Experience - Ludovico Einaudi
Elle se glissa dans la pénombre et prit soin de ne pas faire trop bruit en descendant les escaliers. Ses pieds nus glissaient sur le bois avec douceur. Elle ne faisait rien d’interdit tant qu’elle demeurait dans la maison. Mais elle ne voulait pas troubler le sommeil de ses camarades.
Au rez-de-chaussée, elle nota un faisceau de lumière qui apparaissait par intermittence depuis l’extérieur. Deux soldats du bataillon vérifiaient les environs. Ils se relayaient pour être toujours au moins en binôme et attentifs. A quoi ? Elle n’aurait su le dire. A l’intérieur du mur Rose il n’était pas censé y avoir de titans. Alors tout pointait vers la théorie des soupçons pesant sur les jeunes recrues. A nouveau, Rosa n’aurait su dire pour quelles raisons le major se méfiait autant d’eux. Mais elle avait décidé de suivre la vague. Elle ne pouvait s’opposer aux ordres -et n’avait aucune raison légitime de le faire. Alors elle adoptait la tactique du attendre et voir.
Silencieusement, elle rejoignit la bibliothèque plongée dans la pénombre. La lune presque pleine apportait un léger éclairage naturel qui faisait ressortir les formes du mobilier et renforçait le sentiment de tranquillité de la pièce vide. Pas de son, pas de cri, pas d’exclamation. Le silence reposant. Elle eut un petit soupir. Elle appréciait ces instants suspendus où il n’y avait rien d’autre qu’elle.
Elle contempla quelques minutes le paysage par la fenêtre. Celui qu’elle avait regardé toute la journée. Mais la nuit lui donnait un nouvel aspect. A la fois plus inquiétant et plus magique.
Doucement, elle s’occupa d’allumer la lampe à huile qui était disposée sur un guéridon. Elle avait repéré un livre dont elle s’était promis de commencer la lecture. Elle espérait que se perdre dans les mots lui apporterait la sérénité nécessaire pour trouver le sommeil. Que l’imaginaire qui s’ouvrait à elle suffirait à faire taire ses centaines de questions et son inquiétude pour ses camarades absents.
Du bout des doigts, elle parcourut la lourde couverture. Elle se fit la remarque que s’ils étaient peut-être assignés à résidence comme des prisonniers, cet ordre leur donnait tout de même l’opportunité de profiter d’un moment suspendu. D’un instant de tranquillité. D’un souffle de répit.
Le canapé lui parut particulièrement moelleux. La lampe était posée sur la table à côté. Le halo de lumière éclairait son visage, conférant à ses traits une douceur particulière.
Rapidement, elle plongea dans les pages de son livre. Des péripéties d’un monde imaginaire -ou peut-être d’un ancien temps- où l’on pouvait croire aux héros, à la beauté de l’univers, au sens du sacrifice et aux actions qui peuvent faire bouger les lignes.
La flamme vacillante de la lampe semblait faire tressauter les lettres sous ses yeux. Cela insufflait une sorte de vie propre au roman. Elle ne préoccupait pas de l’heure et avait, pour un temps, oublié les pensées qui l’assaillaient jusqu’alors. Mais elle ne ressentait toujours pas le sommeil. Pourtant, elle aurait dû être épuisée. Ils étaient rentrés à peine deux jours plus tôt de leur désastreuse mission extra-muros. Ils n’avaient pas tellement eu le temps de chômer avant d’être brutalement expédiés à la campagne. Cette bulle de tranquillité aurait dû encourager son corps à se détendre et profiter d’une nuit bien méritée. Mais ce n’était pas le cas.
-Je me demandais qui pouvait être encore debout à cette heure. Evidemment, c’est toi.
Rosa ne tressaillit pas, ne sursauta pas. La voix grave la sortit simplement de l’enchaînement de mots dans laquelle elle s’était plongée et elle releva la tête sur Reiner qui la regardait, bras croisés, depuis l’encadrement de la porte.
-Tu ne dors pas non plus, constata-t-elle simplement.
Il se contenta de secouer la tête.
-Tu as parlé à Bertolt ?
-Oui.
Elle crut voir une ombre passer dans ses yeux ambrés. Pas de la tristesse, pas de l’inquiétude. C’était autre chose. Une dureté qu’il n’affichait généralement pas. Il fit quelques pas dans sa direction avant de reprendre :
-Et je crois qu’il n’aimerait pas que je sois ici.
-Pourquoi ?
-Disons qu’il a une vision particulière sur les liens entre les gens.
-Il reste quand même sympathique, remarqua Rosa, sans comprendre. Enfin je veux dire… il s’est lié avec plusieurs d’entre nous, durant ces trois ans. Il ne s’est pas vraiment tenu à distance. Rien à voir avec Annie, par exemple.
Elle aurait juré que l’évocation de ce prénom avait fait tressaillir Reiner. Mais dans l’obscurité, avec pour seule lueur la fragile flamme d’une lampe à huile, elle ne pouvait en être sûre.
-Bertolt est quelqu’un de gentil, répondit le jeune homme en prenant place à côté d’elle. C’est pour ça qu’il crée des liens. Mais il n’aime pas s’attacher trop profondément. Il a peur… que ça nous fasse dévier de notre devoir.
-Parce que devoir et liens humains ne sont pas compatibles ?
Il hésita quelques secondes.
-C’est en tout cas sa vision des choses.
-Et toi, qu’est-ce que t’en penses ?
Il y eut un silence. Elle observa son profil mais il ne la regardait plus. Son regard était concentré sur un point dans la pénombre. Il pesait ses mots. Ou ne savait pas quoi répondre.
-Je ne sais pas, finit-il par souffler. Ces derniers temps… tout est devenu trop complexe.
-Pourquoi ?
Elle nota une soudaine tension dans ses épaules. Il ne lâchait pas du regard le point qu’il fixait.
-C’est… parfois je me demande si Bertolt n’a pas raison. Le devoir d’un soldat… c’est…
-De sauver des vies, interrompit Rosa d’une voix qui ne souffrait pas d’un contre-argument.
-Oui, c’est ça. Et parfois, pour sauver des vies, il faut faire des sacrifices.
-Alors quoi ? On arrête de se lier les uns aux autres de peur qu’un jour, ça casse ? On reste seul pour pouvoir tout sacrifier plus facilement ? Parfois, la voie de la facilité n’est pas pour autant la meilleure à emprunter… On a besoin des autres, Reiner. Ne serait-ce que pour… ne pas devenir fous. Avoir l’assurance que nos camarades pourront nous ramener si on s’égare.
-Et si…
Il s’interrompit. Ne le regarda toujours pas. Elle remarqua que ses mains étaient crispées l’une contre l’autre. Signe évident de nervosité. Elle l’avait rarement vu dans cet état. A dire vrai, c’était peut-être même la première fois. Elle se demanda si c’était sa conversation avec Bertolt qui avait animé toute cette tension. Il déglutit avant de reprendre, d’un ton haché :
-Et si pour accomplir ton devoir tu devais sacrifier tes camarades, tu le ferais ?
La question la surprit. La déstabilisa. Elle observa un peu plus attentivement son profil, entre ombre et lumière. Son regard qui se perdait dans l’obscurité de la pièce. Sa mâchoire, subtilement serrée, à l’image de ses mains.
-Tu as des dilemmes particuliers, se contenta-t-elle de répondre dans un premier temps.
Puis elle réfléchit. Elle pensa à sa mère, qui avait toujours fait office de boussole morale pour elle. Elle se repassa tous ses enseignements mais rien à ce propos. Elle n’avait sans doute jamais eu à se poser la question. Après tout, dans quelle situation aurait-elle à sacrifier tous ses camarades pour accomplir son devoir ?
Alors elle se força à imaginer. A penser par elle-même. Rassemblant en une même pelote de laine tout ce que sa mère avait pu lui dire, tout ce qu’elle avait elle-même pu vivre et tout ce qu’elle pouvait imaginer vivre. Elle fronça les sourcils. Ce n’était pas un exercice facile.
-Mon coeur te dirait que non, ma raison te dirait que oui, commença-t-elle lentement. Je suppose que… ça dépend de ce qui est dans la balance. Imaginons, tu dois sacrifier cinq camarades du Bataillon pour sauver tous les autres. Mathématiquement, tu pourrais être prêt à le faire. Mais si ces cinq camarades sont des personnes que tu connais très bien, avec qui tu as un lien affectif fort… tu n’es pas sûr de pouvoir le faire. Et en même temps, si ce sacrifice permettait de sauver tout le Bataillon, les civils et les autres corps d’armée -en somme, toute l’humanité. Est-ce qu’on ne serait pas prêts à le faire ?
Reiner reporta subitement son regard sur elle. La lampe se reflétait dans son regard doré qui trahissait une sincère surprise.
-Après, continua-t-elle, il faut surtout se demander si on est prêt à vivre avec un tel poids. Les morts seront morts, mais les vivants devront continuer. Même si le monde entier t’acclame comme sauveur parce que tu as su sacrifier tes cinq camarades, sauras-tu vivre avec ces souvenirs ? A l’inverse, si tu ne le fais pas et que tous les autres se font décimer et que tu survis, sauras-tu encore te regarder en face en te disant que tu aurais pu sauver quantité de gens mais que par sentiments, tu ne l’as pas fait ?
Elle se tut, reprenant son souffle. Son cœur battait fort. Se projeter dans un dilemme insoluble l’avait agitée.
-Il n’y a pas de bonne réponse, Reiner. Et on ne peut jamais savoir ce qu’on fera avant d’être réellement confronté à la situation. On peut faire mille exercices de pensées comme ça pour essayer de trouver la meilleure morale… je crois qu’il n’y en pas.
Un silence flotta entre eux. Les épaules de Reiner étaient toujours aussi tendues mais elle nota que ses mains avaient arrêté de se crisper l’une contre l’autre. Ils se dévisageaient l’un l’autre dans ce clair-obscur apaisant. Elle lut dans son regard qu’il ne s’attendait pas à cette réponse -ou peut-être même qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle y réponde. Il était à la fois déstabilisé et touché.
-Je ne sais pas si tu es la meilleure ou la pire personne à qui je puisse poser cette question, lâcha-t-il finalement avec un sourire incrédule.
-Si tu voulais une réponse tranchée, je dois être la pire. Si tu aimes les exercices de pensée, peut-être la meilleure, répondit-elle d’un ton plus léger.
Sans réfléchir, elle posa une main sur les siennes qui étaient jointes mais moins crispées. Ses doigts pressèrent contre sa peau en un geste réconfortant.
-Je ne sais pas pourquoi tu te poses toutes ces questions, murmura-t-elle. Mais moi je pense qu’on ne peut aussi clairement définir ce qui est bien et ce qui est mal. Même au moment où on agit, on ne sait pas. Nos intentions peuvent être bonnes et les conséquences absolument désastreuses. Doit-on juger l’intention ou le résultat ? Je ne sais pas…
Elle sentit l’une des mains de Reiner venir se dégager de ses doigts pour se poser sur la sienne, la recouvrant totalement.
-Je crois que c’est parce que tu te poses toutes ces questions et que tu n’as jamais de réponse tranchée que je t’aime autant, lâcha-t-il, comme un aveu lancé à la nuit.
Elle cessa de respirer pendant quelques secondes.
Son cœur tambourinait dans sa poitrine et résonnait dans ses oreilles.
Elle sentit le rouge lui monter aux joues mais dans la demi-pénombre, ce n’était peut-être pas visible.
-Tu… tu… bégaya-t-elle.
-Je crois que c’est aussi pour ça que Bertolt est toujours un peu mal à l’aise avec toi, enchaîna-t-il comme s’il ne se rendait pas compte de son trouble, sa main serrant un peu plus la sienne. Parce que tu questionnes parfois le devoir et ce qu’on croit ancré. Il y est très attaché et doit avoir peur de ce que tu pourrais bousculer en lui.
-Tu…
-Mais aussi parce qu’il a compris que je tiens à toi. Beaucoup. Et qu’il a peur que j’en oublie mon devoir de soldat.
Il s’interrompit un instant. Il sembla soudainement prendre conscience du fait qu’elle était particulièrement troublée. Sa main posée sur la sienne se détendit un peu.
-Pardon. Je ne sais pas ce qui m’a pris, je n’aurais pas dû dire ça comme ça.
Il tenta de retirer sa main, comme pour se reculer et lui accorder un nouvel espace intime. Il semblait s’excuser d’être là, d’avoir parlé sans réfléchir, une forme de peur d’être de trop, de marcher là où elle ne voulait pas qu’il aille. Elle le retint d’un geste et, au contraire, s’approcha davantage de lui.
-Tu es parfois bizarre, Reiner Braun, et tu poses des dilemmes particulièrement difficiles à résoudre. Quand on te regarde avec attention, tu sembles être à la fois le solide gaillard sur qui tout le monde s’appuie et un être plus vulnérable, plus fragile que tu te refuses à admettre au grand jour. Tu es le soldat gentil et généreux qu’on apprécie tous et en même temps, il t’arrive parfois d’avoir ce regard dur que je n’explique pas. Il y a beaucoup de choses qui se bousculent en toi et je ne comprends pas tout. Mais ça me touche. Tu es gentil et fiable. Tu es là pour ceux qui en ont besoin -tu as été là pour moi. J’aime toutes ces facettes de toi même si je pense que je ne les connais pas toutes vraiment.
Il eut un air sincèrement surpris à sa déclaration. Le souffle en suspens tandis qu’elle se saisissait à nouveau de sa main dans un geste tendre.
-On vit dans un monde cruel et impitoyable, continua-t-elle doucement. Parfois, le choix semble minime et les questions existentielles vaines. On cherche tous notre voie. Pour survivre. Pour vivre. J’espère qu’un jour, tu trouveras des réponses -ou, en tout cas, tes réponses- à toutes tes questions.
Elle sentait son coeur battre chaque seconde un peu plus fort. Elle resserra sa prise sur sa main sans le lâcher des yeux. La flamme de la lampe à huile vacillait. Sa lueur faisait ressortir la couleur ambrée des yeux qui la fixaient avec un mélange d’incrédulité, d’anxiété et de tendresse.
Elle le trouva beau.
Elle le trouva doux.
Doucement, elle s’approcha davantage. L’une de ses mains vint timidement se poser sur sa nuque. Il ne se déroba pas. Comme figé. Suspendu à ses gestes. Dans l’expectative. Son regard trahissait une incertitude. Comme s’il ne savait pas bien s’il avait le droit. Ou si c’était juste.
Elle lui adressa un sourire empli de tendresse et de bienveillance. Puis elle posa ses lèvres sur les siennes. C’était un peu timide. C’était doux. C’était contenu. Bien loin d’une passion torride ou d’un désir brûlant.
Elle sentit la main de Reiner venir chercher son dos alors qu’il lui rendait son baiser avec cette même tendresse timide. Ses yeux bleus brillaient lorsqu’ils se séparèrent. Elle se sentait à la fois tremblante et électrisée. Elle ne savait plus quoi penser. Elle s’était laissée guider par son instinct mais à présent, son instinct ne lui disait plus rien. La tension palpable lui nouait la gorge -mais la sensation était délicieuse.
Ce fut lui qui prit l’initiative d’un nouveau baiser un peu plus brûlant, un peu plus pressant, qu’elle accepta avec un douce chaleur dans le ventre.
Le moment lui parut hors du temps.
Elle avait sans doute mille questions dans la tête mais elle ne les écoutait plus.
C’était juste une seconde. Suspendue. Au-dessus du vide.
Un instant où il n’y avait qu’elle. Et lui.
Le temps d’une respiration, d’un soupir, d’un murmure. Le temps d’un regard échangé qui disait à quel point elle était précieuse pour lui. A quel point il était beaucoup pour elle.
C’était un instant fragile, elle le savait.
Une bulle de savon pouvant éclater à tout moment.
Une bulle qu’elle chérissait malgré tout.
Pour une seconde -ou deux- elle avait décidé de laisser tomber les armes et les protections. Elle acceptait cette valse au-dessus du vide, incertaine de ce qui allait se passer mais ancrée dans le moment présent.
Un baiser qui éveille les sens. Qui dit bien plus que des mots.
Elle avait l’impression de voler. Ce n’était pas la même sensation que l’adrénaline en combat. Ce n’étaient pas ces ailes-là. Ni ce feu-là.
Cette sensation était différente -moins chaotique, plus doucereuse. Elle n’avait pas le sentiment de danser sur des ruines et rire face à l’effrayant vide qui manquait à chaque fois de l’aspirer. Au-contraire, elle avait l’impression de s’élever dans l’espoir de toucher les étoiles et d’ouvrir ses sens à des sensations nouvelles.
Elle voulait que l’instant dure.
Longtemps.
Longtemps.
Que la respiration soit lente.
Inspirer.
Expirer.
Soupirer.
Exister.
Que les secondes, fractions de seconde, se dilatent dans le tourbillon qui les avait emportés.
Ils se séparèrent à bout de souffle et subitement, elle nota un vif éclat dans le regard de Reiner. Comme une prise de conscience. Rapidement accompagné d’un léger rougissement. D’un mouvement presque imperceptible, il se redressa, sa main tressaillit dans son dos.
-Je… je suis désolé, lança-t-il d’un voix rauque. Je n’aurais pas dû…
Il ne soutint plus son regard et détourna les yeux. Pour autant, il l’entourait toujours de son bras, une main dans son dos.
-Je crois qu’on… ne devrait pas…
Il cherchait ses mots. Elle le regardait. Silencieuse. Le retour à la réalité fut brutal. Elle le scrutait alors qu’il s’empêtrait. Sur son visage, elle avait l’impression de lire plusieurs émotions : gêne, timidité, anxiété, tristesse.
-Je suis désolé, répéta-t-il et son ton lui brisa le cœur.
Elle resta cependant muette. Les émotions la submergeaient mais elle tentait de rester lucide. Droite face à la tempête qui semblait le submerger. S’il devait se perdre dans ses tensions et contradictions, elle devait être le phare, l’ancrage vers lequel il pouvait revenir. Elle n’avait pas le droit de se laisser aller elle aussi.
-Tu comptes beaucoup, reprit-il en osant, cette fois-ci, un petit regard vers elle. Tu es quelqu’un de bien. Et c’est pour ça que je ne peux pas…
La phrase resta en suspens.
Je ne peux pas.
T’imposer ça ?
Te faire ça ?
T’embarquer avec moi ?
Son esprit ne comprenait pas mais son cœur eut le douloureux instinct que, quelles qu’en soient les raisons, il n’était pas prêt. Ou ne s’autorisait pas à l’être.
-C’est moi qui suis désolée, dit-elle alors d’une petite voix. Je n’aurais pas dû…
Il l’attira subitement vers lui et la prit dans ses bras, comme pour l’interrompre. L’étreinte était chaude, rassurante.
-Merci pour ta sincérité, murmura-t-il à son oreille. Mais je crois…
-Oui, j’ai compris, tu as besoin de temps. Tu n’es pas encore convaincu qu’on puisse faire coïncider liens affectifs forts et devoir.
Son ton n’était pas amer. Il portait une tristesse sous-jacente mais également une compréhension bienveillante.
-Ce n’est pas grave, reprit-elle doucement, le visage contre son épaule. Au moins, je compte un peu.
-Tu comptes énormément.
A nouveau, elle sentit les mains de Reiner plaquées dans son dos trembler un peu. Elle ne savait pas pourquoi. Et n’était pas sûre de vouloir le savoir. En tout cas, pas maintenant. Elle se contenta de l’enserrer à son tour dans ses bras. Comme une dernière étreinte pour un chapitre qui n’avait même pas vraiment commencé.