Le lendemain matin, Taka sortie de la Caverne du Rocher des Lions en courant, poursuivit par son frère. Il ne fallut pas longtemps à ce dernier pour le plaquer au sol au milieu des herbes de la plaine entourant le Rocher.
— Je vais t’apprendre à me tirer les oreilles pour me réveiller... ! répliqua Mufasa.
— Ok ok je le ferai plus… ! assura Taka qui tenta de déloger.
— Trop tard ! fit son frère en lui mordillant l’oreille.
— Aïeu… Hé Mufasa arrête ! Y-a Papa et Oncle Asante là-bas…
— N’essaie pas de me distraire… Je te laisserai pas t’enfuir cette fois…
— Non mais c’est vrai regarde !
Mufasa releva la tête et vit que son frère disait vrai. Ce dernier parvint à le pousser pour se relever.
— Vient on va leur demander si on peut assister à l’entrainement.
— Ah ouais bonne idée !
Les lionceaux se frayèrent un chemin à travers les herbes haute jusqu’aux deux lions. Et comme bien souvent, ils sautèrent sur leur oncle.
— Tiens donc, les petits Princes… Vous êtes bien matinal…, fit ce dernier qui se contenta de les esquiver d’un pas en arrière, laissant ses neveux s’étaler sur le sol comme des crêpes.
— Taka… T’as encore réveillé ton frère ? demanda Ahadi d’un ton exaspéré.
— Euh… Non pas du tout, menti le lionceau.
Le Roi fixa son fils, voulant déceler un mensonge, mais n’en trouva pas. Contrairement à Mufasa qui était incapable de mentir à son père, Taka le faisait très bien. Ce qui agaçait son frère.
— On s’est levé plus tôt, on voulait savoir si on pouvait assister à l’entrainement ?
— Non mes fils, c’est pas une place les lionceaux. Mais quand vous serez assez grand vous viendrez également vous entrainer. Surtout toi Mufasa. En tant que futur Chef de la Garde du Roi Lion et en tant que futur Roi, tu te dois d’être bien entrainer pour protéger la Terre des Lions.
— Oui Papa, fit fièrement Mufasa.
Dans sa tête Taka se dit « Et moi alors ? C’est pas important si je m’entraine ».
— Allez jouer mes fils. Et interdiction de vous approcher des Frontières. N’est-ce pas Taka ?
— Oui Papa…, s’exaspéra le lionceau.
— Vient on va aller voir Sarabi et les autres, fit Mufasa.
— Ok… Bonne chance pour l’entrainement Oncle Asante.
— Bonne chance.
— Merci mes neveux. Ravi de vous avoir connu.
Les lionceaux filèrent en courant. Ahadi, la tête penché sur le côté, fixa Asante d’un air exaspéré.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda le Chef de la Garde qui recula d’un pas.
— Arrête un peu de dramatiser, lui dit le Roi en reprenant la marche. Sinon je vais te donner une bonne raison de le faire, ajouta-t-il avec un sourire mesquin.
— Euh non c’est bon j’arrête, fit aussitôt Asante en le rattrapant.
Il regarda en arrière, voyant ses neveux s’éloigner. Puis hésita.
— Ahadi, faut que je te parle de quelque chose…
— Si c’est pour négocier afin que j’oublie qu’hier t’as voulus couvrir les bêtises de mes fils tu peux toujours rêver…
— Oh non c’est pas pour ça…, assura aussitôt Asante. Nan je sais que ça sert à rien de négocier avec toi… Nan c’est… Dis-moi, t’avais bien dit que t’avais eu une vision montrant que ce serait moi qui te succèderais en tant que Chef de la Garde.
— Oui en effet j’avais eu une vision de toi avec la marque. Pourquoi ?
— Et bien… J’ai eu… Une vision assez… similaire hier soir…
— Tu as vu Mufasa avec la marque ? demanda aussitôt Ahadi qui s’arrêta.
— Euh… Non. Ce… C’était pas Mufasa.
— Quoi ? Mais… Mais alors qui ?
— Ce… C’était… Taka que j’ai vu. Avec une impressionnante cicatrice à l’œil. Et la marque de la Garde à l’épaule. Il était avec Mufasa… Qui va être sacrément costaud, il va avoir la même carrure qu’Askari… Taka a utilisé le rugissement pour neutraliser des ennemis. Et un rugissement très puissant, j’ai jamais rien vu de tel.
— Mais… C’est impossible. C’est Mufasa qui doit te succéder avant de devenir Régent puis Roi. Tout comme moi j’ai été Chef de la Garde avant d’être Régent puis Roi. Et tout comme mon Grand-Père l’a aussi été avant d’être Régent puis Roi...
— Bah… Dans ma vision c’était pas le cas…
— T’as dû te tromper. Ou alors ta vision est erronée. Taka… n’a pas ce qu’il faut pour être Chef de la Garde… C’est pas pour rien si ma mère n’est pas devenue Cheffe de la Garde avant d’être Régente puis Reine. Elle n’en n’a pas les capacités et… Ça me désole de dire ça mais, Taka non plus.
— Ok… Mais dans ce cas qui succèdera à Mufasa quand il deviendra Régent ? Je te rappelle que ce sont les Seconds Héritiers, autrement dit, les frères ou sœurs du futur Roi ou de la future Reine qui deviennent Chef de la Garde. Ou des cousins ou cousines si le futur Roi ou la future Reine n’a pas de frères ou sœurs.
— Et moi je te rappelle que même si c’est rare, ce n’est pas forcément le cas. Et t’en est la preuve. Omari était Second Héritier mais Askari l’a jugé indigne de devenir Chef de la Garde, alors c’est toi qui as été choisi pour le devenir. Le futur Chef de la Garde doit avant tout avoir un lien profond avec son souverain. Tu l’es devenus parce qu’on est proche tous les deux. Et pour répondre à ta question…
Ahadi prit quelques secondes avant de répondre, visiblement peiné.
— Baraka peut très bien succéder à Mufasa en tant que Chef de la Garde. C’est son cousin, il fait partie de la famille Royale, ils s’entendent bien tous les deux et Baraka est un petit lionceau robuste qui fera certainement un bon Chef...
— Donc tu vas retirer à Taka son héritage légitime de Second Héritier…
— Ce… C’est pas une question d’héritage, c’est une question qu’être Chef de la Garde c’est dangereux, tu le sais aussi bien que moi. Et je ne mettrais pas la vie de Taka en danger… De toute manière j’en ai parlé à Askari il m’a confirmé que si le Second Héritier n’est pas digne de la fonction de Chef de la Garde c’est quelqu’un d’autre qu’il choisira. Tout comme ça été le cas pour Omari.
— Sauf que Omari n’a pas été choisis parce que Askari avait bien compris que c’était un véritable monstre qui allait abuser de son autorité de Chef de la Garde… Et c’est pas le cas de Taka aux dernières nouvelles ?
— Non c’est vrai, mais être Chef de la Garde demande des qualités qu’il n’a pas. C’est pour cette raison qu’il n’en n’est pas digne et qu’Askari ne le désignera certainement pas comme Chef de la Garde…
— Nan mais c’est qu’un lionceau, laisse-le grandir un peu il va peut-être changer à l’adolescence…
— Nous verrons bien… Mais en attendant c’est Mufasa qui te succédera en tant que Chef de la Garde le moment venu…
— Si tu le dis, fit Asante qui abandonna l’idée de le convaincre. On verra bien de toute façon…
Il attendit quelques secondes, puis demanda :
— Et sinon… Si je te promets de ne plus jamais couvrir les bêtises de tes fils, t’iras mollo à l’entrainement ?
— Je croyais que t’avais dit que tu ne négocierais pas car ça ne sert à rien…, s’amusa Ahadi.
— Bah quoi, je peux quand même essayer…
Pour toute réponse Ahadi lui lança un sourire espiègle avant de lui lancer de la terre dans les yeux. Asante se retrouva aveugler durant plusieurs secondes et le Roi en profita pour le faire trébucher.
— Hé c’est de la triche ça ! se plaignit-t-il.
— Il faut toujours se préparer à toute éventualité, Chef de la Garde.
La seconde qui suivit Ahadi eu juste le temps de voir une masse rousse lui sauter dessus, le plaquant au sol. C’était Uru qui fixa son époux, s’allongeant sur lui avec un regard espiègle.
— En effet mon Roi, faut toujours être paré à tout…
— Uru…, s’exaspéra Ahadi amusé.
— Merci sœurette, fit Asante se relevant.
— De rien mon frère.
— Vous allez à la chasse ? demanda le Roi en voyant plusieurs lionnes du groupe de chasse de la Fierté Royale passer de part et d’autre en le saluant.
— Oui, du moins la première chasse. Artémis se chargera des autres chasses… Et vous deux ? C’est aujourd’hui que vous essayez d’attraper nos deux fauteurs de trouble ?
— Ouais, on va essayer de les suivre de loin pour les prendre en flagrant délit, confirma Ahadi qui se releva. Comme ça leurs parents ne pourront plus dire que c’est les lionceaux des autres Clans qui se sont plaints d’eux qui mentent…
— Et après on va surveiller Mufasa et Taka pour vérifier si il y des lionceaux qui s’en prennent à eux aussi…
— Tu veux plutôt dire « pour vérifier QUI s’en prend à eux », rectifia Ahadi. Etant donné dans quel état ils sont rentrés parfois et les mensonges qu’ils nous ont dit, c’est clair que quelqu’un s’en prend à eux aussi.
— Je me demande qui est assez stupide pour s’en prendre à tes fils…
— C’est ce qu’on va découvrir…
— Et bien bonne chance alors. Et veillez bien sur Mufasa et Taka. A tout à l’heure.
— A tout à l’heure.
Ahadi regarda Uru et les lionnes partirent avec un sourire tendre. Et Asante profita de cette distraction pour lui sauter dessus. Le Roi se dégagea aussitôt, lui faisant face.
— Tu me traite de tricheur alors que tu m’attaques par derrière ? commenta Ahadi.
— Faut se préparer à toute éventualité non ? se moqua Asante.
— Ok tu veux jouer à ça, très bien. Cours, t’as cinq seconde…
— Cinq ?! En général tu me donnes trente secondes d’avance…
— Oui mais hier t’as eu la bonne idée de vouloir couvrir la bêtise de mes fils… Et là ton temps est écoulé.
Il sauta sur Asante qui l’esquiva de justesse avant de fuir.
Sur le chemin, Mufasa se mit à râler :
— Mais comment tu fais pour mentir à Papa aussi facilement ? Moi il découvre tout le temps quand je mens…
— Je sais pas trop. Je me persuade que mon mensonge c’est la vérité comme ça j’ai pas l’air de mentir…
— Ok, faudra que j’essai.
— Ouais parce que pour mentir t’es vraiment nul, se moqua Taka.
Un sourire espiègle se dessina sur le visage de Mufasa. Son frère tenta aussitôt de lui échapper mais trop tard, il lui sauta dessus, le plaquant au sol.
— Tu disais mon frère ?
— T’es nul !
Mufasa se mit à le mordiller alors qu’il tentait de le repousser.
— Toujours au sol Taka à ce que je vois, se moqua une voix familière.
Les deux frères stoppèrent leur chamaillerie et virent Maka sortie d’un buisson.
— Hé Maka ! s’exclama Mufasa qui vint à sa rencontre. Où sont Sarabi et ta sœur ?
— On joue à cache-cache, elles sont planquées je ne sais pas où.
— On va t’aider à les trouver, fit aussitôt le Prince.
— Ouais que sinon dans deux jours on y est encore, se moqua Taka en se relevant et passant devant Maka tout en le narguant d’une posture assurée.
— Hé ! protesta ce dernier.
Il le poussa avec ses pattes pour le faire tomber le maintenant au sol avec une patte sur l’épaule.
— Aïe ! Tu me fais mal lâche-moi !
Maka retira aussitôt sa patte.
— Désolé… T’as toujours mal à l’épaule ? demanda-t-il alors que Taka se releva péniblement.
— Oui quand on me touche j’ai mal ! répliqua ce dernier.
Les oreilles de Maka se baissèrent.
— Je suis désolé, répéta-t-il en approchant de lui.
Maka lui lécha l’épaule, comme le font souvent les lionceaux quand ils jouent et se font mal. Un reflex visant à la fois à atténuer les douleurs et à indiquer que ce n’était pas volontaire, mais aussi un moyen d’apaiser les tensions qui pourrait en découler, et de renforcer les liens au sein d’un groupe. Un comportement qui persistait souvent à l’âge adulte.
Mais Taka s’écarta aussitôt.
— Ne m’approche pas !
— Mais… Je ne veux pas te faire de mal je veux juste atténuer ta douleur.
— Je sais, mais je veux pas que tu m’approches !
Décontenancé, Maka n’insista pas. Reculant de quelque pas. Taka le fixa encore quelques secondes avant de partir à la recherche de Sarabi et Sarafina. Mufasa s’arrêta prêt de Maka qui lui lança un regard interrogateur auquel son camarade répondit :
— T’inquiète pas, il est comme ça avec tout le monde, même avec nos parents… Il y a certains contacts qu’il n’aime pas. Et certaines personnes qu’il ne laisse pas du tout le toucher, même pour jouer.
Ils rejoignirent Taka qui entreprit de les aider à retrouver Sarabi et Sarafina. Il les trouva rapidement, toutes les deux dissimulées dans les herbes, côtes à côtes. Un sourire espiègle apparut sur le visage de Taka qui indiqua à son frère et à Maka, un rocher à l’opposé de la cachette des deux petites lionnes. Les deux jeunes lions se dirigèrent aussitôt vers l’endroit indiqué et Taka fit signe à Sarabi et Sarafina de le rejoindre. Tous les trois attaquèrent Mufasa et Maka par derrière.
— Hé ! C’est de la triche ça ! s’exclama Mufasa.
Les lionceaux se mirent à se poursuivre et à se chamailler.
Plus tard dans la journée, ils décidèrent de lancer une nouvelle partie de cache-cache, et c’est Mufasa qui fut désigné pour les trouver.
Il arpenta les bois à leur recherche, et avec prudence. Son frère avait une manie : quand il devait être caché, il ne restait pas caché. Il se mettait plutôt à l’affut, avant de sauter sur celui ou celle qui le cherchait, tel un prédateur face à une proie.
Et cette fois-ci ne fit pas exception. Mufasa regarda sous un rocher lorsque, sortie de nulle part, Taka lui sauta dessus, réussissant à le faire tomber avec l’élan qu’il avait pris.
— Je t’ai eu…, fit fièrement le lionceau allongé sur son frère.
— Oh Taka ! Je te rappelle que tu dois rester caché !
— Ouais sauf que si je fais ça, je vais rester caché durant des heures, tu ne me trouves jamais.
— Peut-être parce que j’ai pas envie de te trouver, plaisanta Mufasa.
— Hé !
Taka lui mordilla le cou.
— Arrête, ria son frère. Je plaisante…
Mufasa l’agrippa avec ses pattes pour le renverser et le faire lâcher.
— Fait doucement avec tes crocs, se plaignit-il en s’écartant et se massant le cou avec sa patte.
— Désolé, fit Taka en se levant.
Il frotta sa tête contre celle de son frère avant de passer un coup de langue là où il l’avait mordu. Mufasa frotta affectueusement sa tête contre son cou avant de dire :
— Allez vient on va chercher les autres ensembles.
Taka suivit son frère, le sourire amusé, alors que ce dernier cherchait désespérément leurs camarades. Il finit par avoir un rire moqueur alors que Mufasa râla :
— Mais c’est pas vrai, où ils sont…, s’exaspéra-t-il. Tu les as vu toi ?
— Bien sûr que oui, répondit Taka qui vint s’allonger sur un rocher, fixant son frère d’un sourire espiègle. T’es passé trois fois devant Sarabi, une fois devant Sarafina et une fois devant Maka… Sans même les voir.
— Et ils sont où ?
— Tu crois vraiment que je vais te le dire ?
— Allé s’il te plait…
— Non je ne dirais rien.
— Allé… Je vais pas te supplier non plus…
— Pourquoi pas, c’est une idée, se moqua Taka le sourire mesquin.
Mufasa se tourna vers lui, le sourire et le regard espiègle. Le sourire de son frère s’effaça aussitôt, comprenant ce qu’il avait en tête.
— Non ! s’exclama-t-il en se levant aussitôt. T’as pas intérêt…
— Oh que si…
Taka sauta du rocher pour s’enfuir, mais son frère le rattrapa aussitôt et le plaqua, dos au sol.
— Dis-moi où ils sont…, fit Mufasa avec son sourire espiègle.
— Non je ne dirais rien et t’as pas intérêt à… Non !
Mufasa se mit à le mordiller à plusieurs endroits que Taka n’aimait pas, notamment au niveau du pelage de sa gorge. Ce dernier résista quelques secondes, essayant de repousser son frère, en vain. Il n’avait pas assez de force. Il abandonna.
— Ok ok je vais te le dire ! Arrête !
Mufasa cessa de le mordiller, relevant la tête puis le fixant avec son sourire espiègle et vainqueur.
— Je t’écoute…, lui dit-il.
— Je déteste quand tu fais ça…, répliqua Taka. Sarabi s’est dissimulée dans un ensemble de rocher près du fleuves, Maka est dans une grotte dont l’entrée se trouve sous les racines d’un arbre, et Sarafina est derrière des buissons non loin de son frère...
— Ok merci, fit Mufasa qui recula, ravi. Allez vient on va les chercher.
Il se mit à courir mais s’arrêta en voyant que son frère ne le suivait pas. Se retournant, il découvrit qu’il n’avait pas bougé. Couché en boule, il lui tournait le dos.
— Bah… Viens Taka.
— Noooon, grommela-t-il.
Mufasa s’approcha de lui, le contournant pour voir son visage.
— Tu boudes ?
— Laisse-moi !
— T’es vexé parce que j’ai réussi à te faire parler ?
— T’es qu’un tricheur !
— Oh allé c’est qu’un jeu Taka…, insista Mufasa en frottant sa tête contre la sienne pour le consoler. Allé viens.
— Non ! se déroba son frère.
Mufasa passa au plan B et commença à le chatouiller en le mordillant au cou.
— Ah non Mufasa arrête ! fit Taka qui se mit à rire malgré lui.
Il repoussa son frère et les deux se chamaillèrent quelques instants jusqu’à ce que Mufasa prenne la fuite, poursuivit par son frère qui, pris par le jeu, en oublia de continuer à bouder.
— Ah enfin ! s’exclama Sarabi lorsque Mufasa la débusqua. Je finissais par penser que tu me trouverais jamais…
— Oh allons Sarabi, soit un peu indulgente avec mon frère… Aujourd’hui il a mis trois heures de moins pour te trouver…, ironisa Taka d’un ton sarcastique.
— Hé ! s’exclama Mufasa qui poussa légèrement son frère d’un coup de patte.
— Je pari que Taka t’a aidé…, fit Sarabi.
— Non c’est pas vrai…, mentit Mufasa. Allons retrouver Maka et Sarafina…, ajouta-t-il pour changer de sujet.
Le lionceau accéléra le pas, tandis que Sarabi s’adressa à Taka à voix basse :
— Il ne sait toujours pas mentir…
— Et je pense qu’il ne le saura jamais…, ajouta Taka d’un ton moqueur.
— Hé je vous entends ! répliqua Mufasa.
— Oups…
— Attention, on va avoir des ennuis, fit Sarabi d’un ton taquin.
— Non mais vous me cherchez tous les deux ? répliqua Mufasa qui se retourna.
— Non mon frère je crois qu’on te trouve, ria Taka.
— Ça c’est sûr !
Mufasa courra vers Sarabi et Taka et les deux s’enfuirent en riant.
Ils retrouvèrent ensuite Sarafina puis Maka qui s’était caché derrière des rochers dans la grotte. Ce fut Taka qui le débusqua et s’amusant à nouveau à le plaquer au sol.
— Je t’ai déjà dit d’arrêter de me faire ça ! s’exclama-t-il, allongé sur le dos.
— Pourquoi ? T’as honte d’être mis au sol par l’avorton de la bande ? se moqua Taka.
Il ne croyait pas si bien dire. Maka réagit aussitôt en le renversant puis l’immobilisant avant de le pincer au niveau de l’encolure. Le lionceau tenta de se dégager en le repoussant, mais n’y parvint pas. Il le tenait trop fermement.
— Aïe ! Ok c’est bon je retire ce que j’ai dit ! Lâche-moi !
Maka cessa aussitôt de le mordiller et recula. Au même moment Mufasa, Sarabi et Sarafina passèrent à côté d’eux, le jeune Prince surveillant que son ami n’abuse pas de ses crocs avec son frère.
— Arrêtez de vous chamailler tous les deux, s’exaspéra-t-il.
Taka fixa Maka, contrarié tout en massant son cou de sa patte. Ce dernier s’approcha de lui, commençant à frotter sa tête contre la sienne pour le consoler. Mais son camarade le poussa à nouveau d’une patte en répliquant à voix basse :
— M’approche pas…
Cette fois Maka eu un air amusé :
— Quoi tu boudes ? demanda-t-il alors qu’ils se mirent à marcher côte à côte derrière leurs amis.
— Non…
— Oh mais si tu boudes ?...
— Je t’ai dit que non !
— C’est parce que t’as pas réussi à me faire lâcher ? nargua Maka.
— Ça n’a rien avoir…
— Oh mais si c’est ça…
— Ferme-là.
— Mauvais perdant…
— Je vais te…
Taka s’arrêta net, se taisant aussitôt, de même que Maka. Mufasa s’était retourné d’un bon, faisant face aux deux jeunes lions avec un regard noir. Ils ne prononcèrent plus un mot, plaquant leur oreille en arrière et tournant la tête sur le côté. Mufasa se retourna lentement avant de reprendre la marche, suivit par ses amis et son frère. Ce dernier, ainsi que Maka, resta silencieux.
Ils décidèrent d’aller se reposer sous l’ombre d’un arbre aux branches basses. Tous regroupés, coller les uns aux autres, Maka entreprit de toiletter sa sœur, puis Mufasa. C’était un lionceau d’un naturel câlin qui aimait prendre soin des siens et était très protecteur. Trait de caractère qu’il partageait avec Mufasa d’ailleurs qui commença de son côté à toiletter Sarabi.
Taka, loin d’avoir envie de dormir, entreprit de grimper à l’arbre, voulant aller le plus haut possible.
Ce qui inquiéta Mufasa :
— Taka descend, tu peux te faire mal si tu tombes…
— Mais non je fais attention…
La branche sur laquelle il posa la patte se brisa et il tomba.
— Ça va Taka ? demanda aussitôt son frère qui se leva.
— Oui oui ça va, grommela Taka qui se releva péniblement.
Maka vint aussitôt à sa rencontre, l’aidant à se relever puis léchant sa joue pour le consoler. Mais Taka le repoussa d’une patte, lui disant :
— C’est bon je vais bien…
Maka ne rétorqua rien, tandis que Taka alla chercher du réconfort auprès de son frère. Il s’allongea contre lui, et le laissa le toiletter.
Maka ne put s’empêcher de remarquer que si Taka le repoussait toujours, il était loin d’agir ainsi avec son frère. Il se mit juste à râler quand ce dernier se mit à ébouriffer sa crinière avec sourire espiègle.
— Mufasa ! Pas ma crinière ! répliqua Taka qui s’allongea sur le dos pour empêcher son frère d’accéder au-dessus de sa tête.
— Ok j’arrête, ria Mufasa qui lécha la gorge de Taka.
Ce dernier le laissa faire et fini par s’endormir.
Ils commençaient tout juste à sortir de leur sieste lorsqu’une lionne approcha. C’était Kitwana. La mère de Sarafina et Maka. Celle qu’Ahadi désignait comme sa grande sœur de cœur. Considéré comme une des lionnes les plus puissantes du Royaume, c’était quelqu’un qu’Ahadi préférait éviter d’affronter, de même que pour Uru.
C’était une grande lionne athlétique, au pelage beige et aux yeux turquoise, avec une fine frange de poil sur le dessus de la tête et un léger duvet sur la gorge, qui lui donnait un air de « lionne manqué ».
— Tata Kit ! s’exclama Mufasa, se leva pour aller la voir, suivit de son frère.
— Alors comment vont mes deux petits Princes ? demanda la lionne en frottant sa tête contre les leurs. Vous vous êtes bien amusé ?
— Oui, on a joué à cache-cache. Et après ça va être à Maka de nous trouver.
— Je crains que ce ne soit pas pour tout de suite, fit la lionne. Maka, Sarafina. Venez avec moi, notre Cheffe veut vous parler.
— Pourquoi ?
— C’est à propose de la dispute avec vos trois cousins
— Oh… Ok, firent Maka et Sarafina l’air à la fois anxieux et déçus.
— Sarabi, tu viens avec moi aussi, je te dépose dans ton Clan. Ta maman veut que tu rentres pour assister à la chasse.
— D’accord. On se rejoindra plus tard alors, fit la petite lionne à ses camarades.
— On se retrouve au Marai au Bois Mort, proposa Mufasa.
— C’est noté. A tout à l’heure !
Ils partirent en direction du territoire de leurs Clans, tandis que les deux Princes prirent la direction du Marai.
C’est donc seul que les deux frères allèrent se rafraichir dans les petites marres du Marai aux Bois Morts, jouant dans l’eau peu profonde, en attendant l’arrivée de leurs amis. Ils se coursaient à travers les herbes semi aquatique, contournant les arbres morts ou passant sous leurs grandes racines.
A un moment, Mufasa rattrapa Taka et lui mit la tête sous l’eau quelques secondes avant de se mettre à fuir, poursuivit par son frère. Mais ils stoppèrent net. Effrayé. Les oreilles en arrière.
Face à eux un lion adolescent leur barrait la route : Tafarik.
— Alors les petits Princes… Vous vous amusez bien ? demanda-t-il avec un ton à la fois moqueur et menaçant.
Les lionceaux firent demi-tours, voulant le fuir. Mais se retrouvèrent face à Taj.
— Où comptez-vous allez comme ça ?
Cernés, les lionceaux se mirent dos à dos, chacun face à un de leur assaillant.
— Ne partez pas tout de suite…, poursuivit Taj l’air mesquin.
— Oui, après tout, on a un compte à régler avec vous…, ajouta Tafarik alors qu’ils se mirent à tourner autour des lionceaux comme des prédateurs autour de leur proie.
— Laissez-nous partir ! s’exclama Mufasa.
— Oh que non… Pas après ce que vous nous avez fait…
— Je ne vois pas de quoi tu parles…, fit Taka.
— Oh que si tu le sais… Je te parle des abeilles, on sait que c’est vous…
— Et ça on va vous le faire payer très cher…
Tafarik attrapa aussitôt Taka, le trainant dans l’eau, tandis que Taj plaqua Mufasa au sol, plantant ses griffes sur son cou.
— Hé j’ai une idée ! On va voir combien de temps un Prince ça peut tenir sous l’eau sans respirer, fit Tafarik d’un ton amusé.
— Non ! Fais pas ça j’t’en supp… ! s’exclama Taka juste avant que l’adolescent lui plonge la tête dans l’eau d’une patte.
— NON TAKA ! s’exclama Mufasa, paniqué, voyant son frère se débattre sous l’eau.
Sans attendre, il mordit férocement la patte de Taj qui le lâcha aussitôt, et fonça sur Tafarik, effectuant un puissant bon pour le repousser. Il parvint à faire trébucher le jeune lion et Taka, libéré, sortit aussitôt la tête de l’eau, prenant une grande inspiration tout en toussant. En état de choc, il vit son frère, reculant pour se rapprocher de lui. Tafarik quant à lui se releva, le fixant d’un regard noir tout en avançant vers les lionceaux d’un air menaçant.
La seconde qui suivit, ce dernier se prit un coup de griffe si violent qu’il en roula plusieurs fois dans l’eau. Lorsque, un peu sonné, il releva la tête pour voir son agresseur, il déchanta. Ses yeux s’écarquillèrent d’horreur, et ses oreilles se baissèrent. C’était Ahadi. Posté devant ses fils, le Roi de la Terre des lions le fixa d’un regard meurtrier, montrant les crocs.
La seconde qui suivit, Tafarik se mis à fuir, imité par Taj qui le rattrapa. Mais les deux frères se retrouvèrent face à Jelani qui leur barra le passage. Ils reculèrent face à l’imposant lion et avant qu’ils n’aient le temps de réagir, ils furent cernés par la Garde du Roi Lion.
Asante quant à lui s’était approché de Mufasa et Taka pour veiller sur eux. Il frotta sa tête contre celle du cadet, en état de choc, tout en gardant un œil sur les adolescents qui s’étaient rassemblés au centre du cercle formé par la Garde, tremblant de peur. Et à raison…
— Ça va mes fils ? demanda Ahadi inspectant les lionceaux avec un regard soucieux.
— Oui… Oui ça va aller, fit Taka qui tremblait et continuait de tousser.
Son père frotta sa tête contre lui et son frère avant de tourner ses yeux verts vers leur tortionnaires, le regard noir. Redressant la tête, il avança d’un pas lent et menaçant vers eux, tandis que Mufasa consola Taka, se blottissant contre lui.
Lorsqu’ils virent arriver Ahadi vers eux, Tafarik et Taj s’aplatir aussitôt, tête au sol. Taj sembla pétrifier par la peur, fermant les yeux. Le Roi tourna lentement autour d’eux d’un air menaçant. Laissant planer un silence pesant avant de prendre la parole :
— Ainsi donc les deux adolescents qui s’amusent à tourmenter les lionceaux de la Terre des Lions, sont aussi ceux qui tourmentent mes propres fils…
Ils n’osèrent pas répondre. Et encore moins le regarder.
— Mufasa, Taka, appela Ahadi sans quitter des yeux les adolescents. Depuis combien de temps ça dure ?
— Depuis… C’est depuis plusieurs semaines…, répondit Mufasa.
— Le soir où Taka est rentré couvert de griffure et qu’il a prétendu qu’il avait couru dans des ronces, c’était eux n’est-ce pas ?
— Oui, confirma Mufasa qui précisa : C’était Tafarik.
— Et le jour où Taka est revenu recouvert d’épines et de ronces… C’était vraiment lui qui était tombé dedans accidentellement ?
— Non. C’était Tafarik qui l’avait poussé dedans, répondit Mufasa.
— Non on avait pas fait exprès c’était un accident et…, tenta de se défendre Tafarik.
— Silence !
Ahadi avait parlé d’une voix calme mais suffisamment ferme pour le faire taire aussitôt. L’adolescent baissa à nouveau la tête, évitant soigneusement son regard.
— Menteur ! s’exclama Mufasa. C’était pas un accident tu l’avais jeté dans les ronces exprès et t’avais même appuyé avec tes pattes pour l’enfoncer encore plus !
— Vraiment…, fit Ahadi d’un ton intéressé. Et que vous ont-ils fait d’autre ?
— Ils nous ont souvent trainé dans la boue. Ou… D’autre chose. Une fois ils nous ont jeté dans un champ de fleur malodorante qui attirent les mouches. Ils ont souvent fait exprès de nous faire mal en nous mordant là où c’est douloureux, surtout Tafarik qui s’en prend toujours à Taka.
— Le jour où Taka est revenue recouvert de morsure de fourmis tueuse, c’était lui ? Ou il est vraiment tombé accidentellement dans le nid ?
— Non. C’était Tafarik qui l’y a jeté.
— Et le jour où vous m’avez expliqué que Taka était « accidentellement » tombé dans les plantes urticantes, j’imagine que c’est la même chose ?
— Oui. Toujours Tafarik.
— Je vois. Et lequel des deux est Tafarik ?
— Celui que t’as griffé, dénonça aussitôt Taka, toujours tremblant, le regard emplis de haine.
Ahadi tourna ses yeux verts et glaciale vers le jeune lion dont les trois griffures qu’il lui avait infligées étaient parfaitement visible, ruisselant de sang. L’adolescent baissa aussitôt la tête, effrayé, alors que le Roi s’approcha de lui, recommençant à leur tourner lentement autours. Asante ne manqua pas d’observer ce qui allait suivre car, après de tel révélation, son beau-frère n’allait pardonner aucun écart de conduite de la part des deux jeunes lions
— Et pourquoi un tel acharnement envers mon plus jeune fils ? demanda Ahadi.
Tafarik n’osa pas répondre. Mufasa s’en chargea de nouveau :
— C’est pour se venger de la griffure que lui a fait Taka.
— La petite griffure à droite de son œil droit ? s’étonna son père.
— Oui. C’est Taka qui lui a fait ça quand on les a vu pour la première fois. On était tombé sur eux sans le faire exprès et Tafarik m’avait immobilisé au sol entre ses crocs. Taka avait sauté sur son visage en le griffant pour me libérer. Après ça Tafarik nous a dit que pour l’avoir défiguré il le lui ferait payer tous les jours.
— Ont-ils fait autres choses ?
— … Oui. Quand… Quand ils nous mordaient, ils… Ils nous obligeaient à… à dire…
Mufasa ne parvint pas à finir sa phrase. Ce fut cette fois Taka qui déballa tout ce dont il se souvenait :
— Qu’on était des lâches, des mauviettes, des Princes de pacotilles, des verres de terres, des larves, des bousiers, des bouses d’éléphant, de phacochère et je ne sais plus quels autres animaux. Ils nous obligeaient à les appeler Majesté, Altesse ou Prince. Et…, poursuivit le lionceau avec difficulté : A les supplier pour qu’ils arrêtent de nous faire du mal.
Son oncle, le regard à la fois douloureux et remplis de haine, se sentit mal à l’aise et ferma les yeux quelques secondes. Dépité que ses neveux aient eu à subir tout cela.
Ahadi de son coté, ferma également les yeux quelques secondes, mais afin de conserver son calme.
Taka ajouta :
— Ils nous ont aussi obligé à dire qu’on était des fils de hyènes et chacals.
— Vraiment ? Et la hyène c’est moi ? demanda Ahadi d’un ton acerbe. Ou je suis le chacal ?
— Non Votre Altesse, répondit aussitôt Tafarik.
— C’est Votre Majesté, recadra le Roi. Votre Altesse c’est pour les Princes… Autrement dit mes fils.
— Non Votre Majesté, rectifia le jeune lion.
— Mes fils… Autres choses à ajouter ?
— Non je… Je crois que c’est tout, répondit Mufasa.
— Et c’est déjà beaucoup. Beaucoup trop. Visiblement ça à l’air de vous amuser de tourmenter les plus petits…
— Mais on voulait pas leur faire de mal, se défendit aussitôt Tafarik. C’était juste des blagues, c’était pour s’amuser…
— Oulala… Grave erreur, commenta Asante à voix basse avec un sourire mesquin.
En effet, la réaction d’Ahadi ne se fit pas attendre. A côté du jeune lion à ce moment-là, il l’attrapa par le cou et le renversa sur le dos, posant ses griffes sur sa gorge. Par reflexe, Tafarik agrippa la patte du Roi avec la sienne. Ahadi réagit aussitôt :
— Retire immédiatement tes griffes…, menaça-t-il d’un ton lent et acéré.
Le jeune lion hésita quelques secondes comme paralysé par la peur, avant de retirer sa patte, toute tremblante.
— Tu trouves que ce que tu leur as fait c’était un jeu ? C’était amusant ? répliqua Ahadi. Remarque tu as peut-être raison, je devrais peut-être plonger ta tête sous l’eau pour voir combien de temps tu peux tenir sans respirer… Ou alors te lancer dans un nid de fourmi tueuse ça doit être très drôle à voir en effet…
— Yen-a un pas loin d’ici en plus, commenta Asante pour enfoncer le clou.
— NON ! paniqua aussitôt Tafarik. Ne faites pas ça, je vous en supplie… Pitié…
— T’en a eu de la pitié envers mes fils quand tu les torturais ? rétorqua Ahadi. Sans parler des autres lionceaux que vous avez également agressés ?
Tafarik fut incapable de répondre. Il se contenta de détourner le regard qui commençait à s’embuer de larme.
— On… On recommencera plus…, parvint-t-il à articuler.
— Oh ça je te garantie que tu ne recommenceras plus…, confirma Ahadi.
Il retira lentement ses griffes et recommença à tourner autour des deux jeunes lions. Tafarik s’empressa de se rallonger sur le ventre, se blottissant contre son frère, toujours pétrifier par la peur.
— Vous n’avez pas idée, de l’incroyable chance que vous avez tous les deux, que je respecte les lois de mes ancêtres… Il est interdit, sur la Terres des Lions, de tuer ou même de bannir des lions qui n’ont pas atteint l’âge adulte. A moins que vous ne soyez assez nombreux pour survivre dans les Terres Sauvages, mais ce n’est pas le cas, vous n’êtes que deux. Des membres adultes de votre famille peuvent également partir avec vous, mais je ne vais pas bannir des lions et lionnes qui eux n’ont rien fait. Je pourrais aussi vous envoyer dans un autre Royaume… Mais se serait exposer leurs lionceaux à votre sauvagerie… Et ça, c’est hors de question… Vous serez donc confiné sur le territoire de votre Clan jusqu’à votre majorité. Et lorsque vous aurez atteint l’âge adulte…
Sentant l’annonce de leur sentence arriver, Tafarik et Taj regardèrent Ahadi avec inquiétude. Ce dernier poursuivit :
— …vous serez bannis définitivement de la Terre des Lions.
— Majesté je…
— Je ne veux pas vous entendre. Votre comportement est inexcusable. Et pas seulement avec mes fils. Avec les autres lionceaux aussi. Et je répète, vous avez beaucoup de chance de ne pas être adultes… Durant votre confinement vous avez intérêt à ne pas sortir des limites de votre territoires, les membres de la Gardes du Roi Lion et de la Fierté Royale vous surveilleront et auront autorisation de faire usage de leurs crocs et leurs griffes sur vous si ils vous croisent hors de votre territoire. Vous avez interdiction d’approcher des lionceaux de votre Clan. Si vous leur faites le moindre mal, vous serez en isolement le temps que je déciderai. Et si jamais vous vous en prenez ne serait-ce qu’une seule fois à mes fils, je peux vous assurer que là, même les lois de mes ancêtres ne vous protégeront plus. Mineur ou pas, si vous vous en prenez à nouveau à mes fils, je vous tuerais. Ai-je été assez clair ?
— Oui Votre Majesté…
Ahadi continua de tourner autour d’eux quelques secondes en les fixant, avant d’appeler :
— Asante…
— Mon Roi ? répondit le Chef de la Garde qui quitta ses neveux pour se rapprocher de son beau-frère.
— Amène ces deux vermines en isolement. Ils vont y faire un petit séjour avant que tu ne les ramènes à leur famille. Puis va voir leur Clan et explique-leur la situation. Si ils veulent contester ma décision, je suis prêt à en discuter demain matin au lever du jour avec eux…
— Très bien, je m’en occupe.
Asante fit aussitôt signe à ses Gardes de resserrer le rang autours de leur prisonnier pour les escorter pendant qu’Ahadi retourna auprès de ses fils.
— Oh une dernière chose, fit-il tandis que les deux jeunes lions s’étaient levés. Vous n’avez pas quelque chose à dire à mes fils ?
Tafarik et Taj s’échangèrent un regard interrogateur.
— Et bien je vois que vos parents ont également omit de vous enseigner les règles de savoir vire en communauté…
— Qu’est-ce qu’on dit quand on fait du mal à quelqu’un ou quand on fait une bêtise ? répliqua Asante.
— Oh euh… On est désolé.
— Et c’est à qui que vous vous adressez ? demanda Ahadi.
— On est désolé Mufasa et Taka.
— Qu’est-ce que je vous ai dit au sujet de la manière de les appeler ? rappela le Roi.
Cette fois Tafarik sembla se raidir et prononcer la phrase sembla lui couter :
— On… On est désolé vos Altesses.
— Et vous n’avez pas l’impression d’oublier quelque chose ? demanda Ahadi qui avait décidé de ne rien leur passer.
Tafarik et Taj s’échangèrent à nouveau un regard interrogateur. Ce fut de nouveau Asante qui perdit patience :
— On s’incline face à des Princes !
Le regard des deux jeunes lions indiqua clairement leur réticence. Mais ils n’avaient pas le choix. Ils baissèrent la tête.
— J’ai rien entendu, dit sournoisement le Roi.
— On est désolé vos Altesses, répétèrent Tafarik et Taj en s’inclinant à nouveau.
— J’aime mieux ça, fit Ahadi le ton glacial. Hors de ma vue tous les deux.
Asante fit signe aux Gardes de se mettre en route, puis il interpella son beau-frère :
— Si ils tentent de s’enfuir, je peux les massacrer ?
— T’en feras ce que tu veux.
— Chouette…
Tafarik et Taj s’échangèrent un regard horrifier et avancèrent sans opposer la moindre résistance. Ahadi les regarda partir, le regard sévère, avant de dire à ses fils d’un ton plus doux :
— Venez les garçons, on rentre…
Il frotta sa tête contre eux avant de se mettre en route, imiter par les deux lionceaux.
Ils suivirent leur père qui avait calé la cadence de sa marche sur celles de ses fils, encore en état de choc. Taka avait arrêté de tousser, mais restait encore tremblant.
Mufasa fini par rompre le silence :
— Mais… Tu étais au courant de ce que Tafarik et Taj nous faisaient ?
— Je ne savais pas que c’étaient eux, mais j’avais bien compris que vous étiez harcelé oui, confirma son père. Je sais différencier des griffures et des égratignures faites par des ronces. Et puis j’ai été jeune avant vous.
Taka s’arrêta, comprenant où il voulait en venir.
— Attends tu veux dire que toi aussi t’as été harcelé ? s’étonna-t-il.
— Et oui. Quand j’avais votre âge. Par plusieurs lionceaux et adolescents. La plupart de manière occasionnel. Pour d’autres, c’était un peu plus fréquent. Il y en avait un notamment qui était plus âge que moi, qui s’est amusé à me tourmenter durant toute mon enfance jusqu’au début de mon adolescence. Même si, ce qu’il me faisait, n’avait rien avoir ce que Tafarik et Taj vous ont fait. Il n’a pas essayé de me noyer lui…
— Il te faisait quoi ?
— Principalement des humiliations. Il me plaquait au sol et me laissait me relever que si je disais certains mots ou certaines phrases.
— Les mêmes que celles que Tafarik et Taj nous obligeaient à dire ?
— Non. Le plus souvent il se contentait d’excuse. Et d’autres fois j’ai plutôt eu le droit à des phrases rabaissantes, du genre « je suis une larve qui rampe au sol ».
— Qui rampe au sol ? s’étonna Taka.
— Oui il était très inspiré pour ce genre de phrase.
— Il te faisait dire ça alors que t’es un Prince ?!
— Bah Tafarik et Taj on fait pareil avec nous et on est des Princes aussi, rappela Taka.
— A dire vrai il ne savait pas que j’étais Prince, et que j’allais devenir Roi.
— Ah bon ?
— Je dissimulais mon identité. Les premiers lionceaux que j’ai rencontrés, ceux des lionnes de la Fierté Royale, s’en étaient pris à moi parce que j’étais Prince. Du coup après, quand j’ai été autorisé à sortir du territoire du Rocher des Lions, j’ai dissimulé le fait que j’étais le Prince Héritier. Certains le savaient, mais la plupart de mes tortionnaires ne savaient pas qui j’étais, ni qui j’allais devenir… Bref, pour revenir à mon principal harceleur, pour résumer je devais lui dire que, en clair, c’était lui le chef et que moi j’étais son… Comment il disait déjà… Ah oui ! Son « larbin ». Et il m’appelait aussi parfois « son cobaye », car il s’amusait à tester sur moi ses techniques de combats : comment immobiliser un lion au sol, comment faire tomber, et j’en passe.
— Tu devais souvent rentrer couvert d’égratignures alors ?
— Non pas du tout. Il faisait très attention à ne pas me blesser. Et la plupart du temps il ne me faisait que légèrement mal. Comme lors d’un jeu. Sauf quand il cherchait délibérément à le faire. En général quand je lui tenais tête. Et encore, même quand il faisait exprès de me faire mal, ça n’avait rien avoir avec ce que les autres pouvaient me faire. Il retenait beaucoup ses crocs. La seule fois où il m’a blessé, c’est quand je suis devenu adolescent que j’ai commencé à me défendre face à lui. Forcément il n’a pas apprécié que je me rebiffe. Il avait réussi à avoir le dessus sur moi, mais il avait dû me blesser pour ça. Quand je suis rentré, j’avais dit à ma mère que j’étais tombé dans des ronces. Ça te rappelle quelque chose ça Taka ?
— Je me sens pas visé du tout Papa…, répliqua son fils.
— Bien évidement ma mère et mon oncle avait compris que j’étais pas tombé dans des ronces. Je leur avais dit que c’était une dispute qui avait mal tourné et de ne pas s’en mêlé car cette histoire était réglée. Quant à celui qui m’a blessé il s’en est beaucoup voulus. A partir de là, il a commencé à me laisser tranquille. Il avait compris que bientôt j’allais être plus fort que lui et qu’il allait devoir me blesser si il voulait avoir le dessus. Ce qu’il ne voulait pas.
— Mais… tu t’es vengé après ? demanda Taka.
— Oui et non… Disons que j’ai eu une période où il avait bien compris qu’il avait intérêt à m’éviter donc il faisait attention à ne pas entrer en conflit avec moi. Et quand il a appris que j’étais le futur héritier il m’a encore plus évité. Puis je suis devenu Chef de la Garde et là il faisait particulièrement attention à ne pas faire de bêtise… Je crois qu’il avait compris que je le surveillais et que je n’attendais que ça… Et un jour on a fini par régler nos comptes et on est passé à autre chose. Bon il m’arrive de l’embêter pour me venger aussi de temps à autres… Même si en vérité je lui ai pardonné, ce que bien évidement je ne lui dis pas.
— Quoi ? Mais comment tu as fait pour lui pardonner ? Moi jamais je ne pardonnerai à Tafarik et Taj.
— C’est pas la même histoire. Déjà quand il s’en prenait à moi, le plus souvent c’était parce que je l’avais cherché. Quand j’avais votre âge, je n’étais… Pas toujours très poli… Pour tout vous expliquer, certains lions considèrent que ma mère, la Reine Amani, n’aurait pas dû devenir Reine car c’est une lionne. Durant un certain temps dans le Royaume, il fut interdit aux Princesses de devenir Reine…
— Oui on sait Maman nous a expliqué ça, intervint Taka. C’était à cause de Mohatu 2 qu’elles n’avaient pas le droit de devenir Reine. Ton grand-père Mohatu 3 a mit fin à cette loi en faisant de sa fille Amani la future Reine. Mais certains lions ne sont pas d’accord et voulaient voir Amari devenir Roi car c’est un lion. Ou même Omari car certains te considèrent comme un imposteur car tu es le fils d’une lionne.
— Ah ok. Cool, ça me fait ça en moins à vous expliquer… Donc comme tu l’a très justement dit, dès mon plus jeune âge, j’ai croisé des lions et lionnes, adultes ou plus jeunes, qui considéraient que j’étais un faux Prince, un faux héritier. Un imposteur. Les lionceaux de la Fierté Royale qui s’en sont pris à moi, l’ont fait à cause de ça. Parce que selon certains d’entre eux, j’étais qu’un usurpateur qui se vantait de devenir Roi plus tard… Je suis rapidement devenu méfiant, arrogant et souvent agressif avec certains autres lions ou lionnes que je rencontrais, et qui le méritaient pas forcément... J’étais souvent insolant. Et c’était le cas le jour où j’ai rencontré celui dont je vous ai parlé. Pour faire simple, je l’ai insulté et envoyé boulé… Et il s’est vengé… Venant de lui c’était pas vraiment du harcèlement. Il me recadrait quand je dépassais les bornes. Quand j’étais insolent, arrogant… Bon par contre il abusait souvent de la situation et en profitait pour m’humilier… Mais c’était pas tout le temps. Le plus souvent je jouais avec lui, il m’apprenait des trucs. Quand il sentait que je commençais à fatiguer on allait se reposer dans un coin et je m’endormais contre lui. Il était très protecteur avec moi, donc je savais que je pouvais dormir tranquille. Quand j’étais avec lui, je savais que je ne risquais rien. Qu’il ne me ferait rien de mal. Enfin rien de réellement mal. Et que personne ne s’en prendrait à moi. Je me sentais en sécurité avec lui… Je me souviens qu’une fois, j’étais seul, j’ai croisé trois lionceaux un peu plus âgés qui s’en sont pris à moi. Je me suis retrouvé au sol avec l’un qui mordillait ma gorge, un autre la tête et le troisième, une de mes pattes. Celui qui me harcelait est arrivé et leur avait dit « celui-là il n’y a que moi qui ait le droit de le mordiller, alors dégagez ». Les trois lionceaux m’avaient aussitôt lâché et ont fui.
— C’est quelqu’un qu’on connait ? Tu évites de dire son nom…, fit remarquer Taka.
— Très perspicace mon fils… Oui, vous l’avez déjà croisé… quelques fois…
— C’est qui ? demandèrent les lionceaux d’une même voix.
— Je ne vous dirai pas qui c’est car ce n’est pas à moi de dévoiler son passé, mais à lui.
— C’est Jelani ? tenta Mufasa.
— Ça peut pas être lui, intervient Taka. Il est plus fort que Papa donc il aurait continué de le harceler à l’adolescence…
— Ah ? Tu penses que Jelani est plus fort que moi ? demanda Ahadi d’un ton amusé.
— Euh… Pourquoi c’est pas le cas ? Pourtant tout le monde dit que c’est le lion le plus fort de la Terre des Lions.
— Oui. Parce qu’il a gagné plusieurs tournois où des lions et lionnes s’affrontent uniquement au niveau de la force. Quand vous serez plus grand vous y assisterez.
— Donc c’est lui le plus fort alors ?
— Pas forcément. Dans un combat il n’y a pas que la force qui compte… Si vous voulez on ira demander son avis à Jelani…, fit Ahadi avec un sourire espiègle.
— Tu n’as jamais dit à ta maman que plusieurs lionceaux te harcelaient ? demanda Mufasa.
— Non. Je… Je voulais pas qu’elle se sente coupable, car si on s’en prenait à moi, c’était parce que j’étais son fils. Le fils de la Reine qui selon certains, n’aurait pas dû devenir Reine. Bien sûr, mon oncle et ma mère ont fini par le savoir. Et tous les trois ont s’est appliqués à faire comprendre à nos détracteurs que ma mère était Reine, que je deviendrai Roi, et que si ils étaient pas content, ils n’avaient plus qu’à quitter le Royaume… Certains sont partis. D’autres sont restés mais sont devenus très discret. Et il y en a qui se sont complètement détourné d’Omari le jour où il a tenté de vous tuer. Cet acte, plus les nombreuses plaintes qu’il a reçu des lions et lionnes qu’il a agressés et qui ont décidé de sortir du silence, n’a absolument pas jouer en sa faveur. Tous ont pu voir son vrai visage…
— Oncle Asante a dit qu’Omari était un vrai monstre, fit Taka.
— Oui je confirme. Seul un vrai monstre peut commettre des crimes aussi odieux.
— Mais il a fait quoi exactement ? demanda Mufasa.
— On vous donnera les détails quand vous serez plus grand… Au fait j’ai une question moi aussi : pourquoi vous nous avez rien dit pour Tafarik et Taj ? D’autres lionceaux qu’ils ont harcelés se sont plains, eux.
— Ils nous avaient dit que si on parlait leur Clan allait venir pour tous nous tuer.
Ahadi s’arrêta.
— Vraiment ? Ils ont dit ça ? Ils ont dit autres choses ?
— Non. Juste ça.
— Ok. Si quelque chose vous reviens il faut me le dire. Et à l’avenir si quelqu’un s’en prend à vous, je veux être au courant. C’est compris les garçons ?
— Oui Papa.
Ils arrivèrent au Rocher des Lions. Uru vint à leur rencontre. Ses deux fils se mirent à courir vers elle. Comme bien souvent, elle avait pressenti que ses lionceaux avaient été en danger et frotta sa tête contre eux.
— Vous allez bien ? Taka… ?
— Oui ça va aller Maman.
— Tu trembles mon fils…
— Il a eu un sacré choc, expliqua Ahadi en arrivant face à elle. Comme on s’en doutait ils étaient bien harcelés par de jeunes lions qui, aujourd’hui, ont voulu… Le noyer.
— Que… Quoi ?! Le noyer ! Nan mais… Rassures-moi, tu t’es amusé à les tourmenter comme tu le fais d’habitude j’espère ?
— Allons ma chérie, tu sais comment je suis, fit Ahadi un sourire mesquin. Il y en a un qui a vraiment cru qu’il allait y passer… J’ai même réussi à le faire pleurer…
— Et la sentence ?
— L’exil définitif à leur majorité. Isolement pour plusieurs jours, puis consigné sur le territoire de leur Clan en attendant qu’ils quittent le Royaume.
— Parfait ! Et qui s’en prenaient à nos fils alors ?
— Tafarik et Taj.
— Ceux qui ont reçus une bonne vingtaine de plaintes de la part des autres Clans car ils s’en prenaient à leurs lionceaux ? Ils s’en prenaient aussi à nos fils ?
— Et oui. Ils n’ont aucune limite. Et autant te dire que leurs parents, entre l’enquête que fait ton frère sur le complot qu’ils sont en train de monter en secret, puis les bêtises de leurs deux fils, ils sont en très mauvaise posture… Il ne nous manque plus que quelques témoignages pour avoir assez de preuves et pouvoir les condamner…
— J’ai parlé à Kijivu et Tabia. Ils sont en train de se charger de réunir des lions et lionnes qui sont prêt à témoigner contre Tigisi et Meselesh.
— Et bien c’est parfait… Finalement Tafarik et Taj ne vont pas rester longtemps confiné dans leur Clan, ils vont être banni bien plus tôt avec leurs parents et leurs complices…
— Comme Kijivu est affairé ailleurs, j’imagine que t’as envoyé mon frère prévenir le Clan de ce qui est arrivé à Tafarik et Taj ?
— Oui, après les avoir placé en isolement.
— Ok. Je vais le rejoindre au cas où.
— Uru… Il peut s’en sortir seul…
— Je sais mais vu qui est à la tête de ce Clan je préfère aller l’aider. Tigisi et Meselesh vont contester ta décision à coup sûr et vont peut-être se montrer menaçant et lui mettre la pression. Et c’est pas à lui de gérer ça. C’est à nous de leur rappeler qui gouverne ici. Je vais y aller avec plusieurs lionnes de la Fierté Royale pour m’assurer qu’il n’y ait pas de débordement.
— Mouais, enfin je te rappelle qu’il a le Rugissement des Ancêtres, Tigisi n’est pas assez fou pour s’en prendre à lui sans qu’il y ait ses complices avec lui et un plan infaillible....
— Peut-être, mais je ne veux prendre aucun risque. Je ne supporterai pas de perdre mon frère.
— Très bien. Soit prudente.
— Mais je suis toujours prudente…, se retourna Uru avec une lueur mesquine.
— Non ma chérie, tu es plutôt du genre à foncer dans le tas… Surtout, fait-leur bien comprendre la gravité des agissements de leurs fils.
— Oh ça je ne vais pas me gêner…
Ahadi regarda partir son épouse avec un sourire fier et tendre. Il emmena ses fils dans leur grotte.
— Reposez-vous un peu mes fils. Après ce que vous avez subit vous allez en avoir besoin, leurs dit-il, frottant sa tête contre eux. Mufasa, je suis fier de toi. T’as pas hésité à t’attaquer à un lion bien plus grand que toi. Tu lui as fait face comme un vrai Chef de la Garde et un vrai Roi.
— Merci Papa, fit le lionceau avec un sourire fier.
Taka, toujours en état de choc, sentit la déception l’envahir. Comme toujours, c’était Mufasa qu’il félicitait… Il alla s’allonger dans un coin, en boule, leur tournant le dos, sous le regard soucieux de son père qui ajouta à voix basse à son ainé :
— Prend soin de ton petit frère, il a besoin de réconfort…
— D’accord Papa.
Mufasa alla comme à son habitude se blottir contre son frère, l’enserrant entre ses pattes avant, alors que leur père partie.
Taka ne parvint pas à s’endormir malgré la fatigue. Tout se bousculait dans sa tête. Des centaines de questions, avec le triple de réponses possibles. Il finit par se lever et sortie de la grotte à la recherche de son père. Il ne le trouva pas dans la Caverne. Ni lui ni sa mère. Seule quelques lionnes de la Fierté Royale s’y trouvaient, dormant profondément. Taka marcha en silence pour ne pas les réveiller, et sortie de la Caverne.
Il faisait nuit. Le lionceau, de son ouie fine localisa la voix de son père. Il suivit le chemin qui menait à l’arrière du Rocher des Lions. S’y trouvait un monticule de terre et de roche, parsemé d’arbres et de plusieurs petites grottes, dont certaines avaient des fonctions bien précise : La Salle d’Audience. La Salle du Conseil. Et bien plus bas, au niveau du sol de la prairie la Caverne ouverte du Grand Conseil.
Ahadi se trouvait dans la Salle d’Audience. Asante lui fit son rapport, expliquant comment le Chef du Clan avait réagi à l’annonce du futur exil de ses deux fils. A savoir mal. Très mal. Comme l’avait prévu Uru, Tigisi avait réagit de manière très agressive.
— …J’étais sur le point de me servir du Don du Rugissement comme avertissement, et Uru est arrivé avec la Fierté Royale et a calmé les choses. On a pu leur rappeler que t’étais le seul qui pouvait modifier ta décision et que bien entendu ils étaient libres de venir plaider la cause de leur fils. Du coup Tigisi et Meselesh viendront te voir demain matin, conclus Asante.
— Parfait. Je les attends avec impatience… Autre chose dont tu dois être au courant, Mufasa et Taka m’ont expliqué que Tafarik et Taj les ont menacés. Si ils parlaient de ce qu’ils leurs faisaient, leur Clan allaient venir pour tous tuer.
— Ouha, c’est radical ça.
— Je suppose que c’est des menaces en l’air, dont le but était que mes fils ne les dénoncent pas, mais compte tenu de ce que ton enquête a donné on peut supposer que Tigisi envisage de nous attaquer. Ou en tout cas de faire libérer ses fils, avant de s’enfuir.
— Ok dans le doute je vais placer deux gardes pour surveiller le Clan Grenat et nous prévenir d’une éventuelle attaque, dit aussitôt Asante.
— Ce qui a de bien avec toi c’est que tu sais exactement ce que j’allais te dire de faire…
— Bah pas étonnant, c’est toi qui m’as formé et j’ai travaillé avec toi en tant que Second de la Garde. Je sais comment tu penses et fonctionne… Oh et je vais peut-être annuler la soirée que j’avais prévu…
— Non, n’annule pas. Contente de toi de rester prêt au cas où il arriverait quelque chose. Si il le faut ils vont rien tenter. C’est juste une précaution… Tazama a accru la surveillance de Tafarik et Taj. Coumba a augmenté les patrouilles. Et Safi a renforcé la sécurité du Rocher des Lions. Si vraiment Tigisi et les siens tentent quelque chose, on est prêt.
— Ok très bien je n’annule pas et je me contente de me tenir prêt au cas où alors…
— Taka ?
Asante se retourna et vit son neveu arriver vers eux d’un pas lent et affligé.
— Papa…
— Qu’est-ce qu’il y a mon fils…, demanda son père en s’approchant de lui.
— Je… J’arrive pas à dormir…
— Asante…
— J’y vais, je m’occupe de tout, fit aussitôt le Chef de la Garde avant de partir pour les laisser seul, frottant sa tête contre Taka au passage.
Ahadi s’allongea face à son fils pour être à sa hauteur.
— Pourquoi t’arrives pas à dormir ?
— Je… Quand je ferme les yeux je… Je revois… Je revois…
— Ok je vois. Ecoutes mon fils, t’es en sécurité ici. Tafarik ne te fera plus de mal. Je ne laisserai personne te faire du mal. Tu l’as bien vu, on est arrivé tout de suite. Tu ne risque rien car on est là pour veiller sur vous. Et si tu continues de voir ces images, imagine que c’est moi qui met la tête de Tafarik dans l’eau… D’accord ?
Taka fit un signe de tête affirmatif. Son père frotta sa tête contre lui et cette fois, il répondit, appuyant également sa tête contre lui.
— Allé, je vais te ramener à ton frère, dit Ahadi en se relevant.
— Papa… Pourquoi tu m’as appelé Taka ?
— Et bien… En référence à ta grand-mère… Mais, pourquoi qu’est-ce qu’il y a ?
— Rien, fit aussitôt le lionceau qui se retourna pour partir.
— Hé hé hé, reviens ici je n’ai pas fini, lui dit son père en le rattrapant délicatement avec une seule patte avant de se placer devant lui, barrant la route. Qu’est-ce qui se passe ? Il y en a qui se moque de toi ?
Taka se contenta d’un signe de tête affirmatif.
— Qui se moque de toi ?
— Tafarik et Taj. Et il y en a d’autres, je ne sais pas qui ils sont. On les croise de temps en temps avec les autres.
— Aux alentours des territoires de vos camarades ?
— Oui.
— Ok... Ignore-les mon fils. Oui tu es né avec une infirme, mais ce n’est pas une honte. Et tu es loin d’être le seul. Ma mère l’était aussi, ça ne l’a pas empêché de devenir Reine. Et une Grande Reine. Beaucoup la surnommait Taka pour se moquer d’elle, et tu sais ce qu’elle a fait ? Elle s’est surnommée elle-même Amani Taka. Amani l’infirme. Elle en a fait une force. C’est pour ça que je t’ai donné ce nom. Je veux que toi aussi plus tard, tu trouves le moyen d’en faire une force.
Taka fit à nouveau un signe de tête affirmatif.
— Et si jamais on se moque à nouveau de toi, viens me le dire.
— D’accord Papa.
— Allé viens mon fils, fit Ahadi en frottant sa tête contre son fils qui resta de marbre. Tu vas essayer d’aller dormir.
Ahadi resta auprès de ses fils et finalement Taka parvint à s’endormir. Sachant ce dernier à présent apaisé, le Roi sortie du Rocher, voulant s’assurer auprès des lionnes de la Fierté que tout était calme.
Il croisa alors Jelani, l’imposant lion qui secondait Asante dans la Garde et en avait le poste du lion fort de la Garde. Ahadi s’inquiéta :
— Il y a un problème ?
— Non. Enfin j’espère… Je cherche Asante. Tu l’aurais pas vu par hasard ? Il n’est pas venu à notre point de rendez-vous.
— Non, je ne l’ai pas vu depuis qu’il m’a fait son rapport. Tu l’as cherché partout ?
— Oui. Même vers le Clan Grenat que les autres Gardes surveillent.
Ahadi réfléchit.
— Je pense savoir où il est. Va à votre point de rendez-vous, je te l’envoi.
— Ok, merci.
Le Roi emprunta le chemin qui menait au monticule de terre à l’arrière du Rocher, mais au lieu de s’y rendre, il suivit un autre chemin qui monta jusqu’à arriver sur le toit du Rocher des Lions.
Il y retrouva Asante, allongé au bord, observant évasivement les étoiles, le regard lourd.
— Alors qu’est-ce qu’il a mon beau-frère, demanda Ahadi qui s’allongea à côté de lui en croisant ses pattes avant. Tu sais que Jela te cherche…
— Ouais… Sauf que là, j’ai pas vraiment la tête à ça.
— Qu’est-ce qui ne va pas ?
— C’est juste que… Ce qui est arrivé à Mufasa et Taka, ça… ça a fait remonter pas mal de souvenir. De mauvais souvenir…
— Je vois… Asan… C’est du passé. Plutôt que de ressasser ce que tu as pu faire de mal, focalise-toi sur ce que tu fais maintenant, à savoir racheter tes bêtises, expliqua Ahadi qui lui ébouriffa la crinière. Et là tout de suite tu vas te lever et aller rejoindre Jelani.
— Mais…
— Ne discute pas c’est un ordre, coupa Ahadi d’un ton calme. Obéis à ton Roi.
— Roh je déteste quand tu me sors la carte du Souverain, répliqua Asante qui se leva.
— Je sais, c’est pour ça que je le fais.
— C’est de l’abus de pouvoir, protesta Asante qui avança, suivit par Ahadi qui arborait un sourire espiègle.
— N’exagère pas. On se revoit demain à l’aube.
— A tes ordres « Majesté »…
— Aurais-je discerné une pointe d’ironie ? demanda le Roi qui s’allongea sur un rocher, plaçant sa patte avant sous sa mâchoire et observant avec un sourire espiègle le Chef de la Garde descendant sur le chemin un peu plus bas.
— Bien sûr que non, je ne me permettrai jamais une telle chose envers mon Roi…, fit Asante en s’inclinant.
— Mouais… Mouais… Continue donc de te moquer, on verra demain qui sera une larve rampante…
— Ah ça c’est vraiment mesquin de ta part !
— Je sais c’est pour ça que je te le dis…
Le Chef de la Garde soupira, exaspéré, reprenant sa route.
— Asante, rappela le Roi. Si jamais Tigisi et les tiens tente quelque chose, surtout soit prudent.
— Toujours mon Roi, fit son beau-frère en inclinant légèrement la tête avant de partir.
Ahadi l’observa s’éloigner dans la savane bien plus bas, avant de regarder le ciel étoilé et la lune qui resplendissait d’un blanc éclatant.