau dressé de cette Baronne de la Chimie, ce dernier allait vraisemblablement se montrait impulsif et …


A cet instant, le fruit de ses réflexions sortit du bâtiment, l'air grave. Le chef de bande réagit également et le héla. Lucian redressa la tête. Ses traits s'adoucirent légèrement en voyant le garçon à l'épée. Puis son regard se déplaça sur lui, et enfin sur Zeri. Immédiatement, une expression énervée se dessina sur son faciès. Toujours son impulsivité qui revenait au galop … Amusant. Comme à son habitude, l'ancien spectre lui répondit par une expression satisfaite.

- Thresh … Arrête ça ! S'énerva la Sentinelle en se rapprochant du groupe.

- Attend... Ton acolyte c'est … Lucian ? Émit avec un étonnement palpable le Zaunien.


Une fois Lucian à leur hauteur, le brun relâcha la jeune fille qui s'écroula au sol, avant de toussoter. Son sauveur se précipita vers elle et s'assura de son état. La Sentinelle suivit le mouvement. Il se redressa quelques instants plus tard, visiblement rasséréné par le fait qu'elle s'en sortirait sans plus de séquelles. Enfin, le compagnon de Senna lui accorda son attention.


Son air sérieux indiquait la gravité de la situation. Ne voyant pas Jayna avec lui, il présuma que le marché serait la liberté de la brune. Simple, mais efficace. Surtout avec le gamin. C'était d'ailleurs ce qui était à l'origine et le poussait à entretenir cette relation avec sa Némésis. Pour elle. Pour Senna. Pour comprendre et la sauver. Le plus âgé trouvait toujours cela aussi risible que pathétique. Pour autant, une part de lui avait hâte de découvrir quelle requête mettait le tireur dans cet état.


Le jeune Zaunien aida sa partenaire à se redresser. Lucian posa sa main sur son épaule :

- Je suis désolé pour … ça.

- Je croyais que vous combattiez ces choses, s'irrita le meneur.

- Je n'ai pas eu d'autre choix, admit Lucian le regard loin.

- J'espère qu'elle guérira, lui lança avec compassion le garçon. Toutefois, je t'avais prévenu que faire affaire avec Renata ne serait pas sans conséquence. Pourtant, j'ai l'impression que tu continues à demander de l'aide à des personnes qui ne le feront pas.


Lucian se raidit légèrement en entendant cela.

- Ekko … Je sais ce que je fais, affirma fermement la Sentinelle.

- C'est pour ça que tu te retrouves à honorer une dette, qui aura probablement des conséquences sur cette ville ... souligna Ekko.

- Tenteras-tu de m'arrêter ? Questionna douloureusement le tireur.


Le Zaunien grimaça, avant de regarder ses comparses et d'expirer fortement.

- Je connais déjà les conséquences de se rebeller contre elle. Je ne lui donnerais pas un prétexte aussi direct pour sévir. Et puis … nous n'avions pas besoin de rajouter les ravages de fantômes à la situation actuelle de Zaun … Cette ville en est suffisamment remplie, finit-il amer.

- Vers où se dirigeait la Brume ? Questionna Lucian.

- Au Nord. Par contre … toi qui est coutumier de ces affrontements, qu'est ce que l'on doit faire ? Interrogea avec intérêt le garçon.

- Ne pas mourir dans cette Brume. La vie est difficile ici, mais crois-moi, tu n'aimerais être prisonnier dedans pour l'éternité, précisa tristement le compagnon de Senna.


Il jeta à coup d’œil à Thresh qui lui répondit par un sourire narquois. Ekko sourcilla, visiblement surpris :

- C'est lui ? Je ne pensais pas que tu suivrais ce plan … J'espère sincèrement que cela pourrait aider Senna, mais n'oublies pas les autres sur ta route, pria-t'il.

- J'espère que la tienne te conduira également où tu souhaites, attesta la Sentinelle, un regard entendu.

- Sauf si tu ruines l'ensemble de mes efforts, objecta froidement Ekko.


Après un silence assez lourd, Lucian reprit :

- Elle m'a demandé de voler quelque chose chez les Kiramman. Des plans des ... « Hexgates ».


Ses acolytes murmurèrent, le temps qu'Ekko réfléchisse. Zeri remua faiblement contre son épaule.

- Tu as combien de temps ? Questionna avec neutralité le garçon à l'épée.

- Jusqu'à demain, minuit, confia le Démacien.

- Comment vas tu t'y prendre ? Interrogea dans la foulée son interlocuteur.

- Passer à Piltover, et me faufiler dans cet endroit la nuit, émit Lucian sans grande conviction.

- Depuis la reprise du trafic à Zaun, le passage de l'autre côté est redevenu complexe. Ils s'assurent bien que ce genre de visite arrive le moins possible. Mais … expliqua Ekko, en songeant à quelque chose.

- Mais ? Appuya le compagnon de Senna avec empressement.

- Je connais quelqu'un qui pourrait vous faire passer sans souci. Elle connaît aussi bien Zaun que Piltover, proposa le Zaunien avec flegme.

- Dans combien de temps pourrait-elle là ? S'enquérit Lucian.

- Une bonne heure, annonça Ekko, après un léger temps de réflexion.


Ce dernier se tourna vers un de ses acolytes et lui murmura:

- Fais-lui passer le message et dis lui que c'est urgent.


Pour l'ancien spectre, cette proposition semblait trop belle pour être sans contrepartie ou sans piège. De son point de vue, abandonner Jayna à son sort et poursuivre leur route demeurait la meilleure option. Cependant, le plus âgé savait pertinemment la divergence d'opinion qu'aurait Lucian sur ce sujet. En conséquence, s'ils devaient se rendre à Piltover, sans perdre plus de temps, ni éveiller les soupçons, un guide serait évidemment le meilleur moyen d'atteindre sa cible.


- Bien. Où sera le point de rendez-vous ? Demanda la Sentinelle.

- Retrouve-moi dans une heure, au niveau du passage surplombant la Dernière Goutte, indiqua calmement Ekko.


Lucian acquiesça et les regarda s'éloigner. Il jeta un coup d’œil vers la fabrique de Renata, puis s'enfonça dans une des sombres ruelles adjacentes.


*****


Pendant le laps de temps qui lui avait été accordé, le tireur s'était résolu à aller manger quelque chose. Il s'était attablé au premier bric-à-brac vendant de la nourriture, l'air songeur. La Sentinelle avait uniquement ouvert la bouche pour demander son repas et régler son dû.


Durant toute sa collation, son regard avait été plongé dans un lointain vide. Celui de ses souvenirs ou de la raison de sa présence dans cet endroit. Probablement les deux. L'ancien spectre s'était contenté de l'observer du coin de l’œil. Parallèlement, il détaillait également le reste de son environnement, plus alerte par le présent que son vis-à-vis mortel.


Plusieurs fois, l'expression dans les yeux de son jouet reflétait cette profonde haine que Thresh lui connaissait si bien. Pour autant, elle était accompagnée des incertitudes, de la tristesse et de la culpabilité que le spectre avait appris à discerner sur les traits de son cadet. Comme un livre dont on découvrait les secrets. Lorsque le mortel eut fini, il fit un signe de tête au brun, mutique.


Le duo d'ennemies arpenta les rues sinistres de Zaun, toujours sous le regard curieux voire malveillants des riverains. Le trafic allait bon train pour peu que l'on se donnait la peine de regarder au bon endroit. Toutefois, Lucian marchait devant, sans leur prêter de l’intérêt.


De son côté, Thresh examinait les choses avec curiosité, se demandant quelles les ressources valaient la peine et donc, les risques, de s'exposer pour ce genre de commerce. Il reconnut des ustensiles ressemblant aux fers Hextech. Le fait que la magie puisse être utilisée de cette façon lui paraissait aussi étrange qu’intriguant.


Finalement, Lucian finit par emprunter un escalier. De là haut, on surplombait la cour devant un bar. Un œil illuminait l'enseigne d'un vert pâle : la Dernière Goutte. Deux gorilles gardaient l'accès au lieu. Son attention se porta sur la Sentinelle qui s'était adossée contre le mur, les bras croisés.

- Quoi que tu veuilles dire, abstiens-toi, prévint Lucian sans même le regarder.


L'ancien spectre lui adressa un sourire et se contenta de le fixer. Au bout de quelques minutes, le tireur céda :

- Quoi encore ?

- J'escompte que tu sache qu'il s'agisse d'un piège, émit Thresh avec objectivité.

- Ekko est quelqu'un de bien. La dernière fois … s'opposa avec fermeté la Sentinelle.

- Il n'avait pas l'air de s'être frotté à cette fameuse Renata, coupa froidement le tortionnaire.

- Et que veux tu que je fasse ?! S'emporta Lucian en se redressant. Je ne connais pas cette ville si bien. Et …

- Tu pourrais aussi laisser Jayna, proposa simplement l'ancien spectre.


La Sentinelle lui lança un regard noir.

- Le siège de la Conception Écarlate se trouve à Demacia de ce que l'on sait. Permets-moi de te rappeler que c'est probablement l'endroit où se trouve Senna également. En conséquence, Viego s'y dirige. Jayna a plus d'importance à tes yeux ? Exposa sérieusement le brun, en faisant un pas vers Lucian.

- Ferme là ! C'est à cause de moi si elle s'est retrouvé dans cette situation. Je ne vais pas l'abandonner à son sort ! S'emporta la Sentinelle. Et Senna …


A l'instant où Lucian prononça le nom de sa compagne, ses yeux s'assombrirent et la lueur dans ses yeux, qui jusque-là n'était que de la colère et de l'agacement, se transforma en haine. Il se tut, dévisageant le plus âgé. Ce dernier reprit l'air grave :

- Tu sais que j'ai raison. Plus on perd de temps ici, plus Viego pourra l'atteindre sans difficulté.


Le dilemme particulièrement douloureux qui était imposée à sa proie, agréa le tortionnaire. Jusque-là, le natif des Îles Bénies lui avait laissé un court répit. Toutefois, cette oscillation était d'autant plus à même de rendre douloureux ce genre de constat. Comme une plaie que l'on laisse au repos avant de la rouvrir.


Pour autant, le côté vérace de sa sortie reflétait la gravité de celle-ci. Le temps, cette ressource qui n'en était plus une à ses yeux depuis des siècles, redevenait maître de ses actions. Il haïssait cette sensation. Cette contrainte, ce fardeau, ce joug à ses désirs. De nouveau, le brun songea à la scène advenue plus tôt. A cette pseudo amnésie qu'il avait eu. Cette sensation là aussi il la détestait. Cette perte de contrôle...


A cette fin, il fit à Lucian :

- Tu te reproches le rapt de Jayna par les Conceptionnistes ou ce qu'il s'est passé naguère ?


Le cadet le fixa, avant de s'irriter:

- Selon toi, je devrais tout me reprocher. Pourtant, si tu n'avais pas été occupé à torturer et récolter des âmes, tu aurais aussi pu nous éviter de perdre du temps.

- Je n'ai fait que répliquer, corrigea avec frénésie le tortionnaire.

- J'ignorais que dépecer et éventrer plusieurs personnes étaient une façon de « répliquer » mais venant de toi, je suppose que c'est ta norme, s'indigna la Sentinelle.

- En conséquence, tu me blâmes de l'absence de Jayna ? Cela devient redondant, s'amusa le plus âgé.


Le compagnon de Senna claqua sa langue contre son palais.

- Il l'aurait tuée, si je n'avais pas baissé mes armes, attesta froidement le tireur.


La contextualisation de son divertissement potentielle rasséréna Thresh. Il avait simplement agi comme à son habitude, en dépit de cette perte de souvenirs. Néanmoins, cette idée lui déplaisait toujours autant.


Des bruits de pas le sortirent de sa réflexion et Ekko apparut. A sa suite, se trouvait une fille aux cheveux roses et courts. Un tatouage « VI » ornait sa joue gauche. Elle les étudia chacun brièvement, avant de s'adresser d'un ton nonchalant à Lucian:

- Tu parles d'un colis inhabituel …

- Je sais que je t'en demande beaucoup, Vi … soupira Ekko.

- Tu m'en devras une, Court-Sur-Patte, annonça la jeune femme.


Le garçon à l'épée fit une moue désapprobatrice, avant d'acquiescer l'air grave. Vi posa la main sur l'épaule de son comparse, puis s’intéressa derechef aux visages inconnus :

- Je suppose que c'est toi le spectre dont on m'a parlé, fit-elle avec méfiance à Thresh.


L'appelé se contenta de la fixer. Elle s'approcha et son regard se posa sur les fers à ses poignets.

- Le plus simple serait que votre spectre soit entravé. De cette façon, nous aurions une raison valable de le faire traverser, en prétextant que l'on sait comment les rendre inoffensifs. Cela pourrait intéresser le Conseil, expliqua-t'elle sobrement.


Cette fois, l'ancien spectre plaqua son air suffisant et moqueur sur ses traits nacrés.

- On ne peut pas utiliser la magie Hexteck sur lui. A moins que vous souhaiter le rendre « moins inoffensif », précisa rapidement Lucian.

- Ekko m'a expliqué cela, mais ce n'est pas moi le spécialiste, ici. Je suis juste votre passeur. Et puis, si on ne peut pas utiliser la magie, il reste toujours d'autres moyens, suggéra la fille aux cheveux roses, en haussant les épaules.


Vi attrapa une corde qu'elle avait accrochée à sa ceinture. Aussitôt, le natif des Îles Bénies recula ses mains, se faisant menaçant :

- A quel moment ai-je suggéré que je vous autoriserais ?

- Tu as une meilleure idée peut-être, siffla la mortelle.

- Moi j'en ai une, coupa Lucian.


Avant même que Thresh ne se retourne vers lui, le tireur lui asséna un coup de poing en plein visage. La force de l'impact avec la catalyse de son âme envoya le brun contre le mur. Le choc sonna légèrement le tortionnaire, alors qu'un filet carmin s'échappa de sa bouche. Il se redressa vivement, adressant à son jouet un air mêlant ironie et irritation.

- Pour que ce soit plus crédible, tu devrais faire sur l'autre côté, dit avec malice Vi à Lucian.

- Certes, mais on devra s'en contenter, constata le Démacien, un regard entendu avec sa Némésis. Mimer l'inconscience ne devrait pas être trop difficile pour un manipulateur comme toi.

- Donc tu vas me porter dans la ville sur ton dos ? S'amusa le plus âgé.

- Ferme là ! Le passage est-il loin ? Questionna la Sentinelle sans lâcher l'ancien spectre du regard.

- Non, quelques centaines de mètres tout au plus, certifia rapidement Vi.

- Bien, on te suit, approuva le mortel.

- Bonne chance, fit Ekko avant de se retirer de son côté.


Vi ouvrit la route, sans un mot de plus, sans un regard sur eux. Ses pas étaient assurés, comme si elle évoluait dans son milieu naturel. Thresh examina les gants imposants qui ornait ses mains. L'idée qu'ils l'effleure semblait effectivement déplaisante. A l'évidence, leur utilité première était d'amplifier la force de frappe de leur détentrice, dont la musculature dénotait une habitude des combats.


Offrir un accès à la magie à tous ? Cette logique semblait tellement éloignée de celles Îles … Thresh songea à ces marques qui avaient liées les habitants à la Brume Blanche, lorsqu'Hélia en était encore le reflet lumineux. Le visage de Diméthyde s'imposa à lui, le figeant une fraction de seconde. Il secoua la tête, le chassant de ses pensées. Lucian le fixait, patientant à quelques mètres devant lui, interrogateur. De son côté, Vi poursuivait sa route. L'ancien spectre les rejoignit rapidement, pressant le pas. Lucian lui lança:

- Je ne pensais pas qu'un coup suffirait à te rendre dans cet état.

- C'est là tout ton problème, Lucian. Tu ne penses pas, rétorqua avec malice le plus âgé.

- Et toi sans doute trop, répliqua du tac-au-tac le Démacien.

- C'est ainsi que l'on reste en vie, poursuivit sur le même timbre le natif des Îles.

- Venant d'un spectre, c'est risible, tu ne crois pas ? Ironisa le tireur.

- En attendant, Viego n'attendra pas patiemment que tu sauves Jayna. Ce serait utile que ta cervelle intègre ce fait, objecta Thresh.


La voix de Vi résonna, les coupant dans leur discussion :

- On arrive bientôt.


Le trio s’arrêta. On distinguait l'imposant pont parsemé d'éclairages artificiels et intensifs, illuminant la nuit et ses sombres recoins. Comme cherchant à les annihiler, à ne leur laisser aucune place dans ce monde.


Plusieurs postes de surveillance étaient en place, chacun occupé par quelques soldats. Leur passeuse fit volte face, s'adressant à Lucian :

- Primo, tu me laisses parler. Si besoin tu leur dis seulement que ta mission est de les traquer et que tu l'as attrapé, alors qu'il était dans Zaun.

- C'est ce que je … commença Lucian.

- Secundo, pas de pause parce que tu es fatigué de le porter. C'est suffisamment risqué Heureusement pour nous, la résidence des Kiramman se trouve justement dans la direction de la prison de la garnison. Tercio, pas de … débuta-t'elle en s'adressant à Thresh.

- Je fais le mort, finit l'ancien spectre.


La jeune femme aux cheveux roses acquiesça vivement, avant de prévenir la Sentinelle :

- Retiens bien les chemins pour t'échapper. Je t'offre un aller simple.

- Reçu.

- Dernière chose : si jamais tu te fais prendre, je ne suis au courant de rien, établit sans ciller Vi.


Lucian hocha la tête. Il s'approcha de Thresh, une mine agacée qui agréa son vis-à-vis Le tireur expira avec force. Il se pencha pour l'attraper par les hanches et le posa sur son épaule. Il émit un petit râle en se redressant. Vi le scruta avec un regard dubitatif :

- C'est bon, c'est juste le poids de son ego qui est lourd, assura la Sentinelle.

- Ou du tien dans ce cas, fit le spectre toujours amusé.

- Tais-toi et fais le mort, murmura sèchement le cadet.

- Comme tu l'as si bien dit, basiquement, c'est le cas, ironisa à son tour l'ancien spectre.

- … Pour une fois, sois vraiment ce que tu prétends et ferme-là pendant plus d'heure, s'emporta le compagnon de Senna.

- Vous avez fini ? S'impatienta la jeune femme.


La Sentinelle réajusta la position du brun sur son épaule et prit une profonde inspiration. Ensemble, ils avancèrent et posèrent un premier pas sur le pont. Aussitôt, le flux lumineux s'orienta vers eux.


Happé par la clarté silencieuse de la nuit, le cœur du mortel tambourinait comme un écho des ombres de leur pas.




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