La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 41 : Père

Par Zihume

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Naraku ne bougea pas tout de suite.

Ses bras demeuraient autour d'elle. Son visage près de sa joue.


Mais son regard, lui, s'était perdu plus loin, au-delà des arbres humides et du chemin noyé d'ombre.


Mayoiga le voyait seulement par le bord de ses yeux.


Il n'avait pas l'air satisfait, pas inquiet non plus.

Quelque chose de plus fermé passait sur ses traits.


Elle tenta d'en saisir le sens.


Puis le miasme se souleva autour d'eux.

Une fumée violette monta de la terre détrempée, lente d'abord, puis plus dense, jusqu'à envelopper les pans du kimono bleu sombre, les cheveux noirs de Naraku, ses mains encore posées sur elle.


Sa voix ne revint pas.

Il ne lui donna aucune explication.


Le tourbillon se referma.

Et il disparut.


Mayoiga resta seule devant la statue couverte de mousse.


Pendant un instant, rien ne lui obéit encore.


Puis ses doigts lui revinrent. Un à un.

Ses épaules se délièrent.

Ses mains se crispèrent lentement.


La colère arriva sans éclat, froide, précise. Ses traits se durcirent.


Ces pattes insectoïdes.


Elle les revit se déployer autour d'elle, longues, sombres, articulées, sorties de son dos comme la vérité misérable de ce qu'il cachait sous une forme trop soignée.


Des membres de démons mineurs.

Des morceaux empruntés.

Une puissance faite de prises, de restes, d'organes assemblés, sous un visage doux et régulier qu'il portait comme un masque.


Avait-il voulu la menacer ?

Lui rappeler qu'il pouvait approcher le fragment, qu'il pouvait atteindre ce qui la maintenait dans ce monde ?

Les pointes s'étaient arrêtées avant de la toucher.


Elle ne comprenait pas encore.

Pas entièrement.


Mais elle retint l'arrêt.


Puis sa phrase revint, plus détestable encore que le contact de ses bras.


Même maintenant, je ne peux me résoudre à te perdre.


Mayoiga serra les dents.


Elle avait encore espéré, jusque-là, pouvoir se tenir dans son esprit comme une arme mal soumise, une anomalie utile, une créature qu'il gardait parce qu'elle pouvait encore servir.


C'eût été plus simple, plus propre.

Mais ce qu'il venait de lui montrer était pire.

Il ne la gardait pas seulement parce qu'elle lui était utile.


Quelque chose, en lui, tenait à elle.


Et cette pensée ne l'adoucit pas.

Elle la dégoûta.


Non parce qu'il pouvait s'attacher.


Mais parce qu'il ne savait approcher sans immobiliser, comprendre sans réduire, retenir sans enchaîner.


Son visage resta sévère.

Il avait osé juger son lien à Sesshōmaru.


- Ce que j'ai fait ne t'appartient pas !


Sa voix était basse.


La statue bouddhiste demeurait muette devant elle, les yeux effacés tournés vers le vide.


Mayoiga releva la tête.

Elle n'était pas intacte.


Mais elle n'était pas à lui.

---

Le soir tombait sur le village déserté.

L'air gardait l'humidité de la pluie passée. Des gouttes glissaient encore des toits de chaume et troublaient les flaques sombres entre les maisons.


Sesshōmaru avançait seul.


Un panier gisait renversé près d'un seuil. Plus loin, une jarre brisée répandait un mince filet d'eau dans la terre détrempée.


Des traces de pas se croisaient dans la boue avant de disparaître vers la forêt.

Les humains avaient fui.


Il n'y accorda pas un regard.


Une autre odeur persistait sous celle de la pluie.


Les Hyōnekozoku étaient venus.


Puis une seconde odeur atteignit ses sens.


Plus familière.

Plus agaçante.


Inuyasha.


Sesshōmaru s'arrêta à peine. Son regard se ferma légèrement.


Il reprit sa marche.


À l'entrée d'une ruelle étroite, une silhouette rouge surgit entre deux maisons.


Inuyasha s'arrêta net en le reconnaissant.


- Sesshōmaru ? Qu'est-ce que tu fais ici ?


Le daiyōkai posa sur lui un regard froid.


- Tu m'ôtes les mots de la bouche. Va-t'en.


Inuyasha lui répondit, le visage sévère.


- Je compte pas partir, bastard. Ces sales chats ont enlevé Kagome.


Le regard de Sesshōmaru se glaça davantage.


- Insolent.


Le métal siffla.


Tōkijin quitta son fourreau dans une lueur bleutée, et l'onde de yōki fendit la ruelle avant même qu'Inuyasha ait le temps de lever Tessaiga.


L'impact éclata contre lui de plein fouet.

Le hanyō fut projeté à travers le village et traversa la façade d'une maison dans un craquement brutal de bois brisé.


Des planches éclatèrent autour de lui tandis qu'un nuage de poussière humide se soulevait dans l'air.


Un instant plus tard, une poussée de yōki rouge traversa les débris.


Inuyasha surgit du mur effondré, Tessaiga déjà dégainée.


La lame massive heurta le sol dans un bruit lourd.


- T'es complètement malade ?! cria-t-il en montrant les crocs.


Sesshōmaru abaissa légèrement Tōkijin.


Le vent humide passa entre eux, soulevant les manches rouges d'Inuyasha et la fourrure blanche sur l'épaule du daiyōkai.


- Je t'ai dit de partir.


Un rugissement immense déchira soudain la nuit.


Le bois des maisons vibra. Les flaques tremblèrent dans la boue. Quelque part, une porte mal refermée battit contre son chambranle avant de céder dans un craquement sec.


Inuyasha se retourna aussitôt.

Ses oreilles se dressèrent, son corps déjà tendu vers l'origine du bruit.


Sesshōmaru, lui, ne bougea presque pas.

Seuls ses yeux dorés glissèrent vers le côté, comme si ce rugissement ne méritait pas encore qu'il tourne entièrement la tête. Pourtant, une contrariété muette passa sur son visage.


Un second grondement roula au-delà des maisons.


Cette fois, Inuyasha serra la garde de Tessaiga.


- C'était quoi, ça...?


Sesshōmaru ne répondit pas.


Les deux frères traversèrent le village en silence, l'un bondissant sur les toits bas, l'autre avançant avec cette vitesse presque immobile qui ne semblait jamais lui demander d'effort.


À mesure qu'ils approchaient, l'odeur s'épaississait.

Un yōki puissant. De la chair humide. Un sang ancien.


Ils atteignirent la place centrale.

Là, au-delà des dernières maisons, une forme pâle se déplaçait dans l'ombre.


Une panthère blanche, immense.

Des marques bleu gris couraient sur sa fourrure comme des motifs anciens, presque sacrés, mais leur régularité se rompait sur la maigreur des flancs.

Sous le poil pâle, les côtes se dessinaient à chaque respiration, trop visibles pour une créature d'une telle majesté.


Sa tête dépassait largement les toits.

Elle avançait lentement, avec un léger retard dans chacun de ses mouvements, comme si l'âme qui l'habitait n'avait pas encore repris possession de toute sa chair.


Ses yeux étaient ouverts.

Blancs, presque laiteux.

Ils ne semblaient pas appartenir tout à fait à un vivant.


Une bave noire coulait de sa gueule entrouverte, épaisse, filant entre ses crocs avant de tomber dans la boue et de s'y étirer comme une souillure vivante.


Inuyasha resta figé une seconde.


- C'est... leur chef ?


La panthère tourna lentement la tête.

Son regard vide se posa sur eux.

Inuyasha leva Tessaiga.


- Si c'est lui qui a Kagome...


Sesshōmaru ne le regarda pas.

Ses yeux restaient fixés sur la bête.


- Il n'est pas achevé.


La panthère blanche entrouvrit plus largement la gueule.

La bave noire coula en nappe sur ses crocs.


Puis elle rugit de nouveau.

Le grondement n'avait pas encore fini de mourir entre les maisons qu'une silhouette tomba devant la panthère.

Le choc de ses pieds souleva une gerbe de boue.


Tōran se redressa lentement.

Son kimono bleu clair était marqué par la pluie et la poussière, mais sa posture demeurait droite. Ses cheveux pâles collaient par endroits contre ses joues.


Elle vit aussitôt Inuyasha.

Puis Sesshōmaru.

Son regard s'arrêta une fraction de seconde sur le daiyōkai.


Un sourire froid effleura ses lèvres.


- Les fils d'Inu no Taishō...


Sesshōmaru, lui, ne dit rien.

Il l'avait reconnue lui aussi.


Tōran.

L'une de ceux qui avaient autrefois porté la guerre jusque dans les terres de l'Ouest.


Le visage du daiyōkai ne changea pas.

Sous les pieds de Tōran, le sol commença à blanchir.


Un froid brutal se répandit sur la place.

La glace courut dans la boue détrempée, rapide, s'étendant largement autour d'elle.


Inuyasha jura.


- Qu'est-ce que-


Le givre atteignit ses pieds.

La glace se referma autour de ses chevilles et mordit aussitôt la lame de Tessaiga, dont la pointe touchait encore le sol. En un instant, l'épée et son porteur furent pris dans la même gangue blanche.


Sesshōmaru avait déjà bondi.

Il se posa sans bruit sur le toit d'une maison voisine, la fourrure blanche soulevée par le vent froid.


Inuyasha tira sur une jambe, puis sur son arme.

La glace craqua, mais elle ne céda pas.


- Merde !


Tōran écarta un bras devant la bête immense.


- Père. Mes frères ont été impatients. Ils n'ont pas attendu d'avoir assez de fragments pour vous rappeler pleinement à ce monde.


Inuyasha força de nouveau sur la glace.


- Où est Kagome ?!


Tōran ne répondit pas, elle poursuivit.


- Mais moi, Tōran, je vous rapporterai tout ce qui reste de la Perle.


Le regard de Sesshōmaru glissa vers la panthère blanche, puis revint à elle.


- Pathétique. Vous prétendez l'honorer, mais vous ne faites que prolonger sa déchéance.


La mâchoire de Tōran se crispa.

Derrière elle, la bête abaissa lentement la tête et avança. Une patte immense s'enfonça dans la terre gelée dans un craquement lourd.


Tōran se retourna aussitôt vers lui.


- Non. Pas encore. Votre corps n'est pas prêt.


Le souffle de la panthère passa au-dessus d'elle, lourd, irrégulier, chargé de cette odeur de chair humide et de yōki mal fixé.


- Laissez-moi les tuer pour vous. Laissez-moi venger ce qu'Inu no Taishō vous a pris.


La gueule du roi s'entrouvrit. Une bave noire tomba de nouveau d'entre ses crocs et s'écrasa près de l'épaule de Tōran.

Elle ne trembla pas.

Sesshōmaru la regardait depuis le toit, immobile.


- Tu parles encore de vengeance.


Tōran leva les yeux vers lui.


- Oui. Notre roi a-


Elle n'acheva pas.


Derrière elle, la panthère blanche venait d'avancer de nouveau. Un seul pas.

La patte immense s'abattit.

Tōran eut à peine le temps de tourner la tête.


Le choc écrasa la glace, la boue et son corps dans un bruit sourd.


Le silence tomba d'un coup.


Inuyasha resta figé.


- Qu'est-ce que...


Même les yeux de Sesshōmaru s'étaient légèrement élargis, non de peur, mais devant l'évidence froide de ce qui venait d'arriver.


Sous la patte de la panthère, on ne voyait plus de Tōran que le visage tourné contre la boue, ses cheveux bleu pâles répandus autour d'elle, souillés par l'eau noire du sol.


Ses yeux étaient ouverts.


La bête abaissa lentement la tête.

Un yōki lumineux s'éleva du corps écrasé.


Il sortit d'abord en filaments minces, tremblants, puis se rassembla en une lueur plus dense qui monta vers la gueule entrouverte du roi.


La panthère l'absorba.


Le changement fut immédiat.

Ses yeux blancs se troublèrent, puis une couleur dorée y prit place. Les pupilles se dessinèrent lentement, fendues, vivantes.

La bave noire cessa de couler abondamment ; quelques fils sombres restèrent suspendus entre ses crocs, puis se rompirent dans la boue.


Sous son pelage, les flancs se remplirent.

Les côtes disparurent peu à peu.


Le yōki qui entourait son corps cessa de trembler.

Il se stabilisa.

Inuyasha serra les dents.


- Elle l'appelait "Père"...


La glace qui emprisonnait ses pieds craqua soudain.


Le pouvoir de Tōran se retirait du sol.

Les plaques blanches se fendillèrent autour de ses jambes, puis se brisèrent en morceaux ternes dans la boue. Tessaiga se libéra d'un coup sec.


La panthère tourna alors ses yeux dorés vers lui.


Elle avança.


Cette fois, ses mouvements n'avaient plus ce retard maladif. Sa patte se posa avec une fluidité nouvelle.

Inuyasha leva Tessaiga.


- Espèce de monstre...


Le vent s'engouffra autour de la lame.

La bête abaissa l'avant du corps, prête à bondir.

Inuyasha frappa.


- Kaze no Kizu !


La lumière de Tessaiga fendit la place.

Les lignes de faille jaillirent et s'abattirent sur la panthère dans un rugissement de vent et de yōki.


Le choc engloutit la créature.

Pendant une seconde, la poussière, la pluie de boue et les éclats de bois masquèrent tout.


Puis une patte immense sortit du tourbillon.

La panthère avança encore.

Inuyasha écarquilla les yeux.


- Quoi...?


Les yeux dorés de la bête se fixèrent sur lui.


Et, cette fois, quand elle rugit, il n'y avait plus rien d'inachevé dans sa voix.




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés