Gambit - Les Dossiers Interdits

Chapitre 6 : Nom de code : DAME BLANCHE (partie 1)

Par LaVerdure

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Le paysage passe graduellement de la ville à la campagne. Assise du côté passager, Shelley observe les bâtiments de béton laisser la place aux vastes étendues de neige dont les rangs d’arbres coupent le vent sur l’autoroute. Candide et elle ont entamé un trajet d’une heure entière afin d’aller passer tout un week-end “entre filles”, c'est-à-dire “aller investiguer un gentil petit fantôme qui ne tue personne”. 

 

Car oui, il a fallu sortir cet argument pour rassurer James. Non pas qu’il se serait opposé, mais depuis la prise d’otages au BLASPHEME, les choses étaient devenues un peu… tendues.

 

Lorsqu’il partait avec sa lourde poche de hockey sur le dos, Shelley accusait une gifle d’inquiétude viscérale qu’elle tentait de réprimer, se grondant intérieurement et se rappelant que Ghost existait bien avant son arrivée. 

 

Dès qu’elle mettait un orteil à l’extérieur ou parlait de son retour au travail maintenant imminent, James retenait son souffle et faisait tout son possible pour éviter de la “mansplainer”. 

 

Ni l’un ni l’autre ne veut empêcher l’être aimé de vivre ce qu’il ou elle a à vivre, bien sûr. En même temps, qui peut les blâmer de s’inquiéter l’un pour l’autre?  

 

Concentrée sur la route, la Dre Candide Beaumont demande : 




 

Elle repense à la première véritable conversation qu’ils ont ensuite, où il lui confessait l’existence de Ghost, entre autres choses.




 

James avait baissé la tête et cherché ses mots. Le cœur de Shelley battait à tout rompre en le voyant aussi hésitant. 




 

Ces mots avaient été prononcés comme s’ils lui servaient à déminer une bombe. Elle ne le craignait pas, mais elle ne voulait surtout pas le presser non plus. Il répondit en baissant un peu la tête : 




 

En en revenant à Candide au moment présent, là maintenant dans cette voiture, elle déclare : 




 

La policière rit un peu.

 

La lumière décline déjà graduellement, rendant le chemin un peu sinistre. Candide avait insisté pour partir de la ville le plus tôt possible en après-midi afin d’éviter de conduire dans la noirceur. À voir les nids de poule qui jonchent la route çà et là, Shelley ne peut que féliciter cette décision. 

 

Devant elles, un petit pont traverse une rivière donnant sur une intersection. Elles prennent à gauche et roulent encore avant de voir apparaître quelques maisons. Enfin, une petite pancarte verte sur le bord de la route annonce qu’elles sont arrivées à destination. Le petit village de quelques habitants se dessine sous l’amas de neige que le mois de janvier a déversé sur lui. 

 

En ces temps froids, elles ne croisent qu’un vieil homme, vêtu d’un épais manteau qui semble trop lourd pour ses épaules et d’une casquette de laine. Les mains dans les poches et une cigarette au bec, il les regarde passer en fronçant les sourcils, probablement étonné de voir des étrangères en dehors de la saison touristique. 

 

La petite voiture bleu ciel de Candide passe devant la haute église blanche à l’architecture gothique et massive avant de prendre à droite pour trouver l’auberge convoitée, tout près du cimetière encore ouvert et entretenu. Autrefois, la bâtisse était réservée aux religieuses. Grande et impressionnante construction de pierre, l’endroit porte fièrement le nom du “Couvent”. 

 

Candide stationne son véhicule et déclare, ravie : 




 

Elle sort un magnétophone et se met à raconter avec une voix sans bavure et des plus charismatiques : 




 

La psychologue semble satisfaite et range son magnétophone sous le regard amusé de la policière qui la taquine : 



 


Candide sort du véhicule, souriante et excitée, imitée par Shelley qui lance un regard songeur vers l’auberge. À l’étage, une cliente aux longs cheveux bruns et portant une chemise blanche admire la vue sur le coucher de soleil sans leur prêter attention.   



 



Les deux femmes discutent tout en riant et en se dirigeant vers la porte d’entrée, munies de leur sac à dos. La lumière du soleil couchant donne des teintes orangées aux fenêtres des lieux, et leurs respirations font de petits nuages de vapeur dans l’air sec. La température se situe probablement bien en dessous de la barre du zéro, et de fines couches de givre tendent à se former sur les fenêtres de l’endroit. 

 

En entrant dans le hall, leurs regards se posent sur les murs blancs et les éléments décoratifs. Le silence est tel que le bruit de la porte qu’elles referment derrière elles semble assourdissant. Presque aussitôt, une femme sort du bureau d’accueil : cheveux bruns parsemés de superbes mèches grisonnantes sur les tempes, elle porte un tailleur bleu qui met en valeur ses courbes généreuses et son teint hivernal. Le son de ses talons résonne sur les murs et le haut plafond un peu austère. 



 


La policière hausse les sourcils et se voit tout de suite obligée de clarifier : 




 

Les trois femmes montent à l’étage tandis que la propriétaire déclare : 




 

La propriétaire s’arrête tandis que Candide agrandit les yeux, retenant son souffle. Madame Gagnon déclare : 




 

Candide pousse gentiment Shelley qui lève les mains en riant : 




 

Madame Gagnon les invite à poursuivre leur chemin, justement, au deuxième étage. Elle explique : 




 

En traversant les longs couloirs, la policière se demande de quoi pouvait avoir l’air la vie monastique pour les femmes, il y a une centaine d’années. Elle se plaît à les imaginer avec des robes noires et des voiles, leurs talons claquant sévèrement le plancher ciré… 

 

Sur les murs, différentes photos en noir et blanc montrent cette époque, des légendes expliquant aux différents touristes les histoires de ces personnes. “Soeur Marie-Jeanne Gendron, aux côtés de l’architecte…”, “Mère Béatrice Lemoine avec Soeur Mathilde Gauvreau au cimetière…”, “Le Père Loïk Brown et le maire Romain Grondines”, “Soldat Emerick Couture à son retour de la Première Guerre mondiale”... Et ainsi de suite, tel un mur des célébrités.  

 

Madame Gagnon pousse la porte de la chambre réservée aux deux enquêtrices et annonce : 




 

Sur ce, les deux femmes se retrouvent seules. Elles déposent leurs sacs respectifs sur les lits et Candide entreprend de défaire ses bagages tandis que Shelley inspecte la chambre jusque dans ses moindres recoins, plus par habitude que par réelle méfiance. 




 

Shelley acquiesce et se rend à la fenêtre, là où elle avait observé la jeune femme. Une fine couche de poussière intacte sur la lucarne indique que personne n’est passé là depuis un bon moment, ce qui tend à donner raison à l’hypothèse que la personne observée puisse avoir été un véritable fantôme. Quant à savoir s’il s’agit d’une véritable preuve… 

 

Candide reprend son magnétophone et décrit : 




 

Shelley secoue la tête, toujours en souriant, tandis que Candide ré écoute très attentivement le moindre son de son enregistrement. Après, elle secoue la tête et installe une caméra qu’elle pointe vers la fenêtre. 




 

La policière soupire en riant : elle est comme James la lui a décrite. Une vraie Jackass.

 

Lorsqu’elles redescendent dans l’entrée, c’est pour retrouver Madeleine qui les amène dans les différentes pièces du rez-de-chaussée : salle de réception, bar, salon, puis la salle à manger où les attend la fameuse raclette promise.

 

Attablées, les femmes parlent d’abord de tout et de rien autour d’une bonne bouteille de rouge et de bières de la microbrasserie locale. Lorsque l’ambiance est bonne, Candide ressort son enregistreuse et déclare : 




 

Candide met en marche le petit appareil et commence : 



 


Shelley fronce les sourcils et sent sa gorge se serrer, songeant à sa propre crainte de ne pas voir revenir James suite à une mission qui pourrait mal tourner. Candide acquiesce gravement en prenant une note. 



 

Madeleine passe un cliché aux deux femmes. Candide sourit à pleine dent en voyant l’image tandis que Shelley sent un frisson lui parcourir l’échine. La photo a été prise juste devant le mur des célébrités. On y voit, au beau milieu du long couloir, une forme vaporeuse, probablement de dos. 



 


Candide arrête son appareil. 




 

Un peu plus tard, madame Gagnon ressort dans le froid afin de retourner chez elle tandis que Candide se frotte les mains et déclare à Shelley : 




 

Les demoiselles remontent à l’étage, et Candide enseigne à Shelley l’art de placer des caméras afin de couvrir le plus de superficies possible. Leur chambre, la chambre voisine ainsi que le couloir sont désormais sous surveillance. Elle lui montre les différents modes d’enregistrement, les autres outils, évoque des tests à faire un peu plus tard… 

 

Après cette petite formation, Shelley se fait équiper d’un lecteur EMF et d’une Spirit Box. Candide garde pour elle le micro ainsi qu’une caméra : 




 

La psychologue redresse sa caméra, vérifie qu’elle fonctionne et décide que la première intervention se fera dans le couloir, à l’endroit où une photo a été prise avec succès. Elle invite Shelley à la suivre et déclare d’une voix forte, comme si elle tentait de parler à quelqu’un qui se trouve de l’autre côté du mur : 




 

Pas de son, pas de réponse, pas un seul bruit. La psychologue attend qu’une minute passe avant de dire encore : 




 

Encore une fois, elle laisse le silence s’installer, donnant le loisir à l’esprit de se faire connaître, mais rien ne vient. Shelley regarde partout, tente de se figurer l’endroit où le fantôme se trouvait la nuit où elle fut prise en photo. Derrière elle, Candide dit : 




 

Shelley sent un frisson la traverser, mais elle n’est pas certaine qu’il soit surnaturel : l’alcool, le repas gras et l’heure tardive commencent à l'engourdir graduellement. Elle étouffe un bâillement et sursaute violemment quand son cellulaire retentit. Un rire nerveux s’empare des deux femmes tandis que la policière regarde qui est le coupable : il s’agit du numéro de James. 

 

Elle fait signe à Candide qui lui lève le pouce et s’éloigne pour entrer dans une chambre inoccupée. 




 

Le cœur de Shelley ne fait qu’un bond. Déraisonnablement, elle se dit qu’il ne doit pas y aller si elle n’est pas chez lui à l’attendre en se rongeant les ongles au sang. Une sortie… C’est l’expression qu’il utilise au téléphone pour parler des descentes qu’il fait pour mettre un terme au trafic humain. 

Il va se battre. 

Elle aimerait lui demander de rester en sécurité, de ne pas se mettre en danger, mais elle se fait violence et déclare sur un ton calme et aussi posé que le sien lorsqu’elle lui a annoncé qu’elle partait en week-end dans une auberge hantée avec Candide : 




 

Sur ce, ils raccrochent. La gorge serrée, Shelley se laisse aller contre le mur et prend une grande inspiration pour calmer l’angoisse qui menace de prendre le pas. Elle serre ses bras autour d’elle, dans une vaine tentative de se rassurer. 

 

Le souvenir de la découverte de la cave secrète de son amoureux lui revient. Elle n’avait pas eu conscience qu’il soit arrivé à la maison, cette nuit-là. Elle était allée bien au-delà de ce que son corps pouvait subir, encore en pleine récupération de son opération. Épuisée, lorsque James l’avait prise dans ses bras, une énième fois, pour la ramener dans son lit à l’étage, elle ne s’était pas réveillée. Lorsqu’il a changé son pansement débordant de sang, lui-même épuisé, elle se souvient avoir ouvert les yeux, un peu confuse. Puis lorsqu’il s’est allongé à ses côtés, elle s’était blottie contre lui, de toutes les forces qui lui restaient. Elle avait respiré son odeur, et s’était rendormie sur un souvenir. 

 

Celui de l’odeur de Ghost, qui lui avait été si terriblement familier, au hangar. 

 

Celle de James. 

 

Une main se pose délicatement sur son épaule, réconfortante. Aussitôt, elle déclare : 




 

Elle se retourne vers ce qu’elle suppose être Candide en forçant un sourire courageux… pour ne trouver personne. La sensation sur son épaule disparaît aussi soudainement qu’elle est venue. La policière regarde partout autour d’elle : elle est pourtant belle et bien seule dans cette chambre. 

 

Elle n’a pas rêvé, elle en est certaine, hors de tout doute. 


Quelqu’un, ou quelque chose, a tenté de la réconforter.

 

La porte s’ouvre sur Candide qui déclare d’une voix amusée : 




 

Shelley baisse un peu la tête : 



 


Le silence qui suit cette déclaration est angoissant pour la policière. Les paroles de Sergeï, son psychologue qu’elle a vu quelques jours suite à sa découverte, lui reviennent : 




Le psychologue avait retiré ses lunettes pour les nettoyer. Au fil des rencontres, la policière avait compris qu’il faisait ce geste quand quelque chose n’allait pas. Elle n’avait pas encore déterminé s’il s’agissait d’agacement ou de contrariété.



En repensant à cette conversation, elle joue machinalement avec ses doigts tandis que Candide a un sourire en coin et demande d’une voix pleine d’empathie :



 


L’agent baisse un peu la tête :



 


La policière approuve d'un lent mouvement de la tête. Candide lui donne un petit coup d’épaule en guise d’encouragement. 




 

Shelley acquiesce encore. 

 

Les deux femmes reviennent dans le couloir. La psychologue tente encore d’entrer en contact avec l’entité, mais absolument plus rien ne se manifeste. 

 

Elles changent de pièce, tentent le coup dans leur chambre, puis dans celle où Shelley croit avoir senti une main sur son épaule.




 

Rien ne se passe. 

 

Déçue, Candide étouffe un bâillement et déclare : 




 

Les deux femmes abdiquent donc et tandis que Shelley met son pyjama, elle entend Candide parler à son magnétophone : 




 

Elle éteint. 

 

Le lit qui accueille l’agent est à la fois doux et agréable, quoique atrocement vide. Il y a maintenant des mois qu’elle partage celui de son amoureux, et sa présence lui manque gravement. Elle se rend compte de ce sentiment avec une certaine surprise, elle qui n’avait encore jamais vraiment goûté à la vie à deux, qui a toujours préféré dormir seule, la voilà qui tente de gérer ce gouffre en tenant contre elle une taie d’oreiller.

 

Un SMS de la part de James illumine son écran :”J’T’M”.

 

Il va bien.

 

Elle lui répond : “Je t’aime!”

 

Puis, elle s’endort d’un sommeil de plomb.





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