La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 53 : La grotte d'Onigumo

Par Zihume

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Naraku apparut devant elle.

Mayoiga était dans ses bras.


Le bouclier ondulait autour d'eux.


Kikyō baissa lentement son arc.

Son regard gllissa aussitôt vers la silhouette qu’il portait.


Vers le kimono violet éventré sous les côtes. Vers la tête inerte, abandonnée contre son armure pâle. 


Pendant un instant, quelque chose de plus triste passa dans ses yeux.


— Tu l’as ramenée.


Naraku ne répondit pas.

Son regard allait vers le fragment qui brillait dans la main de Kikyō.


- Donne-moi le fragment.


Kikyō regardait toujours Mayoiga.

Elle comprit avant lui.


- Elle est morte.


Naraku ne bougea pas.


Seuls ses yeux descendirent, très lentement, vers celle qu’il tenait encore.


Sa tête reposait contre son torse, lourde, abandonnée. Ses paupières demeuraient entrouvertes. Son regard vert ne fixait rien.


Pendant une seconde, Naraku resta ainsi.

Figé.

Le regard posé sur elle.

Ses doigts se resserrèrent contre son bras.


Puis il releva les yeux vers Kikyō.


Elle le regardait toujours.

Elle avait vu.

Et cela, peut-être, fut pire.


Alors seulement, quelque chose d’autre attira son attention.

Sous le tissu déchiré, une lueur demeurait logée dans la poitrine de Mayoiga.


Le fragment qu’il lui avait laissé.


Lentement, son visage se recomposa.

Le trouble disparut. Il se retira derrière une expression plus calme.


Un sourire revint sur ses lèvres, mince et maîtrisé, comme si la perte qu'il venait de subir pouvait déjà être convertie en victoire.


La chair de sa manche frémit.

Des appendices clairs glissèrent le long du corps inerte.


Kikyō ne fit pas un geste.


Les tentacules plongèrent dans la plaie.

La lueur pâle fut arrachée de la poitrine de Mayoiga.


Aussitôt, les appendices se replièrent. Le fragment vint se déposer dans sa paume.

Et Mayoiga glissa de ses bras.


Il ne la retint pas.

Elle heurta le sol de terre. 


Naraku referma les doigts autour du fragment.


Son sourire s’élargit.


Il leva la main entre eux, comme s'il lui présentait une preuve.


- Tu avais tort, Kikyō. Le fragment que tu croyais hors de ma portée... Je l'ai pris.


Kikyō ne regarda pas le fragment.


Ses yeux descendirent vers le corps de Mayoiga, étendu sur le sol, les cheveux noirs répandus autour de son visage immobile.


Naraku attendit.


Un instant.


Puis un autre.


Kikyō ne lui donna rien.


Ni trouble.

Ni peur.

Ni reconnaissance.


Seulement ce regard calme, posé non sur sa main, mais sur ce qu'il venait de laisser tomber.


Alors elle ouvrit lentement les doigts.


Le dernier fragment quitta sa paume.


Il tomba aux pieds de Naraku.


Devant le corps de Mayoiga.


- Alors achève ton souhait.


Un silence dur s'ensuivit.


Naraku regarda le fragment à ses pieds.


Puis Kikyō.


Elle ne la lui avait pas cédée.


Elle l’avait jetée à ses pieds, comme une chose inutile dont on se débarrasse.


Un tentacule glissa hors de sa main. Il descendit vers le sol et s'enroula autour du fragment sans que Naraku ait à se pencher.


Kikyō le regarda faire.


Naraku ramena le dernier éclat jusqu'à sa paume.


La lumière rejoignit les autres fragments.


Elle se répandit dans la grotte, glissant sur les parois sombres, sur la pierre où gisait Mayoiga.


Naraku ne bougea pas.


La Perle était entière.


Enfin.


Plus aucune absence ne trouait sa surface.


Il la contempla dans sa main.


Ce qu’il avait poursuivi depuis l’instant même où il avait pris forme tenait enfin entre ses doigts.


Son sourire revint lentement.

Plus profond.

Presque paisible.


Pendant un instant, Naraku eut l'air d'un être parvenu au terme exact de son désir.


Puis il releva les yeux vers Kikyō.


Elle s'était déjà détournée.


Les shinidamachū glissaient autour d'elle, pâles et silencieux, tandis qu'elle marchait vers la sortie de la grotte.


Naraku la regarda s'éloigner.

Elle ne s'arrêta pas.


Son dos demeura tourné vers lui.


Puis son regard descendit malgré lui vers Mayoiga.


Elle gisait sur la pierre, immobile.


Ses yeux verts étaient ouverts.


Vides.


Ils ne reflétaient ni la Perle, ni sa lumière, ni la forme achevée de son triomphe.


Ils ne voyaient rien.


La Perle pulsa dans la main de Naraku.


Une première fois.


Puis de nouveau.


Plus fort.


Une fissure de lumière traversa l'armure pâle de son torse. L'œil rouge enchâssé dans sa chair se contracta.


Naraku serra les doigts sur la Perle.


- Qu'est-ce que...


Sa voix resta basse.


Mais son visage se durcit.


Alors quelque chose remua sous sa peau.


De petites formes démoniaques commencèrent à se détacher de son corps. Elles surgirent de son flanc, de son dos, de ses épaules, comme des choses qu'une chair devenue instable ne parvenait plus à retenir.


Certaines rampaient un instant sur la pierre avant de se disperser dans l'ombre. D'autres se déchiraient en miasme avant même de toucher le sol.


Naraku recula d'un pas.


La Perle brillait toujours entre ses mains.


Mais son corps, lui, se défaisait.


Les jointures de son armure pâle se fendirent.


Le miasme monta autour de lui en spirales violentes.


La grotte se remplit de cris étouffés et de souffles qui n'étaient plus les siens.


La Perle pulsa encore.


Et sur la pierre, Mayoiga ouvrit les yeux.


Au début, elle ne comprit pas.


Il n'y avait que la dureté du sol sous son dos.


Puis une masse de démons agités envahit son champ de vision, un tourbillon de formes noires et pâles qui se déchiraient autour d'un centre qu'elles semblaient fuir.


Mayoiga se redressa à peine, appuyée sur un coude.


Alors elle le vit.


Au centre de ce désordre, quelque chose d'humain réapparaissait.


Un visage.


Non pas celui, lisse et pâle, de Naraku.


Un visage brûlé.


Déformé.


Un visage qu'elle avait vu autrefois dans un ryokan en feu.


Onigumo.


Il tenait la Perle entre ses mains.

Ses doigts tremblaient autour de la sphère entière.


Il souriait légèrement.


Un sourire pauvre, terrible.


Presque enfantin.


Ses yeux cherchèrent les siens.


Cette fois, Mayoiga le regardait.


- Tu vois, Mayoiga.


Il leva faiblement la Perle entre eux.


- Je l'ai eue.


Mayoiga le fixa.


Troublée.


Pour la première fois, ce qu’il avait voulu se tenait à découvert devant elle.

Non la Perle.

Non la puissance.

Ce moment pauvre et terrible où il pouvait enfin lui montrer ce dont il était capable.  


Autour de lui, les démons continuaient de se détacher.


Le visage d'Onigumo se consuma lentement. La peau brûlée disparut peu à peu dans une pluie de cendre.


Son sourire demeura encore une seconde.


Puis il s'effaça avec le reste.


La Perle tomba.


Elle heurta la pierre devant Mayoiga et roula jusqu'à s'arrêter près de sa main.


Elle ne brillait plus.


Mayoiga resta immobile.


Ses doigts étaient à quelques centimètres de la sphère. Il aurait suffi d'un mouvement pour la toucher.


Elle ne le fit pas.


Dans la grotte, il ne restait plus que l’odeur du miasme dissipé et la place vide où Naraku venait de disparaître.


Mayoiga regarda la Perle.


Longtemps.


Puis son regard se détourna.


Elle posa une main contre le sol.


Son corps répondit mal. Il n'y avait plus de plaie dans son ventre. Seulement une fatigue immense, presque étrangère, comme si la mort avait laissé son poids dans chacun de ses membres.


Elle se redressa lentement.


La Perle demeurait là.


Éteinte.


Mayoiga ne la ramassa pas.


Elle se mit debout avec difficulté, vacilla, puis fit un pas.


La grotte s'ouvrait devant elle.


Dehors, les dernières lueurs du soir s'étaient presque éteintes. Les shinidamachū avaient disparu avec Kikyō. Le village, plus bas, était à peine visible entre les arbres.


Mayoiga s'arrêta, une main sur la roche.


Son souffle passa difficilement entre ses lèvres.


Puis elle avança dans la nuit.


---


Sesshōmaru marchait en tête.


Le vent soulevait par instants ses cheveux blancs, découvrant l’arrière de son armure.


Jaken se trouvait juste derrière lui, le Nintōjō serré contre sa poitrine. Son regard revenait sans cesse vers l’entaille qui barrait le métal noir, vers le tissu clair rougi sous la plaque fendue.


Il ouvrit la bouche.


La referma.


Puis osa enfin :


— Sesshōmaru-sama… peut-être serait-il judicieux de… de vous arrêter un instant.


Sesshōmaru ne ralentit pas.


Jaken déglutit.


— Naturellement, une blessure aussi dérisoire ne saurait vous affaiblir ! Mais enfin, par pure prudence stratégique…


— Inutile.


Sesshōmaru continua d’avancer.


— Il faut trouver Naraku.


Jaken se figea un instant.


Puis se hâta de reprendre sa place.


— Oui ! Bien sûr, Sesshōmaru-sama ! La priorité absolue est de retrouver ce misérable Naraku et de lui faire payer son insolence !


Sa voix monta trop haut, puis s’éteignit d’elle-même.


Sur le dos d’Ah-Un, Rin serrait la crinière du dragon entre ses doigts.


Elle ne disait rien.


Ses yeux restaient fixés sur le dos de Sesshōmaru, sur le sang sombre qui descendait encore sous l’armure brisée.


Le vent changea.


Sesshōmaru s’arrêta.


Jaken, qui trottinait derrière lui, manqua presque de heurter le bas de son hakama.


— Sesshōmaru-sama ?


Rin releva la tête.


Sesshōmaru ne répondit pas.


Son regard s’était fixé entre les arbres.


Là où la nuit commençait à descendre, une lumière blanche glissait entre les troncs.


Une silhouette apparut.


Mayoiga.


Pendant un instant, personne ne parla.


Sesshōmaru demeura immobile.


Seuls ses yeux changèrent.


Ils descendirent vers la déchirure du tissu, vers le sang séché, vers l’endroit exact où Bakusaiga avait frappé.


Puis ils remontèrent à son visage.


Mayoiga respirait.


Faiblement.


Mais elle respirait.


Quelque chose passa dans le regard de Sesshōmaru.


Si bref que Jaken ne le vit pas.


Rin, elle, cessa de serrer la crinière d’Ah-Un.


— Mayoiga-sama…


Mayoiga s’arrêta à quelques pas d’eux.


Elle était pâle. Trop droite encore, comme si seule sa volonté empêchait son corps de céder.


Sesshōmaru ne bougea pas.


Il la regardait toujours fixement, mais il ne semblait plus voir seulement celle qui se tenait devant lui.


Il revoyait le coup.


La lumière de Bakusaiga.


Le silence après l’impact.


Puis sa voix tomba, basse.


— L’odeur de Naraku a disparu.


Mayoiga baissa légèrement les yeux.


Un silence passa.


— Il a obtenu toute la Perle… et elle l’a consumé.


Sesshōmaru ne répondit pas tout de suite.


Son regard resta sur elle une seconde de trop.


Puis il détourna légèrement les yeux.


— Évidemment.


Le mot tomba avec son indifférence habituelle.


Mais il vint trop tard.


Mayoiga le remarqua.


Ce retard infime.


Cette seconde où Sesshōmaru n’avait pas encore repris possession de lui-même.


Puis il se remit en marche.


Jaken bondit presque à sa suite.


— Naturellement ! Seul un être misérable pouvait croire qu’un vulgaire joyau suffirait à égaler la grandeur de Sesshōmaru-sama !


Mayoiga, elle, n’avait pas bougé.


— Sesshōmaru.


Il ne s’arrêta pas aussitôt.


Le vent souleva ses cheveux blancs, découvrant de nouveau l’armure fendue.


— Tu devrais te reposer. Tu es blessé.


Le silence se fit plus net.


Jaken se raidit aussitôt, prêt à protester.


Sesshōmaru tourna légèrement la tête.


Son regard glissa vers elle.


Puis il s’arrêta.


Simplement.


Sans commentaire.


Sans protestation.


Jaken ouvrit de grands yeux.


— Sesshōmaru-sama… ?


Sesshōmaru ne répondit pas.


Mais il ne reprit pas sa marche.





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