- L’archéologie n’est pas faite pour les âmes sensibles, on ne sait jamais sur quoi on peut tomber. Vous pouvez penser qu’il ne s’agit que de déterrer de vieux empereurs morts depuis plus de cinq mille ans ou encore découvrir des pyramides, mais parfois, et souvent, c’est plus que cela, Howard Carter en a fait l’expérience : En découvrant Toutankhamon lui et ses hommes ont reçu une malédiction qui les a tués en quelques semaines, des morts affreuses. Bien sûr vous pouvez considérer cela comme des coïncidences ou le fruit du hasard mais, n’excluez jamais le surnaturel dans vos recherches, ce n’est pas qu’une simple hypothèse.
Indy faisait cours a vingt sept élèves, en majorité des filles. Tous avaient les yeux fixés sur lui.
- Ainsi, pour en revenir à la tombe de Nébraus, il est totalement impossible de relever sa position exacte car tous ceux qui sont partis à sa recherche ces deux derniers millénaires sont morts, ceux qui fait de cette tombe, une légende vivante.
La sonnerie retentit.
- Pas de questions ? Alors terminé pour aujourd’hui. Ah, pour la prochaine fois, l’invasion de Benalban par les Grecs, je veux un paragraphe argumenté de trente lignes minimum.
Mais la salle était déjà vide. Indy se laissa tomber sur son fauteuil. Il resta pensif quelques instants, se frotta le visage et se leva pour quitter la salle.
Sa journée était terminée.
Il rejoignit son bureau en évitant soigneusement de croiser sa secrétaire qui, heureusement, était occupée au téléphone.
Son bureau était en fait un ancien débarras reconverti, la pièce n’était pas bien grande mais Indy s’en convenait parfaitement. Partout dans la pièce, il y avait des étagères avec des tas d’antiquités plus ou moins véritables. Le bureau était couvert de livres d’histoire et autres récits archéologiques. L’un des livres était resté ouvert à la page 749, le texte parlait d’un temple perdu au fin fond de la jungle péruvienne appartenant au peuple oublié des Mayatena. De l’autre côté de la table se trouvait une carte du Pérou avec une zone cerclée de rouge près de Lima.
Indy s’asseya et se massa les cheveux. Son regard se posa sur le livre et la carte. Il se dépêcha de les pousser loin de lui. Désormais, chaque fois qu’il penserait au Pérou, il penserait à Kurt. Il ne retournerait pas là-bas de sitôt.
Pour l’heure il devait parler à Marcus de tout cela, il était rentré hier à une heure très avancée, personne à part ses élèves, ne savait qu’il était revenu.
Bien sûr il y avait un tas de courrier à dépecer : publicités, factures… il s’en occuperait plus tard. Pour l’instant, il ne voulait voir que Marcus, et ensuite son père.
Il regarda par les stores le soleil décliner, donnant au ciel une lueur orangée.
Il remit ses lunettes correctement sur son nez et marcha vers la porte d’entrée.
« C’est bon d’être revenu » se dit-il intérieurement.
La secrétaire était encore au téléphone, Indy lui fit signe mais elle sembla ne pas faire attention à lui. Bien sûr il la trouvait jolie, comme presque toutes les femmes qu’il avait vu dans sa vie, mais malheureusement pour lui, celle-ci ne se laissait pas draguer du tout. Et elle avait son caractère.
Elle raccrocha enfin.
- Molly je…
- Ah professeur Jones ! Il était grand temps que vous reveniez ! J’ai mis le courrier sur votre bureau, monsieur Gérald vous invite lundi soir pour discuter de vos nouvelles horaires, quant à…
- Molly, est-ce que Marcus est là ?
- Attendez un instant.
Elle appela et hocha négativement de la tête.
- Non, je suis désolée. Écoutez, vous avez trois factures à payer, la première…
- Merci Molly, ce sera tout.
- Mais professeur…
- Si vous le voulez, nous pourrions continuer cette discussion ce soir, en dinant.
- Professeur Jones ! Vous n’êtes qu’un…
- Je croyais vous faire plaisir !
- Laissez-moi ! J’ai du travail, moi !
- A plus tard alors.
Il quitta le Barnett Collège pour aller au musée de Marcus. Le musée n’était pas gigantesque mais il était suffisamment grand pour s’y perdre, même en y connaissant tous ses recoins, comme l’avait prouvé Marcus. Indy passa les deux statues de lions qui gardaient l’entrée et entra dans le musée. Il traversa les salles multiples, classées par continents et par civilisations. Il repéra un tas d’objets qu’il avait rapporté, dont la fameuse croix de Coronado qu’il avait voulu voir ici depuis son enfance. Cette croix avait été sa première aventure. Ce musée représentait la récompense de toutes ces années d’aventure, Indy devait tout à Marcus, c’est grâce à lui qu’Indy avait donné un sens à sa vie. Il monta à l’étage, frappa à la porte du bureau de Marcus. Personne ne répondit. Il ouvrit la porte. Personne.
Il alla voir la secrétaire.
- Monsieur Brody s’est absenté ce matin, une affaire urgente, vous le trouverez probablement chez lui.
- Merci, je passerais le voir dès que possible.
Il redescendit, un enfant contemplait une vitrine renfermant de nombreux artefacts issus de l’Atlantide, dont les fameuses perles d’orichalque.
Le petit était totalement fasciné, Indy était exactement pareil à son âge.
Il sourit et quitta le musée.
Il était trop tard pour aller voir Marcus aujourd’hui, il irait demain. Pour l’heure il devait aller retrouver son père.
Il arrêta le véhicule devant une maison simple sans étage, les lumières à l’intérieur étaient allumées, il faisait nuit à présent.
Il alla frapper à la porte d’entrée. Henry Jones Senior ouvrit.
- Junior !
Indy voulut répliquer mais son père le prit dans ses bras.
- Tu es parti si longtemps !
- Je suis content de vous revoir père.
- Entre je t’en prie.
- Merci père.
Indy entra et alla s’asseoir dans le canapé du salon. Il remarqua que la demeure était beaucoup plus en ordre depuis que Henry avait achevé sa quête du Grâal, plus aucune feuille ne traînait par terre. Une photo de Anna Jones, la mère d’Indy, tronait su le bureau d’Henry, éclairé par une lampe.
- Allons ! Dit Henry en s’asseyant à son tour. Raconte moi tout !
- Eh bien, ça ne s’est pas passé comme je le pensais.
- Ce n’est pas étonnant, quand on voit comment tu travaille !
- Père, il y avait les nazis.
- Les nazis ? Décidément ils sont partout ceux-là.
- L’homme qui les menait se nommait Stratner, il a…
- Stratner ?
- Vous le connaissez ?
- Nous avons été dans la même université. Apparemment je ne m’étais pas trompé sur lui, il est fou.
- Il est responsable de la mort de mon ami, Kurt Valonius.
- Oh non…pauvre garçon, il était si gentil.
- J’irais voir ses parents pour leur expliquer les circonstances de sa mort.
- Et l’idole dont tu parlais ? Qu’est elle devenue ?
- Elle est détruite.
- Quel dommage.
- Ce n’est rien, il y a d’autres trésors. Vous avez vu Marcus récemment ?
- Pas depuis hier soir.
- Vous travaillez sur quoi en ce moment ? Dit Indy en montrant le bureau.
- Sur la lance de Longinus.
- La lance du destin ?
- Oui. Tu sais que j’affectionne tout ce qui a attrait au christianisme, et en particulier au Grâal ?
- Ca oui.
- Le Grâal recevait le sang du Christ qui a lui-même été versé par un coup de la lance dans le flanc de Jésus.
- Je connais la légende.
- La légende ? Junior ! Ce n’est pas une légende ! Ce qui était vrai pour le Grâal est vrai pour la lance !
- Vous n’allez quand même pas partir à sa recherche ?
- Moi non, mais toi si. Si je la trouve.
- Assez d’aventures pour moi père, j’en ai assez vu.
- Allons Junior ! Je sais que tu ne pense pas ce que tu dis.
- Détrompez vous.
- Je me suis toujours demandé ce qui t’obstine tant à partir à l’aventure.
- Vous le savez bien. Depuis la mort de mère…
- Arrête.
- Non père, il faudra bien en parler un jour.
- Junior, il y a certaines choses sur ta mère que tu ne sais pas encore.
- Quelles choses ?
- …Tu n’es pas prêt.
- Quand le serais-je ?
- Un jour…un jour.
- J’en ai assez père ! Vous gardez tous ces secrets en vous, c’est à cause de cela que nous nous sommes séparés.
- Non, ça n’a rien à voir.
- Ca a tout à voir. Vous n’avez jamais fait votre deuil. Vous vous réfugiez dans vos bouquins pendant que je me réfugiai dans l’aventure. C’est votre chagrin qui nous a séparé. Dieu sait que mère ne voulait pas cela.
- Laisse moi, Indiana.
- Père…
- Laisse-moi.
Indy se leva, baissa la tête et quitta la demeure.
Henry resta fixe et pensif.
Indy revint chez lui. Il ouvrit sa porte d’entrée et rejoignit son bureau. Tout était en désordre, il n’avait le temps de rien. Il s’asseya et resta dans ses pensées quelques instants. Il repensait à sa mère.
Il n’avait que des fragments d’elle, rien qui ne lui permette de reformer des souvenirs précis. Rien d’autre que son visage, et son sourire. Il l’avait perdue à treize ans, elle, en avait trente-quatre. La scarlatine l’avait emportée. Henry ne s’en était jamais remis, il avait tant pleuré à sa mort, jamais il n’avait aimé un être aussi fortement.
Pour lui, Anna n’était pas une femme, mais un ange.
Indy savait tout cela, combien de fois son père s’était énervé de ne pas le voir souffrir comme lui, de le considérer si anormal. Indy n’y pouvait rien. Il était juste trop jeune.
Toute son enfance, il avait été délaissé, Henry se réfugiait dans le passé pour échapper à la triste réalité du présent. Cela avait duré pendant vingt-six ans avant que Indy ne le ramène enfin, lors de la quête du Grâal. Père et fils s’étaient retrouvés, et pour Indy, Henry était le plus précieux de tous les trésors.
Il alla à son lit et s’allongea. Il éteignit la lumière et passa lentement dans un autre univers qui lui ferait oublier tous ses soucis, pour une nuit.