Une lueur dans les bas-fonds

Chapitre 1 : Au Jupon Fripon

Par ShleyAsheila

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Bonjour à toutes et tous !


Je vous présente une petite fanfiction qui n'a rien à voir avec ma fanfiction principale et que j'écris de façon plus sporadique à côté. Elle sera beaucoup plus courte et aura des updates probablement moins souvent que "Ceux qui survivent".

J'espère qu'elle vous plaira !


Bonne lecture, n'hésitez pas à me laisser vos avis :)


***


L’enfant était prostré. Immobile dans l’ombre. Il ne savait même plus s’il était vivant ou mort. Ses bras décharnés entouraient des genoux tout aussi squelettiques. Il n’était plus sûr d’entendre son propre souffle. Il n’entendait rien. Seulement le silence pesant qui s’était abattu au moment même où le dernier relent de vie avait quitté le corps de sa mère. Et lui était resté là. Immobile dans l’obscurité. Que pouvait-il faire d’autre ? Il n’avait sans doute rien à faire. A part attendre que les ténèbres l’engloutissent à son tour. 

La petite chambre qui leur servait de lieu de vie était froide. Un peu humide. Pourtant, c’était chez lui. Ou du moins, ça l’avait été. Car depuis qu’elle était morte, tout lui paraissait étranger. Impersonnel. Sa chaleur n’habitait plus le lieu comme c’était le cas habituellement. Il n’était plus chez lui. Il ne le serait probablement plus nulle part. Elle n’était plus là. Et lui attendait simplement de disparaître à son tour.


Le noir envahit son univers lorsqu’il ferma les yeux, se demandant si ce simple geste accélèrerait les choses. Il ne savait pas depuis combien de temps il était prostré au sol, à attendre que le temps fasse son œuvre. De toute façon, le temps était une donnée bien abstraite pour un enfant grandissant dans un lieu qui ne pouvait même pas s’appuyer sur la lumière du jour pour compter les heures qui s’égrènent et les journées qui se succèdent. Sa vie était rythmée des petites choses du quotidien que sa mère avait mises en place mais qui n’avaient désormais plus aucune valeur. 

Alors qu’il commençait à se noyer dans ses propres pensées, abandonnant son corps pour se perdre dans l’infini monde de l’esprit, ses sens captèrent le grincement d’une porte et, derrière ses paupières closes, une lueur tremblotante fit son apparition. 

-Kuchel ?

Il releva la tête en entendant quelqu’un prononcer le prénom de sa mère. Quand il rouvrit les yeux, il distingua une silhouette adulte dans l’encadrement de la porte. La personne ne l’avait manifestement pas vu.

-Merde.

La personne fit un pas puis deux dans la petite chambre, se dirigeant vers le lit où reposait un corps pâle et amaigri. 

-Elle est morte, prononça l’enfant d’une voix éraillée.

L’inconnu sursauta et se tourna vers lui. Aussitôt, la silhouette fit un pas dans sa direction et s’accroupit devant lui pour mieux le distinguer dans la pénombre. L’enfant remarqua que la personne qui se tenait devant lui était une femme dont les cheveux châtains étaient retenus en un chignon sur sa nuque. Elle avait des yeux sombres, intenses et des pommettes saillantes. 

-Bonjour, dit-elle d’un ton doux. Comment t’appelles-tu ?

-Je m’appelle Livaï. Livaï sans nom de famille.

-D’accord. Moi, je m’appelle Magda. Tu es le fils de Kuchel ?

L’enfant la regarda, muet, avant de hocher lentement la tête.

-Tu es tout seul ? Est-ce que quelqu’un d’autre vit ici, avec toi ? 

Magda observa un long moment cet enfant maigrichon, au teint maladivement pâle. Son silence lui confirma qu’il n’avait personne à part sa mère. Elle avait entendu dire que Kuchel avait eu un rejeton d’un client quelconque et qu’elle avait tenu à le garder. Entre bordels, ce genre d’information circule rapidement. Elle ne jugeait pas la décision, ne sachant pas elle-même ce qu’elle aurait fait à sa place. 

Doucement, elle posa une main chaude sur les doigts décharnés du garçon : 

-Ecoute, Livaï. Si tu n’as nulle part où aller, tu peux venir avec moi. Je vais m’occuper de toi. A commencer par te donner quelque chose à manger. Depuis quand t’as pas mangé ?

Le garçon la regarda muettement. 

-J’ai connu ta mère, il y a quelques années, continua Magda. Je ne savais pas qu’elle était malade. Je ne l’ai appris que récemment. Je ne peux pas te laisser ici tout seul. Viens avec moi.

Sans le presser, elle se releva et lui tendit une main, l’incitant à l’imiter. Après quelques secondes d’hésitation, le corps du garçon se déplia lentement et il se redressa. Il portait un simple tissu sale en guise de robe et ses membres ressemblaient à des fétus de paille. Magda entoura ses épaules d’un bras maternel et le poussa vers la porte. Il se laissa faire sans résister. 

Après avoir quitté la chambre dont elle laissa la porte entrouverte, ils remontèrent le couloir vers l’entrée du bordel. Alors qu’ils passaient au niveau du comptoir tenu par un type à qui il manquait des dents et qui sentait souvent l’alcool, Magda poussa l’enfant vers la porte, lui chuchotant de l’attendre là-bas, qu’elle avait une dernière affaire à régler. Il ne posa pas de question. Son regard, vitreux, passa successivement de la femme à la porte et il continua d’avancer à petits pas. 

Magda se dirigea vers le comptoir. L’homme haussa un sourcil en la voyant : 

-Bah alors, z’avez trouvé c’que vous cherchiez ?

-Est-ce que je peux compter sur vous pour offrir à son corps une sépulture décente ?

-Oh là, j’fais pas dans c’business, moi.

-Vous connaissez des gens qui le font. Elle ne doit pas être la première et ne sera pas la dernière à mourir ici.

-On s’embête pas avec ça, nous. On balance les corps et voilà.

-Je paie.

-Ça va vous coûter cher, ça. 

Elle sortit de la poche de son ample jupe une bourse en cuir qu’elle déposa sur le comptoir. L’homme s’en saisit vivement, défit les cordons et jeta un coup d’œil à l’intérieur.

-Bah dites donc, siffla-t-il. Vous vous faites du pognon au Jupon Fripon.

Magda ne répondit pas, fixant l’homme en attendant son verdict.

-Bon, j’m’en occupe, j’demanderai à mes contacts, finit-il par dire en prenant soin de ranger la bourse sous le comptoir. 

-Merci.

-Et le gosse ?

-Il vient avec moi.

-Ah. Bon. D’accord. Allez, à la r’voyure madame Magda ! Et le bonjour à vos filles !

Magda lui adressa un signe de main rapide avant de reprendre sa route vers la porte. L’enfant l’attendait à l’extérieur, sur le seuil, les bras ballants. Elle lui sourit, posa une main affectueuse sur ses cheveux sales et lui dit simplement : 

-Allez, viens. 

Elle le guida à travers les ruelles de la ville souterraine, montant et descendant au grès des escaliers. Personne ne fit attention à eux. La vie continuait, inlassablement, dans sa crasse, sa pauvreté et sa maladie. Les corps avançaient, certains mieux portants que d’autres. Les gens survivaient comme ils le pouvaient, rêvant d’un avenir différent qu’il soit à la surface ou sous terre. 

Finalement, Magda s’arrêta devant un bâtiment à deux étages. Les murs étaient vieux et décrépits. Une lampe rouge était allumée au-dessus de la porte d’entrée, laquelle était vitrée et protégée des regards extérieurs par un fin rideau. Une enseigne indiquait “Au Jupon Fripon - Maison de plaisirs”.

Magda poussa la porte et invita l’enfant à entrer. 

-Bienvenue au Jupon Fripon. Suis-moi, je vais te conduire à la cuisine. Il est temps de manger un morceau.




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