2 JUILLET
L'espace infini s'étendait à perte de vue.
Un espace où régnaient, éternellement, l'obscurité et le silence.
Pourtant, un étrange phénomène vint bouleverser cette nature établie depuis la création de l’univers.
Une spirale de lumière se matérialisa de nulle part et prit de plus en plus d'ampleur.
Lentement, il en émergea quelque chose de plus inhabituel encore.
Un immense vaisseau spatial.
Il était de forme oblongue et faisait dans les 20 kilomètres de long.
Il se dirigeait, lentement, mais sûrement, vers une planète composée à 71% d'océans, paradoxalement nommée « La Terre ».
Lorsqu’il fut intégralement sorti du tunnel de lumière dont il était apparu, ce dernier disparut, le laissant seul, face à sa destination.
Mais pas pour longtemps.
Deux chasseurs aérospatiaux H-8 Global Defender de la Défense Spatiale Terrienne, vinrent se positionner à sa gauche et à sa droite.
Aux commandes de chacun des appareils, une femme de 28 ans et un homme de 29 ans, nommés, respectivement, Patricia Whitmore, la fille du défunt président Thomas Whitmore, et Jake Morrison, un orphelin.
— Arche Exodus 23, ici le lieutenant Morrison de la Défense Spatiale Terrienne. Descendez sur objectif, nous vous escortons, terminé.
— Merci, lieutenant, on se retrouve au sol. Exodus 23, terminé.
— Atterrissage en douceur cette fois, Jake. Tu as bien assez attiré l'attention pour la semaine.
— A vos ordres, Madame Morrison.
L'arche se rapprochait de la Terre. Elle allait bientôt en pénétrer l'atmosphère.
— Si tu m'avais dit, il y a deux ans, que ce plan insensé marcherait, je ne t'aurais jamais cru ! Dit Jake.
— On n'y serait jamais arrivé sans notre nouvel allié, répondit Patricia.
— Ouais, Bouboule a assuré ! C'est fou quand on y pense. On était seuls face à ces enfoirés et, d’un coup, une IA extraterrestre débarque, nous permet de les vaincre et nous aide ensuite à construire 38 arches spatiales monumentales, en à peine deux ans, pour nous permettre d'évacuer la Terre vers sa planète.
— On a surtout du bol qu'ils ne se soient pas repointés pour achever le travail. Vu que toutes les ressources ont été allouées à la construction des arches, plutôt qu’à de nouveaux chasseurs... Nous ne sommes absolument plus de taille à leur faire face.
— On ne l’a jamais été en fait. On était des milliers la dernière fois et ils nous ont massacrés quand même. Maintenant, on est plus que 300. On sait tous qu’on sera foutus à la moindre attaque. On ne les aura pas par la force du nombre.
— Alors on fait quoi ?
— Pour l’instant, on escorte les arches. C’est l’unique priorité.
— On fuit, en gros.
— Oui, on fuit. Pour mieux se battre ensuite, quand on sera en sécurité, sur la planète des réfugiés et qu’on pourra tous réfléchir ensemble à la meilleure manière de leur botter le cul pour de bon.
— A condition qu’on arrive tous à évacuer…
— T'inquiète, ça va le faire. 38 millions de personnes embarquées chaque semaine, depuis deux ans et pas un incident. À part celui que Charlie a failli causer là-bas en prenant l'habitat d'un résident pour des toilettes.
Il rirent.
— C'est à se demander comment Rain a pu finir avec lui.
— Il a toujours eu du bol, et il le mérite, dit Jake en souriant.
— J'espère qu'on pourra les revoir bientôt.
— Quand ils auront escorté les dernières arches de leur côté, avec nous dedans. Si on avait su, on serait partis dans la première, avec Okun et Bouboule.
— Ça aurait été tellement plus ennuyant pour toi !
— Carrément !
L'arche fit son entrée dans l'atmosphère terrestre et les flammes ricochèrent le long de ses boucliers. Il en fut de même pour les deux chasseurs H8, quelques secondes plus tard.
Puis, les flammes se dissipèrent, laissant place à un vaste ciel bleu, illuminé par le soleil.
— On ne pouvait pas réveiller meilleure journée ! Dit Jake. J'adore le climat français !
— Et moi j'adore les vins français, surtout lors des dîners en tête à tête avec mon mari…
— Il en a de la chance !
— Pas tellement, non…
— Je vais encore travailler ta confiance alors !
Ils se trouvaient au-dessus de Clermont-Ferrand. La ville, comme la plupart des autres, avait été partiellement reconstruite après les dégâts innombrables provoqués par le vaisseau-mère de 2016. Mais de nombreux quartiers étaient demeurés en ruine. De toute manière, l'heure n'était plus à la reconstruction, mais à l'évacuation.
— On vous a en visuel, Exodus 23. Vous pouvez engager la procédure d'atterrissage, dit une voix également audible dans le casque des pilotes.
— Hé Philippe, ça va mon vieux ?
— Jake ! C'est gentil de passer nous voir ! T'es en veine, le bar a ouvert !
— Cool ! Comme ça tu pourras me rendre ce verre que tu me dois !
— Les hommes… Dit Patricia en levant les yeux au ciel.
L'immense vaisseau spatial se posa dans une zone entièrement déserte, aménagée spécialement pour lui. Jake et Patricia se posèrent à côté.
Ils se trouvaient à Vesdun, un village minuscule qui avait la particularité de se trouver pile au centre de la France, ce qui facilitait la localisation de l'arche et la venue des habitants des quatre coins du pays.
Les pilotes descendirent de leurs chasseurs. Plus loin, les Français commençaient à arriver, guidés par les autorités vers la rampe d'accès de l'arche qui venait de s'abaisser.
Jake alla se positionner face au cockpit de l'arche qu’il salua de la main.
— Ça va, Bouboule ?
En guise de réponse, il vit une lueur scintiller dans le cockpit. Au sol, devant lui, se matérialisa alors l'hologramme de la sphère extraterrestre, dont l'aide avait été si précieuse.
— Je vais bien, Jake, répondit la voix féminine artificielle. Même si je déplore que vous ne m'ayez toujours pas trouvé un surnom plus qualitatif...
— Ça va, c'est affectueux ! Tout se passe bien là-bas ?
— Le processus d'évacuation se poursuit de manière optimale. 91% de la population terrestre est à présent sur place.
— On vous envoie le reste ! Saluez Charlie et Rain pour moi.
— Je n'y manquerai pas.
L'hologramme disparut tandis qu'hommes, femmes et enfants embarquèrent à bord de l'arche.
Au même moment, l’écran virtuel du casque de Patricia indiqua un appel entrant qu'elle accepta.
— Salut Dylan !
— Alors ? Comment ça va là-bas ?
— Nickel. On vient d'arriver. L'embarquement est en cours.
— Parfait ! On est dans les temps. Si tout continue comme ça, on aura fini dans six semaines.
— Tant mieux. J'ai hâte de découvrir ma nouvelle piscine !
— Il t'en fallait une ? Mince...
Il rirent.
— Bon allez, poursuivit Dylan, vous en avez fini pour aujourd'hui. Rentrez à la base et prenez une perm bien méritée.
— A vos ordres, Commandant. Tu seras avec nous ce soir ?
— Je peux pas. Je dois encore gérer les derniers détails pour la cérémonie d'après-demain.
— Comme tu veux. Tu sais où nous trouver.
— Prenez soin de vous. Bye.
— Bye !
Jake vint vers elle.
— Allez, viens, on se rentre ! Le Commandant a donné ses ordres !
— Alors ne traînons pas !
Il l'embrassa tendrement.
Dans les files qui attendaient, de nombreuses personnes les observèrent avec tendresse, jalousie, ou dégoût.
Les deux pilotes remontèrent à bord de leurs engins et allumèrent les moteurs.
Les deux chasseurs s'élevèrent bientôt au-dessus du sol.
— Le premier arrivé ? Proposa Jake.
— Go !
Et ils disparurent vers l'horizon, en quelques secondes, sous les regards ébahis des nombreux enfants présents.