Le lendemain matin, Mufasa et Taka furent réveillé par leur mère.
— Allé Mufasa réveilles-toi… Ton père et moi on a quelque chose à vous montrer ce matin…
— Encore quelques minutes…, grommela le lionceau.
— Tu veux que je le réveille Maman ? demanda Taka un sourire espiègle.
— Non ça ira mon chéri…
Une fois Mufasa enfin réveillé, ils suivirent Uru jusqu’à la Caverne, y retrouvant Asante. Ils sortirent du Rocher des Lions, empruntant le chemin pour descendre vers la plaine. Les lionceaux, courant à quelques mètres devant leur mère et leur oncle, s’arrêtèrent soudainement, en entendant le nom de Tafarik et Taj.
Un peu plus loin dans la plaine, à côté du pied du pilier de la plateforme du Rocher des Lions, Ahadi était en grande discussion avec les parents des deux jeunes lions qui les avaient tourmentés ces dernières semaines : Tigisi, le père et Chef du Clan Grenat, qui arborait un pelage blond clair, une crinière blonde et brune, des taches brunes aux pattes et des yeux sombres. Meselesh, son épouse, une lionne née dans le Clan Grenat, dotée d’un pelage sable, plus sombre au bout des pattes, et des yeux rouges. Avec eux, un lion au pelage et à la crinière identique à celle de Tigisi : Moja, son frère. Borgne de l’œil droit qui présentait une profonde cicatrice. Visiblement dû à une griffure.
— Ce n’était que des enfantillages, tu ne peux pas envoyer mes fils dans un autre Royaume juste pour ça ! protesta la mère.
— Des enfantillages ? répéta Ahadi d’un ton calme et acéré. Ils ont voulu noyer mon plus jeune fils…
— Il n’allait pas le noyer c’était juste pour lui faire peur, répliqua le père.
— Et il n’aurait jamais fait cela si tes fils n’avaient pas fait tomber un nid d’abeille sur eux…
— Vous ! s’exclama soudain Tigisi en apercevant Mufasa et Taka.
Son épouse et lui firent quelques pas vers eux, en colère. Uru et Asante se placèrent aussitôt devant les lionceaux. Leur oncle se positionnant de profil, mettant la marque de la Garde du Roi Lion qu’il avait à son épaule gauche bien en évidence, afin que Tigisi et Meselesh rappel à qui ils avaient affaires et ce qu’ils risquaient.
Le couple s’arrêta aussitôt, rattrapé par le lion borgne qui posa une patte devant Tigisi et lui chuchota de faire attention à ce qu’il faisait.
Trop tard. Ahadi, la tête haute, vint se placer devant eux dans une démarche lente et glaciale.
— Je rêve où vous vous apprêtiez à vous en prendre à mes fils ? demanda-t-il le ton acéré.
— Non non pas du tout, assura aussitôt Tigisi qui recula en baissant la tête alors que le lion borgne s’éloigna, le laissant seul face au Souverain. Jamais nous ne ferions une chose pareille.
— Ça vaut mieux pour vous, avertit Ahadi qui resta entre eux et Uru, Asante et ses fils. Je comprends que vous soyez en colère, mais un nid d’abeille ne justifie pas le comportement de vos fils. D’autant que cela dure depuis plusieurs semaines apparemment…
— Oui d’ailleurs nos fils nous ont dit que c’est les tiens qui ont commencé à les embêter et qu’ils continuent de le faire…
— Vraiment ? fit Ahadi loin d’être convaincu avant de se tourner vers ses fils. Mufasa ? Taka ?
— C’est faux ! répliqua Mufasa. La première fois qu’on les a vu, avec Taka on a couru et sauter par-dessus un rocher, on n’avait pas vu qu’ils étaient derrière. Et on est tombé sur eux. On s’est excusé mais ils n’ont rien voulus savoir. Et ils nous ont dit qu’ils nous le feraient payer à chaque fois qu’ils nous croiseraient. On ne leur a jamais rien fait.
Ahadi se tourna vers Tigisi et Meselesh, relevant un sourcil, l’air de dire « qu’allez-vous répondre à cela ? ».
— Qu’est-ce qui nous dit qu’ils ne mentent pas ?
— Oh mais oui bien sûr ils mentent… Exactement comme les tous les lionceaux qui se sont plaints d’eux dans les autres Clans, répliqua le Roi.
— Mais enfin on te l’assure ce ne sont que des mensonges visant à nous disgracier, répliqua Meselesh. J’admets, ce qu’ils ont fait à Mufasa et Taka ils n’auraient pas dû. Mais c’est là leur seule bêtise. La preuve, ils n’ont tourmenté personne dans notre Clan… Si vraiment c’était des tortionnaires ils s’en seraient pris à des lionceaux de notre Clan aussi, c’est jamais arrivé…
— Ça c’est faux ! s’exclama une voix féminine.
Deux lions arrivèrent avec une lionne, visiblement très en colère. Mufasa et Taka les connaissaient bien. C’étaient des proches de leurs parents : le Prince Kijivu. Un membre de la Famille Royale, cousin éloigné de leur père, qui était en charge de la gestion des différents Clans vivant dans le Royaume. Comme bon nombre de lion de son Clan, le Clan d’Argent, il avait un pelage gris clair et des yeux orange foncé. Sa crinière était bouclée et d’un brun grisâtre. A ses côtés, son épouse, la Princesse Tabia. La sœur de Meselesh. Elle lui ressemblait beaucoup, ayant un pelage identique, mais son visage était plus arrondi, et ses yeux étaient vert foncé. Le second lion était le frère des deux lionnes, Jafara. Un très proche ami d’enfance d’Ahadi qui le considérait comme un frère. Doté lui aussi d’un pelage sable, il arborait une crinière tricolore rare, rousse et brune, avec une mèche blanche. Ses yeux étaient du même vert que sa sœur. Il avait tendance à boiter suite à une vielle blessure faite par un buffle. Il en avait gardé, à la patte gauche, une longue cicatrice.
Une fois arrivé face à Tigisi et Meselesh, Tabia reprit :
— Tafarik et Taj ont également harcelé des lionceaux de notre Clans, dont mon propre fils Baraka !
— Ainsi que le miens, ajouta Jafara. Et pourtant se sont leurs cousins !
Leur sœur, s’offusqua :
— Comment osez-vous me faire ça ?!
— On protège nos fils des tiens ! Voilà ! C’est tout !
— Tu n’es qu’une traitresse !
— C’est vous les traitres ! s’emporta Tabia. Notre Clan sert la Famille Royale depuis plusieurs générations et vous, vous vous en prenez à notre Roi en…
Meselesh lui sauta dessus pour la faire taire, imité par son époux. Tabia esquiva habillement en reculant. Son frère Jafara et son époux s’interposèrent aussitôt, se plaçant devant elle pour la protéger. Puis Kijivu repoussa Tigisi et Meselesh, donnant un coups de pattes dans le vide pour les faire reculer. Avant qu’ils ne décident de les attaquer à nouveau, Ahadi se posta devant Tigisi et Meselesh, calme mais ferme, la tête haute. Le Chef de Clan, qui avait levé une patte, prêt à griffer Kijivu, la reposa aussitôt, et recula. Le Roi fit un pas vers eux, le regard menaçant, et le lion se coucha aussitôt, imité par son épouse, indiquant qu’ils n’avaient pas l’attention se battre. Ahadi leur tourna lentement autour, le regard toujours glacial, faisant durer un silence pesant alors que les lionnes de la Fierté Royale, de garde au Rocher des Lions, s’étaient approchées. Menées par Safi, la compagne de Jafara, elles se postèrent autours d’Uru, Asante et les lionceaux, ainsi qu’autour de Kijivu, Tabia et Jafara pour les protéger. Les quatre membres de la Gardes du Roi Lion, arrivèrent eux aussi, encerclant Ahadi, Tigisi et Meselesh, restant à bonne distance, mais prêt à intervenir. Moja, qui était resté en retrait en sentant que la situation allait s’aggraver et qui ne voulait absolument pas être mêlé à cela, recula aussitôt lorsque Jelani, le lion le plus grand, vint se poster devant lui, l’éloignant encore plus de son frère et sa belle-sœur. Le garde n’avança pas plus, sachant que le lion borgne n’allait certainement pas chercher à se battre face à lui.
La situation étant sous contrôle, Ahadi reprit :
— Dois-je vous rappeler que Jafara fait partie du Conseil, et que mon cousin est un Prince. Un membre de la famille Royale… Que Tabia en l’épousant est devenue une Princesse… Et que je ne supporte pas que l’on s’en prenne au membre de ma famille ou à mes amis ?
— On… On est désolé, on ne recommencera pas, fit Tigisi qui n’osa pas le regarder.
— Oh ça je te le confirme…
— On aurait pas dû c’est vrai mais c’est juste que, entendre ma sœur nous accuser de trahison…
— Oui c’est vrai qu’on dit qu’il n’y a que la vérité qui blesse, stoppa le Roi.
Meselesh se tut aussitôt, échangeant un regard inquiet avec son époux qui se décomposa.
— Et oui, nous sommes au courant…, poursuivit Ahdai. Ça fait plusieurs mois qu’Asante et la Garde enquête sur vous. Nous savons que vous avez sabotés un certain nombre de choses dans le Royaume : Les fruits retrouvés écrasés qui ont entrainé une famine chez certaines espèces. Le barrage qui a cédé, inondant la prairie où se nourrissaient de nombreux herbivores. Certains feus qui se sont déclarés… Votre but étant de me faire passer pour un Roi incompétent et d’encourager les autres Chefs de Clan de se soulever contre moi pour me détrôner. Et toi Tigisi, tu envisageais de prendre ma place en te faisant élire par les Chefs de Clans à l’aide de plusieurs chantages et manipulations. Et grâce à ta sœur nous savons aussi que tu règnes en véritable tyrans sur ton Clan.
— C’est faux ! Sinon d’autres lions serait venu me dénoncer…
— Il ne risque pas de venir le faire étant donné que tu menaces de tuer toute la famille de ceux qui oserait te dénoncer… Oh à ce propos, Kiji ? Tabia ?
— On a rassemblé et mit à l’abri une vingtaine de lions et lionnes du Clan Grenat qui sont prêt à témoigner contre Tigisi et ses agissements, annonça la lionne.
— Ils sont en sécurité dans un autre Clan avec leur famille, ajouta Kijivu.
— Parfais, je n’ai plus qu’à les interroger alors.
— Majesté je…, tenta Tigisi.
— Toi tu la ferme, tonna Ahadi d’un ton calme mais ferme. Asante…
— Mon Roi ? fit le Chef de la Garde qui avança vers lui.
— Amène ces deux traitres à Tazama, qu’elle les mette en isolement. Ensuite tu récupères leurs complices. Isolement aussi. Je vais aller voir ceux qui veulent témoigner et confirmer leur traitrise. Ensuite j’irai interroger les complices et j’aurais une petite discussion avec Tigisi et Meselesh... Et en début d’après-midi je veux qu’ils aient quitté le Royaume. Ils sont bannis à vie de la Terre des Lions…
— Ahadi non ! protesta Moja qui voulus rejoindre le Roi, mais fut stopper par Jelani qui s’interposa et le fit reculer.
— Procédure habituelle ? demanda Asante imperturbable.
— Oui. Concernant leurs proches, ceux qui n’ont rien à se reprocher mais qui veulent partir avec eux sont libres de le faire. Pour les autres, je viendrais m’assurer de leur allégeance en fin de journée…
— Votre Majesté…
— Epargne ta salive, Tigisi. T’as absolument aucune excuse, coupa Ahadi. T’auras le droit de t’expliquer tout à l’heure mais en attendant, si je t’entends encore une fois, je m’assure de te faire taire, suis-je assez clair ?
Le lion se contenta de répondre d’un signe de tête affirmatif. Mais son frère, toujours tenu à l’écart par Jelani, décida d’insister :
— Ahadi je t’en prie ne fait pas ça… Laisse une chance à mon frère et mes neveux… Ce qu’ils ont fait est grave oui mais… Ils… Ils n’ont jamais commis d’autres erreurs…
— Mais ce qu’ils ont fait est suffisamment grave pour entrainer leur bannissement, répondit le Roi qui resta de marbre. Alors, Moja, tu vas aller voir ton Clan, et prévenir tes sœurs, tes parents et le reste de ta famille, de venir dire au revoir à ton frère, si ils le souhaitent, avant que lui, son épouse, ses fils et leurs complices, ne quittent la Terre des Lions. Et ce, de façon définitive.
— Ahadi…
— Moja c’est un ordre.
Cette fois le lion se tut, se crispant face au ton ferme utiliser par le Roi, sachant qu’il n’avait pas intérêt à désobéir. Il inclina la tête.
— Bien Votre Majesté, dit-il le regard pleins de haine, avant de partir en courant.
Ahadi, toujours de marbre, fit signe à Asante.
Les membres de la Garde du Roi Lion encerclèrent Tigisi et Meselesh et ils se mirent en route. Le Roi les regarda partir, le regard sévère, avant de se tourner vers son cousin :
— Kijivu, je te laisse aller expliquer la situation à l’ensemble du Clan Grenat. Veille à ce qu’ils élisent rapidement un nouveau Chef du Clan. En attendant, se seront les Emissaires des différentes familles qui gèreront le Clan.
— Bien sûr, fit le Prince en le saluant d’un signe de tête.
— Va voir Artémis avant, ajouta Uru. Dis-lui de t’escorter avec le groupe de chasse. On ne sait jamais, certains peuvent mal réagir et Tigisi et Meselesh ont peut-être d’autres complices…
— J’y vais ma Reine.
Kijivu frotta sa tête contre son épouse puis parti.
— Tabia, merci à toi, fit Ahadi en frottant sa tête contre la sienne. Je sais que c’est pas simple de dénoncer sa propre famille.
— Ils ne m’ont pas laissé le choix, je dois penser à mon fils avant tout.
— Tabia et moi nous n’avons eu de cesse de leur dire que leurs fils s’en prenaient aux nôtres, ajouta Jafara. Ils n’ont jamais rien voulus entendre.
— Ah bah non… leurs fils sont si « parfaits ».
— Comme notre sœur qui est si « parfaite ».
— D’aussi loin que je me souvienne votre sœur a toujours été narcissique… Vous vous souvenez quand j’avais refusé de sortir avec elle ? demanda Ahadi.
— Oh que oui, elle l’avait très mal pris. Elle s’est toujours persuadé qu’elle deviendrait Reine.
— C’est peut-être pour se venger d’ailleurs qu’elle a monté ce complot contre toi avec Tigisi, intervint Jafara.
— Peut-être… J’aurais tout le loisir de leur demander leur motivation quand je les interrogerai tout à l’heure… Les témoins, vous les avez cachés où ?
— Dans une des grottes du Clan Thulite. Jalia s’est proposée de les protéger.
— Ok, vas-y Tabia je te rejoins. Jaf…
— Oui je sais, faut que j’aille régler cette histoire avec les babouins, j’y vais…
Le frère et la sœur partirent. Uru congédia également les lionnes de la Fierté Royale qui retournèrent à leur poste, alors qu’Ahadi se tourna vers ses fils. Ils comprirent à son regard qu’ils allaient eux aussi avoir des ennuis. Ils se planquèrent derrière les pattes de leur mère.
— Lequel de vous deux a eu l’idée du nid d’abeille ?
— Ce… C’est moi Papa…, avoua Taka.
Il détourna aussitôt le regard lorsqu’il vit celui de son père devenir plus sévère.
— Ce genre de stratagème n’est pas digne d’un Prince Taka. Tu peux te défendre, mais pas te venger de la sorte. Ce n’est pas défendable.
— Je suis désolé Papa… Je voulais pas t’attirer d’ennuis…
— Quels ennuis ? Si tu t’inquiètes au sujet de ce que t’ont dit Tafarik et Taj, tu n’as pas de soucis à te faire. Leur Clan ne va pas nous attaquer et il ne va nous causer aucun problème. Ne l’oublie pas, le Roi ici, c’est moi. C’est moi qui commande. Pas les Clans. Ils ne tenteront rien contre nous.
— Hum hum, fit semblant de tousser Uru.
— Bon ok, ici c’est ta mère qui commande, s’agaça Ahadi.
— J’aime mieux ça, taquina Uru.
— Je vais aller m’occuper de tout cela. Je reviens dès que je peux et on emmène les petits.
— Très bien. Je vais aller voir Coumba pour lui dire de renforcer les patrouilles autour du Clan Grenat au cas où il y aurait des débordements…
— Oui fait-le on ne sait jamais, confirma Ahadi en frottant sa tête contre celle de sa Reine. Mes fils, allez jouer, mais restez dans les environs. Je reviens bientôt.
— Attends ça veut dire que je me suis levée tôt pour rien ? râla Mufasa.
— Allé va jouer, ria Uru qui ébouriffa la tête de son fils.
— Non je vais retourner dormir.
— Comme tu veux. Taka, reste avec ton frère surtout.
— Oui Maman… grommela le lionceau alors que sa mère frotta affectueuse sa tête contre lui.
Elle partie et les lionceaux retournèrent dans la Caverne.
— T’es sérieux tu veux vraiment te rendormir ? répliqua Taka en voyant son frère s’allonger en boule dans un coin.
— Bah oui !
Et effectivement, il se rendormit. Taka, allongé à côté de lui, n’avait pas envie de dormir. Et n’avait pas envie de jouer non plus. Dans sa tête tournait en boucle ce que son père lui avait dit : « ce que tu as fait n’est pas digne d’un Prince »…
Ahadi retourna au Rocher des Lions quelques heures après, où il retrouva son épouse :
— Tout est réglé. Tigisi, Meselesh, leurs fils et leurs complices quitteront le Royaume dans l’après-midi, le temps de laisser à leur familles et amis le choix de les accompagner, ou de leur dire au revoir. Quelques-uns de leurs complices ont surtout agit sous la menace alors je leurs ais dit de retourner dans leurs Clans. Ils resteront dans le Royaume.
— Très bien. T’es allé voir le Clan Grenat ?
— Pas encore. J’irai les voir quand Tigisi et les siens auront quitté le Royaume. Je sais que dans le Clans certains lui sont encore fidèles. Kijivu m’a fait son rapport. Certains ont protesté contre son bannissement. Je vais leur laisser le temps de décider envers qui va leur allégeance avant d’aller les voir. Le Clan est sous la surveillance d’Artémis et du groupe de chasse. Et le sera jusqu’à ce que je les aie vu. Kijivu m’a dit qu’il n’y a pas eu de débordement, juste des protestations, mais aucune agressivité. A dire vrai… La majorité des membres du Clans ont surtout peur…
— Pas étonnant. Etant donné ce que Tabia nous a dit, ils ont surement peur d’être considéré comme complice aussi pour ne pas l’avoir dénoncé…
— Oui. Et certains l’ont surement aidé aussi par peur… Il faudra qu’on se charge de cela… Mais on verra ça plus tard. Où sont nos fils ?
— Dans la Caverne, répondit en Uru en lui faisant signe de la suivre.
Une fois de nouveau réunie, la petite famille se mit en route, marchant au milieu des hautes herbes.
— On va où ? demanda Mufasa sautillant à travers les herbes.
— On va aller jeter ton frère dans les Gorges de Kebah, j’en ai marre de ses bêtises…
— Ahadi ! s’offusqua Uru.
— Ça va je plaisante, fit le Roi qui croisa ensuite le regard blessé de son cadet et ajouta aussitôt : Taka, je plaisante mon fils.
Pour toute réponse, le lionceau détourna le regard, contrarié, et accéléra le pas, s’éloignant de son père.
— Et ça y-est, maintenant il boude, s’exaspéra Uru.
— Tu peux…, commença Ahadi.
— Non je ne vais pas lui parler ! coupa sa compagne. Je t’ai déjà dit qu’il était sensible et qu’il faut faire attention à ce que tu lui dis. C’est ta faute si il boude alors tu te débrouilles…
— Mais y-a que toi qui sait comment lui parler, moi j’y arrive pas avec lui…
— Débrouille-toi.
Ahadi soupira et alla s’approcher de son fils, un peu plus loin devant eux.
— Taka, je te jure que je plaisante, je vais pas te jeter dans le ravin voyons, je voulais juste te taquiner.
Il voulut frotter sa tête contre lui, mais le lionceau se déroba, continuant de bouder. Ahadi, désespéré, se tourna vers Uru qui regarda en l’air, comme si elle n’avait rien vu. Le message était clair : « débrouille-toi ».
— Dis Taka, comment vous avez fait pour faire tomber ce nid d’abeille ? tenta son père.
— Demande à Mufasa…, bouda le lionceau.
Son frère répondit aussitôt :
— En fait on a dispersé les fleurs jaunes qui attirent les abeilles sur Tafarik et Taj quand ils dormaient puis on est monté dans l’arbre et on a fait tomber le nid en le détachant avec nos griffes.
— Hum… C’est bien pensé, je l’admets.
Le regard de Taka s’adoucit légèrement à l’évocation de ce compliment, qui était tellement rare de la part de son père. Il le regarda même durant quelques secondes, méfiant, comme voulant vérifier que ce n’était pas une blague.
— Mais à l’avenir, poursuivit Ahadi. Ce genre d’astuces, gardez-le pour les lions étrangers qui viennent vous attaquer… Les abeilles peuvent être très dangereuse…
— Ok Papa, fit Mufasa qui ajouta : Tu nous as toujours pas dit où l’on va…
— Ah oui c’est vrai… Il y a une troupe d’éléphant qui est arrivé de sa migration aujourd’hui, on va les accueillir.
La vie sur la Terres des Lions était rythmée par les migrations de différents troupeaux, et oiseaux, ainsi que par les différentes fêtes et tournois organisés régulièrement. Mufasa et Taka accompagnaient souvent leurs parents pour accueillir les troupeaux en migrations ainsi qu’à certaines fêtes. Cela faisait partie de leurs tâches royales.
— Garder de bon contact avec les éléphants est très important les enfants, expliqua Ahadi. Ils ont été les premiers herbivores à nous faire confiance et à accepter notre souveraineté… Mufasa, tu sais qui les a convaincus de signer un traité de paix avec nous ?
— Euh…
— C’est Askari, répondit aussitôt Taka qui ne manquait jamais une occasion d’étaler son savoir, si bien qu’il en oublia de bouder. Et il a aussi été le tout premier Chef de la Garde de la Terre des Lions. D’ailleurs, son prénom, signifie « soldat ». Ses sœurs et son frère l’appelait par un diminutif : Skar. C’est au Royaume de l’Arbre de Vie qu’il a développé son don du Rugissement des Ancêtre, et qu’il a décidé qu’il lancerait à son tours une nouvelle lignée de Chef de la Garde dans leur nouveau royaume : La Terre des Lions.
— Ouha…, s’étonna Ahadi qui demanda : Et tu connais son histoire ? Et celle de ses frères et sœurs ?
— Oui. Leur père, Isha, était un Prince né dans le Royaume de l’Arbre de Vie qu’il a un jour quitté. Je ne sais pas si c’est de son pleins grès ou si il a été banni par contre. Il a voyagé jusqu’ici où il a intégré une Fierté. Avec une des lionnes, il a eu sa fille Bara et son fils Askari. Et avec une autre lionne, il a eu un fils Aweton et deux autres filles : Tigist et Abeba. Les deux portées avaient trois semaines d’écart. Mais, alors qu’ils étaient encore lionceaux, une coalition de lions avaient décidé de décimer les Fiertés des environs. Ils ont tous fuis. Isha, les deux lionnes et leurs cinq lionceaux. Et ils ont voyagé jusqu’au Royaume de l’Arbre de Vie. Ils ont été accueillis là-bas. Ils y ont grandi. Se sont entrainés. S’y sont instruit. Askari y a développé le Don du Rugissement des Ancêtres. Arrivé à l’âge adultes, ils ont tous les cinq décidés de retourner sur leurs terres natales, Bara à leur tête, pour reprendre leur territoire. Ce qu’ils ont fait. Ils ont vaincu la coalition de lions et l’ont chassé. Les lions et lionnes des Fiertés qui avaient survécu à l’attaque de la coalition se sont rassemblés et ont nommé Bara Reine, comme c’était elle l’aînée de la fratrie et que c’est elle qui avait mené l’assaut. Elle a fondé le Royaume de la Terre des Lions. Askari, son frère, a créé la Garde du Roi Lion, qui s’appelait la Garde de la Reine Lionne car quand c’est une lionne qui est Reine elle s’appelle la Garde de la Reine Lionne. Aweton est devenu le Second d’Askari dans la Garde. Tigist est devenu Seconde de la Fierté Royale, et Abeba s’occupait de gérer les ressources du Royaumes. Askari a eu pour mission de convaincre les herbivores et autres carnivores d’accepter un pacte de non agressions envers les plus jeunes, toutes espèces confondues. Les premiers à avoir accepter ont été les éléphants.
— Mais comment tu sais tout cela ? s’étonna son père.
— On a rencontré une tortue géante la dernière fois et il a parlé avec elle pendant des heures…, se lamenta Mufasa. Heureusement que Maka était là, j’avais quelqu’un avec qui jouer.
— Ah je comprends mieux… Les tortues sont les gardiennes de notre histoire, elle emmagasine tout. On en a même une qui connait toute nos lois par cœur.
— C’est vrai ? Elle est où ?
— Derrière le Rocher des Lions. Dans une tanière. Pas loin de celle de la Garde.
— Ah non je te préviens je ne viendrais pas avec toi cette fois, répliqua Mufasa.
— Ok j’irais sans toi.
— Tu devrais y aller pourtant mon fils, intervint Ahadi. En tant que futur Roi tu te dois de connaitre les lois du Royaumes…
— Oui Papa…, grommela le lionceau.
— Tu sais combien il y a de génération de Roi et de Reine Taka ? demanda son père.
— Oui. Tu fais partie de la vingt-neuvième génération, et tu es le trente-septième Roi de la Terre des lions.
— Euh attends c’est pas logique, intervint Mufasa. Normalement c’est un Roi ou une Reine par génération non ?
— Non. Il y a eu des générations où il y a plusieurs Rois ou Reines. Il y en a qui ont été tués, et c’est leur frère ou sœur qui sont devenus Roi ou Reine, jusqu’à la majorité de leur neveu ou nièce.
— Exact mon fils. Et tu connais tous les Rois et Reines ?
— Oui. Il y a donc la Reine Bara qui a fondé le Royaume. Son fils, Mohatu 1er, qui fut le premier Roi à être né sur la Terre des Lions. Il avait une sœur, Askaria, qui est devenue la première Cheffe de la Garde après Askari. Mohatu 1er a eu deux fils d’une première portée : Zawadi et Bakari. Puis dans une seconde portée il a eu une fille, Nuru, et un fils, Matodon. Il a également adopté deux lionceaux, Sadiki et Tima. Matodon, était chargé des Eclaireurs. Nuru, est devenue Seconde la Fierté Royale. Et bien sûr, Zawadi, son aîné, est devenu Roi. Et le second fils, Bakari, est devenu Chef de la Garde du Roi Lion. Et l’un des meilleurs…
— Ouais enfin… Un des meilleurs… T’es au courant qu’il a trahit son frère et l’a gravement blessé ? demanda Ahadi.
— Oui la tortue m’a raconté cette histoire, répondit Taka qui expliqua : Bakari a envoyé un scorpion piquer le Roi Zawadi. Pas pour le tuer, mais pour qu’il le blesse et qu’il soit considéré comme incapable de régner. Le Mjuzi Royal l’a soigné, et comme il l’avait prévu, le venin du scorpion lui a laissé des séquelles. Son frère s’est retrouvé affaiblit avec de temps à autres des douleurs qui le faisait boiter. Mais Zawadi a fini par apprendre la trahison de Bakari, et ils se sont battus. Bakari était tellement fort que Nuru, Matodon et Sadiki sont intervenus. Avec Zawadi ils ont tous les quatre faits face à Bakari et, après une lutte acharnée, ils ont réussi à le vaincre. Durant l’affrontement, Bakari a perdu le Don du Rugissement des Ancêtre. Il a été déchu de son statut de Chef de la Garde, et a été banni plusieurs semaines de la Terre des Lions. Il est resté près des Frontières, dans les Terres Arides principalement, où il continuait de repousser les intrus. Il a tenté de convaincre ses frères et ses sœurs de le laisser revenir, de lui faire à nouveau confiance, mais le Roi Zawadi a refusé. Jusqu’au jour où un groupe de lions a tendu un piège à la Famille Royale. Nuru, Matodon, Sadiki et Tima faisait face à leur propre adversaire et Zawadi, qui boitait à ce moment-là, avait du mal à se défendre. Il s’est retrouvé en difficulté. C’est Bakari qui est intervenu. Il a sauvé son frère. Et la fratrie et a réussi à repousser les assaillants. Le Roi Zawadi l’a de nouveau accepté auprès d’eux et Bakari lui a juré de combattre tous ceux qui s’en prendrait à lui. Il a été durant un temps son garde du corps. Puis Askari a décidé de lui confier à nouveau le don du Rugissement des Ancêtres. Il a retrouvé son statut de Chef de la Garde et, après cela, il a passé sa vie à protéger farouchement son frère de tout ceux qui voulait le renverser. Il était tellement puissant qu’il a réussi à vaincre tous ses adversaires !
— Bah dis donc, tu la connais bien cette histoire, s’étonna Ahadi.
— Oui je l’adore. Tu te rends compte que Bakari était capable de faire face à quatre lions à lui tout seul ! Comme toi !
— Comment ça comme moi ?
— Oncle Asante m’a dit que t’avais réussi à repousser quatre lions toi aussi.
— Oh… Oui c’est vrai, admit Ahadi. Sauf qu’avec moi les lions ont terminé au sol. Bakari lui, il a perdu face à ses frères et sœurs alors qu’ils étaient quatre face à lui aussi.
— Oui mais c’est pas pareil. Quand il faisait face à des lions étrangers il les repoussait facilement. Mais là c’était contre sa famille qu’il se battait. Il voulait pas les blesser gravement. Et sa sœur, Nuru, était très forte elle aussi, expliqua Taka. C’était la lionne la plus forte de la Terre des Lions, elle rivalisait avec Bakari. Puis Matodon était très fort lui aussi. Et Sadiki n’était pas un mauvais combattant non plus.
— En clair, intervint Uru. C’est un peu comme si tu faisais face à Kit, Asante, Tambo puis… Un lion boiteux… Admettons… Jafara ? Tu penses que tu parviendrais à les mettre au sol tous les quatre ?
— Jaf oui, répondit le Roi sans aucune hésitation. Asante et Kit par contre j’admets qu’ils sont redoutables… Surtout ensemble… Et Tambo… Seul face à lui je le gère, mais avec d’autres autour, c’est plus compliqué…
— Donc toi aussi tu aurais perdu… Comme Bakari, taquina la Reine tandis que son époux la fixa d’un sourire agacé. En tout cas c’est une belle histoire de rédemption.
— Mouais. Mais n’empêche Bakari a quand même trahit son frère…
— En même temps t’es fils unique, les disputes fraternelles t’y connait rien.
— Et c’est tant mieux… J’ai assez de problème à gérer avec mes cousins déjà… Et après Taka qui a succédé à Zawadi ?
— Le Roi Zawadi n’a pas eu de lionceau mais son frère Bakari oui. Il a eu deux filles qui sont devenues les héritières de Zawadi : La Reine Hakimu et la Cheffe de la Garde Wema.
— Oh non pas elles… tu me parle tout le temps d’elle…, se lamenta Mufasa.
— Mais ouais elles sont trop forte elles ont réussi à repousser d’autres Royaumes qui ont voulu les envahir. Elles ont chassé un éléphant super agressif. Elles ont combattu un…
— Oui oui je sais ce qu’elles ont fait tu m’en parle tout le temps…
— Ton frère n’a pas tort Mufasa, elles ont su rester unis face aux épreuves qu’elles ont subie et elles ont mené le Royaume à un âge d’or encore jamais égalé. Et effectivement elles ont fait face à de redoutables ennemis. Elles sont un bon exemple à suivre.
— Vraiment ? Un bon exemple ? intervient Uru qui ajouta le ton espiègle : Il me semble pourtant bien que la Cheffe de la Garde Wema a comploté contre sa sœur aussi à un moment non ?
— Bah en fait cet épisode de leurs vies est assez flou, avoua Ahadi. On sait que le compagnon d’Hakimu a indiqué que Wema complotait contre elle. La Reine est allée voir sa sœur. S’en est suivit une dispute, qui a déclenché un affrontement. Elles sont tombées dans une des cavernes souterraines qu’on trouve un peu partout dans la Terre des Lions. Quand elles en sont ressorties ensemble, Hakimu a fait arrêter son compagnon pour trahison. Et l’a banni. En clair c’est son compagnon qui a voulus semer la discorde entre sa sœur et elle…
— Oh ce n’est pas de cette histoire dont je te parle, mais de ce qui s’est passé quand elles étaient ado…
— Mais ça compte pas justement elles étaient ados…
— Il s’est passé quoi ? demanda aussitôt Taka.
— Pour faire simple, à l’adolescence Hakimu et Wema ont commencé à entrer en conflit. Hakimu avait… Un sacré caractère. Et Wema elle était plutôt… Immature. Et des amis de Wema, qui était plutôt naïves, en ont profité pour attiser ce conflit. Ils se sont servis d’elle pour tendre un piège à Hakimu. Quand Wema a comprit ce qu’il se passait elle a tout de suite défendu sa sœur. Hakimu lui en a voulus pendant un moment. Et Wema, qui avait compris que sa sœur, en tant que future Reine, risquait d’être la cible de nombreux lions et lionnes malveillants, s’est juré de la soutenir et la défendre. Autrement dit Uru, elle n’a pas trahi sa sœur, elle s’est faite manipuler, c’est pas pareil…
— Qui te dit que Bakari ne s’est pas fait manipuler aussi ?
— Ça aurait été le cas on l’aurait su… Taka, ensuite qui a succédé à Hakimu ?
— Hakimu a eu une fille, Sandhya qui est devenu Reine, et deux fils Sharma et Dharma qui sont devenu Chef de la Garde et Second de la Garde…
— Ah non t’es pas sérieux tu ne vas pas citer tous les Rois, Reines, les Chefs et leurs histoires ?! se plaignit Mufasa.
— Bah… Si, répondit Taka.
— Papa ! protesta le lionceau.
— Quoi ? Ça ne te fera pas de mal d’apprendre un peu.
Mufasa râla puis se tourna vers son frère, lui chuchotant :
— Je te préviens si tu continues je te fais la misère…
Un sourire espiègle apparut sur le visage du lionceau :
— Sandhya a eu… Ah ! fit Taka esquivant de justesse son frère qui lui sauta dessus.
Il se mit à fuir.
— Maman ! Au secours ! s’exclama-t-il poursuivit par Mufasa.
Les deux lionceaux se coursèrent à travers les hautes herbes.
— Pourquoi c’est toujours toi qu’il appelle à l’aide et pas moi ? demanda Ahadi, déconcerté.
— Pourquoi ? T’es jaloux ? taquina Uru qui courra vers ses fils pour jouer avec eux.
Ahadi la regarda poursuivre les deux lionceaux, à la fois amusé, et déçus. Car la réponse à cette question était « oui ».
La petite famille prit la direction du Nord. A la frontière du Royaume, se trouvait la Vallée Ndefu. Tout au Nord, au pied d’une immense montagne. Le Mont Ndefu. Il y a bien longtemps, c’était un volcan. Eteint depuis des milliers d’années, son immense cratère était rempli d’eau qui se déversaient en plusieurs cascades sur ses flancs. Il alimentait ainsi en eau les principaux lacs et fleuves de la Terre des Lions. Au pied du Mont Ndefu, un peu à l’Ouest, se trouvait le Bois Ndefu. Une vallée composée d’Acacia. C’était le principal lieu de vie des Galagos, mais aussi le lieu de rassemblement des éléphants. Les troupeaux des éléphants vivant ici à l’année parcouraient la Terre des Lions à divers endroit durant la journée, puis se rassemblaient au Bois Ndefu. Il en allait de même pour les troupeaux migrateurs lorsqu’ils faisaient escale sur la Terre des Lions.
Marchant au milieu des Acacias, la Famille Royale arriva à un immense lac. Le Lac Ndefu, alimenté par la Cascade Ndefu, plus au Nord. Une centaine d’éléphant s’y trouvait, se baignant, jouant, discutant.
Les pachydermes qu’ils croisèrent les saluèrent respectueusement, et une éléphante vint à leur rencontre :
— Ahadi, quel plaisir de te voir, fit-elle en le saluant.
— De même Buzayehu, fit le Roi en la saluant d’un signe de tête. J’ai été ravi d’apprendre que vous aviez tous pus regagner la Terre des Lions sains et sauf.
— Nous de même. Je vois que tes deux fils ont bien grandit.
— Oui. C’est vrai que la dernière fois que tu les as vu c’était lors de la Cérémonie de Présentation. Vous aviez quitté la Terre des Lions juste après… Tu reconnais Mufasa ? Mon premier né et futur Roi de la Terre des Lions. Et mon cadet, Taka ?
— Oh que oui je les reconnais bien. Vous êtes les portraits de vos deux parents.
— Les enfants, je vous présente Buzayehu. Elle est la Grande Matriarche de l’ensemble des troupeaux d’éléphants résidant sur la Terre des Lions.
— Bonjour, firent timidement les deux lionceaux.
— Ravis de vous revoir jeunes Princes.
— La migration s’est bien passée ?
— Oh toujours la même chose. On n’est resté qu’une journée dans le Royaume de l’Oasis de l‘Etoile du Désert, étant donné qu’on avait de jeunes éléphanteaux avec nous. Le Roi en autorise toujours la chasse. Et apparemment c’est même devenu un défi personnel pour les jeunes Princes qui veulent se faire bien voir par le Roi. Heureusement, comme nous ne sommes pas restés longtemps nous n’avons perdu personne.
— Décidément, c’est à se demander comme ce Royaume fait pour garder ses herbivores.
— Oh la raison est simple Majesté. Leur Royaume est une oasis située en pleins milieu d’un désert. Les troupeaux sont obligés d’y faire escale pour atteindre les vallées du Sud. Nous sommes obligés de nous arrêter dans le Royaume pour y boire et manger.
— Je vois qu’Ulagarech profite bien de la situation…
— C’est de pire en pire Ahadi. Il laisse ses fils s’entre-tuer pour avoir la place de Premier Héritier. Et j’ai entendu des rumeurs sur son idée de conquérir d’autres Royaumes…
— J’en ai entendu parler aussi. C’est pour ça que je surveille particulièrement ce Royaume...
— Papa on peut aller jouer au bord du lac ? demanda Mufasa.
— Oui mais soyez prudent. N’allez pas là où c’est profond.
— D’accord Papa !
Ils se mirent aussitôt à courir droit vers le bord de l’eau, se bousculant et se chamaillant. De jeunes éléphants, amusés, se mirent à les arroser.
— Ils ne manquent pas d’énergie à ce que je vois…, observa Bazuyehu.
— Oh ça non. Surtout pour faire des bêtises.
— C’est de leur âge. Ça leur passera. Je crois me souvenir d’un jeune lionceau qui était bien dissipé… Et d’un adolescent bien bagarreur…
— Ah bon ? je me demande de qui tu parles…
L’éléphante se mit à rire.
— Tu as bien changé Ahadi. Tu es devenu un Roi sage, réfléchit, et juste.
— J’essai en tout cas…Tu comptes repartir à nouveau lors de la prochaine saison sèche ?
— Non. Les migrations c’est fini pour moi. J’ai montré le chemin à ma cousine qui va prendre le relais. Je vais rester sur la Terre des Lions. Mon petit va bientôt naitre, et j’aimerais qu’il grandisse ici…
Ils discutèrent un moment ensemble, avant que le couple Royal ne rappelle ses deux lionceaux pour partir.
— Je te laisse avec eux ma Chérie, fit Ahadi à son épouse en expliquant : Je vais aller à la Frontière voire les vermines se faire exiler…
— Oh Papa on peut venir ? demanda aussitôt Mufasa.
— Non mon fils, ça peut être dangereux…
— Au contraire, je pense que tu devrais les emmener, intervint Uru.
— Mais… Et si les bannis décident d’attaquer ?
— Il y aura la Garde, Tazama et son groupe de patrouille, et ils seront avec toi. Ils ne risquent rien…
Ahadi hésita.
— Mets-toi à leur place. Qu’aurais-tu aimé faire ? insista la Reine Consort.
— Venir pour voir mes bourreaux quitter la Terre des Lions et ne plus jamais revenir.
— On est d’accord. Alors mon Roi, emmène tes fils avec toi, fit Uru en frottant sa tête contre la gorge de son époux.
— Bien ma Reine…, répondit Ahadi qui frotta affectueuse sa tête contre la sienne. Venez les garçons, on y va.
Enthousiaste, les deux lionceaux courraient et chahutaient durant le chemin, à quelques mètres devant leur Père qui les regardaient s’amuser avec un regard tendre.
Les Frontières de la Terre des Lions étaient par endroit constitués de plaine ouverte sur l’extérieur et à d’autres, de falaise. Il y avait de nombreux passages ou grottes qui permettaient d’y entrer et d’en sortir. Mais les lionceaux n’avaient pas le droit d’en approcher et ignoraient leur emplacement. Ahadi leur indiqua donc le chemin vers le Passage du Désert.
Ils prirent la direction du territoire du Clan Thulite, passant au Sud des Collines de la Langue de Serpent, et des Collines de Kebah avançant vers l’Est. Les lionceaux n’étaient jamais allés plus loin. Ils n’avaient pas le droit. Mais aujourd’hui, ils étaient accompagnés de leur père. Ils finirent par arriver à une colline en pente douce que les deux Princes commencèrent aussitôt à monter. C’était la Colline du Passage.
— Une fois en haut de la colline arrêtez-vous les garçons.
— D’accord Papa, fit Mufasa.
Il fut le premier à atteindre le sommet. De l’autre côté de la colline, la pente était composée d’un ensemble de grand rocher, formant un escalier jusqu’à une grande plaine, un mètre plus bas. Verdoyante, elle se tarissait aux abords de la Frontière. La Colline du Passage longeait un grand chemin aride qui descendait en pente douce jusqu’à un immense désert plat et vide. Continuant de s’élever, elle formait une falaise pointant vers le paysage désertique. Plus loin vers le Nord, il était possible d’y distinguer les Terre Arides et ses crevasses.
Au milieu de la plaine, se dirigeant vers le Passage du Désert, la Garde du Roi Lion, ainsi que les lionnes de la Fierté Royale encerclaient et escortaient une dizaine de lions et de lionnes. Un peu plus loin, vers l’intérieur des terres, plusieurs petit groupent de lions s’étaient rassemblé pour les regarder partir.
Parmi eux, Moja, le lion borgne, frère de Tigisi, avec un lion, plus âgé, et des lionnes, également au pelage blond avec des tâches aux pattes. Des membres de sa famille et de son Clan. Un peu plus loin, observant discrètement, dissimulés entre les arbres d’un petit bois, Tabia et son frère Jafara regardaient leur sœur Meselesh partir à tout jamais.
Arrivé en haut de la colline, Taka repéra aussitôt Tafarik et Taj, avança non loin de leurs parents. Les deux jeunes lions constatèrent rapidement la présence des deux lionceaux. A la distance à laquelle ils étaient, Taka parvint à entendre Tafarik marmonner quelques choses à son frère.
— Anh ! Mufasa ! Tafarik a dit qu’ils allaient revenir et nous massacrer, dit aussitôt le lionceau, horrifier.
— Vraiment ? demanda Ahadi l’air intéressé alors qu’il venait de rejoindre ses fils.
Son regard perçant croisa ceux de Tafarik qui baissa aussitôt la tête, détournant ses yeux. Juste après, Asante vint le disputer et Tigisi s’interposa entre son fils et le chef de la Garde, essayant d’apaiser sa colère.
Taka avait donc bien entendu quelque chose. Ahadi vint s’allonger au bord d’un rocher en hauteur puis appela :
— Asante.
Le Chef de la Garde se retourna.
— Amène-moi les deux vermines, poursuivit Ahadi avec un sourire diabolique.
Tigisi paniqua, parlant rapidement à ses fils, leur expliquant ce qu’ils ne devaient surtout pas faire face au Roi. Asante écourta la discussion forçant les deux jeunes lions à avancer.
C’est tremblant qu’ils arrivèrent à quelques mètres du Roi, les fixant de haut du rocher sur lequel il était allongé.
— Mon plus jeune fils vous a entendu dire quelque chose qui me semble très intéressant… Pouvez-vous répéter cela ?
Les deux adolescents se crispèrent, semblant incapable de parler.
— Asante ?
— Ils ont dit qu’ils reviendraient ici pour massacrer Mufasa et Taka.
— Vraiment ? fit sournoisement Ahadi, plaçant une de ses pattes sous son menton.
Il se leva lentement. Aussitôt, Tafarik et Taf reculèrent d’un pas avant de se coucher, tête sur le sol et oreille plaqué. Le Roi descendit tranquillement et gracieusement les rochers avant de venir tourner sournoisement autour des deux jeunes lions.
— Vous voulez savoir ce qui se passera si jamais vous commettez la très grave erreur de revenir ici ? Mon beau-frère, le Chef de la Garde du Roi Lion, vous attrapera, car aucun intrus ne lui échappe. Et dès lors, il vous lacérera de ses crocs et de ses griffes à tel point que vous ne serez plus capable de vous défendre. Et encore moins de fuir… Et c’est là, que moi je viendrais pour terminer le travail… Et croyez-moi, vous ne voudrez pas que ça arrive. Car votre mort sera tellement lente et douloureuse que vous envierez l’idée de tomber dans un nid de fourmis tueuse enragé par le feu…
Il fit une pause, laissant aux deux adolescents le temps d’imaginer la scène.
— Alors ? Vous voulez toujours revenir pour massacrer mes fils ?
— Non Votre Majesté, répondit aussitôt Tafarik sans même le regarder. On est désolé.
Ahadi laissa passer quelques secondes, continuant de tourner lentement autour d’eux.
— Asante… Ramène ces vermines à leurs parents…, fit-il d’un ton dédaigneux tout en marchant en direction des rocher où étaient resté ses fils.
— Debout, fit aussitôt le Chef de la Garde d’un ton ferme.
Les jeunes lions ne se firent pas prier, se levant aussitôt en se retournant et courant presque pour mettre de la distance entre eux et Ahadi, ralentissant ensuite jusqu’à marcher, suivit par Asante.
Tafarik, qui n’avait visiblement toujours pas compris que le Roi avait une ouïe très fine, grinça à voix basse « Tu ne seras pas toujours là pour les protéger ».
Ahadi, qui s’était dirigé vers ses fils, tourna sa tête, le regard sombre, s’apprêtant à rattraper le jeune lion. Mais son initiative fut stoppée lorsqu’il vit Mufasa qui, après avoir entendu son frère répéter la phrase de Tafarik, était rapidement descendu des rochers, passant devant son père, puis s’arrêtant à quelques mètres de ses bourreaux avant de s’écrier :
— Tafarik !
Les deux adolescents ainsi qu’Asante s’arrêtèrent, tournant leurs têtes vers le lionceau qui, du haut de ses six mois, s’exclama :
— Oui c’est vrai mon père ne sera pas toujours là pour nous protéger. Mais quand ça arrivera c’est moi qui serai Roi. Et je te jure Tafarik, si tu reviens pour nous attaquer, Taka et moi, on te tuera !
Le jeune lion le fixa, surpris et déconcerté.
— Pas vrai Taka ? demanda Mufasa alors que son frère arriva.
Ce dernier, peu rassuré, garda la tête basse, mais son regard demeura déterminé lorsqu’il se plaça au côté de son frère. Il acquiesça. Le silence se fit, alors qu’Asante regarda Ahadi, attendant ses instructions. Le Roi lui fit un signe de les ramener, s’approchant ensuite de ses fils, alors qu’Asante fit avancer les jeunes lions.
— C’est bien mon fils, tu as agi comme un vrai Roi, dit Ahadi en frottant sa tête contre celle de Mufasa avant d’ajouter : suivez-moi tous les deux.
Il remonta sur la colline, sautant de rocher en rocher, puis longea le sommet jusqu’à arriver à la pointe de la falaise. Il s’allongea, croisant les pattes au bord du vide. Ses fils vinrent se placer de chaque côté de lui. Mufasa à sa droite, Taka à sa gauche. Ils avaient une belle vue sur la Terre Désertique, et surtout sur les bannis qui quittèrent le Royaume, sous le regard sévère du Roi. Seul. La Garde et les lionnes de la Fierté Royale s’étant arrêté à la Frontière.
Taka les regarda quelques instants, s’éloignant de plus en plus dans le désert, puis tenta de voir ce qu’il pouvait bien y avoir au-delà de l’horizon.
— Qu’est-ce qu’il y a après les Terres Désertique et Aride Papa ?
— Des paysages similaires à ce que nous avons sur la Terre des Lions : de la savane, des montagnes, des rivières, des lacs…
— Ouha…
— Non pas Ouha, objecta aussitôt Ahadi. Au-delà des Frontières, c’est les Terres Sauvages. Là-bas il n’y a aucune règle. Vous pouvez vous faire tuer par des prédateurs. Les herbivores peuvent vous attaquer et vous tuer. Sans oublier les autres lions. En dehors du Royaume les règles sont différentes. Il y a un peu partout des Fiertés dont le system est matriarcale : les lionnes se lèguent le territoire de générations en générations, de mère en fille, tante à nièce… Les lions eux, vont et viennent. Ils s’emparent d’une Fierté en tuant ou faisant fuir les lions qui s’y trouve et tuent les lionceaux. Ils engendrent ensuite leurs propres lionceaux avec les lionnes de la Fierté. Et, si ils ont peu de chance, ils sont chassés ou tué à leur tour par d’autres lions… Et quand ils ont des fils, ils finissent par les chasser de la Fierté vers l’adolescence. Les jeunes lions sont alors livré à eux même et doivent se débrouiller pour survivre et intégrer une Fierté en chassant à leur tours les lions qui s’y trouvent, et en tuant les lionceaux si il y en a…
— C’est horrible, fit Taka bouleversé.
— Oui. Mais ici, dans notre Royaume, c’est différent. Les carnivores n’ont pas le droit de vous tuer. Les Herbivores n’ont pas le droit de vous tuer. Et nous nous léguons le Royaume de génération en génération. De Père en fils, de Père en fille, de Mère en fille, de Mère en fils, de tante et oncle à neveu et nièce, de cousin et cousines à cousins et cousines… Ici, vous hériterez de la terre de vos ancêtres…
— C’est Mufasa qui héritera de la Terre des Lions, répliqua Taka. C’est lui qui sera Roi.
— Taka, tu es un Prince de sang Royal, ici c’est chez toi autant que chez lui. Toi aussi tu l’aideras à gérer et protéger le Royaume. Il ne règnera pas seul. C’est toute la famille Royale qui règne sur ces terres… C’est votre territoire. Votre Royaume… Et ici, vous êtes en sécurité…
Ahadi voulus frotter sa tête contre Taka, mais ce dernier se décala. Partager entre l’amusement et la déception, son père lui ébouriffa sa crinière naissante.
— Papa ! râla le lionceau.
— T’arrête de bouder oui…, ria son père.
Taka remit rageusement sa mèche en arrière avant de demander :
— Pourquoi les choses sont si différentes dans les Terres Sauvages ?
— Et bien, disons que… Dans les Royaumes, nous avons en quelques sortes… évolué.
Asante arriva.
— Mission accomplis votre royale Majesté.
— Parfaits, fit Ahadi en se levant et se tournant pour faire face au Chef de la Garde. Les garçons, retournez vers l’intérieur des terres et allez jouer.
— Ouais !
— Et pas de bêtises…
— Non non c’est promis !
Asante attendit qu’ils soient suffisamment loin, puis demanda :
— C’est moi ou Tafarik a failli y passer ?
— Non je te le confirme. J’avais l’intention de viser son cou. Tu sais, là où ça fait très mal.
— Ouille…, fit son beau-frère en passant sa patte sur son cou comme si il en ressentait la douleur.
— Mais j’ai préféré laisser Mufasa agir, poursuivit Ahadi.
— Il ne manque pas d’assurance ton petit en tout cas.
— Tant mieux. En tant que Roi il en aura besoin. Le Clan ça a donné quoi ?
— Et bien, ceux qui ont protesté contre le bannissement de Tigisi, Meselesh, leurs fils et leurs complices, ne les ont pas rejoints pour autant. Ils préfèrent rester sur la Terre des Lions.
— Je vois… Bien, je vais aller voir le reste du Clan pour m’assurer de leur allégeance envers le Royaumes…
— Tu veux que je vienne avec la Garde ?
— Pourquoi pas, ça fera plus d’effet à ceux qui aurait peut-être envie de me défier à l’avenir…, fit Ahadi le regard amusé. On va demander à Tazama et les lionnes de la Fierté de venir avec nous aussi.
Mufasa et Taka avaient rejoint leurs camarades dans la Zone Rocheuse. Allongé en cercle sur le rocher plat à l’ombre d’un Acacia, les deux Princes expliquèrent ce qui leur étaient arrivé, et les conséquences pour Tafarik et Taj.
— Alors ça y est, ils sont vraiment partis ? demanda Sarafina.
— Ouais. On les a vu partir, confirma Mufasa.
— Avec l’envie de revenir pour nous massacrer…, ajouta Taka, allongé à côté de son frère, la tête sur le sol avec un air dépité.
— Mais non je te l’ai dit Taka, quand ils viendront nous seront assez grand pour leur faire face…
— TU seras assez grand pour leur face. Moi non… T’as vu Tafarik ? Comment il est grand et costaud… C’est un ado et il fait déjà la taille de P’pa…
— Ouais enfin… Il fait sa taille quand il est pas couché à ses pattes, se moqua Mufasa.
Ses camardes se mirent à rire, mais Taka resta soucieux. Son frère le serra contre lui.
— Allons t’inquiète pas, je ne laisserai personne faire de mal à mon p’tit frère… Venez, on va aller jouer au bord du lac où il y a les éléphants. Ils nous arrosaient c’était trop drôle…
Les lionceaux se retrouvèrent au bord du Lac Ndefu, dans une zone si peu profonde que seule la moitié de leurs pattes étaient immergées. Ils courraient, évitant les jets d’eau lancé par certains éléphants, amusés par leur présence.
Le Soleil allait bientôt se coucher. Sarabi, Sarafina et Maka finirent par partir, rentrant chez eux.
— On continue de jouer un peu avant de rentrer ? proposa Mufasa.
— Ok, fit Taka en poussant son frère dans l’eau.
Mufasa se mit à rire et le laissa le mordiller quelques secondes avant de le repousser. Taka s’enfui, poursuivit par son frère. Les lionceaux arrivèrent dans une zone un peu plus profonde, l’eau arrivant jusqu’à leur ventre. Taka ralentit sa course et Mufasa lui sauta dessus, le plaquant sous l’eau quelques secondes avant de le relâcher.
Mais, loin de lui sauter à nouveau dessus comme il le faisait en générale, Taka sortie de l’eau, en panique, rejoignant la terre ferme, s’allongeant entre les hautes herbes. En boule. Tremblant de peur.
— Taka ? s’approcha Mufasa inquiet.
— M’approche pas ! paniqua son frère qui recula de quelque pas.
— Mais… Taka calme-toi, je ne vais rien te faire…
Mufasa avança doucement vers Taka qui se recroquevilla, mais se laissa approcher. Il frotta sa tête contre lui, demandant :
— Taka… Qu’est-ce que t’as ? T’as vu quelque chose dans l’eau ?
— Non, non… Je… Je sais pas trop. Je… J’ai eu peur quand j’étais sous l’eau. Comme si… Comme si… On allait me tuer…
Mufasa le fixa, surpris, et demanda :
— Comme si MOI j’allais te tuer ?
Taka ne répondit pas, évitant de regarder son frère.
— Vient. On va en parler à Papa et Maman, décida ce dernier.
Les deux lionceaux rentrèrent au Rocher plus tôt que prévu. A la tête que faisait Taka, leurs parents s’inquiétèrent :
— Qu’est-ce qu’il y a Taka ?
Le lionceau expliqua ce qui était arrivé. Ahadi et Uru s’échangèrent un regard.
— Il est possible que tu ais développé une phobie de l’eau, répondit le Roi.
— C’est quoi une phobie ?
— C’est une peur qui se manifeste quand il n’y a pas de danger, expliqua sa mère. Mufasa t’a déjà mis la tête sous l’eau avant et tu n’avais pas peur car tu savais qu’il ne te ferait rien de mal. Et là maintenant tu as peur même si tu ne risques rien.
— Ça va partir cette peur ?
— C’est possible oui…, répondit son père. Jafara avait développé la même phobie. Un jour, quand on était ado, il est tombé dans un torrent et a failli se noyer. C’est mon Oncle Amari qui l’a sauvé. Il s’est mis à avoir peur de l’eau. Mais ça a fini par partir quelques mois après.
Taka baissa la tête, l’air dépité. Ahadi voulant le consoler, frotta sa tête contre lui, mais son fils, se sentant honteux, l’évita. Il n’insista pas.
— Allez dormir tous les deux. Vous avez eu une dure journée, il vous faut du repos.
— Venez les garçons, fit Uru qui décida de les accompagner.
Mufasa parti en tête. Uru attendit que Taka la rejoigne pour avancer. Elle frotta sa tête contre lui. Il la laissa faire et se frotta même contre elle. Ce qui n’échappa pas à Ahadi.
Son épouse vint le voir un peu plus tard. Elle le retrouva allongé sur le rocher plat où ils dormaient dans la Caverne, aux côtés d’Asante et Jelani qui n’étaient pas de garde ce soir-là et s’étaient déjà endormit l’un contre l’autre.
— Ça y-est ? T’as réussi à les endormir ? demanda Ahadi.
— Oui. Mais pas facile avec Taka. Avec la peur qu’il a eue, j’ai dû attendre que la pression redescende…
— C’est toujours mieux que ce que moi j’aurais pu faire… Taka ne m’a même pas laissé le toucher, fit Ahadi le ton amer, posant sa tête sur ses pattes avant.
— C’est normal. C’est pas contre toi, expliqua Uru qui vint s’allonger prêt de lui, toilettant sa crinière. C’est parce qu’il a honte de lui.
— De quoi il aurait honte ?
— Il est déjà né avec une infirmité, et maintenant il se retrouve avec une phobie. Une « faiblesse », que toi, le puissant Roi Ahadi, tu n’as pas.
— C’est quoi le rapport avec moi ?
— Allons Ahadi, tu sais qu’il t’admire beaucoup.
— Arrête Uru, tu abuses là.
— Si je t’assure que c’est vrai. T’es son Père, t’es son exemple. Celui à qui il aimerait ressembler.
— Alors pourquoi il me repousse autant ?
Le silence se fit, et Uru se leva.
— … Pour se protéger, fini-t-elle par répondre avant d’ajouter aussitôt : Je vais patrouiller un peu avec la Fierté. Veille bien sur nos petits…
Elle frotta sa tête contre celle de son époux avant de partir. Ahadi la regarda quitter la Caverne, se demandant ce qu’elle voulait dire par « se protéger ». Il finit par s’endormir.
Plus tard dans la nuit, il se réveilla. Son ouïe fine capta les gémissements plaintifs d’un de ses fils. Il se leva aussitôt, se dirigeant dans la grotte où ils dormaient d’un pas furtif mais rapide. Taka faisait de nouveau un cauchemar. Cela lui arrivait souvent. Mais celui-ci semblait particulièrement, violent. Il gesticulait, et marmonnait « Maman ! Non ! ». Il en avait même réveillé son frère qui tenta de le sortir de ce mauvais rêve, le poussant doucement de ses deux pattes avant :
— Taka… Taka…
Ahadi s’approcha aussitôt, léchant les yeux de son fils pour le réveiller.
— Taka ! Taka réveilles-toi !
Le lionceau fini par se réveiller, se levant d’un bon et reculant, terrorisé.
— Taka, calme-toi, ce n’est qu’un rêve, c’est fini… C’est fini…
— Maman ! Où est Maman !
— Elle patrouille avec la Fierté, pourquoi ?
— Je… Je l’ai vu se… se faire tuer par un lion…
— Taka… Tout va bien. Ta mère va bien. Elle est en sécurité avec la Fierté et va bientôt rentrer. Ce n’était qu’un mauvais rêve. D’accord ?
Le lionceau se contenta d’un signe de tête, toujours tremblant. Ahadi s’approcha, s’allongeant auprès de lui, frottant sa tête contre lui. Cette fois-ci Taka ne le repoussa pas. Bien au contraire, il se blottit même contre sa crinière, s’allongeant en boule entre ses pattes avant. Ahadi posa sa tête sur son dos, le sentant encore trembler. Mufasa s’approcha également, frottant sa tête contre celle de son frère.
— C’est rien Taka, c’est juste un cauchemar…, lui dit-il.
Il s’allongea contre son père, posant sa tête à côté de celle de son frère. Il ne mit pas longtemps à se rendormir. Mais ce ne fut pas le cas de Taka, toujours en état de choc.
— T’es sûr, Maman va bien ? demanda-t-il inquiet.
— Mais oui. Ton oncle l’aurait ressenti si il lui était arrivé quelque chose, donc tout va bien.
— Ça semblait si réelle…, sanglota Taka. Ce lion… Il est arrivé… Il y en avait d’autres… Ils ont… Ils ont blessé et immobilisé maman et… Le lion… Il a… Il a…
Il ne parvint pas à finir sa phrase. Ahadi frotta sa tête contre lui.
— C’est fini. Ce n’était qu’un rêve.
Il sécha les larmes de son fils d’un coup de langue. Taka posa sa tête sur sa patte et contre celle de son frère, profondément endormit.
— Je revois encore les cicatrices qu’il avait au visage…
— Des cicatrices ?
— Oui. Trois lignes sur le visage, en diagonale, du front jusqu’à la joue droite, comme si il avait reçu un coup de patte.
Cela interpella Ahadi qui demanda :
— Il ressemble à quoi ce lion ?
— … Il était grand et costaud. Il avait un pelage couleur crème, une crinière rousse comme le sang, et bouclé. Des yeux jaunes. Des tâches aux pattes aussi, comme Artémis, mais plus clair.
Son père resta silencieux quelques secondes avant dire :
— Ça semblait réelle, mais ce n’était qu’un rêve. Je ne laisserai jamais rien arrivé à ta mère. Je te le promets. Essaye de te rendormir…
Au bout d’un moment, Taka fini par s’assoupir. Ahadi, de son côté, profita de ce rare moment où son cadet ne le repoussait pas et resta auprès de lui. Soucieux. Il réfléchissait à ce que lui avait dit son fils.
Il entendit les bruits de pas d’Asante et Jelani qui arrivèrent silencieusement.
— Un problème ? s’inquiéta aussitôt Ahadi.
— Non du tout. On voulait savoir si ça allait ?
— Oui. Taka a juste fait un cauchemar… Rassure-moi, Uru va bien ? Tu ne ressens rien ?
— Non, tout va bien, assura Asante. Pourquoi ?
— Dans son cauchemar… Taka a vu un lion attaquer Uru. Et il m’en a donné une description bien précise.
— C’est-à-dire ?
— Un lion à la crinière rouge sang et bouclé, au pelage crème, des taches clairs aux pattes, des yeux jaunes, et trois griffures en diagonale sur le visage.
Asante et Jelani s’échangèrent un regard surpris.
— Omari ?
— Il semblerait.
— Mais… Comment… Il ne l’a jamais vu.
— Je ne sais pas comment c’est possible. Et ça me fait peur… Asante, c’est peut-être juste un rêve. Juste une coïncidence. Il a peut-être entendu des descriptions d’Omari et l’a recréé en rêve. Mais dans le doute, je demanderai à Pemba de renforcer la surveillance des Eclaireurs aux Frontières.
— Ok. Je vais prévenir la Garde de se tenir prêt en toute circonstance…
— Et… Ne dis rien à Uru. Je ne veux pas l’inquiéter. Peut-être pour rien. Si il le faut, c’est vraiment juste un rêve. Mais dans le doute, restons vigilant quelques jours. Si Taka est capable d’avoir des rêves prémonitoires, comme ceux que l’Oncle Amari pouvait avoir, ça va se réaliser dans deux ou trois jours. Donc on va rester vigilant.
Asante s’approcha, frottant sa tête contre la sienne.
— Tu peux compter sur moi mon Roi.