Ceux qui survivent

Chapitre 35 : La véritable héritière royale

Par ShleyAsheila

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Les cris résonnèrent contre les murs, montant du sous-sol.

Rosa frissonna.

Elle dévisagea ses amis qui n’étaient pas plus sereins qu’elle.

Quelques heures plus tôt, le lendemain de son accord avec Livaï, Dimo Reeves était parvenu à conduire vers eux deux hommes de la 1ère division centrale, sous prétexte qu’il était parvenu à capturer Eren et Historia. Les soldats du Bataillon leur étaient tombés dessus et les avaient enfermés dans les geôles d’un poste frontière, aujourd’hui désaffecté. 

Les jeunes recrues demeuraient dans une sorte de pièce à vivre modeste et rustique, uniquement composée d’une table en bois, de chaises et de bancs. Ils se regardaient en silence tandis que leurs supérieurs, Livaï et Hansi, s’étaient donné pour mission d’aller “discuter” avec leurs prisonniers. Il était clairement apparu que “discuter” était un euphémisme, que leurs prisonniers n’étaient pas spécialement coopératifs et qu’Hansi et Livaï allaient se donner les moyens de les faire parler.


Les poings crispés sur la table, Rosa dévisagea ses amis. Eren et Historia les avaient rejoints. Tous se taisaient. Une tension collective se faisait sentir à chaque nouveau cri ou gémissement qui leur parvenaient. Elle n’avait pas envie de savoir ce qu’Hansi et Livaï avaient imaginé en terme de torture pour tenter de faire craquer leurs prisonniers. Parfois, l’ignorance était le meilleur des cadeaux.

Ses amis ne semblaient pas plus en demande de savoir sur le sujet. Car personne n’avait posé la question. Tous étaient témoins auditifs d’une séance de torture se déroulant sous leurs pieds sans avoir aucun contrôle sur la situation.

Une part de Rosa lui disait qu’il était parfois nécessaire de se salir les mains -et elle était reconnaissante à Hansi et Livaï de s’en charger, leur évitant cette rude besogne. Après tout, les Brigades Spéciales n’auraient pas hésité si c’était eux qui tombaient entre leurs mains. Elles étaient déjà prêtes à faire elle ne savait quoi à Erwin pour le faire tomber et se débarrasser du Bataillon.  Mais une autre part ne pouvait s’empêcher de trembler. Elle n’était pas prête à ça. Ne s’était jamais préparée à ça. En intégrant le Bataillon, elle avait imaginé le monde au-delà des murs, les explorations dangereuses, les titans, bien évidemment. Pas devoir torturer d’autres humains, plonger la tête la première dans les rouages archaïques d’une politique trop oppressive, être des quasi-fugitifs dont on veut se débarrasser à tout prix.


-La vache, grogna Jean en se prenant la tête dans les mains. Affronter des titans, j’y étais préparé. Mais là… on ne sait même plus qui est l’ennemi.

Rosa hocha lentement la tête, partageant le sentiment de son ami.

-C’est malheureux, répondit Eren. Mais on n’a pas le choix.

-Tu crois ? demanda Rosa en regardant ses poings crispés.

-Il faut qu’on sache les secrets que protègent les Brigades Spéciales et le roi, continua le jeune homme. Clairement, ils ne sont pas favorables au Bataillon et à ses explorations. Sans les explorations, on n’avancera jamais, on sera à jamais esclaves de la peur et des titans et l’humanité ne regagnera jamais sa liberté. Peu importe le prix à payer, même s’il faut se salir les mains, on doit le faire !

Son ton était décidé. Tranché. Tranchant.

-Oui, tu as peut-être raison, murmura Rosa.

Mais une part d’elle hésitait toujours. 

-On a décidé de suivre le major, rappela Eren. On est en train de comploter pour un coup d’Etat, Rosa. On ne peut pas faire de demi-mesure, pas maintenant. 

-Franchement, ça craint, gémit Sasha. Qu’est-ce qu’on va faire, si ça tourne mal ?

-Peuh, pas la peine de se poser de question, on sera pendus direct, répondit Jean, pragmatique mais pas plus rassuré.

-T’es positif, commenta Rosa.

-Bah quoi ? C’est vrai, soyons réalistes. Le gouvernement ne nous pardonnera pas une tentative d'insurrection. Déjà qu’ils peuvent pas nous encadrer là-haut. Et puis tous ceux qui nous ont aidé paieront le même prix. Ta mère, Betty… tous les gens bien qui ne rêvent que d’une société un peu meilleure…

La voix de Jean se perdit. Il se mordit la joue. Il n’avait pas envie d’aligner d’autres mots pour d’autres sombres pensées. Mais il ne pouvait s’empêcher de remettre ses camarades face à la réalité. Ce qu’ils faisaient était grave et passible de mort. Pour autant, il reconnaissait la nécessité d’un changement, au risque de voir le Bataillon balayé car déjà trop dérangeant. 

-C’est pour ça qu’on ne peut plus reculer, asséna Eren d’une voix forte. On n’a plus le luxe des hésitations et des demi-mesures. C’est eux ou nous, un point c’est tout.

-Quand même, murmura Armin, ça change toute la donne. Avant, on se battait contre des adversaires qui menaçaient de nous manger et de détruire toute l’humanité. Maintenant, on se bat contre des gens juste parce qu’on ne partage pas les mêmes idées… On croyait être des gens bien mais on a, nous aussi, du sang sur les mains…

-Je n’ai jamais vraiment su dire ce que c’était, des gens bien ou pas, répondit calmement Rosa en fixant un point lointain, sur le mur face à elle. Bien, mal, c’est des notions changeantes. Changez de point de vue ou de règles de société et tout est renversé. Et puis… on peut vouloir le bien, agir atrocement mais finir avec de bons résultats. Alors, est-on bon ou mauvais ?

Elle se mordit la lèvre. Cette discussion lui en rappelait douloureusement une autre. Une qu’elle n’avait pas comprise pour ce qu’elle était réellement.


Elle revoyait Reiner et ses hésitations. Les épaules affaissées, comme ployant sous un poids trop lourd pour lui. Devoir ou camarades. Bien ou mal. Que de notions binaires et de dilemmes qu’elle avait pris pour un simple exercice de pensée. Alors que pour lui, cela recouvrait une réalité bien plus prégnante et pragmatique.

Au cours de ces dernières semaines, il lui était arrivé de se repasser cette conversation dans la tête. De ne plus savoir ce qui relevait de la réalité ou du faux souvenir. Elle se rappelait cependant de la teneur générale de cette discussion. Et s’était souvent demandé ce à quoi il avait réellement pensé quand il lui avait posé cette question -serais-tu prête à sacrifier tes camarades pour ton devoir ? Elle s’était même demandé si, indirectement, elle ne l’avait pas conforté dans quelque chose l’ayant conduit, deux jours plus tard, à se révéler au grand jour et tous les trahir. Quand elle y pensait, elle ressentait toujours cette pointe dans la poitrine qu’elle ne parvenait jamais à faire disparaître totalement. Alors, comme pour se rassurer, elle se disait que quelle que soit sa réponse, elle n’aurait rien changé : depuis le début, Reiner n’était pas des leurs. Elle n’avait joué aucun rôle là-dedans. Le major avait des soupçons, Hansi était prête à prendre des mesures contre Bertolt et lui. Qu’il ait révélé à Eren sa véritable identité ou non, tout aurait fini par exploser. Il ne pouvait pas rester parmi eux indéfiniment et continuer de leur mentir -et de se mentir. 


-On a tous du sang sur les mains, reprit Rosa après un temps. On n’y changera rien. Alors, pour ne pas devenir fous, il ne faut pas se demander si ce qu’on fait est bien ou mal -on trouvera toujours des arguments pour l’un et l’autre. Il faut qu’on croie en la raison pour laquelle on a fait tout ça. Qu’on puisse se dire, en se regardant dans le miroir, ça en valait le coup. Qu’on a sacrifié notre innocence et une part de notre humanité pour une conviction qui nous parle. Il n’y a rien de pire que de devenir un monstre pour une cause qui ne nous ressemble pas…

Armin hocha doucement la tête.

-Gagner sa liberté, c’est une cause qui en vaut le coup, répondit Eren d’un ton ferme.

-Et pouvoir explorer pour mieux connaître, mieux comprendre notre monde, ajouta Rosa.

-Voir toutes les merveilles du monde extérieur que le gouvernement nous a toujours cachées, continua Armin.

-Reconquérir nos terres ! s’exclama Sasha, soudainement très inspirée. Monter de nouvelles fermes, refaire de l’élevage, pouvoir manger à nouveau de la bonne viande.

-Ne plus vivre dans la peur constante, enchaîna Conny d’un air décidé.

-Ouais, enfin mener la vie qu’on mérite, renchérit Jean, la joue appuyée contre son poing fermé. 

-La vie qu’on mérite, répéta Mikasa, songeuse. Une vie sans peur, où on pourrait juste… être. 

-Vous avez tous l’air d’avoir tellement de projets, remarqua Historia d’une petite voix, dévisageant chacun de ses amis. J’avoue que je vous envie. Vous avez un but, un rêve, une raison de vous battre. Moi je… je ne sais plus…

-C’est normal, dit doucement Rosa. Tu as vécu pendant plus de trois ans en endossant le rôle de quelqu’un d’autre. Tu viens à peine de te réapproprier ton véritable nom. Il te faudra sans doute encore un peu de temps avant de retrouver ce qui te fait vibrer. Mais ça viendra. J’en suis sûre. 


Un bruit de pas l’interrompit.

Hansi et Livaï remontaient du sous-sol. Rosa nota sur le tablier du caporal-chef des traces de sang frais. Elle déglutit, un peu mal à l’aise. Ce simple détail en disait long sur ce qui s’était passé en bas.

-Alors ? demanda Jean.

-Ils ont parlé ? renchérit Armin.

-Ts pas encore mais ils craqueront, répondit froidement Livaï en retirant ses gants. C’est vraiment dégueulasse, ajouta-t-il en regardant son tablier. Ce sang est immonde. 

-Tout est en cours, rassura Hansi. On ne devrait pas tarder à avoir des réponses. En attendant, vous devriez prendre un peu de repos, les jeunes. Il y a un grenier à l’étage qui peut faire office de chambre. Profitez-en tant que vous pouvez vous octroyer quelques heures de sommeil. Je ne sais pas quand sera votre prochaine véritable nuit. 

Personne ne contesta l’ordre déguisé en proposition plus que raisonnable. D’un même mouvement, fruit d’années d’entraînement ensemble et d’une bonne cohésion d’équipe, les jeunes soldats se levèrent et suivirent les instructions d’Hansi. Ils rassemblèrent ce qu’ils trouvèrent dans les placards pour confectionner des couchettes plus ou moins confortables et prirent place. Dehors, la nuit était tombée depuis un moment. Les événements des derniers jours les avaient émotionnellement vidés. Ils étaient reconnaissants envers Hansi de leur accorder cette pause.

Pour autant, Rosa eut du mal à trouver le sommeil. Comme souvent depuis plusieurs semaines.

Elle ressentait quelque chose d’étrange. Une peur mêlée d’excitation. Sauf que ce n’était pas le même sentiment que lorsqu’elle se battait, lorsqu’elle se retrouvait face à des titans. Quand elle était sur le champ de bataille et sentait son feu intérieur déployer ses ailes, mêlant exaltation et terreur pure, elle avait une sorte d’assurance inconsciente qu’elle survivrait. Ce n’était peut-être pas en phase avec la réalité mais la conviction était là. Cette nuit, elle n’avait pas cette assurance. Tout était trop différent. Ce n’était plus des titans qu’elle provoquait. C’était un système tout entier. Elle avait beau avoir confiance en Erwin et aux anciens du Bataillon, elle n’était pas certaine de l’issue. La peur était présente, sourde mais pas paralysante. Au contraire. Elle repensa aux mots d’Eren : ils étaient déjà allés trop loin pour faire demi-tour. C’était gagner ou périr, se battre ou se faire exécuter. Son ami ne faisait jamais dans la demi-mesure et c’était un trait de caractère qu’elle ne comprenait pas toujours car il ne correspondait pas à sa vision du monde. Mais à cet instant, son côté tranchant s’avérait rassurant. Et lui donnait l’énergie nécessaire pour continuer à lutter. 


***

Le lendemain, Livaï les réveilla sans grand ménagement.

Eren était déjà debout. Une conversation entre Ymir et Bertolt lui était revenue et il s’était empressé de la noter pour la remettre à Hansi avant d’oublier. Cette dernière était partie rapidement après. Elle devait voir quelque chose avec Erwin.

En arrivant dans la salle à vivre, Rosa vit qu’une soldate du Bataillon -Nifa- était arrivée et que Livaï avait fait rapatrier Dimo Reeves et son fils Flegel. Apparemment, l’alliance qui avait été conclue entre les deux hommes tenait toujours et le caporal-chef estimait qu’un bon partenariat commençait avec un lien de confiance. Aussi, il encouragea Nifa à parler devant eux. Ils devaient savoir quels étaient les ordres suivants d’Erwin. Elle eut un moment d’hésitation mais celui-ci fut bref. Livaï était connu pour sa droiture et tous au sein du Bataillon savaient qu’ils pouvaient lui faire confiance.

-Bon, alors, concernant la méthode à employer pour mettre Historia sur le trône…

-Hein ? prononça Rosa, regardant Nifa avec des yeux ronds.

-Attends, t’as dit quoi ? renchérit Jean.

La soldate se tourna vers Livaï, visiblement perturbée par les visages incrédules des jeunes recrues.

-Ah, se contenta de lâcher le caporal-chef, oui, j’ai peut-être oublié de leur dire. La famille Fritz n’assure le trône que par intérim. La véritable lignée royale, ce sont les Reiss.

-QUOI ?! s’exclamèrent tous les membres de son escouade d’une même voix.

Historia, elle, ne dit rien. Comme sous le choc. Les yeux grands ouverts, bras ballants. Assommée par la nouvelle qu’elle n’avait pas vue venir.

Rosa aurait juré pouvoir voir dans son regard la pelote de laine de pensées qui s’emmêlait dans son esprit.

-Attendez, commença Armin, ça veut donc dire qu’Historia peut légitimement prétendre au trône ? Alors le but de notre révolution, c’est de conduire à son couronnement ?

-Absolument, confirma Livaï. Historia, une réaction sur le vif ?

-Euh… eh ben… je… je… je n’y arriverai pas… finit-elle par lâcher d’une voix tremblante.

Rosa nota que ses mains étaient fébriles et sa mâchoire serrée. Elle comprenait parfaitement sa réaction. Personne n’aurait réagi différemment. 

Livaï aussi la comprenait. Du moins intellectuellement parlant. Mais émotionnellement, il n’en avait pas le temps. Car leur situation actuelle ne leur octroyait pas le luxe de s’arrêter sur des sentiments ou des hésitations. Aussi, il n’eut aucun scrupule à bousculer Historia par des mots qui ne laissaient pas de place au doute : 

-Tu n’as pas le choix. 

-N… non, murmura la jeune fille. Je regrette je… je ne peux pas… Je ne saurai pas…

Livaï l’interrompit brutalement en la saisissant par le col de sa chemise et en la soulevant comme si elle ne pesait rien. Ses pieds décollèrent du sol, son corps uniquement retenu par la force phénoménale du caporal-chef qui était inversement proportionnelle à sa taille.

-Alors défile toi, lâcha froidement Livaï. Vas-y, fuis. Mais on te traquera jusqu’au bout du monde, jusqu’à ce qu’on te chope et qu’on soit sûrs que tu obéisses.

-Caporal-chef ! s’exclama Rosa d’un ton clairement désapprobateur. Arrêtez ! Reposez-la !

L’homme ne sembla pas l’écouter, son regard tranchant plongé dans celui d’Historia.

-Tu peux pas te soustraire à ton destin, t’entends ? Et si ça te plaît pas, bats-toi mais c’est à moi que tu auras à faire ! 

-Caporal-chef ! répéta Rosa d’un ton plus autoritaire, posant une poigne ferme sur le bras de son supérieur.

Livaï ne lui lança pas un regard mais relâcha néanmoins sa prise sur Historia, laquelle tomba au sol en toussant. Aussitôt, Rosa s’accroupit à côté d’elle, passant un bras protecteur autour de ses épaules. 

-Je ne peux pas, répéta la jeune fille d’un ton faible. 

-Vous n’avez pas le droit de la forcer à endosser ce rôle, défendit Conny d’un ton ferme.

-Ouais, appuya Sasha en hochant vigoureusement la tête. Elle n’a jamais été préparée à ça, on peut pas le lui demander aussi subitement !

-Vous avez dressé des projets pour demain ? demanda froidement Livaï, les regardant tous les uns après les autres. Vous savez où vous dormirez ? Ce que vous mangerez ? Si la personne qui dort à côté de vous sera encore en vie ?

Aucun des jeunes soldats ne répondit. Le poids de ces questions sans réponse était lourd dans leur poitrine. Tous se les étaient posées à un moment donné, sans jamais oser les formuler à voix haute. 

-Rien n’est stable dans notre quotidien et tout peut basculer à tout instant. Imaginez que le mur Rosa tombe réellement. Nous réagirions pour tenter de sauver ce qui peut l’être. Et tandis que nous ferons cela, nos adversaires nous mettront des bâtons dans les roues. Je suis prêt à endosser le sale rôle pour tous les éliminer. Pour garantir qu’ils ne continuent pas de s’interposer entre nous et la survie de l’humanité. Depuis trop de temps déjà, ils nous ont gardés dans le secret, nous laissant nous faire dévorer les uns après les autres alors qu’ils auraient peut-être pu éviter ces hécatombes. Ils auraient peut-être pu éviter le recul de l’activité humaine jusqu’au mur Rose et la perte considérable de vies humaines.

Il toisa son escouade, laissant quelques secondes pour des récriminations qui ne vinrent pas. Rosa ne baissa pas le regard, fixant son supérieur d’un air pincé. Il n’avait pas complètement tort. Pour autant, elle ne trouvait pas juste de faire peser tout ce poids sur les seules épaules d’Historia. Elle n’avait pas choisi son sang ni sa naissance. Aussi, Rosa trouvait particulièrement cruel de lui imposer une vie au moment même où elle aurait pu commencer à se frayer son propre chemin.

-Dans tous les cas, reprit Livaï, le meilleur moyen d’éviter des morts inutiles et de réellement protéger l’humanité, c’est de s’emparer du pouvoir. Pratique, non ?

Son regard sombre accrocha celui d’Historia. 

-Seulement, tout dépend de toi. Obéir. Ou pas. Mais décide-toi.

Son ton n’était pas doux. Il était acerbe. Tranchant. Pressant.

Le bras de Rosa passé autour des épaules de son amie se raffermit.

-Souviens-toi notre promesse, murmura-t-elle. Souviens-tu de ce qu'Ymir t’a dit. Reprendre ta véritable identité et vivre la vie que tu souhaites. Tu n’es pas définie par ton sang mais par ta volonté.

-Décide-toi maintenant ! cria Livaï en appuyant fermement sur la tête d’Historia.

-D’accord ! hurla la jeune fille du tac-au-tac.

Sa réponse surprit Rosa qui la regarda avec des yeux ronds. Elle ne savait pas si c’était le résultat d’une réelle volonté ou la conséquence d’une pression trop grande exercée par le caporal-chef. Ce dernier aussi sembla surpris. Historia haleta un peu, comme si cette simple affirmation l’avait laissée sans souffle. Doucement, Rosa relâcha son étreinte sans pour autant se relever.

-Je dois monter sur le trône ? reprit Historia, d’un ton qui se voulait ferme mais qui trahissait une angoisse sous-jacente. Alors d’accord. Je le ferai. 

-Bien, prononça Livaï en lui tendant la main pour l’aider à se relever. On compte tous sur toi, Historia.

Rosa imita son amie et se redressa à son tour. Muette. Elle dévisagea ses autres amis qui semblaient, eux aussi, dubitatifs. Mais Livaï avait obtenu la réponse qu’il voulait. Et tous savaient qu’il n’avait pas agi aussi abruptement par gaieté de cœur. Parfois, la survie nécessitait des sacrifices.




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