Gambit Tome 3

Chapitre 10 : Une minute, une heure, une semaine...

Par LaVerdure

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La semaine passe doucement. Fang m’offre de m’enseigner le sabre et nous y passons des heures. Elle est gracieuse, rapide et d’une patience d’ange face à mes gestes plus empotés que jamais. C’est avec beaucoup d’humilité que j’apprends très tranquillement cet art, plus fluide et précis que l’épée médiévale à laquelle Erika m’a habituée.

 

Jim fait énormément d’entraînement en salle, et ça me coûte de le dire, mais je crois qu’il me couche. Ce qui tend à me mettre en rogne, puisque son attitude est questionnable : des commentaires acerbes aux regards foudroyants, il semble qu’il ait décidé de me montrer que je lui suis inférieure par tous les moyens. Devant lui, je fais tout mon possible pour éviter de donner des indices qui pourraient le laisser croire que ce qu’il fait m’atteint. La réalité, c’est que je deviens tellement violente après avoir été à son contact que j’ai de plus en plus de difficulté à me contenir, et ce sont les portes des vestiaires qui écopent.  

 

Ferguson et moi nous sommes croisés brièvement. Ni l’un ni l’autre n’a amorcé de conversation. On dirait que notre affrontement date d’une autre vie, à une époque où j’étais une autre personne… De toute façon, les sourires niais à notre endroit et les remarques à peine voilées des autres, qu’ils soient goules ou vampires, m’incitent à m’en tenir loin pour éviter d’aggraver sa situation. 

 

Surtout ceux de Jim.


Je suis habituée à être malmenée, là n’est pas la question. Mais lorsqu’il passe à côté de moi en me claquant une fesse, ou qu’il me demande d’aller lui préparer un sandwich, ou que je le vois murmurer des choses à Josh en me regardant… Mon esprit devient brumeux et les élans de violence qui devraient m’animer pour me défendre sont totalement absentes, comme si je lui donnais raison. En constatant le phénomène, je me dégoûte de moi-même. Mais qu’est-ce que je peux y faire? Candide l’a dit : donner le temps au temps.

 

Un peu plus chaque nuit, Audrey se rapproche de Lucy : la goule de Paty lui a laissé une fleur devant sa porte, et ma protégée guette les moments où elle vient vérifier que nous avons tout ce qu’il nous faut. Patricia est très occupée ces derniers temps, donc c’est Audrey qui a le mandat de s’assurer que tout est sous contrôle. Elle ne m’adresse pas la parole du tout, parlant avec Lucy à voix très basse. 

 

Mon adolescente s’adapte très vite à ce milieu. Déjà, elle marche avec la tête un peu plus haute et soutient quelques regards désapprobateurs. Abi est revenue, pendant la semaine, pour s’assurer que tout était sous contrôle et reviendra sous peu pour faire une leçon plus approfondie des règles vampiriques. 

 

Lucy accompagne Dunn pour se pratiquer au tir à l’arc. Quand elle le regarde, c’est avec une certaine réserve, comme si elle hésitait à se laisser aller à l’apprécier. L’idée qu’elle soit en train, inconsciemment, de se chercher une seconde figure parentale me traverse, et mon cœur se serre. Sans doute Fang remarque-t-elle la même chose que moi. 



 


Un sourire misérable me prend. 



 


Sa réflexion me bouscule un peu. 



 


Ma déclaration la surprend, et je rougis de la spontanéité avec laquelle je lui ai révélé ceci. J'explique vaguement: 



 


Je baisse la tête.



 


Son regard se porte sur Lucy qui se met en position de tire, comme déjà appris au paravent avec Gab. Dunn la complimente, mais corrige un peu sa posture. 



 


Elle me sourit doucement.



 


Nous délaissons les armes de bois et nous rendons dans les couloirs. D’un pas rapide, elle s’arrête parfois pour observer les salles et, à ma grande surprise, nous nous retrouvons tout près de la salle de bal. Lorsqu’elle le voit, Fang fait un geste de la main pour attirer l’attention du soldat qui accompagne dame Lanceford. Celui-ci délaisse sa contemplation du moment pour venir nous rejoindre. 



 


Il me détaille à l’image d’une équation mathématique. 



 


Fang parle dans une langue que je ne connais pas, et mon attention se dirige sur la salle de bal. De forme circulaire, tout le monde n’y est pas vêtu comme dame Lanceford, mais en général, un effort est fait pour bien paraître : vestons pour les hommes, robes ou jupes pour les femmes… C’est une vingtaine de personnes qui parlent et se dévisagent, parfois, de loin. 

 

Dans le fond de la salle, je remarque Louis, le fouilleur à la langue bien pendue. Son regard s’attarde sur nous tandis qu’il sirote une coupe contenant un liquide rouge. 

 

C’est du sang à coup sûr. 

 

J’en reviens à Monsieur Wolfe qui conclut : 



 


Il s’incline et s’en retourne vers la salle. Fang sourit. 







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