Les Chroniques de Methos

Chapitre 17 : Partie II : Le prince vaudou - Chapitre 6: Contrepoint

3653 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 24/05/2021 11:16

Octobre 1999, Dodomé, Bénin

Le bruit de moteur se perdait, étouffé par le sable brûlant qui s'étendait à perte de vue. Émilie portait un foulard sur le visage ainsi qu’une paire de lunettes teintées pour se protéger de la poussière autant que du soleil pourtant voilé ce jour-là. C'était la première fois qu'elle venait en Afrique, et le paysage ne la décevait pas.

-Quand arriverons-nous au prochain village ? demanda-t-elle à son guide et pilote, en parlant d’une voix forte pour couvrir le vacarme de la taule qui crissait à chaque trou dans la route inégale.

-D'ici une demi-heure, répondit le jeune homme.

Il s'appelait Djibril et la jeune anthropologue l'avait rencontré la veille à Porto Novo.

           Ils continuèrent de rouler en silence pendant encore une vingtaine de minutes puis ils aperçurent enfin quelques bâtisses en pierre. Djibril se gara à l'entrée du village et les deux visiteurs poursuivirent à pied.

           Les femmes évitèrent leurs regards et poussèrent leurs enfants à l'intérieur des habitations. C'était la troisième expédition de la jeune anthropologue, et elle ne se souvenait pas avoir suscité si peu de curiosité de la part des autochtones. Soudain, trois hommes armés sortirent d'une des maisons et les tinrent en joue.

Ils hurlaient et Émilie sentit monter en elle une vague de panique. L'un des hommes s'approcha d'elle et la saisit par les cheveux, lui arrachant un cri perçant de douleur et de surprise. Djibril essaya de parlementer, mais l'homme serrait de plus en plus fort.

Agacé, l'un des deux autres hommes armés s'avança à son tour vers Djibril. Il le frappa au visage d'un coup de crosse si violent que le guide en vacilla et tomba à genoux, à moitié sonné. L'homme cala ensuite le fusil contre son épaule et tira presque à bout portant sous le regard horrifié de la jeune femme.

Émilie laissa échapper un hurlement déchirant tandis que le corps encore chaud de Djibril s'effondrait au sol.

           

***

 

Avril 2003, Paris, France

           -Émilie ! appelait la voix lointaine d'Adam. Émilie, réveille-toi ! Émilie !

La jeune femme se réveilla en sursaut. Elle était couverte de sueur et il lui fallut plusieurs secondes pour reprendre ses esprits. Methos avait allumé sa lampe de chevet et tenait sa future épouse toujours fermement par les épaules, un air de profonde inquiétude ancré sur le visage.

-Adam, souffla-t-elle en le reconnaissant. Qu'est-ce que... ?

-Tu as fait un cauchemar, répondit l'Immortel en la relâchant. C’est fini, maintenant.

Émilie se redressa en position assise et vida d'une traite le verre d'eau posé sur sa table de nuit. Sa respiration était encore saccadée et elle ne remarqua pas les marques de griffures qu'elle avait infligées à son compagnon. L'Immortel ne se souciait guère de ces égratignures qui auraient tôt fait de disparaître.

-Émilie, de quoi as-tu rêvé ? demanda-t-il très sérieusement en scrutant son visage, à l’affût de la moindre réaction.

-J'ai rêvé... commença la jeune femme, qui essayait toujours de reprendre son souffle.

Elle s'interrompit, les sourcils froncés dans un effort de concentration.

-Je ne me rappelle plus, dit-elle enfin.

C'était un mensonge.

Elle savait parfaitement de quoi elle avait rêvé car elle continuait de voir ces images à chaque fois qu'elle battait des paupières. Elle pensait avoir surmonté le traumatisme depuis longtemps – elle n'avait d'ailleurs eu que peu d'inquiétudes à partir pour l'Éthiopie – mais de toute évidence, Amanda avait fait remonter ces terribles souvenirs à la surface en fouillant dans ses affaires.

-Tu es sûre ? insista Methos avec compassion. Tu as crié le nom d'un homme... Djibril...

-Je ne connais aucun Djibril, répondit la jeune femme d'un ton un peu trop catégorique pour être sincère.

Elle se leva d'un bond et alla se passer de l'eau sur le visage tandis que Methos restait assis dans le lit en attendant son retour. Lorsqu'Émilie se glissa à nouveau entre les couvertures, elle s'efforça d'afficher un sourire rassurant.

-Ce n'était qu'un mauvais rêve, assura-t-elle en l'embrassant. Ce sont des choses qui arrivent. Demande à Cassandra, ajouta-t-elle en s’efforçant de sourire.

Methos plissa les yeux mais se garda bien de faire le moindre commentaire. La jeune femme se coucha sur le côté et cala son dos contre la peau agréablement chaude de l'Immortel. Methos éteignit à nouveau la lumière, puis passa son bras autour de sa poitrine et la serra fort contre lui.

           Il ne la croyait pas une seule seconde lorsqu'elle disait ne plus se souvenir de son rêve, tout comme il était persuadé qu'il ne s'agissait pas d'un simple cauchemar. Elle avait littéralement hurlé de terreur et s'était débattue avec véhémence lorsqu'il avait essayé de la réveiller. C'était comme si elle avait vu un fantôme particulièrement effrayant.

 

            Ni l'un ni l'autre ne dormit beaucoup cette nuit-là, mais aucun d'entre eux ne reparla du mauvais rêve de l'anthropologue le lendemain matin. Émilie avait rendez-vous avec Saint Clair pour faire le point sur sa conférence sur les Mursi qui avait eu lieu la veille, et Methos avait l'intention d'avancer dans la rénovation de l'appartement. Tout du moins, c'est ce qu'il disait.

           Il avait beau respecter le silence de sa compagne, il n'arrivait pourtant pas à se débarrasser de l'idée qu'elle lui cachait quelque chose de vraiment important. Quelque chose qu’il devait savoir pour être un bon mari. À l’instant même où elle eut passé la porte pour se rendre à son rendez-vous, Methos décrocha son téléphone et appela Amanda.

-Merci d'avoir fait si vite, dit-il lorsque l'Immortelle sonna à sa porte, à peine trois quarts d’heure plus tard.

-Raconte-moi ce qu'il s'est passé, encouragea Amanda tandis que Methos lui préparait un café au lait.

L'Immortel l'invita à s'installer dans un fauteuil puis lui parla de la panique nocturne dont avait été victime l'anthropologue la nuit précédente.       

-Hm, lâcha Amanda en posant sa tasse sur la table de salon.

-Quoi ? la pressa Methos.

À contrecœur, Amanda raconta à Methos qu'elle avait un peu fouillé dans les affaires d'Émilie et lui parla du journal qu'elle avait, à son grand regret, seulement pu commencer à lire.

-Donc, ce Djibril existe, résuma l'Immortel.

Il se laissa tomber contre le dossier de son fauteuil en forme de trône et resta un moment silencieux.

-Je ne savais même pas qu'elle était allée au Bénin, reprit-il d'un air absent. Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer pour qu'elle en fasse de tels cauchemars ?

-Elle ne t'a jamais rien dit ? interrogea Amanda d’un ton compatissant.

-Non, répondit Methos. Elle a juste...

Il marqua une pause, perdu dans ses pensées.

           « Et j'ai ramassé les bouts de verre, j'ai recollé tous les morceaux, tout était clair comme de l'eau. »[1]

-Quoi ? l'encouragea l'Immortelle.

-Tu te souviens du soir où je l'ai demandée en mariage ? reprit Methos d'une voix lente en se redressant un peu sur son siège.

-Comment oublier un tel fiasco ! ironisa Amanda en reprenant sa tasse de café.

Methos lui lança un regard noir avant de poursuivre :

-Mac lui a demandé si c'était sa première fois en Afrique, rappela-t-il, et elle n'a pas donné de réponse claire, comme si elle ne voulait pas qu'on sache qu'elle avait déjà été sur le continent africain... Ou plutôt, comme si elle essayait de l’oublier…

-Exact, acquiesça Amanda en se redressant à son tour, se souvenant soudain. Elle aussi dit quelque chose du genre « C'est la peur qui nous garde en vie ».

Les deux Immortels se regardèrent un moment d'un air alarmé puis Amanda poussa un profond soupir.

           « Contre le passé y’a rien à faire, il faudrait changer les héros dans un monde où le plus beau reste à faire. »[1]

-Quoi qu'il ait pu se passer il y a trois ans au Bénin, elle y a survécu, souligna-t-elle d'une voix rassurante. C'est la seule chose qui compte.

-Non, désapprouva Methos. Pas si ça revient la hanter des années plus tard.

À ces mots, il se leva, attrapa sa veste et son épée et se dirigea vers la porte.

-Où est-ce que tu vas comme ça ? demanda Amanda en se levant à son tour.

L'Immortel se retourna vers son amie et la dévisagea d'un air grave :

-Je ne veux plus de secrets, déclara-t-il d’une voix assurée. Plus de mensonges. J'aime Émilie et j'ai besoin de savoir ce qui l'effraie à ce point. Je veux que notre mariage soit basé sur l'honnêteté et la confiance, même si ça veut dire que je dois lui avouer mes pires erreurs en retour.

Sans ajouter un mot, il se détourna à nouveau et tendit la main vers la poignée de la porte.

-Methos, ne fais pas ça ! prévint Amanda d'un ton sincèrement préoccupé. Tu risques de la perdre !

L'Immortel se figea puis fit lentement volte-face.

-J'imagine que tu es au courant pour Cassandra... ? questionna Methos d'un ton boudeur.

-Oui, avoua Amanda en se tordant les doigts d’un air gêné. Duncan m'a tout raconté.

-Et tu supportes de rester dans la même pièce que moi ? ironisa l'Immortel.

-Je n'ai jamais été une sainte, répondit Amanda le plus sérieusement du monde en faisant un pas en avant, et je n'en serai jamais une. En cinq mille ans, on a le temps d'en faire, des erreurs ! Et il faut bien survivre... Ce n'est pas moi qui te jetterai la première pierre. Ce que tu as fait à l'époque était mal, c'est sûr, mais tu n'es plus cet homme-là et je ne crois pas qu'Émilie puisse trouver mari plus aimant que toi. Je ne pense vraiment.

-Merci, souffla Methos, soulagé.

C’était assez incroyable, mais ces quelques mots avaient suffi à le délester d’une partie du poids qu’il continuait de porter sur ses épaules, même après trois mille ans.

-Tu n'as pas à me remercier, affirma l'Immortelle. Ce sont les gens comme Duncan, si parfaits et irréprochables, qui nous donnent l'impression d'être des minables. Mais la vérité, c'est que ce sont eux, les anomalies statistiques. Pas nous.

Le regard de Methos s'éclaira et il adressa à Amanda un sourire empreint de reconnaissance mêlée d'approbation.

-Espérons qu'Émilie soit aussi compréhensive que toi, reprit-il néanmoins, toujours aussi décidé à lui dire la vérité. Ferme la porte en sortant.

Sans prendre note des protestations d'Amanda, il tira sur la poignée et sortit sans ajouter un mot.

           

           L'Immortel se dirigea vers sa voiture d'un pas résolu. Maintenant qu'il avait pris sa décision, il voulait en finir le plus rapidement possible.

Alors qu'il arrivait en vue de sa Volvo garée dans la Rue de la Faisanderie, il ressentit une forte pression dans les tempes et la poitrine. Un Immortel le suivait et il était persuadé qu'il ne s'agissait pas d'Amanda.

Il continua de marcher, dépassant sa Volvo, et s'engouffra sous le porche le plus proche. Il retint son souffle, les oreilles aux aguets et lorsque l'inconnu passa la tête à l'angle du mur, il le tira de toutes ses forces, le plaqua contre la pierre poreuse et glissa un poignard sous son menton.

-N'y pense même pas ! menaça-t-il pour dissuader l'homme de sortir son épée.

Methos était dans un tel état de fureur qu'il ne sembla même pas se rendre compte que l'étranger avait la carrure de MacLeod.

-Je ne suis pas venu pour vous ! s'écria l'inconnu en levant les mains en signe de rédemption, dans l'espoir de calmer son assaillant.

-Et il faudrait que je te croie sur parole ? rugit Methos en appuyant un peu plus la lame contre sa pomme d'Adam.

Son scepticisme quant à la vision de Cassandra avait soudain fait place à la crainte de la voir se réaliser.

-Je suis à la recherche d'un Immortel, c'est vrai, admit l'homme, mais celui que je cherche est africain. C'est la vérité, je vous jure !

La bouche de Methos s'étira alors dans un drôle de sourire. L'Immortel abaissa doucement son poignard et l'étranger poussa un soupir de soulagement. Mais le sourire de Methos se transforma soudain en rictus et le visage de l'inconnu se figea dans une expression de stupeur épouvantée : Methos venait de lui planter son poignard dans le cœur.

           Le corps du s’écroula sur lui-même tandis que le son régulier de talons qui claquent le trottoir bitumé s’approchait de plus en plus.

-Adam, qu'est-ce que tu fabriques ? s'affola Amanda en apparaissant tout à coup à l'ombre du porche.

Pour toute réponse, Methos se contenta de retirer sa lame de la poitrine de l'inconnu, qui glissa le long du mur – mort.

-Tu exagères, soupira Amanda en dévisageant son ami d'un air exaspéré.

-Au lieu de me faire la leçon, trouve-moi plutôt quelque chose pour le ligoter avant qu'il ne se réveille, répliqua l'Immortel.

Amanda pinça les lèvres et jeta un regard à droite et à gauche pour s'assurer que la rue était déserte. Puis elle sortit lentement une paire de menottes de la poche de son blouson, qu'elle tendit à Methos. L'Immortel s'en saisit d'un air surpris mais ne fit aucun commentaire. Il n’avait pas besoin de savoir à quel genre de jeux érotiques ses amis se livraient lorsqu’ils se retrouvaient seuls.

-Aide-moi à le mettre dans le coffre, dit-il en tirant le corps de l'étranger après lui avoir attaché les mains dans le dos et l'avoir privé de son glaive à la lame ondulée.

Franchement agacée, Amanda le fusilla du regard, mais s'exécuta.

           L'Immortel avait complètement oublié qu'il voulait parler à Émilie. La seule chose qui comptait à cet instant, c'était de découvrir qui était ce type et ce qu'il lui voulait. L'étranger se réveilla alors qu'ils étaient en route, ils l'entendaient remuer dans le coffre. De toute évidence, il n’était pas très content de la manière dont ils le traitaient, mais cela n’avait pas la moindre importance aux yeux de Methos.

 

***

 

           Émilie referma la porte bleu turquoise du 7, Rue des Canettes après son rendez-vous avec Léon. Elle n'avait pas fait autant de recettes que l'année précédente, mais elle était loin d'avoir causé le même émoi qu'en parlant du cannibalisme chez les Korowai.

Elle regarda sa montre et, jugeant qu'elle pourrait toujours prétexter que l'entretien s'était éternisé, elle décida de prendre le bus et de se rendre au Blues Bar avant de rejoindre son fiancé dans l'appartement en travaux.

           Comme à son habitude hors des horaires d'ouvertures, elle dut entrer par la porte de service qui donnait sur une cour derrière le bâtiment. Joe était seul, assis à une table, entouré de classeurs et d'une calculatrice, un stylo à la main.

-Bonjour, dit-elle pour lui signaler sa présence.

-Émilie ! s'écria-t-il en sursautant.

-Je suis désolée, je ne voulais pas vous faire peur, assura-t-elle en s’avançant lentement vers lui.

-Si tu cherches Adam, je ne l'ai pas vu de la matinée, déclara-t-il.

-Je sais, il voulait avancer dans les travaux, lui apprit Émilie. En fait, ajouta-t-elle d’une voix mal assurée, c'est pour ça que j'en profite pour venir maintenant...

-Allons bon ! s'exclama le Guetteur, quelque peu intrigué. Prends une chaise et dis-moi ce que tu as sur le cœur.

La jeune femme s'exécuta et écouta un instant la chanson de Téléphone qui passait à la radio :

           « On joue sa vie comme on joue au flipper. Déjà tout môme on flippe de bumper en bumper. On gagne, on perd, et toujours on espère pouvoir s'en refaire une petite gratuite. »[2]

Un peu ironique, pour quelqu'un qui fréquente des Immortels, pensa-t-elle. Puis voyant que Joe la dévisageait d'un air de plus en plus impatient, elle prit une grande inspiration :

-Je ne vais pas y aller par quatre chemins, annonça-t-elle en jetant à Joe un regard pénétrant. Je veux savoir pourquoi Adam et Cassandra se détestent à ce point.

L'homme poussa un profond soupir qui ressemblait presque à une plainte, creusant les rides de son visage. La jeune femme avait toujours trouvé qu'il avait l'air beaucoup plus vieux qu'il ne l'était en réalité, et cette impression ne fit que s'accentuer.

-Vous le savez, n'est-ce pas ? insista la jeune femme.

-Oui, je le sais, admit le Guetteur à contrecœur. En revanche je ne crois pas que toi, tu veuilles vraiment le savoir.

-C'est donc si moche que ça... ? en conclut-elle avec un pincement au cœur.

Elle avait espéré qu’il ne s’agissait que d’une banale querelle d’amoureux, le genre de chose qu’on pouvait aisément pardonner, mais de toute évidence, c’était bien plus grave que ça.

-Écoute, Émilie, répondit Joe d'un air grave. Ce qui s'est passé entre eux il y a trois mille ans, c'est eux que ça regarde.

-Ce n'est pas une réponse, rétorqua la jeune femme d'une voix tremblante.

-C'est la seule que tu auras de ma part, assura cependant le Guetteur.

À ces mots, Émilie se leva, furieuse et inquiète.

Elle remercia Joe avec toute la mauvaise foi dont elle était capable et s'éloigna en direction de la porte. À peine avait-elle fait quelques pas qu'un doute traversa subitement l'esprit de Joe : et si l'anthropologue allait trouver Cassandra pour lui poser elle-même la question ? Nul doute que l'Immortelle se ferait une joie de tout lui expliquer en détails. Le risque était trop grand, il fallait qu'il intervienne.

-Émilie, attends, soupira-t-il d'un ton résigné.

La jeune femme se figea sur place et se retourna lentement. Comprenant qu'elle ne reviendrait pas s'asseoir, Joe saisit sa canne et se leva à son tour.

-Je ne pense pas avoir le droit de te raconter ce qu'il s'est passé, reprit-il en s'avançant vers elle en boitant. Après tout, je n'y étais pas. Cependant, je peux te dire ceci : Cassandra est une femme fière mais aussi très seule. Elle continue de haïr le souvenir du Methos qu'elle a connu parce que c'est la seule chose qu'elle a en ce bas monde. C'est ce qui la pousse à vouloir survivre, tu comprends ? Mais elle sait qu'il n'est plus cet homme-là aujourd'hui et d'une certaine manière, elle respecte ce qu'il est devenu. La preuve : cela fait presque deux semaines qu'elle se trouve à Paris... Ne crois-tu pas qu'elle serait déjà venue te trouver si elle pensait que ses vieux démons avaient la moindre pertinence pour toi ?

Joe avait parlé d'une voix ferme mais sans la moindre agressivité, pourtant Émilie baissa les yeux comme un enfant que l'on sermonne et ne répondit pas.

-Tu peux me croire, ajouta-t-il, je ne te laisserais pas te marier avec lui si j'avais le moindre doute à son sujet. De même pour Mac et Amanda.

Ces paroles semblèrent réconforter Émilie à défaut d'éclairer toutes les zones d'ombres, car elle releva la tête, le regard brillant d’un nouvel espoir, et serra Joe dans ses bras.

-Merci, chuchota-t-elle.

Elle relâcha son étreinte et essuya les larmes qui avaient perlé entre ses cils.

-Merci, répéta-t-elle.

Joe lui adressa un sourire soulagé et la regarda s'éloigner. Elle venait de poser la main sur la poignée lorsque la porte de service s'ouvrit à la volée, la faisant à son tour violemment sursauter.

-Amanda ! s'écria la jeune femme en posant sa main sur son cœur. Tu m'as fichu une de ces frousses !

L'Immortelle ouvrit la bouche d'un air stupéfait puis lança à Joe un regard alarmé, auquel le Guetteur répondit d'un froncement de sourcils intrigué.

Methos apparut bientôt derrière elle, guidant un homme noir immense avec la pointe de sa lame.

           Le visage d'Émilie se décomposa tandis qu'elle détaillait les traits de l'étranger :

-Mwindo ? lâcha-t-elle dans un hoquet de surprise.

 

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[1] Daniel Balavoine Tous les cris les SOS (1985) 

[2] Téléphone Flipper (1977)

Alors, d'après-vous, d'où Émilie connait-elle Mwindo ? Et surtout: qui est-il ?

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