Des coups de feux éclatèrent, des deux côtés de la rue, opposant les sbires des deux dirigeants pris dans l’explosion, l’ancien monde criminel face au nouveau. Cependant, l’esprit de Saba ne se préoccupait pas de l’imminence du danger. La fillette sortit de sa cachette et se rua vers le trou béant formé dans le mur de briques du bâtiment. Sur le sol recouvert de débris, deux corps calcinés se serraient l’un contre l’autre. Leurs visages étaient méconnaissables comme l’était celui de leur fille : son habituel sourire insouciant était défiguré par la douleur. Un tremblement de souffrance et de haine bouillonnait dans sa poitrine, battant plus fort que son propre cœur et prêt à déchirer sa chair.
Giorno : Chevalier…j-je suis désolé…
Giorno ouvrit les yeux, à quelques mètres de sa position initiale, le corps inanimé de Chevalier étendu sur le sien. Ses vêtements étaient mouillés du sang qui coulait des plaies béantes dans l’abdomen de son Capo. À l’autre bout de la rue, les silhouettes des hommes de la Shqiponja tombaient les unes après les autres sous les tirs de la Passione. Cependant, enjambant les cadavres nonchalamment, une grande silhouette fantomatique marchait sans éviter les balles. À chaque fois qu’un nouveau soldat s’effondrait, comme un rituel macabre, il leur enfonçait une balle dans la tête dans un silence de mort. En réalité, à part le léger mouvement de recul des têtes, ni le son, ni l’odeur de la poudre, ne mettait sur la piste du moindre coup de feu. Un Stand alors ? Peu importe de qui il s’agissait, c’était une menace.
L’intensité de l’échange de coups de feu réduisait progressivement. Le spectre errait lentement vers l’épicentre de l’explosion survenue quelques minutes plus tôt. Le long manteau s’approchait dangereusement de Giorno, dansant de gauche à droit à chaque pas. Gold Experience s’abattit sur lui mais l’attaque traversa sa cible, laissant une poignée de poussière dans la main du Stand. La silhouette ne se retourna pas et se dirigea vers l’ombre de l’étage calciné. La vision troublée par la douleur, la couleur du manteau du fantôme se confondait avec l’ombre. Parmi l’obscurité et la blancheur blafarde des cendres, une unique touche de couleur attira l’attention de ses yeux fatigués. Une petite fille était accroupie au centre de la pièce dans une flaque de sang. Il y avait donc une petite fille dans ce bâtiment ? L’explosion ou les coups de feu avaient dû la blesser mais elle était encore en vie ! Il fallait la sauver de cette silhouette mortifère.
Le Boss de la Passione, se précipita vers la dernière chose qu’il pouvait protéger de cette force mystérieuse, ignorant la douleur. En courant, il dépassa l’homme en manteau noir qui ne prit même pas le temps de le regarder. La jeune fille était agenouillée entre deux cadavres qui occupaient toute son attention. Elle veillait probablement sur ses proches disparus pendant l’explosion et même la balle logée dans son épaule ne l’incitait pas à fuir. Elle resterait comme ça jusqu’à ce que l’hémorragie l’emporte.
Le spectre sortit son revolver et l’orienta en direction de l’un des cadavres. Pour éloigner la menace, Gold Experience frappa le sol, transformant les cendres en une armée de fourmis qui emportèrent les morts vers l’escalier qui menait à l’étage. Comme une morte-vivante, la fillette leva mécaniquement la tête pour suivre ses parents des yeux. Ses pupilles étaient presque éteintes et ses forces l’avaient déjà quittées. L’homme à l’arme à feu se contenta de tirer dans la direction approximative d’un des corps en mouvement et la balle le traversa de part en part.
Profitant du temps de diversion, le Stand doré posa ses mains sur la fillette dans une étreinte rassurante. Une faible lumière émanait de ses paumes, rapprochant les deux bords de l’épiderme et réduisant le flux de sang qui s’en échappait. Cependant, malgré la régénération de ses tissus, le visage de la fillette et ses pupilles restaient livides.
Giorno : Tiens le coup, petite…Allez…Pourquoi elle ne se réveille pas ?! Ca ne peut pas être déjà trop tard !
L’ombre du spectre éclipsa la lumière de l’extérieur. Giorno se retourna pour regarder le visage de l’homme mais le canon de son arme le recouvrait totalement. Le coup de feu retentit.
Giorno : Requiem…
Dans un éclat de lumière, le Stand doré frappa en direction du projectile mais ne parvint à l’annuler. La balle se contenta de poursuivre sa course, transperçant la carapace de la cétoine dorée pour frapper son manieur en plein dans la poitrine. Pris d’un malaise, Giorno tomba en avant et s’accrocha péniblement au sol avec ses doigts glissants. Son corps lui semblait peser plus d’une tonne que son bras frêle devait soutenir. Dans sa vision périphérique, il aperçut la forme abstraite de la petite fille derrière lui s’effondrer. Le tir avait-il vraiment réussi à l’atteindre ? Même son propre corps n’avait-il pas été suffisant pour arrêter ce maudit tir ? Cependant, malgré cet apparent échec total, le fantôme recula d’un pas.
Voyageur : C-comment est-ce possible ?! Pourquoi tu n’es pas mort, Giorno Giovanna…
“Mort” ? Cette question sonnait étrangement dans cette situation. Depuis que son Stand avait évolué en Requiem, le Boss n’avait plus jamais eu à craindre de mourir. Il pouvait simplement annuler toutes les menaces. Cette balle avait réussi à outrepasser sa “remise à zéro” et lui avait quand même laissé la vie sauve ? L’homme sortit une lettre chiffonnée de sa poche.
Giorno profita de ce moment d’accalmie pour frapper avec Gold Experience. Cependant, à nouveau toutes ses attaques finissaient par traverser la présence surnaturelle dans un nuage de poussière. Cette fois-ci, c’était certain : il était intangible. Le dernier coup se bloqua dans l’épaule de son opposant. Chacun de ses mouvements pour s’en extraire se contentait d’enfoncer davantage son bras dans la masse minérale comme prisonnier de sables mouvants. Le corps de son adversaire était d’une froideur inhumaine et parfaitement immobile. Même en prenant en compte les capacités de son Stand, ce qu’il affrontait ne ressemblait pas à un être vivant - encore moins à un humain. Soudainement, Giorno sentit que la matière autour de lui s’était raidie en un instant. Un sang d’un noir surnaturel s’échappa d’une plaie dans le ventre de son adversaire.
Saba : Lâche-le ou je te découpe !
La petite fille qu’il avait tenté vainement de protéger se tenait droite sur ses jambes, enfonçant avec rage un couteau dans le flanc du fantôme. Le corps de leur ennemi commun retrouva sa forme de poussière et laissa s’échapper le poing et la lame. Giorno était à bout de souffle. Son processus de guérison était efficace mais lui consommait son énergie restante. Le spectre se retourna vers la petite fille mais, au lieu de l’attaquer, il posa une main tendre sur son épaule. Saba se débattait pour se libérer de cette étreinte qui se voulait pourtant rassurante.
Voyageur : Ma fille, tu es vivante ! Je suis tellement heu-
Saba : Pourquoi vous avez tiré sur mes parents ?! Pourquoi vous avez tué ces gens ?! Pourquoi je vous ai fait confiance ?!
Les yeux de la petite fille étaient rouges de larmes qui ne parvenaient pas à couler. Elle tenait fermement sa lame couverte de gouttes de sang noir comme son unique protection face à la froideur de la réalité et de la mort. Le Voyageur gardait un grand sourire rassurant.
Voyageur : Tu ne comprends pas. Je n’ai tué personne ! Tes parents, ces criminels et même cet homme sont tous déjà morts. Le rôle que le Tout-Puissant m’a confié, c’est simplement de les guider près de lui !
La fillette baissa lentement son arme et tomba à genoux, visiblement troublée par la révélation de l’identité du voyageur. La fillette fixait également depuis quelques secondes au-dessus de l’épaule de l’homme où une aile de Stand était apparue.
Saba : Alors, vous êtes… un ange ?
Voyageur : En quelque sorte…La plupart des âmes ne veulent pas se détacher de leurs corps. L’enveloppe charnelle les emprisonne et les empêche de partir d’elle-même. Mes balles se contentent d’éteindre la conscience. Elles contiennent 21 grammes de sang noir qui se mélange avec celui du mort et remonte jusqu’à son cerveau pour le “libérer”.
Saba : Mais pourquoi mes parents ?!
Voyageur : Je suis désolé pour tes parents. Si j’avais su ton nom, je n’aurais pas interagi avec toi. C’était…une erreur de ma part. Je ne décide pas qui je dois “faucher”. Je me contente de suivre la liste de “cibles” que le Tout-Puissant me communique.
Saba : Mais alors…
Par réflexe, Saba tâta l’endroit où la balle l’avait touché tout à l’heure pour constater que la cicatrice avait totalement disparu. En retournant sa main qui tenait toujours le couteau, elle constata que les veines passant par son poignet - habituellement bleutée - était maintenant d’un noir profond, presque surnaturel.
Saba : Je suis morte ?
Le Voyageur écarta les bras pour rassurer la jeune fille en affichant un grand sourire.
Voyageur : Au contraire, tu es une élue ! Parfois, une conscience est suffisamment forte pour résister à la toxicité du sang noir et un objectif la pousse à rester en vie. Le Tout-Puissant a reconnu ta valeur, c’est un prodige !
D’un air beaucoup plus grave, il montra du doigt le Boss de la Passione qui tentait tant bien que mal de recouvrir ses forces.
Voyageur : Cet homme par contre…Il a trahi le destin que lui promettait le Tout-Puissant. Son Stand est une insulte à Sa volonté. Il crée une vie pervertie en se substituant à Son pouvoir de création. Même quand l’heure de sa mort arrive, ce monstre préfère L’insulter ! C’est mon rôle de veiller à ce qu’il meurt aujourd’hui ! Écarte-toi, mon enfant…
Cependant, au lieu de s’écarter, la fille renforça sa poigne autour du manche de ton arme et la redressa dans la direction du Voyageur.
Saba : J-je ne peux pas vous laisser faire…Cet homme a essayé de me protéger et de protéger les corps de mes parents. I-il ne mérite pas de mourir…
Le visage de l’homme de foi se ferma aussitôt comme si un blasphème avait été prononcé à l’intérieur de son église.
Voyageur : Je vois…Ton âme a très mal choisi son objectif. Quel gâchis formidable…Une fille si jeune…
Il claqua des doigts et le bruit résonna dans le vide de la pièce ravagée. L’écho résonna dans tout le corps de Saba et le paralysa. A l’intérieur de ses veines, un milliard de petites mains retenaient ses muscles en arrière.
Voyageur : Giorno Giovanna, le Tout-Puissant a sonné ton heure. Acceptes-tu ton destin ou souhaites-tu L’offenser encore davantage ?
Giorno Giovanna : Je ne sais pas qui a commandité les assassinats mais ce n’est certainement pas Dieu. Dieu n’engagerait jamais un vulgaire chasseur de prime !
Voyageur : Qui es-tu, Giorno Giovanna, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire ?
À ce moment précis, Giorno lança un assaut contre le faucheur. Gold Experience protégea son manieur derrière un barrage de coups de poings. La silhouette de poussière tenta de s’approcher mais au moment où un des poings toucha son épaule. Une partie de celle-ci s’envola dans une nuée d’abeilles et de sang noir. Le Voyageur se touchait l’épaule en haletant.
Voyageur : I-Impossible…
Giorno Giovanna : Tu as l’apparence et l’esprit d’un humain mais tu n’es vraiment qu’un tas de poussière !
Voyageur : The Wall !
Fou de rage, le Stand du Voyageur se décrocha de son cou et d’un geste de la main rassembla la poussière environnante dans un vortex formant une lance d’époque romaine. L’ange monoptère enfonça la pointe de métal dans le flanc du Boss de la Passione. Ignorant la douleur, Giorno profita de cette diversion pour briser l’arme en deux d’un coup sec, faisant basculer son ennemi en avant. Une deuxième attaque frappa directement le Stand ennemi au visage, réduisant la moitié droite en pièces qui se changèrent en un nuage de papillons noirs. Des fissures se formèrent sur la joue et le front du spectre d’où jaillirent des giclées de sang noir.
Giorno Giovanna : C’est toi qui vas mourir ici !
Gold Experience se rua vers le voyageur qui fit deux pas en arrière pour sortir du bâtiment. En faisant pivoter son poignet, la poussière environnante se rassembla pour reconstruire le mur manquant et bloquer le bras du Stand.
Giorno Giovanna : Requiem !
La poussière retrouva sa place sur le sol, libérant le bras du Stand. La silhouette dorée continua sa course droit devant vers son adversaire, le poing en avant.
Golden Experience : MUDAAAAAAAA !
Derrière le mur, le Stand et son manieur avaient totalement disparu. Dans un mouvement de panique, Giorno chercha autour de lui pour retrouver le spectre mais il était déjà trop tard. Un nuage de poussière était sorti du mur à côté de lui et, au milieu des grains en lévitation, une main humaine était posée sur son épaule, à l’emplacement de la marque des Joestar. Soudain, une profonde douleur traversa sa peau semblable à celle d’une brûlure au fer blanc. Le Voyageur se téléporta instantanément hors de portée de toute attaque du Boss de la Passione.
Voyageur : Tu sais, Giorno Giovanna, il y a une légende que j’ai toujours appréciée. Elle ne provient pas du canon biblique mais je trouve qu’elle symbolise parfaitement notre situation. Dieu a créé deux poissons : le poisson-volant et le poisson-lanterne. L’un restait toujours à la lumière, proche de Dieu et l’autre toujours dans les ténèbres, proche des Enfers. Cependant, quand un ange voulût punir le poisson-lanterne, Dieu l’arrêta. En réalité, le poisson-lanterne apportait la lumière de Dieu dans l’obscurité quand le poisson-volant cherchait à transgresser la place que Dieu lui avait accordée. Tu vois où je veux en venir ?
Giorno était paralysée par la douleur qui traversait son épaule mais, même s’il avait eu la force de parler, il n’aurait pas su quoi répondre.
Voyageur : Je porte la lumière du Tout-Puissant dans les ténèbres et toi, tu te prends pour Dieu avec ta mafia et ton Stand immonde. Je ne peux pas te tuer aujourd’hui. Tu es trop puissant pour moi mais quand le pouvoir de toutes les âmes immortelles sera entre mes mains, tes insultes envers le Tout-Puissant prendront fin, poisson volant.
Dans un nuage de poussière, le Voyageur disparut de la pièce, libérant Saba de son emprise. La jeune fille courut vers le combattant épuisé. En regardant son épaule, une marque était apparue : un point central, trois traits et un point d'interrogation inversé. La marque du Voyageur. La marque de la Mort.
Nom du Stand :『The Wall』(ザー・ウォール )
Nom du manieur : Maximilian “le Voyageur” Zarathustra
The Wall prend la forme d’une statue de pièce d’ange androgyne s’accrochant au cou de son manieur. Le Stand possède une unique aile composée d’une multitude de mains figées dans diverses positions. Des mains dépassent également de certaines parties de son corps.
Le manieur obtient la capacité de changer son corps en poussière. Cet effet peut être appliqué sur la totalité du corps ou seulement sur une partie et lui permet d’être totalement intangible sur la zone ciblée. Sous cette forme, il lui est également possible de se déplacer à travers des interstices de la taille d’un grain de poussière (le nombre et la taille de ces interstices influent sur le temps nécessaire pour traverser un obstacle).
En faisant pivoter ses mains, le manieur peut reconstituer la “vie passée ou future” de la poussière environnante. Autrement dit, il peut reconstituer un objet à partir de la poussière qu’il a laissée ou, au contraire, réduire à l’état de poussière un objet présent. Ce pouvoir ne s’applique pas aux êtres vivants.