Le commencement

Chapitre 15 : Le courage

Par noctisshadow

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Chapitre 15 : Le courage.



Pov Thomas. 


Au petit matin. 


Je me réveille avant l’aube, comme arraché d’un rêve dont il ne reste que des lambeaux. L’air est froid dans le dortoir, chargé de l’odeur familière de mes camarades. Autour de moi, les respirations lourdes de mes amis rythment le silence. Minho souffle faiblement, Chuck ronfle et dort recroquevillé, serrant sa couverture contre lui comme un enfant, Frypan marmonne quelque chose dans son sommeil. Je tourne la tête vers le lit juste à côté du mien, celui de Newt. Mais il est vide. La couverture est froissée, encore tiède… Mon estomac se serre immédiatement de ne pas le trouver à mes côtés. Déjà levé ? À cette heure-là ? Ça lui ressemble… mais quelque chose cloche. Une sensation subtile me glisse sous la peau, comme un courant glacial. Je me redresse, les muscles tendus, et je sors du dortoir en silence. Le Bloc se réveille à peine ; l’air du matin pique mes poumons. Je scrute autour de moi, cherchant des yeux, son blond ébouriffé, sa silhouette souple, son pas un peu traînant lorsqu’il n’a pas encore bu son premier verre d’eau. Rien… Le vide partout où je regarde. Je finis par apercevoir Steve, assis seul près du feu. Toujours le même corps voûté, les épaules lourdes, les yeux perdus. La perte de Tony l’a brisé, et je sens encore l’ombre de sa détresse s’accrocher autour de lui. Je m’approche et m’assois à ses côtés, laissant la chaleur du feu sécher mes mains gelées. Je reste un moment là, silencieux, juste pour lui offrir une présence. Le jour se lève lentement sur le Bloc, teintant les murs de pierre d’une lueur blafarde. Les Blocards émergent les uns après les autres, frottant leurs yeux, traînant leurs bottes dans la terre. Et dans un fracas assourdissant, comme un rugissement mécanique, les portes du Labyrinthe s’ouvrent.

C’est là que Minho apparaît, surgissant en courant, haletant, les traits tirés par une panique qu’il ne tente même pas de dissimuler. Chuck le suit, essoufflé, Winston juste derrière. Minho me repère immédiatement :

Winston ajoute, les yeux écarquillés :

Mon sang se glace. Mon cœur s’emballe, cognant contre ma cage thoracique comme s’il voulait s’enfuir. Puis l’alarme de la Boîte retentit…! Stridente. Terrible. Inattendue… Annonçant ce que mon coeur sait déjà… Le son vrille dans l’air du matin et déchire le silence du Bloc. Tous se figent, puis courent. Je cours aussi, mes jambes bougent avant même que je puisse penser. Je dévale vers la Boîte avec les autres, un mauvais pressentiment noué dans ma gorge… Une vérité caché dans mes tripes… ! Je saute dans le trou et comme la dernière fois. Une note m’attend au fond. La même que pour Tony. Mais… les chiffres trois sont barrés. Un deux griffonné à la place. Je comprends immédiatement. Ça me frappe comme un coup de poing en plein ventre.

Je bondis hors de la Boîte, le cœur en feu, et fonce vers la salle des Coureurs. Mes mains tremblent en attrapant les chaussures, la lampe, le carnet, la machette, la lance, chaque objet semble me brûler la peau. Je sens les autres arriver derrière moi, leurs voix brouillées par l’urgence.

Je respire fort, l’adrénaline me vrille les nerfs.

Un murmure de stupeur traverse les Blocards. Leurs visages se ferment, se figent.

Alby se tourne pour demander :

Mais je réponds avant que quiconque ne parle. Avant même que j’aie vraiment le temps d’y croire.

Le silence tombe brutalement. Épais. Lourd. Même Minho se fige, les yeux écarquillés, la respiration bloquée. Il tremble. Il… il ne bouge plus. Littéralement. Je m’approche de lui, attrape son épaule.

Quelque chose se rallume dans son regard. Une flamme. Une rage. Une peur dévorante de perdre Newt.

Mais Alby hurle soudain, nous barrant la route. 

Je m’avance violemment vers lui.

Mais en moi, la colère explose, brûlante, incontrôlable. Je le saisis par le col de son t-shirt, le tire contre moi, le regarde droit dans les yeux.

Son regard devient froid. Glacial. Inhumain. Et répond : 

Son ton est coupant. Cruel. Une lame qui me transperce. Et je sens tout mon monde se fissurer… Comment peut-il dire ça…? Condamnée Newt à une mort certaine…

Je suis tellement en rage que mes doigts se crispent autour du col d’Alby, prêts à le frapper. Je le sens trembler sous ma main, mais pas de peur : de haine. Je suis à deux doigts de laisser partir le coup, vraiment à deux doigts, quand une brusque pression arrache nos corps l’un de l’autre. Gally vient d’attraper le bras d’Alby, le tirant violemment en arrière. Il se place entre nous d’un geste sec, presque brutal.

Sa voix claque comme un coup de fouet. Alby et Gally croisent leurs regards, un affrontement silencieux, lourd, glacial. Deux titans qui s’opposent, leurs épaules tendues, leurs mâchoires serrées. Je n’arrive pas à croire que Gally prenne notre parti. Minho non plus. Les autres autour de nous s’arrêtent de respirer, stupéfaits. Je sens mon propre souffle se déchirer dans ma gorge quand je reprends la parole, la voix grondante de détermination :

Je marque une seconde, mon cœur battant si fort que j’en ai mal.

Un silence sec tombe. Un silence lourd d’incertitude, de peur, d’espoir aussi, un silence où tout le Bloc semble trembler. Puis, un mouvement. Zart. Ben. Chuck, les yeux brillants d’un courage fébrile. Steve, encore brisé mais déterminé. Clint. Jeff. Frypan. Winston. Et Minho… Minho qui se place juste à côté de moi, les yeux noirs d’une résolution brûlante. Mon cœur se serre. Ce sont… les survivants. Ceux de la Zone noire. Alby inspire profondément, les joues rouges de colère, puis lâche :

Pas un cri. Juste une sentence amère. Un adieu venimeux. Mais je n’en ai plus rien à foutre. Je me tourne vers les autres Blocards restés en arrière, la voix vibrante :

Un dernier appel. Une dernière chance. Alby avance d’un pas, ses yeux brûlant de rage.

Je sens mon estomac tomber. Mais je refuse de lui offrir un seul mot de plus. Je me contente de souffler, presque calmement :

Je me détourne. Je n’ai pas le temps pour sa haine. Pas aujourd’hui..C’est alors que Gally s’avance vers nous. Son visage a changé. Plus aucune agressivité. Juste… une inquiétude sincère, presque fraternelle.

Je le fixe, surpris. Puis je hoche lentement la tête. Sans attendre davantage, je me mets à courir. Les autres suivent. Nos pas résonnent sur la pierre, le souffle court, le cœur en tempête. Le Labyrinthe nous avale une nouvelle fois. On court. On court comme si la vie de Newt dépendait de chaque foulée, parce que c’est exactement le cas. Je sens ma poitrine se serrer à chaque pensée de lui : son sourire doux, ses yeux brillants, la chaleur de ses bras quand il me serre, l’écho brûlant de mes envies secrètes… Je refuse de le perdre comme Tony. Je refuse de le voir brisé, de le voir souffrir entre ces murs maudits. On traverse la zone une, le sol encore froid de rosée. Puis la zone deux, où l’ombre des murs pèse comme un avertissement. Enfin, la zone trois se dresse devant nous. Un vertige me frappe. C’est là. C’est maintenant. Et je ne laisserai personne m’empêcher de le sauver. Mais soudain, Minho s’arrête net.  Il est debout devant les marches, figé, pétrifié, les yeux rivés sur l’obscurité béante qui mène à la zone noire. Son souffle devient court, haché. Je reconnais cette expression, la même que la mienne quand je rêve encore des hurlements étouffés, des murs suintants, du sang de Tony sur nos bottes. La peur. Brute. Implacable. Et chaque seconde qu’il reste planté là… Chaque seconde où il tremble… C’est une seconde de moins pour sauver Newt. Alors je le rejoins, l’attrape par le bras, l’entraîne à l’écart des autres qui le regarde sans comprendre. Mes doigts se crispent malgré moi autour de lui.

Il détourne les yeux, sa mâchoire tremble.

Ma voix se brise à peine à la fin. Parce que je pense à Newt. À sa douceur. À son courage silencieux. À sa manière de serrer les dents même quand il souffre. Je ne peux pas l’imaginer, seul, dans cette obscurité. Honnêtement… J’ai envie de frapper Minho pour qu’il se réveille. Pas par colère contre lui. Mais par désespoir. Parce que j’ai besoin de lui. Parce qu’on a besoin de lui. Parce que sans lui, c’est un peu comme si Newt avait encore moins de chance. Je reprends, d’une voix grave :

Il ferme les yeux un instant, inspire longuement. Puis rouvre les paupières, et je vois enfin la détermination revenir dans son regard, cette flamme vive, celle d’un Coureur né pour foncer dans les ténèbres.

Il marche vers l’escalier avec un pas soudain sûr et solide. Et quelque chose en moi se détend, à peine, mais assez pour respirer. 

On prépare nos machettes, le métal froid contre ma paume tremblante. Je serre le manche si fort que mes doigts blanchissent. Et j’ai une idée. Une bonne, cette fois. On s’attache tous. Une  corde autour de la taille. Si l’un tombe, les autres le retiennent. Pas question qu’on perde encore quelqu’un. Pas question. Les gars approuvent sans discuter. Chuck a les mains qui tremblent mais sourit quand je l’aide à faire un nœud solide. Frypan serre la corde autour de lui comme s’il voulait attacher son courage avec. Winston vérifie les nœuds deux fois, Jeff trois fois. Quand tout le monde est relié, quand on forme un seul groupe, un seul corps, un seul souffle… On descend.

On court aussi vite que possible. La corde se tend, se relâche, bat contre nos cuisses. Les escaliers vibrent sous nos pas. L’air devient plus lourd, plus froid, plus moisi, cette odeur de mort qui colle à la peau et ne part jamais vraiment. On arrive dans le couloir principal et je récupère la tablette. L’écran s’allume, froid, bleuâtre. Les points s’affichent. Deux points jaunes… Je sens un soulagement violent percuter ma poitrine. Newt est encore vivant.  Mais… mon sang se glace instantanément quand je vois l’autre détail. Cette fois… Il y a déjà deux points rouges. Le souffle me manque. Ma peau se hérisse. Le pire attend déjà. Plus vite. Plus près… Et Newt est quelque part… entre eux.

On repart aussitôt, nos pas résonnant contre les murs humides. La corde nous tire légèrement les uns contre les autres, rappel constant qu’on ne forme plus qu’un seul corps, un seul groupe. Minho ouvre la marche. Et malgré l’angoisse qui ronge l’air, malgré la noirceur qui colle aux murs comme du goudron, il se déplace avec une aisance presque inhumaine. Il vire, tourne, enjambe, contourne… comme si le labyrinthe lui parlait. Comme s’il sentait le chemin sous sa peau. Il m’impressionne vraiment. Même ici, même maintenant… Il reste un Coureur.

Je sens quelqu’un s’approcher de moi. C’est Steve. Il court à ma hauteur, le torse se soulevant à un rythme affolé.

Son chagrin est presque palpable. Je le vois dans sa manière de serrer les dents, de courir sans jamais ralentir, comme si chaque foulée était une excuse, une prière, un rachat. On débouche alors dans le premier couloir inondé… sauf que cette fois, il n’y a plus d’eau. Il n’y a plus rien. Juste des ossements blanchis. Et… la tête décomposée d’Akira, posée là comme une offrande macabre. Sa peau est tombée par plaques, ses yeux vides figés vers le plafond, sa mâchoire entrouverte dans un dernier rictus. Une odeur fétide monte, lourde et humide, me donnant la nausée. On avance en silence, rapidement, les bottes écrasant des fragments d’os… crac… crac… quand soudain, un grondement sourd…Un claquement. Un souffle de pierre. Et le sol s’ouvre derrière nous…!

Son cri se mêle au nôtre quand son corps disparaît dans le vide. La corde se tend d’un coup sec, m’arrachant presque les reins. On est tous projetés en arrière, la moitié d’entre nous manque de glisser dans le gouffre. Mes pieds dérapent, mes doigts s’accrochent au mur dans un réflexe désespéré. Le poids de Chuck nous tire vers l’abîme. Mais la corde tient. Par miracle, elle tient…! Je me jette à plat ventre, attrape son poignet tremblant.

Minho, Frypan et Zart se précipitent pour m’aider. On tire, on tire comme des damnés. Finalement, Chuck remonte et s’effondre contre le sol, haletant.

On n’a même pas le temps de respirer… que là… un bruit commence à vibrer dans l’air. D’abord faible. Puis plus fort… Ba-dum… Ba-dum… BA-DUM… Les battements de cœur de la créature. Je sors la tablette d’une main tremblante : le point rouge clignote, proche. Beaucoup trop proche.

Au bout du couloir elle passe. On reste silencieux. Comme des tombes. Mais heureusement... Elle s’éloigne… Doucement. Presque tranquillement. Elle ne nous a pas vus… 

On repart en courant. Le souffle court. Le sang en vrille… La porte de sortie passe à notre droite, massive, monumentale, mais on ne s’arrête pas. Pas maintenant. Pas sans lui. Je sens mon cœur s’emballer au point de me brûler la poitrine. Newt est là. Tout près. Je le sens comme une présence dans mon ventre. Je cours pour lui, pour son sourire fatigué, pour la chaleur de ses bras que je rêve encore. Je suis prêt à mourir pour le récupérer. Sans hésiter.

On traverse un couloir supplémentaire et enfin… Le deuxième couloir inondé. Cette fois, l’eau nous monte jusqu’aux épaules. Elle est glacée, lourde, noire. Chaque pas est un combat…! Chaque mouvement arrache un frisson. La corde se tend entre nous, nos corps plongent et luttent. L’eau pue le renfermé, la moisissure, la chair pourrie… Je m’élance en premier, presque en nageant, les lèvres tremblant d’effort.

Je ne peux pas respirer correctement. Je n’entends plus que nos halètements, nos éclaboussures, et le bruit sourd du labyrinthe qui respire autour de nous. On y est presque. Je le sens. Je le sens dans mes os.

Je sens mes vêtements m’aspirer vers le fond, lourds d’eau sale. L’odeur d’humidité et de métal me colle aux narines, me donne envie de fuir encore plus vite. On atteint enfin l’autre bout du couloir inondé, tout le monde patauge et se hisse sur la pierre ruisselante. Je profite d’une seconde, une seconde infime, pour regarder la carte. Et là… Un point rouge… qui avance. Lentement, inexorablement, vers le point jaune. Vers Newt. Mon cœur s’arrête. Puis explose.

Je n’attends pas. Je ne peux pas attendre…! Je retire la corde qui cerne encore ma poitrine, mes doigts tremblent, glissent sur le nœud trempé. Et je me mets à courir…!

Mais je n’entends plus rien. Je n’entends plus personne. Je n’entends que la pulsation brutale de mon sang, la panique brute qui me martèle les tempes. Newt… Il est là quelque part, seul, blessé… peut-être déjà… Non. NON…!

Je dévale le couloir, les pierres défilent dans une clarté tremblante de nos lampes. Je tourne à l’angle, et je me fige, brutalement. Un gouffre…!  Un trou béant, noir, ouvert comme une gueule prête à m’avaler. Je ne le vois qu’au dernier moment, mon pied dérape vers le vide, mon corps bascule, un cri m’échappe malgré moi. Mais, une main me saisit, m’arrache en arrière. Je heurte Minho. Son souffle est dur, affolé.

Je veux répondre, je veux m’arracher à lui, mais Winston lève sa lampe, pâle comme un fantôme.

Je lève enfin les yeux. Et tout se déchire. De l’autre côté du gouffre, Newt est étendu sur la pierre. Son corps est humide, presque translucide sous la lumière tremblante. Un de ses bras pend dans le vide, immobile. Sa tête tournée vers nous… mais ses yeux fermés. Je ne respire plus. Je ne peux plus… Mon ventre tombe, mon cœur se tord dans une douleur brutale et acide. Je sens une sueurs chaude glisser le long de ma colonne, malgré la température glaciale.

Mon esprit hurle, tourne en rond : est-ce qu’il respire ? Est-ce qu’il bouge ? Est-ce que je suis arrivé trop tard ? Un vertige violent me prend. J’ai l’impression que mes jambes vont céder. Le voir si proche… si loin… séparé de moi par ce gouffre monstrueux… J’ai envie de sauter. De traverser. De le rejoindre avant que ce point rouge, cette mort, ne l’atteigne… 

Mais le cri résonne encore dans l’air lourd, humide… et Newt, lui, ne bouge toujours pas. Son bras pend dans le vide, son corps ruisselant d’eau froide. Il a l’air… vide. Absent. Trop silencieux. Mon cœur cogne si fort que j’en ai mal.

Je lui jette brutalement la tablette.

Je passe de garçon en garçon, défaisant le cordage autour de leur taille. Mes doigts sont trempés, glacés, mais rapides. Pressés. Je ne garde la corde que pour moi, la serre si fort autour de ma taille que ma peau en brûle. 

Et c'est vrai, je n'ai pas le choix… Pas si Newt est là, juste en face, à quelques mètres de moi… Je refuse catégoriquement de le perdre…! 

Minho l’attrape dans un geste sec, sûr. Mais je vois son regard, ce mélange de fureur et de peur… mais aussi et surtout de confiance… Il tremble, juste un peu. Clint s’avance, la mâchoire serrée.

Tous s'avancent, saisissent la corde, prêt à me retenir si je rate… ! Je prends du recul. Mon cœur tambourine, mes vêtements dégoulinent. L’air pue la moisissure, la mort, le danger imminent. Et Newt… Newt est là-bas. Immobile… Je me fige une seconde. Juste une. Assez pour sentir mon ventre se tordre. Assez pour me rappeler que je ne survivrais pas à sa perte. Puis je cours…! Je cours…! Mes pieds frappent la pierre glissante. L’air file contre mes joues. Chaque souffle est un coup de couteau. Le gouffre approche, énorme, noir, affamé… mais mes yeux restent fixés sur lui. Sur Newt…! 


Je saute…!!


Le vide me dévore pendant une seconde sans fin. Puis mes mains claquent contre la pierre de l’autre côté. Mes doigts griffent la paroi humide. Je glisse, mes pieds cherchent un soutien qui n’existe pas. La roche ruisselle sous mes paumes…! 

Mais je n’entends plus vraiment. Je ne sens plus que la brûlure de mes bras, la corde qui tire dans mon dos, le gouffre sous moi… Et Newt, juste au-dessus. Si proche. Si fragile… Je dois réussir…! Il n’y a pas d’autre fin possible. Pas pour lui. Pas pour nous…

Je réussis, dans un effort presque inhumain, à forcer sur mes poignets rongés par la corde, et je hisse enfin mon corps au-dessus du rebord. Mes muscles tremblent, mes bras brûlent, mais je parviens à glisser un coude sur la pierre détrempée… puis une jambe… Et soudain, je suis de l’autre côté…!

Mais je n'ai même pas le temps de respirer. Pas le temps de réaliser que je suis vivant que déjà mes mains se jettent vers lui.

Je prends son visage entre mes paumes, fébrilement, comme s’il pouvait disparaître si je le touche trop fort. La sensation me transperce : il est glacé. Terriblement glacé… Ses joues sont d’une pâleur inquiétante, presque blafardes, ses lèvres bleutées. De fines mèches de ses cheveux blonds collent à son front, ruisselantes, emmêlées, lourdes d’eau froide. Je sens une montée de panique brutale dans ma poitrine. Il est trop immobile.

Trop silencieux… Son souffle est si faible que je dois me pencher tout près pour le sentir contre ma peau.

Ma voix tremble, se casse sur la fin. J’essaye de le secouer doucement, ma main glissant sur sa joue froide, mais son corps ne répond pas. Sa tête tombe mollement dans ma paume. Mon regard glisse le long de lui… Il ne semble pas blessé, mais il est comme endormi. Anesthésié…! Et cest sans aucune doute que c'est ceux qui nous ont enfermé ici qu'il lui on fait ça…! Il n'a, sans nous, sans moi… Aucune chance de survie ici… 

Affolé, je cherche dans mes poches, mes mains tremblent tellement que je manque de faire tomber la corde. J’en prends une seconde, plus fine, et je l’attache autour de sa taille… puis à la mienne. Je ne sais pas ce que je fais. Je n’ai aucun plan. Je suis seulement guidé par une peur primitive : ne plus le perdre. Je dois le ramener. Je dois… 

Mais alors que j’essaie de réfléchir, de respirer, ses paupières frémissent. Très lentement. Comme si chaque battement coûtait une vie. Puis ses yeux s’ouvrent à peine, deux fentes brumeuses, perdues…

Sa main glacée glisse faiblement sur la mienne. Il murmure, si doucement que je dois tendre l’oreille :

Mon cœur se brise. Littéralement. Un coup sourd dans ma poitrine… Il n'a plus aucune force. Elle lui a été arraché… Retiré par la force. Mais je n’abandonne pas pour autant. Je pose une main sur sa joue, la tapotant avec douceur. 

J’essaie de le redresser en le tirant doucement par le bras, mais son corps retombe aussitôt contre la pierre. Sa tête roule sur le côté, ses muscles ne répondent plus. Il est mou, épuisé, à moitié présent.

Je sens la panique monter à ma gorge, brûlante. L’idée qu’il puisse glisser à nouveau entre mes doigts, juste maintenant que je le touche enfin… que je le retrouve… me donne envie de hurler. Je cale mon front contre le sien, malgré sa peau glacée qui me fait frissonner.

Sa main serre faiblement mon poignet, si fragile que j’ai peur de lui briser les os. Je relève brusquement la tête vers l’autre côté du ravin. Regardant mes amis. Cherchant une solution. 

À peine ses mots frappent mes oreilles que le couloir derrière moi se remplit d’un cri abominable, un hurlement métallique, déformé, qui fait vibrer tout mon corps. La pierre sous mes pieds semble même trembler. Je n’ai plus le temps de penser…! Plus le temps d’hésiter…! Je serre Newt contre moi, ses bras pendants, sa respiration faible contre ma clavicule. Son corps froid me transperce jusqu’aux os. Et je saute…! 

Le vide nous avale. Le vent fouette mes joues. Le poids de Newt m’entraîne vers le bas, lourd, inconscient…! Mais la corde se tend violemment et la chute s’arrête dans une secousse brutale…! Je suis projeté contre la paroi d’en face. Mon dos frappe la roche humide avec un craquement sec. Une douleur fulgurante me traverse la colonne, me coupe le souffle.

Mais je serre Newt encore plus fort. Mes bras tremblent, mais je ne le lâche pas. Jamais…! Sa tête repose contre mon épaule, inerte, sa peau glacée brûlant presque la mienne. Au-dessus, j’entends les autres crier, tirer, haleter…!

La corde remonte, centimètre par centimètre, m’écrasant encore contre la paroi, arrachant un gémissement à mes côtes endolories… Je m’accroche comme je peux, une main serrée autour de la corde, l’autre plaquée dans le dos de Newt pour qu’il ne glisse pas. Quand enfin mes pieds trouvent un rebord, Minho se jette en avant. Il attrape Newt dans un mouvement vif, presque brutal, les yeux écarquillés d’inquiétude.

Sa voix se brise… Et il le regarde comme un trésor retrouvé… Frypan, lui, me saisit par le t-shirt, m’arrache littéralement contre la paroi pour me remonter. Mon corps proteste, mes muscles vibrent encore de l’impact, mais je m’en fiche. Je me relève aussitôt, le souffle court. Minho me lance un regard noir, le visage ruisselant de sueur.

Je secoue la tête, encore essoufflé, un bras replié contre mes côtes douloureuses.

Je jette un dernier regard vers l’autre côté du gouffre. La créature se tient là, juste à la limite de la lumière. Une masse sombre, ses bras étranges et rigides serrés contre les parois. Ses yeux brillent d’une lueur métallique. Elle nous regarde. Elle comprend ce qu’on vient de faire. Mais elle ne saute pas. Elle recule légèrement, comme si elle calculait… hésitait. Une goutte froide glisse dans mon dos. Pas d’eau. De sueur.

On ne s’attarde pas une seconde de plus. Pas le temps de respirer, pas le temps de penser. On part en courant, dans l’autre sens, tous les nerfs tendus. Minho porte Newt contre lui, et j’ai presque un choc en le voyant courir ainsi, comme si Newt ne pesait rien. Comme s’il tenait juste un sac vide, alors qu’il serre en réalité le garçon le plus précieux de mon monde.

Minho… c’est un roc. Et même si une part de moi hurle que c’est moi qui devrais tenir Newt, je sais qu’avec lui… il est en sécurité. Entre les bras de Minho, il ne glissera pas. Il ne tombera pas.

On traverse le couloir à toute vitesse, nos pas résonnant dans l’eau et la pierre, et enfin on atteint la zone inondée.

Je me sens pâlir rien qu’à y penser. 

Ma gorge se serre de culpabilité. J’ai encore le souvenir du moment où tout a dérapé. Pas question que ça recommence. Pas avec Newt dans cet état. Minho ne s’arrête pas vraiment, mais il cale Newt contre lui d’un bras solide, assez pour me laisser fouiller. Je plonge mes mains tremblantes dans les poches trempées de Newt. Son pantalon dégouline, froid, collé à sa peau glacée. Je glisse mes doigts un peu plus profondément….Et je la sens…!

À deux, on soutient Newt dans l’eau pour éviter qu’il ne se retrouve la tête sous la surface. Ses cheveux blonds flottent autour de nos bras comme de la soie pâle, et sa respiration est si faible que j’ai l’impression de le porter dans un rêve fragile, prêt à s’effondrer. On avance sans encombre, mais l’eau semble glacée, collante. Puis on court. Aussi vite que nos corps exténués peuvent encore le permettre. La porte est là. La sortie…! 

Quand j’arrive devant, mes doigts tremblent tellement que j’ai du mal à mettre la clé dans la fente. Mais elle tourne. La serrure claque…!  Je… je n’arrive pas à y croire. Cette fois, je ne l’ai pas perdue. Cette fois, on y est presque…!

J’ouvre la porte. Et on reste figés une fraction de seconde. Devant nous, un couloir immense, interminable, presque irréel. Au fond, loin, très loin… un panneau blanc, éclairé par une lumière artificielle : SORTIE. 

Mon cœur se soulève dans ma poitrine, un mélange de joie brutale et d’incrédulité absolue. Mais derrière nous… un bruit. Un frottement. Un claquement de métal contre la pierre… La créature…!  Elle approche… Elle arrive…!  Et soudain, plus personne ne respire. Puis un seul mot fuse, instinctif :

On se met tous à courir de toutes nos forces, même s’il n’en reste presque plus. Le souffle brûle nos gorges. Nos muscles hurlent…! Le couloir semble interminable, mais la sortie se rapproche, mètre après mètre…!  On la voit…! On la touche presque…! Mais dans un couloir aussi long, aussi vide… La créature a l’avantage. Elle est rapide. Trop rapide… Et derrière nous, son cri strident déchire tout…!  Elle gagne du terrain… Je l’entends. Je la sens presque sur ma nuque. Les pas de Minho claquent contre le sol, lourds, irréguliers. Newt dans ses bras ralentit sa course, son poids, son inconscience, sa fragilité. Minho force, grogne, serre les dents, son souffle saccadé résonne dans le couloir.

Mais Chuck….Chuck n’y arrive pas. Il a les jambes courtes, les poumons brûlants, la panique qui le freine.

Il trébuche presque à chaque pas. Et moi, je refuse, je refuse, de le laisser derrière. Je cours juste à son niveau, même si tout mon instinct me hurle d’aller plus vite. Je ne l’abandonnerai pas. Pas lui. Pas comme ça…! 

Devant nous, Minho vacille un peu, la tête de Newt ballottant contre son épaule, ses bras serrant le corps trempé et glacé de celui que j’aime. Minho court malgré tout plus vite que Chuck, mais pas assez. Pas cette fois. Pas face à elle. La créature nous rattrape…!

Son cri déchire l’air derrière nous, un hurlement mécanique qui traverse ma colonne comme une lame.

On n’est même pas à la moitié du couloir qu’elle est déjà presque sur nous. Un souffle, une seconde, et elle attrapera l’un de nous… Moi… Chuck… Ou Minho. Ou… Newt.

Mon cœur explose dans ma poitrine. J’ai envie de hurler, de me retourner, de protéger tout le monde, mais je n’en ai pas le temps. Personne n’en a… Et c’est là qu’une voix fend le chaos…

Steve… Je tourne la tête, le souffle coupé…

Il ne m’écoute pas..Il ne nous regarde même plus..Il s’arrête. Net…!  Ses bottes glissent légèrement sur le sol mais il se stabilise, se plante face à la créature qui surgit dans une gerbe de métal et d’ombre. Et dans le même mouvement, il se retourne complètement pour lui faire face. Sa machette luit dans la lumière blafarde du couloir. Il frappe…! Un coup large, désespéré, hurlé…

Un second hurlement retentit, un son plus profond, plus lourd. La deuxième créature arrive à sa gauche. Elle le bloque. Il est pris en étau… Je vois tout au ralenti. Je vois Steve inspirer une dernière fois. Je vois sa main serrer le manche de sa machette. Je vois son regard, pas de peur, juste une détermination acharnée. Et puis les deux monstres se jettent sur lui. Son cri s’étouffe dans la masse métallique. Un choc sourd. Un bruit de chair contre pierre… Je ne peux rien faire. …Rien.

Mais son sacrifice nous donne ce qu’il voulait : du temps. une chance. une ouverture. On ne se retourne plus. On ne peut pas… Mes jambes brûlent, Chuck trébuche, je le rattrape, on fonce, tous haletants, trempés de sueur et d’eau, nos cœurs martelant nos côtes comme des tambours de guerre. Le bout du couloir apparaît. La porte. La sortie. Si proche… si terriblement proche. On la pousse de toutes nos forces, et dans un claquement brutal, elle s’ouvre. L’air change. La lumière aussi. Comme si le monde basculait. On franchit la porte à la seconde où un hurlement monstrueux retentit derrière nous dans le couloir. On a survécu. Mais Steve, lui… Steve ne franchit pas la porte…

On débouche dans un long couloir plongé dans une pénombre presque étouffante. L’air y semble plus froid, plus lourd… Minho s’agenouille aussitôt et pose Newt au sol avec une délicatesse qui contraste violemment avec la brutalité de tout ce qu’on vient de traverser. Enfin… enfin on peut souffler. Enfin on peut vérifier s’il va bien... Mon cœur bat encore comme un marteau, mais je me force à calmer ma respiration pour lui. 

Je me rapproche et je glisse une main tremblante contre sa joue, encore froide, un peu moite, vivante.

Ses paupières battent doucement, puis s’ouvrent.

Je sens mes entrailles se serrer.

Newt cligne des yeux, comme s’il avait du mal à comprendre.

Je ne peux pas m’en empêcher. J’ai besoin de sentir qu’il est là, qu’il respire encore, qu’il n’est pas parti comme Steve. Newt nous regarde, bouleversé. Il attrape ma main, puis celle de Minho, comme s’il avait peur qu’on disparaisse.

Pendant un instant, le temps semble se suspendre. Newt relève les yeux vers moi, épuisé mais vivant, et son regard accroche le mien avec une tendresse qui me transperce. Ses doigts se crispent légèrement autour des miens, comme pour me dire qu’il est vraiment là, qu’il tient encore debout grâce à nous. Je détourne une seconde le regard vers Minho… et il sourit aussi, un sourire discret, fatigué, mais chargé de cette complicité solide qui nous lie tous les trois. On n’a même pas besoin de parler : on sait ce qu’on vient de traverser, ce qu’on a failli perdre, ce qu’on refuse de perdre encore. Et dans ma tête, une pensée s’impose, brûlante, évidente : tant qu’ils sont avec moi… tant que Newt respire, tant que Minho se bat à mes côtés… je peux tout affronter. Ce trio, notre trio, tient encore, malgré tout. Et je jure silencieusement que rien ni personne ne nous brisera.

Winston, pâle comme un linge, pointe soudain le fond du couloir.

Je lève les yeux. Au bout du tunnel, très loin, une lumière clignote faiblement… comme un phare hésitant, une promesse ou un piège, impossible à savoir. Elle pulse dans l’obscurité, lente, presque rassurante malgré le silence pesant. Je déglutis difficilement. Trop de choses viennent de se passer. Trop vite. Trop fort… Avec Minho, on passe chacun un bras de Newt par-dessus nos épaules. Son poids est léger, presque absent, comme s’il flottait entre nous. Il tremble un peu. Moi aussi. Alors on avance. Lentement cette fois. Comme si le moindre bruit pouvait encore réveiller un cauchemar derrière nous. Comme si la perte de Steve nous collait aux talons. Et pourtant… on marche. Vers cette lumière. Vers… quelque chose. Et tandis qu’on avance au fond du couloir, je sens cette vérité me frapper : on a souffert, on a perdu des amis… mais on est sortis. On est encore debout. Je suis avec eux. Avec Chuck. Avec Minho. Et surtout… avec Newt, vivant entre nos bras. Peu importe ce qu’il y a derrière cette prochaine porte, peu importe le prix… je continuerai à les protéger. À survivre avec eux. Jusqu’au bout…!


Fin partie 1. 



Voici le dernier chapitre de la partie une de ma fan-fictions Labyrinthe Le commencement, j'espère qu'elle vous a plu. Donnez-moi votre avis, je serais ravie de lire vos commentaires.

Retrouvez bientôt nos héros dans la suitedès le chapitre 16 : "La terre brulée".

Je vous souhaite une bonne fin de journée/soirée.

Bye !




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