Ceux qui survivent

Chapitre 20 : Soupçons

Par ShleyAsheila

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L’atmosphère dans le bureau était tendue. Tout était impeccablement rangé et ordonné, renforçant cette impression de lourdeur. Installé dans son fauteuil, derrière son bureau, Erwin regardait alternativement Livaï et Hansi. Dehors, la nuit était tombée. Ils avaient été informés de l’apparition de titans dans l’enceinte du mur Rose et avaient pris la route pour le district d’Ehrmich où les premiers réfugiés étaient arrivés. 


-Erwin, tu as toujours suspecté qu’Annie Leonhart n’avait pas agi seule, commença Livaï. Elle ne pouvait pas avoir toutes les informations qu’elle a eues sans au moins une taupe parmi nous.

-En effet. Tu as fait du bon boulot, Hansi.

-Qu’est-ce qui te préoccupes ? demanda le caporal-chef d’un ton direct.

-Je ne serai pas préoccupé longtemps, se contenta de répondre Erwin. On devrait bientôt avoir des réponses.

Hansi lança un regard à son supérieur puis à son camarade. Dans sa main droite, elle tenait les rapports qu’on lui avait remis à sa demande. Une ébauche d’enquête sur les origines d’Annie, alias le Titan Féminin. Elle avait espéré comprendre un peu mieux son geste et ses motivations. Voir la jeune fille s’enfermer dans un cocon impénétrable après sa défaite contre Eren avait été des plus frustrants. Elle laissait derrière elle bien plus de questions que de réponses. Hansi avait aussi espéré pouvoir émettre des théories confirmant ou infirmant les soupçons d’Erwin quant à d’éventuels complices cachés au sein de la 104ème brigade. Et les premiers éléments qu’elle avait reçus étaient parlants. 

-Hansi, commença Erwin. Retourne avec ton escouade qui doit partir vers le mur. Le prêtre t’a parlé d’une certaine Historia se faisant appeler Christa Lenz, c’est ça ?

-Tout à fait. D’après le révérend Nick, elle pourrait détenir des vérités sur notre monde que nous ne connaissons pas. Eren a confirmé qu’elle faisait bien partie des jeunes recrues intégrées au Bataillon le mois dernier. Et qu’elle était avec les autres quand les titans sont apparus.

-Vous devez à tout prix la récupérer avant qu’il ne soit trop tard. Et… concernant tes doutes… garde-les dans un coin de ta tête. Mais ne dites rien.

-Bien sûr. On va jouer la prudence. Et concernant… Ackerman ? Je veux dire, Rosa Ackerman ?

-Je m’en occupe. Prends la tête de l’équipe de renfort et va secourir les jeunes recrues. 

Hansi hocha la tête, salua, le poing fermé sur le cœur et quitta le bureau.


A l’extérieur, Eren, Mikasa, Armin et plusieurs autres soldats du Bataillon attendaient. Les chariots étaient prêts, les chevaux attelés, les équipements tridimensionnels enfilés. 

-Alors ? demanda Eren en la voyant revenir vers eux.

-On file aider vos amis.

-Et… à propos de Rosa ? interrogea Armin. Vous savez, je ne pense pas qu’elle…

-C’est l’affaire d’Erwin, coupa sèchement Hansi. 

Eren et Mikasa échangèrent un regard tandis qu’Armin hochait doucement la tête. Ils savaient tous les trois que les ordres n’étaient pas à discuter. Ils devaient se concentrer sur leur mission : retrouver les autres et surtout récupérer Christa. En espérant qu’elle ait échappé aux titans jusque-là. Ce qui n’était pas garanti.


Alors que le convoi s’ébranlait dans la nuit et que le chariot dans lequel ils étaient assis cahotait sur la route, les trois amis plongèrent dans leurs pensées. Ils ressassaient ce qu’Hansi leur avait appris, quelques heures plus tôt. 

Elle leur avait montré les documents qu’on lui avait fait parvenir concernant Annie. Et leur avait révélé que deux autres recrues de la 104ème brigade venaient du même village qu’elle : Reiner Braun et Bertolt Hoover. Eren avait clamé à la coïncidence -il avait toujours du mal à accepter qu’Annie puisse avoir caché son jeu alors y impliquer deux autres compagnons était encore plus impensable. Mikasa était restée plus réservée tandis qu’Armin, après un instant d’incrédulité, avait soudainement fourni une deuxième lecture de son affrontement avec le Titan Féminin lors de l’expédition extra-muros. Il avait raconté comment Reiner s’était précipité, avait failli finir broyé, s’était libéré. Comment le Titan Féminin avait fixé sa main d’où s’échappait de la vapeur suite à ses doigts coupés. Avant de courir vers la position d’Eren. Et si ce n’était pas une coïncidence ? Et s’il l’avait informée, en traçant l’information dans sa chair, de la déduction d’Armin quant à l’endroit où se trouvait Eren ?

-Pourtant, Reiner et Bertolt ne semblaient pas plus proches que ça d’Annie, avait lâché Eren, toujours indécis.

-Y avait-il d’autres recrues qui avaient des liens particuliers avec eux ? avait demandé Hansi, soucieuse.

-Ben… Bertolt était plutôt discret. Et tout le monde s’entendait avec Reiner.

-Rosa était particulièrement proche de Reiner, avait lâché Armin, dans un murmure, comme s’il se parlait à lui-même.

Il avait aussitôt réalisé ce qu’il avait dit et tenté de s’expliquer mais Mikasa avait enchaîné, de son fidèle ton détaché : 

-Oui, c’est vrai. Ils parlaient pas mal. Enfin plus que les autres, je veux dire.

-Racontez pas n’importe quoi, s’était emporté Eren. On parlait tous avec Reiner, moi aussi, je lui ai souvent demandé des conseils !

-Non, elle c’était plus encore, avait répondu Mikasa calmement. Y’avait… un truc. Ne vous méprenez pas, je l’apprécie beaucoup, elle est une bonne camarade. Mais je dis ce que je pense.

-Pour autant, avait tenté Armin, je ne crois pas qu’on puisse la penser impliquée dans quoi que ce soit.

-Tu dis ça parce que toi aussi, tu t’es rapproché d’elle ? avait questionné Mikasa.

-Non je…

-Regardons les faits. On n’accuse pas. Mais je dis juste qu’elle avait un lien particulier avec Reiner. Ceci dit, elle ne semblait pas plus proche que ça de Bertolt et Annie.

Leur conversation s’était achevée sur Hansi, déclarant qu’elle devait faire son rapport à Erwin et qu’ils partiraient après la tombée de la nuit, espérant que les titans seraient inactifs et leur permettraient de se déplacer rapidement. 

***

Quelqu’un frappa à la porte et d’une voix claire, Erwin invita la personne à entrer. Le battant s’ouvrit dans un grincement et une femme aux cheveux châtains clairs apparut. Elle était vêtue en civil et ses yeux bleus détaillèrent tour à tour le major et Livaï, debout contre le mur derrière le bureau.

-Bonsoir Erwin, dit-elle calmement.

Un léger sourire se dessina sur les lèvres du soldat qui se leva pour accueillir son invitée.

-Bonsoir Romilda. Voilà très longtemps que je ne t’avais pas vue.

Elle lui rendit son sourire et sa poignée de main. 

-Hey, Livaï, lança-t-elle, ça fait un bail aussi. T’as bien grandi depuis ! T’avais quoi… Dix-huit ans ? Vingt ans ?

-Ts. Si j’ai grandi, toi t’as vieilli.

-Eh, c’est pas très sympa ça. Mais bon, je ne peux pas te donner tort.

-Alors, la vie civile ? 

-Eh bien écoute, ce n’est pas si mal que ça. En tout cas moins pire que je le pensais.

-T’as envoyé ta môme prendre le relai ?

-Crois-moi, je ne l’ai pas envoyée du tout. Elle s’est envoyée toute seule.

-Justement, commença Erwin en lui faisant signe de prendre place face à lui. C’est d’elle dont on veut te parler.

Il se rassit dans son fauteuil, posa les coudes sur son bureau et croisa les doigts. Un geste sérieux et solennel. Romilda sentit que quelque chose n’allait pas et qu’Erwin était tendu. Dès l’instant où un soldat du Bataillon était arrivé au triple galop pour la convier à rencontrer le major, elle avait su que quelque chose clochait. En quinze ans, elle n’avait plus eu de contacts avec le Bataillon. Ou presque. Quelques informations échangées sous le manteau avec Shadis, qui était son major à l’époque ou avec Erwin, recruté en même temps qu’elle et avec qui elle s’entendait bien. Mais ces contacts s’étaient rapidement taris. Parce qu’elle n’était pas censée les revoir et parce qu’ils avaient été eux-mêmes pris dans le tourbillon de la vie et des expéditions meurtrières. 

Elle avait un peu hésité à venir mais avait décidé de répondre à l’invitation, en l’honneur d’un vieux lien avec Erwin. Pas vraiment de l’amitié, pas vraiment de la simple camaraderie. Un entre deux. Une relation teintée de respect et d’admiration mutuelle. 


-Je t’écoute, Erwin, dit calmement Romilda. Que se passe-t-il avec Rosa ? Elle vous cause du souci ? Elle a toujours été un esprit libre, tu sais.

-Non, elle ne nous cause pas spécifiquement de souci. Mais ses relations m’interrogent.

-Quelles relations ?

-Tu en entendras très vite parler, nous avons réussi à capturer un de ces titans intelligents. Un humain qui se transforme en titan. C’est une jeune soldate qui a fait sa formation dans la 104ème brigade. Avec Rosa. Et au sein de cette même brigade, nous venons d’apprendre que deux autres recrues viennent du même village qu’elle. Peut-être que ce n’est rien. Mais je suis persuadé qu’elle n’a pas agi seule. Il y a forcément d’autres des nôtres infiltrés.

Erwin laissa planer un petit silence, pour laisser le temps à Romilda d’assimiler les informations.

-Et Rosa ? demanda-t-elle finalement.

-Trois recrues de la même brigade nous ont confirmé qu’elle était très liée à l’un de nos… suspects.

-Très liée comment ?

-Nous n’avons pas les détails. Mais leurs discours concordent sur le fait qu’elle avait un lien que les autres n’avaient pas.

-Viens-en au but, Erwin.

-J’ai confiance en toi, Romilda. Et par extension, j’ai confiance en ta fille. Mais ce ne sera sans doute pas le cas de tout le monde. S’il s’avère que les soupçons qui pèsent sur Reiner Braun sont confirmés, ta fille pourrait être soupçonnée d’être, de près ou de loin, de mèche. Aussi, j’ai besoin de t’entendre. Ta fille a-t-elle quoi que ce soit à se reprocher ?

Romilda eut un léger sourire, à la fois amusé et tendre en pensant à sa fille.

-Rosa est une spontanée. Une empathique. Elle se lie, elle aime, elle rêve. Elle ne se demande pas pourquoi, elle ne se demande pas quelle part d’ombre les gens peuvent receler. Elle suit son instinct et laisse parler son coeur. C’est peut-être la seule chose qu’on puisse lui reprocher. D’aimer parfois un peu trop fort et d’être souvent un peu trop idéaliste. Mais bon, je suppose que c’est moi qu’on devrait blâmer en premier.

Elle eut un haussement d’épaules.

-Alors on devrait prendre la défense de ta môme si les autres en viennent à la soupçonner ? demanda Livaï sans bouger, les bras croisés.

-Toujours aussi direct, constata-t-elle avec amusement. Je pense qu’elle prendrait très bien seule sa propre défense. Mais oui. Je crois en elle. Si elle a effectivement les liens dont vous parlez avec l’un de vos suspects c’est simplement par pur hasard. Ce n’est pas du calcul ou de la malversation. Elle est trop… vraie, sincère, spontanée pour ça.

Livaï la dévisagea un instant. Son visage n’exprimait rien de particulier. Il avait toujours cet air indifférent et froid.

-N’est-ce pas ce qu’une mère dirait de sa fille ?

-Si, sans doute. Mais c’est aussi ce que je pense très sincèrement. C’est moi qui l’ai élevée. Et je sais que je n’en ai pas fait une ennemie de l’humanité.

Erwin eut un mouvement de tête et ses épaules semblèrent se relâcher un peu.

-J’avais besoin d’entendre ça, dit-il doucement. 

-Vas-tu m’en dire plus ? questionna Romilda en reportant son regard sur lui. Je crois que j’ai beaucoup de choses à rattraper.

Erwin hésita quelques secondes. Puis se lança. 


Il connaissait Romilda depuis de nombreuses années et avait confiance en elle. Il avait combattu à ses côtés à leurs débuts et l'avait rapidement considérée comme une camarade sur laquelle il pouvait compter. Lorsque les choses s’étaient compliquées, Shadis lui avait conseillé de faire profil bas et de laisser tomber le Bataillon. Avec un petit pincement, Erwin se rappela que Romilda avait refusé catégoriquement. Elle voulait aller jusqu’au bout. Elle était prête à donner sa vie pour son idéal. Shadis ne partageait pas son opinion mais respectait sa soldate. Il ne lui avait rien imposé mais l’avait mise en garde, assurant qu’elle jouait avec des forces qui la dépassaient. Pour sa part, Erwin n’avait rien pensé. Il se mêlait rarement de ce qui ne le concernait pas et n’avait pas voulu empiéter sur la vie privée de sa camarade.

Pourtant, peu de temps après, son regard avait changé. Romilda lui avait confié qu’elle venait d’apprendre qu’elle était enceinte. Il s’était alors rangé derrière l’avis de Shadis. Il lui avait dit qu’elle ne pouvait plus délibérément se mettre en danger ainsi -et il ne pensait pas aux titans. Outre le fait que leurs expéditions ne seraient bientôt plus compatibles avec son état, elle ne pouvait prendre le risque de jouer plus longtemps avec le feu. Il avait insisté sur le fait qu’elle était désormais responsable d’une autre vie que la sienne -et que cette responsabilité était bien plus grande que tout le reste. 

Puis les choses étaient devenues encore pires.

Romilda avait senti le danger devenir plus prégnant. Shadis ne pouvait plus la couvrir. Il fallait qu’elle trouve une solution.

Par ailleurs, puisqu’elle avait fait le choix de garder l’enfant, son ventre commençait doucement à changer et ses camarades à murmurer. Erwin avait toujours pris sa défense, clamant aux autres de la fermer lorsque des commentaires déplacés étaient lancés dans son sillage.

Finalement, Romilda lui avait annoncé, un soir, qu’elle partait. Shadis l’avait aidée dans ses négociations. Elle vivrait. Avec son enfant. Mais loin du Bataillon. Elle enterrait son rêve de tout comprendre à ce monde pour privilégier sa propre survie et celle de l’enfant à naître.

Erwin ne pouvait que soutenir sa décision. Même si regarder partir une si fiable camarade l’avait attristé.

Il n’avait jamais posé de question sur le géniteur.

Elle n’en avait jamais parlé.

Il avait respecté son silence.

Après tout, c’était ainsi qu’était leur relation : empreinte de respect et d’admiration mutuelle.




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