Cette nuit-là, mon sommeil est agité, me présentant des rêves loufoques où des étrangers font la queue pour m’expliquer la vie dans son ensemble. Bien que le matelas soit, sans aucun doute, le plus confortable qu’il m’ait été donné d’essayer, c’est presque avec joie que j’accueille l’alarme qui donne le signal de départ.
Dans les paquets posés sur la table, trouvés la veille, des habits d'entraînements me sont offerts, parfaitement à ma taille et d’une marque professionnelle que je ne me serais jamais offerte. J’ai amené les miens dans mes bagages, mais on m’a dit de vivre ce mois exactement comme les autres.
Aucune poudre de protéine sous la main, mon déjeuner consiste en un shake “à l’ancienne”, avec du yogourt grec, des bananes, du beurre d’arachide, flocon d’avoine... Rapidement, je calcule ce qu’il me faut de protéines et je me rends à la salle d’entraînement avec une bonne demi-heure d’avance, après avoir bien verrouillé la porte de nos appartements. En faisant l’inventaire de ce qui est mis à la disposition des gens qui s'entraînent ici, les poids avec lesquels je travaille habituellement me semblent bien légers : les niveaux des machines et des haltères me laissent sans mots.
Mon humeur me promet à peine un peu de stabilité. Peut-être est-ce l’entraînement physique qui m’aide à me garder dans le moment présent?
Je suis encore en plein échauffement quand Jazz me rejoint. Elle me décoche un superbe sourire à son approche :
Elle regarde mon simili-shake de couleur douteuse.
Effectivement, la gorgée qu’elle prend ne lui arrache pas de grimace.
Je m’arrête dans mon échauffement, inquiète.
Fang semble me trouver… mignonne, dans mon inquiétude.
Elle éclate d’un rire merveilleux qui fait plaisir à entendre.
Une mimique de “fille à potin” se dessine sur son si beau visage :
Ses yeux pleins d’étoiles me font rougir d’un léger embarras, mais c’est loin d’être désagréable. Nous sommes interrompus par l’une des personnes les plus musclées qu’il m’ait été de voir de toute ma vie. Et j’ai, pourtant, côtoyé bien des culturiste. Celui-ci donne l’impression d’avoir appris chacun de ses muscles par cœur et de savoir exactement quel exercice faire pour le développer. Cheveux mi-longs bouclés, yeux bleus parfaits…
Fang met un doigt sous mon menton pour me fermer la bouche.
Elle éclate encore d’un rire sonore qui attire l’attention du nouveau venu.
Juan s’approche avec un superbe sourire que je remarque à peine, médusée par les muscles qui roulent sous sa peau.
Fang s’incline respectueusement devant lui et me présente. Il me détaille avec intérêt :
Il s’incline devant moi bien bas.
Nous parlons d’entraînement pendant quelques minutes avant d’être rejoints par les autres, et alors, les vrais efforts commencent.
Il est facile de constater que Dunn et Fang semblent nettement moins fatigables qu’un humain moyen et plus précis. Ce n’est toutefois pas quelque chose qui se verrait à l'œil nu : ça passerait inaperçu dans un gym.
Les deux grelots ont des noms : Josh et Jim. Josh est du type sniper, un peu comme Dunn, mais en moins athlétique. Et Jim va “au CAC”, c'est-à-dire au “corps à corps” avec les ennemis en utilisant des armes de mêlée. Selon ce que j’analyse, il est plus fort et plus rapide que moi. Les deux restent ensemble et m’ignorent.
Pour une raison que j’ai peine à identifier, je ne performe absolument pas. Pourtant, s’il est une chose que je sais faire, dans la vie en général, c’est de m’entraîner. Mais ici, chaque répétition devient un fardeau et je me lasse beaucoup trop rapidement des appareils, ce qui me génère de la frustration. C’en est gênant…
Une heure arrive pour prendre une petite douche et changer de vêtement. Lucy décide de nous accompagner pour le parcours en forêt, armée de sa curiosité et pour éviter de rester seule trop longtemps.
Les installations sont éclairées par endroit, rendues un peu glissantes grâce au temps printanier qui propose une rosée. Des caméras nous surveillent, souvent positionnées dans des angles morts.
C’est beaucoup plus difficile que la simple course à pied dans les bois, et mon cardio est mis à rude épreuve. Je suis beaucoup plus lente que Fang et Dunn pour qui ceci ressemble à un jeu. Lucy, elle, s’amuse comme une petite folle. Elle rit lorsque je tombe, et ceci vaut tout l’or du monde, ce qui tend à faciliter l'acceptation de mes échecs. Mais mon orgueil est salement malmené.
Un repas est préparé par le chef rencontré la veille. Les goules mangent et s’hydratent comme n’importe qui, outre qu’elles ne ressentent pas la faim aussi souvent. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle un frigo est mis à ma disposition. Audrey, la servante de Paty, a la mission de maintenir mon alimentation sous surveillance pour éviter une carence.
Le temps de digérer, et nous retournons en salle d’entraînement où des armes sont mises à notre disposition.
Je commence à comprendre que ce mois ne sera pas une partie de plaisir…