Les Chroniques de Methos

Chapitre 15 : Partie II : Le prince vaudou - Chapitre 4 : Bémol

3917 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 09/05/2021 11:41

Avril 2003, Paris, France

Les mois passèrent, emportant avec eux les tempêtes de neige de janvier et février, puis les giboulées de mars. Lorsqu'avril arriva, le thermomètre affichait des températures presque estivales, pour le plus grand soulagement des parisiens.

           Un taxi s'arrêta Quai de la Tournelle par une belle matinée ensoleillée, et une femme en descendit. Elle releva ses lunettes noires d'un geste gracieux, dévoilant ses jolis yeux verts, et scruta les pontons. Grâce à la description de MacLeod, elle n'eut aucun mal à reconnaître la péniche en tôle anthracite. Elle déposa un billet dans la main du chauffeur et le remercia avant de monter sur la passerelle. Elle sut aussitôt qu'un Immortel se trouvait à proximité.

-Duncan ? appela-t-elle en ouvrant la porte de la cabine.

Elle descendit prudemment les marches et se retrouva dans une longue pièce qui semblait servir à la fois de salon, de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher. La décoration était plutôt spartiate mais par conséquent, intemporelle.

-Cassandra ? s'étonna MacLeod en la reconnaissant. Quelle joie de te revoir !

Il se leva d'un bond, jetant négligemment le livre qu'il était en train de lire sur la table de salon, et la serra dans ses bras en signe de bienvenue.

-Moi aussi je suis heureuse de te voir, répondit la femme lorsqu'ils eurent relâché leur étreinte.

MacLeod n’avait pas changé mais cela n’avait vraiment rien d’étonnant. Il l'invita à s'asseoir puis se dirigea vers le coin cuisine.

En s'installant sur le canapé, l'Immortelle aperçut quelque chose sur la table basse qui retint son attention. Elle tendit le bras pour s'en saisir : il s'agissait d'un carton d'invitation pour le mariage d'Émilie Dumont et d'Adam Pierson, le 21 juin.

Si les deux noms lui étaient inconnus, Cassandra reconnut néanmoins l'homme sur la photo.

           MacLeod esquissa un mouvement comme pour se retourner et l'Immortelle glissa l'invitation dans la poche de sa veste avant d'être prise en faute. Par chance, l’Écossais ne sembla rien remarquer.

-Quel bon vent t'amène dans la capitale française ? demanda-t-il en lui tendant une tasse de café.

-Rien de particulier, mentit l'Immortelle, le visage toujours blême mais en s’efforçant néanmoins de sourire. Je voulais juste voir comment tu allais.

MacLeod se laissa tomber contre le dossier du fauteuil et prit son temps avant de répondre :

-Je vais bien, dit-il enfin. Toi aussi ?

-Moi ? s'écria l'Immortelle d'une voix aiguë qui n'avait rien de naturelle. Oui, très bien.

-Cassandra, reprit l'Écossais en se penchant en avant pour poser sa tasse fumante sur la table, je ne suis pas célibataire.

-Quoi ? hoqueta la femme aux cheveux châtains. Oh non... Je veux dire, tant mieux... Je ne suis pas là pour ça...

-Ouf ! souffla MacLeod en reprenant son mug, un sourire malicieux pendu aux lèvres. Amanda est du genre jalouse…

L'Immortelle lui adressa un sourire qui n'avait rien de joyeux et qui ne parvenait pas à masquer l'état de panique dans lequel elle se trouvait. Elle s'en rendit compte et avala une gorgée de café qui lui brûla la gorge.

-Dans ce cas, je ne vais pas te déranger plus longtemps, dit-elle en se levant précipitamment. Merci pour le café.

À ces mots, et avant que MacLeod ait eu le temps de la retenir, elle remonta sur le pont, laissant sa tasse à peine entamée sur la table de salon.

           Une fois de retour sur le quai ensoleillé, Cassandra s’éloigna à grandes enjambées et ne s’arrêta qu’une fois hors de vue de la péniche. Après avoir jeté un regard suspicieux aux alentours, elle sortit de sa poche le carton d'invitation qu'elle avait subtilisé quelques minutes plus tôt.

Elle haïssait ce visage qui lui souriait en noir et blanc, comme s’il la narguait. Ce visage l'avait trop fait souffrir. Pourtant, c'était justement pour lui qu'elle était venue.

Réprimant l’envie de déchirer l’invitation pour ne plus voir le sourire de son ancien bourreau, Cassandra ravala un sanglot et redressa la tête d’un air digne. Sa mission était beaucoup plus importante que ses sentiments personnels.

 

***

 

           « Ma chambre a la forme d'une cage. Le soleil passe son bras par la fenêtre. Les chasseurs à ma porte comme des petits soldats qui veulent me prendre... »[1]

           Le son du lecteur CD posé dans le salon était si fort que Methos l'entendait du bureau. Depuis qu'Émilie avait accepté sa demande en mariage, le couple avait dû se rendre à l'évidence : ils ne pouvaient pas se marier et continuer à vivre dans leurs studios respectifs. Ils s'étaient donc mis à la recherche d'un nouveau nid d'amour et avaient finalement trouvé un appartement près du Square Lamartine. L'endroit était lumineux et spacieux, mais nécessitait quelques rénovations.

Methos était occupé à poser du parquet flottant lorsqu'on frappa à la porte.

           Comprenant aussitôt qu'il s'agissait d'un Immortel, il s'empara de son épée – dont il ne se séparait jamais –, tourna la poignée et tendit la lame sous le cou du visiteur inattendu.

-Cassandra ? s'étonna-t-il en la reconnaissant.

-Methos, répondit-elle en lui jetant un regard de biais.

Il hésita un instant puis finit par baisser sa garde. L'Immortelle aux longs cheveux châtains passa devant lui et entra dans l'appartement sans même y avoir été invitée.

-Mais je t'en prie, fais comme chez toi, ironisa-t-il en refermant la porte derrière elle. Comment est-ce que tu m'as trouvé ? questionna-il encore.

           « Je ne veux pas travailler » chantait la voix d'Émilie dans le salon. « Je ne veux pas déjeuner. Je veux seulement l'oublier et puis je fume. »[1]

           Cassandra jeta un regard agacé en direction de la musique puis sortit le carton d'invitation de sa poche et le tendit à Methos.

-Je suis passée chez Duncan, expliqua-t-elle, et j'ai trouvé ça.

Methos lui arracha le carton des mains et le glissa dans la poche arrière de son jean.

-Tu vas vraiment te marier ? demanda l'Immortelle en plissant les yeux avec mépris.

-Qu'est-ce que ça peut te faire ? répliqua sèchement Methos.

-Est-ce qu'elle sait au moins...

-Que je suis Immortel ? coupa-t-il. Oui, elle le sait.

-Et est-ce qu'elle sait quel genre d'homme tu as été ? Quel genre d'homme tu es ? insista Cassandra, le regard flamboyant.

Il savait parfaitement ce à quoi elle faisait allusion, même s’il se donnait toujours beaucoup de mal pour faire comme si ce n’était jamais arrivé.

-Elle n'a pas besoin de savoir toutes les erreurs que j'ai commises, s'impatienta l’Immortel. Et je te déconseille vivement de le lui dire !

Il avait parlé de son ton le plus menaçant et s’était approché d’un pas, comme pour appuyer ses propos.

-Sinon quoi ? interrogea Cassandra d'un air de défi. Tu me trancheras la gorge ?

-Exactement, assura Methos dont le regard lançait des éclairs de fureur.

Les deux Immortels se toisèrent un moment avec une haine réciproque, puis Methos reprit la parole :

-C'est tout ce que tu voulais ? demanda-t-il sèchement.

-Non, répondit Cassandra. Je suis venue parce que j'ai eu une vision.

-Une vision ? répéta Methos avec un scepticisme à peine voilé.

-Je t'ai vu mourir, ajouta-t-elle, la gorge sèche.

-Ah vraiment ? fit l'Immortel d'un ton caustique. J'aurais pensé que ça te ferait plutôt plaisir...

-Je me fiche de savoir si tu vas vivre ou mourir, répliqua Cassandra d'un ton brusque. Mais ta mort aurait des conséquences désastreuses pour tous les Immortels. Que ça me plaise ou non, il me faut empêcher que ça se produise.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Methos la jaugea du regard. Il ne croyait ni en la magie ni en la voyance, mais il savait que Cassandra avait autrefois été pythie et que certaines de ses prédictions s'étaient réalisées. Alors était-ce encore l’une de ses ruses, ou disait-elle la vérité ? Dans le doute, il préférait écouter ce qu'elle avait à dire.

-Et tu sais quand ça va arriver ? questionna-t-il encore avec méfiance.

-Dans un avenir proche, assura-t-elle.

-Laisse-moi deviner... reprit Methos d'un air caustique. Avant le 21 juin ?

-Je n'en sais rien, répondit-elle.

Évidemment !

-C'est tout de même une drôle de coïncidence ! s'exclama l'Immortel dans un rictus. Que tu prédises ma mort justement le jour où tu apprends mon mariage !

-Tu crois que je mens ? s'écria-t-elle d'un air sincèrement offensé.

-Je crois effectivement que tu me détestes assez pour faire tout ce qui est en ton pouvoir pour saboter mon mariage ! s'énerva-t-il.

           Dans la pièce voisine, Émilie avait soudain cessé de chanter. Elle posa ses pinceaux, s'essuya les mains sur son bleu de travail et suivit les éclats de voix qui résonnaient dans l'appartement vide. Elle apparut bientôt dans le couloir et aperçut les deux Immortels en train de se disputer.

-Est-ce que tout va bien ? demanda-t-elle en s'approchant prudemment, remarquant que Methos tenait toujours son épée à la main.

-Oui, assura-t-il en s'efforçant de sourire, mais il ne parvint qu’à lui faire se dresser les cheveux sur la nuque. Cassandra est une vieille connaissance, elle venait nous féliciter pour le mariage, ajouta-t-il, ce qui était clairement un mensonge. Elle allait justement partir.

Émilie continuait d'observer les deux Immortels d'un air méfiant, tandis que ceux-ci se foudroyaient encore mutuellement du regard. Après un instant d'hésitation, Cassandra tourna lentement les talons et sortit de l'appartement en claquant la porte.

           Émilie attendit quelques secondes pour être sûre que la femme était bel et bien partie avant de se précipiter vers Adam.

-C'est une coutume chez les Immortels, lança-t-elle d’un ton accusateur, de se hurler dessus pour se féliciter ?

Sans prendre la peine de répondre, Methos fit volte-face et disparut dans le bureau, l'anthropologue sur ses talons. Croire qu’elle le laisserait s’en sortir aussi facilement, c’était décidément bien mal la connaître !

-Cette femme, reprit-elle, qui est-ce ?

-Je te l'ai dit, grogna Methos en refusant de la regarder en face. Une vieille connaissance.

-Vieille comment ? insista encore Émilie.

Methos poussa un soupir résigné et se passa une main sur le visage, puis il se retourna vers elle, cherchant visiblement quoi dire.

-C'était à l'âge du Bronze, expliqua-t-il finalement d’une voix lente. Ça doit faire dans les trois mille ans.

-Pas mal, souffla Émilie, impressionnée.

Elle hésita une seconde, puis prit une nouvelle inspiration :

-Est-ce que vous étiez amants ? demanda-t-elle à mi-voix.

Methos se crispa légèrement. S'il ne faisait pas très attention, la conversation pouvait rapidement tourner à la catastrophe.

-Tu m'as dit un jour, commença-t-il prudemment, que tu ne tenais pas à connaître tous les détails de ma vie sentimentale...

-C'est vrai, admit Émilie en se tordant les doigts d'un air gêné, mais c'est différent lorsque j'ai un visage devant les yeux...

Contre toute attente, la figure de l'Immortel s'illumina d'un large sourire.

-Dr Émilie Dumont, dit-il en s'approchant, le regard pétillant, serais-tu jalouse ?

-Jalouse ? répéta la jeune femme d'une voix tremblante. Pas du tout !

-Menteuse ! s'exclama Methos d'un ton ravi.

Il tendit les bras et commença à la chatouiller partout où il pouvait l'atteindre. La jeune femme se trémoussait, riant aux éclats, jusqu'à ne plus avoir de souffle.

-Tu n'as pas à t'en faire, assura Methos avec sérieux, tandis qu’il la tenait fermement entre ses bras. Le passé, c'est le passé. Il n'y a que le présent qui compte.

-« I don't predict the future, I don't care about the past »[2], récita Émilie.

-Exactement, acquiesça l'Immortel.

Émilie se hissa alors sur la pointe des pieds et l'embrassa :

-Je t'aime, chuchota-t-elle avant de quitter la pièce avec un sourire coquin.

 

           Methos la regarda s'éloigner dans le couloir et attendit qu'elle ait disparu dans le salon avant de fermer la porte du bureau et de sortir son téléphone portable de sa poche.

-Joe, c'est moi, dit-il aussi bas que possible dès que son ami eut enfin décroché.

-Methos ? s'étonna le Guetteur. Pourquoi est-ce que tu chuchotes ?

-Parce ce que je ne veux pas qu'Émilie m'entende ! répondit l'Immortel. Cassandra est à Paris, ajouta-t-il d'une voix légèrement paniquée.

-Oui, je sais, admit Joe à contrecœur. Son Guetteur m'a informé qu'elle avait quitté précipitamment son chalet près d'Ålesund, en Norvège, et pris l'avion pour la France.

-Est-ce qu'il a dit autre chose ? insista Methos. Elle m'a raconté avoir eu une vision, mais je ne suis pas sûr de pouvoir la croire.

-Quel genre de vision ? interrogea le Guetteur d’une voix pressante.

-Elle dit avoir vu ma mort, répondit Methos. Mais Joe, elle sait pour le mariage !

-Comment ?

-Elle a trouvé l'invitation chez Mac, expliqua l'Immortel avec amertume. Cette histoire de vision, ça pourrait aussi bien être un mensonge pour détourner mon attention et s'approcher d'Émilie.

-Possible… Mais si elle dit la vérité ? s'inquiéta Joe.

-Joe ! coupa Methos d'une voix déterminée. Il faut que ton Guetteur découvre ses intentions. Il n'y a que lui qui puisse obtenir des réponses objectives.

Joe ne répondit pas tout de suite.

-Tu te rends compte de ce que tu me demandes encore ? râla-t-il à l'autre bout du fil.

-S'il te plait, Joe ! insista l'Immortel d’une voix presque suppliante.

Remarquant que son ami hésitait toujours, il ajouta :

-Tu as accepté d'être mon témoin, rappela-t-il, tu dois faire en sorte que le mariage ait lieu. Pour ça il faut qu'Émilie n'apprenne jamais ce qu'il s'est passé entre Cassandra et moi, et que j'évite de me faire tuer. Dans les deux cas, il faut que tu gardes un œil sur elle.

Le Guetteur poussa un soupir agacé, puis finalement, abdiqua :

-Je vais me débrouiller, abdiqua-t-il.

-Merci Joe, répondit Methos. Tu es...

-Le meilleur ami que tu aies jamais eu, coupa le Guetteur. Oui, oui, tu m'as déjà dit ça la dernière fois que tu m'as demandé un service.

-Je te revaudrai ça ! assura l'Immortel.

-Tu as un sacré paquet de dettes, répliqua Joe d'un ton à la fois exaspéré et légèrement amusé. Tu en as conscience, au moins ?

 

***

 

           En quittant le Square Lamartine, Cassandra erra d'abord dans les rues de Paris et s’arrêta un moment sur les bords de Seine devant les jardins du Trocadéro, avant de finalement monter dans un taxi.

-Où est-ce qu’on va, ma p’tite dame ? questionna le chauffeur en la regardant dans son rétroviseur.

Cassandra prit son temps pour répondre. Elle ne connaissait que Duncan et Methos dans la capitale française, et si elle ne pouvait parler à aucun des deux, elle ne savait plus vers qui d'autre se tourner.

-Vous connaissez une église ouverte mais pas trop fréquentée par les touristes ? lui demanda-t-elle au bout d’un moment.

L’Immortelle n'avait jamais été une adepte du christianisme – en particulier du catholicisme réactionnaire et misogyne – mais la plupart des lieux sacrés des pays d'Europe étaient des églises.

-Euh… fit le chauffeur, les sourcils froncés par une intense réflexion. Je vous dirais bien Saint-Sulpice, mais je ne peux pas garantir qu’il n’y aura pas de touristes. En tout cas, y’en aura sans doute moins qu’à Notre Dame ou au Sacré Cœur…

À ces mots, Cassandra hocha la tête et le taxi se mit en route.

Vingt minutes plus tard, l’Immortelle longea l’imposante fontaine de pierre blanche surmontée de statues d’évêques de la place Saint-Sulpice puis traversa le péristyle orné de colonnes pour entrer dans l’église. Sans prendre la peine de se signer ni même de lever la tête vers les voûtes de style baroque, elle remonta la nef centrale d’un pas lent et vint s’asseoir presque sous la chaire de chêne et de marbre aux dorures ostentatoires.

Cassandra ne priait pas – ou plutôt, elle ne priait pas Dieu. Elle savait mieux que quiconque qu'il existait des forces surnaturelles en ce monde. Les Immortels bien sûr, et la magie. Elle-même possédait un don de persuasion très efficace – une sorte d'envoûtement hypnotique qui l'avait souvent tirée de mauvais pas – mais c'était sa prémonition qui la préoccupait le plus ces derniers temps. Et Methos qui refusait tout bonnement de la croire !

           La porte centrale de l’édifice s'ouvrit dans un grincement. Cassandra sentit un courant d'air arriver jusqu'à elle et un bruit de pas claudiquant résonna dans la nef presque déserte.

-Je m'appelle Joe Dawson, déclara le nouveau venu en s'asseyant à côté d'elle avant de poser sa canne contre le dossier du banc devant lui. Vous vous souvenez de moi ?

L'Immortelle dévisagea un moment le visage ridé et barbu de l’homme puis hocha doucement la tête.

-Vous êtes un ami de Duncan, répondit-elle.

-Et de Methos, ajouta le Guetteur.

À ces mots, Cassandra laissa échapper un petit rire sarcastique.

-C'est lui qui vous envoie, j'imagine ? questionna-t-elle avec agacement.

-Oui et non, confia Joe. Parlez-moi un peu de cette vision...

-À quoi bon ? s'énerva-t-elle. Vous n'allez pas me croire de toute façon.

-Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir, souligna-t-il en arquant un sourcil.

L'Immortelle hésita un moment, jaugeant Joe du regard, puis poussa un profond soupir.

-D'accord, abdiqua-t-elle en prenant une grande inspiration.

 

           Cassandra se trouvait seule, debout au milieu du désert. Était-ce le Sahara ? Était-ce le Namib ? Elle n'en savait rien. La seule chose dont elle était certaine, c'était de se trouver sur le continent africain. Il faisait nuit, mais le ciel étoilé éclairait la Terre.

           L'Immortelle observait le vide autour d'elle d'un air perplexe lorsqu'un son métallique au loin rompit le silence. Intriguée, elle escalada une dune, glissant à moitié dans le sable, et atteignit enfin son sommet. De là, elle aperçut une tente de nomades mais ne parvint pas à trouver la source du cliquetis. Ne voyant personne à proximité, Cassandra décida d'aller jeter un œil à l'intérieur de la tente. Elle s'approcha d'un pas prudent, écarta l'un des pans de tissu et étouffa un cri de terreur.

           Des têtes coupées étaient posées partout sous la toile. Il y en avait plusieurs dizaines, des hommes, des femmes, et même quelques enfants. Tous noirs.

           Le bruit de métal s'intensifia et Cassandra comprit qu'il venait de l'autre côté de la tente. Elle sortit avant d’en faire le tour et vit bientôt deux Immortels se battre dans un duel acharné. La lune éclairait la scène et Cassandra ne tarda pas à reconnaître l'un des deux combattants : Methos.

           Son adversaire mesurait une tête de plus que lui et était bien mieux bâti. Sa force était prodigieuse et Methos peinait à parer ses coups. Il dérapa dans le sable, exposant sa nuque de façon dangereuse.

-L'Afrique m'appartient, déclara l'inconnu en levant son épée. Avec ta puissance, je vais conquérir le monde !

La lame fendit l'air et Cassandra fut aveuglée par un éclair de lumière blanche.

 

           Joe écouta attentivement le récit de Cassandra sans pouvoir déterminer si elle disait vrai ou pas. Il était plutôt du genre sceptique – le spirituel, la magie, tout ça… ce n’était pas trop son truc. Pourtant, rien que l’existence des Immortels suffisait à semer le doute dans son esprit.

-Je savais bien que vous ne me croiriez pas, rappela-t-elle d'un ton dédaigneux.

-Je n'ai pas dit ça, se défendit le Guetteur. J'ai juste besoin d'un peu de temps pour mener ma petite enquête.

-Faites donc, répondit l'Immortelle en se levant.

Sans ajouter un mot, elle sortit de l'église, laissant Joe seul face à ses doutes.

 

***

 

           À quelques kilomètres de là, dans une chambre d'hôtel plongée dans la pénombre, un homme était prostré devant un fétiche grossièrement sculpté dans du teck.

Il récita longuement une sorte de prière mystique d'une voix chantante puis se redressa d'un geste lent et saisit délicatement le glaive posé auprès de lui. Il tira la lame ondulée de son fourreau et la tint à la verticale, juste devant son visage.

Quiconque serait entré dans la pièce à cet instant précis aurait eu la peur de sa vie : on ne voyait que les yeux de l'étranger briller dans l'obscurité, éclairés par un reflet sur le métal.

           Un oiseau se posa sur le rebord de la fenêtre et se mit à chanter. L'homme se leva lentement, reposant le glaive, repoussa l’épais rideau et ouvrit doucement la vitre, inondant la pièce du soleil printanier. Il prit le moineau délicatement entre ses mains immenses et l'approcha de son oreille pour mieux l'entendre gazouiller.

Il le libéra quelques secondes plus tard et le regarda virevolter jusqu'à le perdre de vue puis, reprenant ses esprits, l'homme saisit son épée et sortit de la chambre. Il avait suivi les signes jusque dans cette ville impie et celui qu'il cherchait était tout proche, il en était sûr.

 

--------------------------------------------------

[1] Pink Martini Sympathique (1997) 

[2] Dropkick Murphys The State of Massachusetts (2001)


Une idée de l'identité de l'homme à l'oiseau ? :)

Laisser un commentaire ?