Gambit - Les Dossiers Interdits

Chapitre 8 : Nom de code : ANGELUS (partie 1)

Par LaVerdure

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https://www.youtube.com/watch?v=aURTF6cw8iQ



Devant le feu de foyer, les doigts de la policière glissent sur le manche de sa vieille guitare sèche et font monter une mélodie qui s’accorde au son du bois qui craque sous les flammes en ce soir glacé de la fin du mois de février. Elle avait appris cet instrument lorsqu’elle était adolescente pour canaliser ses émotions malsaines et utiliser à  bien son énergie, en faisant quelque chose de constructif. Depuis, elle la ressortait pour les soirées de rond de feu avec sa famille. En fin de compte, ça avait été payant.

 

Sa plaie, formant désormais une cicatrice bien refermée sur son abdomen, ne semble pas éprouvée de l’instrument. Elle s’est donc remise à jouer les nuits où James part en mission et où elle est en congé. La concentration que lui demandent les tablatures et le rythme réussissent à tenir l’anxiété un peu à l’écart. Elle pourrait même dire qu’elle apprivoise ce stress profond un peu plus chaque nuit. Toutefois, elle est bien incapable de simplement dormir : chaque fois, elle l’attend, peu importe l’heure à laquelle il revient, ne serait-ce que pour s’assurer de le voir revenir en un seul morceau. 

 

Machinalement, ses doigts se sont positionnés pour refaire une vieille chanson qu’elle a apprise à l’époque de l’école secondaire tandis que ses yeux scrutent les symboles de protection gravés par son amoureux à même le plancher. À force de les étudier et de poser des questions, elle sait un peu plus à quoi ils servent, comment les positionner, les combiner… Il est prévu qu’un jour James lui apprenne les arts occultes, mais le temps manque cruellement au couple éprouvé par le travail et les serments. 

 

En queue de chemise, elle est assise à même le sol à côté de Brutus qui, débordé par une crise d’arthrose, est incapable de monter avec elle sur le sofa. Sonné par les antidouleurs, le Malinois écoute la guitare les yeux clos, profitant du feu de foyer et bien au chaud dans son immense panier. 

 

La porte d’entrée de la maison du procureur s’ouvre discrètement sur James, portant sur son dos la poche de hockey qui contient Ghost. En entendant les notes de guitare, il sourit et referme la porte derrière lui en déposant son fardeau dans l’entrée. L’homme a beaucoup bougé cette nuit.

 

Après avoir enlevé souliers et manteau, il se dirige vers le salon où sa douce gratte encore sa guitare. Il s’appuie contre le cadre de la porte et la regarde jouer doucement, la trouvant d’une beauté renversante. L’homme reste ainsi quelques instants avant qu’elle ne tourne doucement la tête vers lui, continuant la mélodie : 




 

Il rit en s’approchant pour prendre place sur le sofa juste derrière elle : 




 

Elle arrête de jouer, dépose doucement sa guitare à ses côtés pour appuyer son dos contre le sofa tandis qu’il lui masse les épaules. 




 

La policière approuve d’un lent signe de tête en songeant à Sophie. 




 

Elle lève la tête vers lui, constatant que son amoureux semble bien plus fatigué qu’à son habitude. James explique : 




 

Il lève les sourcils : 




 

Il pianote sur son cellulaire, soucieux, tandis que Shelley regarde pensivement les flammes du foyer qui se meurent doucement, la tête posée contre le genou de James. 

 

Un peu plus tard, après une douche bien chaude et un repas lourd réchauffé par sa belle, le fait que le procureur s’endorme au moment où sa tête touche l’oreiller indique à la jeune femme qu’elle a vue juste : il est réellement épuisé. 

 

Qui survivrait à ce rythme de vie en temps normal, se demande-t-elle en l’observant dormir. Avant de vraiment connaître James, elle se qualifiait elle-même de workoolique, mais finalement, jamais autant que lui. 

 

Après quelques minutes de contemplation, elle s’endort finalement. Dans son rêve, elle se retrouve à la table de sa sœur qui lui raconte quelque chose à propos d’une nouvelle herbe sanguine qu’elle a achetée, tandis que son père discute avec un ancien collègue de travail nommé Thomas. Comme souvent dans les rêves, la pièce est chaotique, sans logique. 

 

Quelque chose l’appelle, au-dehors. Curieuse, elle se lève et suit le son d’une voix difficilement identifiable. Lorsqu’elle sort, elle est de nouveau dans le cimetière de la zone touristique, à se balader parmi les tombes érodées ou vandalisées. Shelley s’arrête devant l’une, pose un genou au sol et se met à retirer les mauvaises herbes qui ont poussé autour de la pierre, comme si elle en prenait la responsabilité. 

 

Elle s’y sent chez elle.

 

Elle est chez elle. 

 

Cette idée lui est tout aussi surprenante que réconfortante.

 

Puis, quelque chose la dérange dans son labeur.     

 

Comme à l’hôpital. 

 

Un son entêtant, régulier. Qui bat une mesure constante. Un métronome.

 

Une marche militaire paradant dans la chambre ensoleillée. 

 

Elle ouvre les yeux, constate qu’elle a dormi plus que nécessaire. James est absent et sa place dans le lit est déjà froide. Brutus n’est plus dans son panier. 

 

Alors qu’est-ce qui fait ce bruit?

 

Le rythme du son s’accélère et semble provenir de la fenêtre. 

 

Doucement, Shelley se lève du lit, toujours en queue de chemise et un peu désorientée. Confuse, elle s’approche de la fenêtre pour apercevoir une forme assez massive qui la fait d’abord un peu sursauter. Mais le bruit persiste et elle finit par s’approcher d’assez près pour apercevoir un corbeau contre la lucarne. Son bec bat la mesure contre la fenêtre, et ce même quand il l’aperçoit. En fait, surtout lorsqu’il l’aperçoit, car il frappe alors de plus en plus vite. 




 

Le piaf s’arrête, penche la tête sur le côté, semblant surprit qu’elle s’adresse à lui directement, croasse un bon coup avant de s’envoler au moment où James entre dans la chambre, deux cafés en main. 

 

Dans ses vêtements tirés à quatre épingles, le procureur a très fière allure. Son regard, lui, laisse sous-entendre qu’il aura l’une de ces journées occupées à défendre les plus vulnérables.

 

En la voyant près de la fenêtre, il vient vers elle en lui tendant un café.



 


Le procureur s’avance vers ladite fenêtre et observe les traces laissées dans la neige par l’énorme oiseau. Il devient soucieux : 




 

Sur ces sages paroles, il dépose un lent baiser sur les lèvres de sa douce en ajoutant : 




 

Elle bat des cils avec un sourire conquis : 




 

James éclate de rire avant sa sortie de la chambre. 

 

Une fois seule, Shelley prend une seconde gorgée de café avant d’entreprendre sa propre journée : exercices, repas, une sieste en après-midi, sortir et jouer avec Brutus, faire un tour à son appartement où la poussière s’accumule depuis l’automne pour s’assurer que tout y est sous contrôle… Une journée qui lui semble des plus banales. 

 

Au travers la routine, Candide lui signale que la vidéo du “Couvent” est désormais en ligne sur YouTube. Une belle et longue vidéo de trente minutes en tout. Et le nombre de viewers grimpe en flèche, en plus des commentaires. 

 

Lorsqu’elle est prête, vers 20h, elle dépose un dernier baiser sur la tête de son vieux Brutus avant de se diriger vers le commissariat. À vingt-deux degrés sous zéro, la nuit risque de se passer à intercepter des personnes sans domicile fixe qui dorment dans les entrées des immeubles à logement pour les amener dans les haltes-chaleurs ou les refuges. Sans compter la menace de cette espèce de grippe étrange qui fait frémir de peur les réseaux sociaux et le système de santé… 

 

Comme espéré plus tôt, de loin toutefois, elle aperçoit son amoureux à son entrée dans la bâtisse, en plein briefing avec l’équipe des stup dans laquelle l’agent Bernard a repris également du service. D’un commun accord, Shelley et James évitent toute familiarité ou geste intime sur leur milieu de travail respectif. Jusque-là, tout se passe comme sur des roulettes, et si les rumeurs vont de bon train, absolument personne n’a de preuve à se mettre sous la dent quant à leur relation. Le seul qui puisse prétendre à une certitude, c’est l’agent Bernard qui se garde de participer aux commérages déjà bien entretenus. 

 

Au moment où elle pousse la porte du bureau dévoué à l’approche communautaire, elle a la surprise de se faire intercepter par un intervenant qu’elle connaît bien : 




 

Une fois installé dans son bureau qu’elle a déchargé des fleurs et des cartes de souhaits, le travailleur social dépose devant elle un dossier avec une grande délicatesse. 




 

Cette fois, Shelley hausse les sourcils et proteste : 




 

La policière sourit de s’être fait avoir de la sorte. Pour toute réponse, elle fait la moue sans perdre son sourire, ce qui fait éclater de rire l’intervenant.




 

L’intervenant et la policière se lancent un sourire entendu : ensemble, ils savent trouver des terrains d’entente que cadres, coordonnateurs et commissaires ne pourraient se permettre d’appliquer, surtout dans un contexte touchant la santé mentale. 

 

Il mentionne le dossier devant elle d’un mouvement de la tête et reprend : 




 

Lorsque Guillaume ressort du bureau de l’approche communautaire, Shelley lance un appel à son supérieur pour avoir la permission d’exécuter cette mission. 

 

Et bien sûr qu’elle l’a. Qui d’autre pourrait vouloir essayer d’approcher une secte que Shelley Doyon?

 

Un coup d'œil au dossier lui indique que le gourou répond au nom de Zach Fortier, 28 ans. Un jeune homme lambda, deux contraventions pour excès de vitesse et c’est tout. Un père absent dans la métropole, une mère infirmière à l’hôpital de sa ville. Pas d’évaluation psychiatrique, pas de travail connu… Le web n’en dit pas plus à son sujet. Nom de la secte : “Les Porteurs du Prophète”. Environ une vingtaine de membres dont les noms, âges et provenances des profils varient. Hommes et femmes, pas de mineurs. 

 

La personne décédée, un jeune homme nommé Sébastien Tremblay, avait 22 ans et possédait un dossier psychiatrique fourni. Un appel au coroner lui confirme que la cause du décès pourrait être le suicide : il attend encore des résultats d’analyse sanguine. 

 

Profil de la secte : monsieur Fortier se fait appeler “Le Prophète” et dit présenter des capacités médiumniques. Monsieur rapporte pouvoir parler aux défunts.  

 

Vrai pouvoir ou faux prophète? Il n’y a qu’une façon de le savoir. 

 

Dossier sous le bras, elle se dirige vers la sortie du commissariat. Un peu avant de sortir, elle voit son supérieur en pleine conversation avec son amoureux. Ça semble assez grave puisque, lorsqu’elle les dépasse avec un signe de la tête, les deux hommes s’enferment dans un bureau en baissant le ton de leurs voix. 

 

Quelques minutes plus tard, sa voiture banalisée parcourt les rues de la ville pour se rendre dans les quartiers les plus vulnérables. Dans ce secteur, les vendeurs de drogue se cachent à peine et il arrive que les travailleuses du sexe sollicitent jusqu’aux policiers. Elle-même est assez connue dans le quartier ; les habitants, sans lui vouer une confiance aveugle, sont portés à parler avec elle plutôt qu’à tenter de la chasser ou de l’impressionner. Cela n’empêche pas les graffitis ACAB et les doigts d’honneur des membres des gangs de rue, bien sûr.  

 

Rapidement, elle repère les intervenants de Guillaume tout près d’une piquerie. Lorsqu’ils l’aperçoivent, les quatre semblent à la fois soulagés et inquiets. L’un d’entre eux vient à sa rencontre lorsqu’elle sort du véhicule : 




 

Un sourire gagne la policière : 



 


L’agent envoie la main aux autres travailleurs sociaux avant de marcher tranquillement dans les rues en direction de l’adresse donnée. Sa respiration fait de petits nuages de vapeur et déjà, le froid lui pique le bout des doigts. Tout près, elle entend une voix de femme qui prononce des paroles confuses en fouillant dans une poubelle, un couple qui se dispute bruyamment dans un appartement, un bébé qui pleure quelque part… 

 

Et un croassement. 

 

Intéressée, elle lève la tête et voit Edgar qui la fixe avec curiosité du haut d’un immeuble. Le corbeau reste là à la regarder, croasse encore et s’envole. “Je vais commencer à croire qu’il est pas net, ce con…” Au rez-de-chaussée de la bâtisse où il se trouvait, elle constate un petit restaurant miteux ouvert où quelques personnes se réchauffent et discutent.  

 

Suivant son instinct (et peut-être la suggestion d’Edgard), elle y entre en observant un peu les gens sur place. Quelques-uns semblent sans domicile fixe et sirotent tranquillement un café ou une soupe. D’autres sont en habits d’aide-soignant venus au ravitaillement de caféine. Enfin un petit groupe parle à voix basse au-dessus de leurs tasses fumantes, partageant une énorme fritte. 

 

Sans presse, elle s’assoit tout près du groupe de personnes et les étudie : par de grands vêtements amples, pas de maquillage gothique, pas de quoi que ce soit qui pourrait les faire ressortir du lot, sinon qu’ils ont tous des tatouages sur les mains. Difficile de déterminer ce que sont les motifs, mais ce détail attire son œil. "Sacré Edgar..." 

 

Une serveuse approche et prend sa commande. 

 

L’un des hommes la regarde du coin de l'œil et envoie un message texte. Shelley ne bronche pas, regarde son propre cellulaire et aperçoit un message de la part de son amoureux : “Brutus sortie, les lunchs sont prêts, pis t’étais pas mal sexy tantôt. Bonne nuit mon amour.” Elle se retient de le presser de questions au sujet de la conversation grave qu’il avait avec son supérieur et répond : “Vivement que je te vole ta chemise en arrivant ; toi aussi, t’étais pas mal sexy! Bonne nuit, mon amour, à demain matin!”

 

La serveuse lui ramène un café qui s’avère être plutôt de l’eau sale. Elle prend une gorgée et voit l’homme qui textait venir vers elle d’un pas qui se veut nonchalant. 




 

Elle indique le banc libre devant elle et l’homme prend place. Sans être une beauté fatale, il se présente plutôt bien. Maintenant plus proche, elle détaille le tatouage sur sa main : un pentagramme où une colombe est tracée au centre de la figure, le tout en style tribal.




 

Il lance un regard à la volée, comme s’il redoutait que quelqu’un écoute leur conversation. Shelley penche un peu la tête de côté en gardant le silence, lui donnant l’espace pour qu’il termine sa présentation. 




 

La policière évalue ses possibilités rapidement : être un agent de la paix ne lui assure absolument pas d’être partout en sécurité. Mais envoyer ses coordonnées à la centrale pour se couvrir reste un filet de sécurité acceptable.

 

Elle acquiesce, au grand soulagement de son interlocuteur qui lui présente sa main droite : 



 


Elle laisse un billet sur la table pour couvrir sa facture et suit l’homme auprès de son groupe. Les réactions divergent : un jeune semble apeuré à son approche et passe à un cheveu de se cacher sous la table tandis qu’une femme ouvre de grands yeux impressionnés. 

 

Leduc présente Shelley : 




 

Les deux jeunes gens se lèvent et sont immédiatement interceptés par la serveuse qui a une mine sévère. Elle demande sur un ton sombre : 




 

Les trois se regardent comme des biches sur l’autoroute et la demoiselle devient rouge. L’agent fronce les sourcils : 




 

Elle règle l’addition sous le regard à la fois surpris et soulagé du trio. Elle aurait pu les laisser se débrouiller, mais se placer en position de sauveuse dans cette situation lui permet de gagner des points ou de se faire prendre pour la nouille sympathique. L’un ou l’autre, ça lui permet de se rapprocher un peu plus de leur gourou. 

 

Lorsqu’ils sortent du restaurant, les jeunes la mènent au travers du dédale des rues tout en regardant autour d’eux, nerveux à la moindre petite ombre. À les voir ainsi sur leurs gardes, la policière garde elle-même un œil sur ce qui les entoure, mais ne perçoit absolument rien. 

 

Après quelques minutes, ils s’arrêtent devant un ancien commerce de vêtements aux fenêtres placardées. Encore un regard derrière eux pour s’assurer d’un minimum de sécurité et le trio permet à la policière d’entrer. 

 

Une fois à l’intérieur, le bruit de crans de sûreté qui se retirent sur des armes à feu l'accueille ; devant elle, cinq hommes armés de fusil de chasse la visent. Loin de perdre son calme, elle hausse un sourcil tandis que la demoiselle du trio se place devant elle : 




 

À ces paroles, immédiatement, les armes s’abaissent ainsi que la tension. Histoire de garder le rôle de la nouille sympathique, Shelley déclare sur un ton qui se veut nerveux : 




 

Leurs regards fuyants lui indiquent que ces personnes n’ont absolument rien de tueurs ou de membres de gangs de rue. L’un va même jusqu’à s’excuser en sortant de la pièce. 

 

La femme qui a pris sa défense lui fait signe de retirer ses bottes. Ce faisant, la policière remarque des symboles au sol, très semblables, voire pratiquement identiques, à ceux de la maison de James. Ces lieux sont donc protégés? 

 

À pieds de bas, elle détaille le reste de l’endroit : une grande salle où une tonne de coussins sont posés au sol, avec des chandeliers dont les flammes vacillent dans la noirceur. Des hommes et des femmes, peut-être une vingtaine en tout, font la conversation à voix basse ou sont simplement assis, l’un en face de l’autre, à se fixer en silence. Quelques-uns la dévisagent tandis que l’impression de parcourir un campement de personnes sans domicile fixe la prend.

 

Escortée par Jean-Sébastien, elle passe à ce qui était autrefois une arrière-boutique. Des réchauds et autres instruments sont à la disposition des gens pour se nourrir. Shelley note la présence d’une sortie de secours, également protégée par des symboles comme pour la porte d’entrée. Il s’y trouve également un bureau dont la porte ouverte laisse entendre la voix d’un homme en pleine conversation téléphonique, pense-t-elle à priori : 




 

Jean-Sébastien frappe à l’encadrement de la porte et attend la permission avant d’entrer, suivi de la policière. Il annonce solennellement : 




 

Shelley prend le temps de détailler l’endroit : la pièce est sombre, un peu illuminée par quelques chandelles ci et là. Quelques draperies ont été posées aux murs et d’autres coussins sont posés dans un coin. Sur une étagère vidée, quelques objets étranges sont posés : une main de plâtre, une boîte à musique, une vieille poupée, un bibelot de chat… Puis, son regard se pose sur le fameux prophète : cheveux bruns, yeux bruns, une barbe mi-longue, de longs doigts fins, de blanc vêtu et arborant fièrement un pentacle sertit d’une colombe en guise de pendentif. L’homme la détaille également et semble fixer quelque chose derrière elle : il acquiesce à quelqu’un qu’elle ne voit pas et lui sourit : 




 

L’homme rit humblement : 



 


L’agent hoche la tête et offre un sourire courtois à son interlocuteur tandis que Jean-Sébastien se retire de la pièce. 




 

Le Prophète prend le temps de bien formuler ses phrases avant d’exposer : 



 


Il s’arrête, comme pour mettre un point d’honneur à ses dernières phrases, avant de continuer : 




 

Tombant sur la défensive, le Prophète pince les lèvres et baisse la tête : 




 

Le Prophète regarde encore par-dessus son épaule, semble écouter et acquiesce :



 


Shelley regarde à son tour derrière elle, mais ne constate personne. Sans savoir si vraiment il y a un esprit ou si monsieur hallucine, elle décide de simplement lui donner le bénéfice du doute et de jouer la carte du très léger malaise pour éviter de “fermer la porte”, comme le disait si bien Seb.




 

Malgré tout, une petite vague de soulagement la traverse. 




 

Restreignant l’envie de lui faire remarquer qu’une personne vulnérable n’est pas faible et que ses valeurs semblent bien bancales, elle sourit et acquiesce. 




 

Les deux se saluent et la policière ressort du bureau. Dans l’ancienne arrière-boutique, Jean-Sébastien l’invite à le suivre et la reconduit à l’entrée principale.

 

Une fois à l’extérieur, elle prend une grande inspiration : bon sang qu’elle déteste les sectes. Plus encore : elle déteste les gourous. L’idée d’asservir autrui pour se glorifier lui donne la nausée, même sachant que ce trait de personnalité narcissique découle d’une enfance malheureuse. 

 

Elle rumine en déclarant à la centrale qu’elle se dirige vers sa voiture en tâchant de mettre de côté sa mauvaise humeur. Elle est presque arrivée à sa voiture lorsqu’une voix frêle et tremblante l'interpelle d’une ruelle adjacente : 



 


Un jeune homme aux cheveux décoiffés et aux vêtements froissés est là, tentant de se réchauffer de ses bras, une grande détresse dans ses beaux yeux sombres.







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