Les Chroniques de Methos

Chapitre 12 : Partie II : Le prince vaudou - Chapitre 1 : Discordance

3592 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 18/04/2021 14:19

Novembre 2002, Paris, France

L'air de novembre était frais mais Methos appréciait le picotement du froid sur son visage. Il avait toujours eu l'impression qu'il éclaircissait ses pensées. Et les bords de Seine, si paisibles au milieu de cette ville si mouvementée, étaient l'endroit rêvé pour remettre de l'ordre dans son esprit. Et dans son cœur.

           MacLeod s'était vraiment trouvé l'emplacement idéal pour stationner sa péniche et, bien que Methos refusait de l'admettre, il avait plus que jamais besoin du soutien de son ami.

           Après une longue promenade sur les quais éclairés de timides rayons de soleil, l'homme vieux de cinq mille ans grimpa sur la passerelle et entra dans la péniche. Il ressentit aussitôt cette douleur caractéristique qu'on appelait le « Buzz » dès qu'il s'approchait d'un autre Immortel ; MacLeod devait lui aussi être à bord.

-C'est moi, appela-t-il pour rassurer son ami.

Il descendit l'escalier de tôle et la longue pièce principale du bateau lui apparut bientôt. MacLeod était assis dans un fauteuil, non loin de la cheminée, occupé à aiguiser son épée.

-Methos ! s'exclama-t-il en regardant son ami se laisser tomber sur le canapé après avoir retiré son manteau. Quel bon vent t'amène ?

-J'ai reçu une lettre, répondit Methos sans autre préambule.

-Une lettre ? s'étonna l'Écossais, les sourcils haussés dans une expression de curiosité contenue. 

-Une lettre d'Afrique, précisa Methos avec une grimace en sortant une enveloppe au contour rayé rouge et bleu de la poche de son jean.

-Ah, fit MacLeod avant de pincer les lèvres d'un air contrit. Et qu'est-ce qu'elle dit ?

Il savait de qui cette fameuse lettre devait provenir et pour le moment, il n'arrivait pas à lire sur le visage de son ami s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle.

-Aucune idée, avoua Methos en se laissant tomber contre le dossier du canapé, je ne l'ai pas encore ouverte.

MacLeod hocha la tête d'un air compréhensif. Lui aussi hésiterait sûrement s'il était à la place de Methos.

-Bah... Dis-toi qu'elle peut difficilement être pire que la précédente, déclara-t-il néanmoins.

Methos laissa échapper un petit rire sarcastique tandis qu'il se remémorait les évènements auxquels MacLeod faisait référence.

 

***

Juin 2002, Paris, France

           C'était une belle après-midi de juin qui s'achevait lorsque Methos gara sa Volvo dans le Passage des Récollets, pourtant l'Immortel avait le cœur lourd : il venait chercher Émilie pour la conduire à l'aéroport Charles de Gaulle d'où elle devait partir pour six mois d'étude en Éthiopie. Il aurait voulu pouvoir passer la journée avec elle, mais elle avait eu des détails de dernière minute à régler, et il avait dû se contenter d'une dernière nuit pleine de passion et de tendresse. En cinq mille ans, il avait rarement éprouvé autant de difficultés à laisser partir quelqu'un. 

           Il traversa la rue et tapa le code à quatre chiffres qui déverrouillait la porte d'entrée de l'immeuble en briques rouges puis emprunta l'antique ascenseur jusqu'au septième et dernier étage, où vivait l'anthropologue lorsqu'elle était à Paris. La cabine s'arrêta dans un bruit de ferraille et Adam prit son courage à deux mains pour ouvrir la grille et parcourir les quelques pas qui le séparaient encore de l'appartement. Retenant son souffle, il leva le bras pour frapper à la porte mais son regard fut aussitôt attiré par l'enveloppe blanche marquée de son nom qui était accrochée au panneau par un bout de papier collant. Intrigué, l'Immortel saisit l'enveloppe d'une main tremblante et déplia le mot glissé à l'intérieur : 

 

« Voilà, c'est fini

On va pas se dire au revoir comme sur le quai d'une gare

Je te dis seulement bonjour et fais gaffe à l'amour

Voilà, c'est fini

Aujourd'hui ou demain, c'est le moment ou jamais

Peut-être après-demain je te retrouverai »[1]

– Jean-Louis Aubert

 

Cher Adam,

Au moment où tu lis ces lignes je suis déjà en vol pour l'Éthiopie. J'espère que tu me pardonneras de t'avoir menti sur l'horaire de départ, je n'avais simplement pas le courage d'affronter des adieux qui s'éternisent.

Je te remercie pour ces merveilleux mois passés ensemble, je ne les oublierai jamais.

Prends soin de toi,

Émilie

 

           Le temps semblait s'être arrêté.

Elle n'était pas seulement partie : elle l'avait quitté. Elle lui avait fait ses adieux sur un vulgaire morceau de papier, sans lui donner la moindre chance de la faire changer d'avis. Il avait voulu l'attendre – que représentaient six mois pour quelqu'un âgé de cinq mille ans ? – mais elle avait pris la décision pour lui. Et de quel droit, au juste ? De toutes les femmes qu'il avait aimées en cinquante siècles, aucune ne lui avait à ce point brisé le cœur. Dépité et malheureux, il rebroussa chemin et prit la route la plus courte jusqu'au Blues Bar.

           L’établissement était peu fréquenté en cette heure de la journée mais Joe se trouvait bien sûr derrière le comptoir, un torchon humide dans les mains, tandis que Mac et Amanda faisaient un billard. -Tu me sers un whisky ? demanda Methos à Joe en s’installant sur un tabouret haut.

-Tu crois pas qu’il est un peu tôt ? s’étonna le barman en fronçant les sourcils.

-Si je te dis que j’ai décidé de vivre sur le fuseau horaire de Moscou, tu me sers ou pas ?

Bien que passablement irrité par le comportement de son ami, Joe se résolut à le servir, et les deux autres Immortels ne tardèrent pas à se joindre à eux.

-C’est le départ d’Émilie qui te met dans cet état-là ? devina le Guetteur d’un ton presque compatissant.

À ces mots, Methos laissa tomber sur le bois ciré du comptoir la lettre de rupture que lui avait laissé Émilie puis but une première gorgée du liquide ambré. Ses trois amis échangèrent un regard incertain, puis Joe se décida à y jeter un œil en premier. Ne parlant pas le français, il poussa un grognement et tendit le mot à Amanda pour qu’elle le traduise à voix haute.

-Elle t'aime, assura l’Immortelle en reposant doucement la feuille sur le comptoir lorsqu’elle eut terminé sa lecture, quelques instants plus tard.

-On dirait pas, répondit Methos d’une voix étrangement rauque avant d’avaler une autre gorgée de whisky. Mais ça explique beaucoup de choses... 

-Comme quoi ? demanda-t-elle en le fixant d'un regard pénétrant. 

De toute évidence, Amanda refusait de voir la réalité en face, et il n’avait vraiment pas besoin de ça !

-Comme le fait que j'ai voulu lui offrir un médaillon que je possède depuis l'ancienne Égypte et qu'elle n'en a pas voulu, expliqua-t-il dans une moue digne d’un enfant qui boude.

-Elle avait peut-être simplement peur de le perdre ou se le faire voler, suggéra l'Immortelle d’un ton exaspéré. 

-... Ou encore qu'elle ne m'ait pas répondu quand je lui ai dit que je l'aimais, poursuivit Methos, comme si rien ne l'avait interrompu. 

Un silence lourd s'installa autour du comptoir pendant lequel Amanda, Joe et Mac lui lancèrent des regards désolés. 

-Écoute, reprit Amanda d'une voix douce, en posant sa main sur l'avant-bras de Methos. Lors de votre première rencontre, elle t'a clairement dit que son mode de vie ne laissait que peu de place pour ces choses-là. Elle a sûrement voulu te protéger, voilà tout. 

Voyant que son ami n'était toujours pas convaincu, elle ajouta : 

-Regarde, insista-t-elle en lui mettant à nouveau la lettre sous le nez, elle n'a pas choisi cette chanson au hasard. Ça signifie qu'elle est prête à reprendre où vous vous êtes arrêtés si tu es toujours disponible quand elle sera rentrée, mais qu'en attendant elle te laisse libre d'avoir d'autres histoires. Seule une personne qui t'aime vraiment peut agir de façon si désintéressée ! 

-Ou une personne pour qui je n'ai plus aucun intérêt... grommela Methos avec mauvaise foi.

 

***

 

Novembre 2002, Paris, France

           Voyant son ami toujours perdu dans ses pensées, MacLeod posa doucement son épée sur le sol à côté du fauteuil puis se leva et arracha l'enveloppe des mains de Methos d’un coup sec.

-Bon, puisque tu ne veux pas la lire, dit-il d'un ton provocateur, je vais le faire pour toi.

-Hey ! s'écria Methos en se levant d'un bond. Rends-la moi !

-Tu veux l'avoir ? demanda MacLeod avec un large sourire. Viens me la prendre !

Methos se précipita, mais MacLeod avait été plus rapide, tenant la lettre hors de sa portée. Les deux hommes se coururent après dans toute la cabine comme deux gamins qui jouent au gendarme et au voleur, jusqu'à ce que Methos réussisse enfin à coincer MacLeod dans contre l'un des hublots.

-Donne-moi ça tout de suite, ou je te coupe la tête ! prévint-il de son ton le plus menaçant.

-Et gâcher une si belle amitié ? répondit MacLeod d'un air faussement choqué avant de repousser son ami de toutes ses forces.

Emporté dans son élan, Methos tomba à la renverse sur le canapé et se retrouva les quatre fers en l’air. Toujours souriant, MacLeod s'approcha et lui tendit enfin l'enveloppe, que Methos attrapa en pestant avant de l’ouvrir d'une main légèrement tremblante.

 

Cher Adam, 

Je remets cette lettre à un marchand itinérant sans savoir si celle-ci te parviendra. 

Cela fait deux mois que je vis chez les Mursi, dans la vallée de l'Omo. C'est un peuple farouche et fier mais vraiment fascinant à observer.

Peu après mon arrivée, le village a organisé un « donga », un tournoi durant lequel les jeunes hommes célibataires doivent prouver leur courage en s'affrontant (mais sans se tuer) dans l'espoir de convaincre les jeunes filles de les épouser. J'avoue que c'était assez distrayant, bien que très machiste dans le fond.

Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai assisté à la mise en place d'un « dhébé » (un ornement labial que portent les femmes des castes supérieures) sur une fillette de neuf ans. Il a fallu pour cela lui retirer les incisives inférieures et lui percer un trou dans la lèvre. Les anciennes du village m'ont expliqué que cette tradition remonte à des générations et avait à l'origine pour but de rendre les jeunes filles peu attirantes pour les marchands d'esclaves. Aujourd'hui, elle ne sert plus qu'à désigner les filles de bonnes familles. Le montant de la dot est proportionnel au diamètre du plateau qu'elles portent. J'ai eu mal pour la fillette rien qu'à regarder, et pourtant, j'ai déjà vu pire. 

J'espère que de ton côté tout va bien également, et que tu as su garder la tête sur les épaules. 

Émilie 

 

Methos relut la lettre deux fois. De toute évidence, elle avait mis huit semaines à lui parvenir.

-Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda MacLeod au bout d'un moment.

Il était resté debout, l’épaule négligemment appuyée contre la coque de la péniche, et avait observé attentivement chaque réaction de son ami.

-Je ne sais pas, répondit Methos d’une voix lente, l'esprit ailleurs. Elle a pris la peine de m'écrire, mais elle ne parle que de ses recherches.

-Et tu as peur que la lecture de son livre n'ait ensuite plus aucun intérêt ? ironisa l'Écossais.

-Non, rétorqua Methos d'un air renfrogné. Mais j'avais espéré quelque chose de plus...

-Personnel ? acheva MacLeod.

-Eh bien, oui, admit Methos.

Il se sentit soudain un peu honteux. La jeune femme avait exprimé de façon très claire qu'elle ne voulait pas d'une relation, à quoi s'était-il attendu ?

-Allons Methos, ne sois pas déçu, reprit MacLeod en s'asseyant dans le fauteuil en face de lui. Le verre est quand même à moitié plein. Après tout, elle a pris la peine de t'écrire alors que la lettre aurait pu se perdre. Et puis, elle sait que tu as déjà été marié soixante-huit fois... Difficile de se sentir spéciale dans ces conditions.

-Mais elle est spéciale ! s'emporta Methos. Je le lui ai dit !

-Toutes les femmes essaient de se protéger des cœurs brisés ! s'exclama MacLeod en se levant à nouveau. C'est normal !

-Alors comment je fais, moi, pour lui prouver que je suis sérieux ? demanda Methos en croisant les bras sur son torse d'un geste boudeur. Si je vais la rejoindre, elle dira que j'empiète sur son espace personnel, mais si je n'y vais pas...

-Envoie-lui une lettre, suggéra l'Écossais en se mettant à faire les cent pas dans la cabine.

-À quelle adresse, je te prie ?

Duncan s’immobilisa alors, les sourcils froncés par la concentration. Les deux hommes restèrent un moment silencieux, réfléchissant intensément.

-Tu n'as qu'à lui écrire à son adresse parisienne, proposa finalement MacLeod. Elle le verra quand elle rentrera.

-Non, trancha Methos. J'ai une bien meilleure idée.

À ces mots, il se leva et se dirigea vers la sortie.

-Où tu vas comme ça ? appela l’Écossais en le regardant s'éloigner. Methos ?

Mais le plus vieil Immortel venait de disparaître par la porte de la cabine, sans prendre le temps de répondre.

 

***

 

           Pendant près de deux semaines, ni Mac, ni Joe n'eurent de nouvelles de Methos. Ils n'étaient pas inquiets, cependant, étant habitués à cette attitude de la part de leur ami. Il pouvait disparaître comme ça, du jour au lendemain, puis réapparaître tout aussi soudainement, se comportant comme s'il n'était jamais parti. Mais cette fois-ci, c'était différent.

           Methos débarqua un soir au Blues Bar, trempé jusqu’aux os, l'air morose, traînant avec lui un sac de voyage.

-Je crois bien que c'est la première fois que je te vois mal rasé, plaisanta MacLeod pour détendre l'atmosphère.

-Je viens de descendre de l'avion, maugréa Methos en essuyant son visage ruisselant de pluie avec la manche toute aussi mouillée de son pull. Joe, ajouta-t-il à l'adresse du barman, tu peux me servir un whisky, s'il te plait ?

-Ouais, bien sûr, répondit le Guetteur en sortant une bouteille de sous le comptoir.

Il remplit un petit verre à hauteur de deux doigts et le fit glisser sur le bois ciré. Methos le remercia d’un signe de tête puis but une longue gorgée.

-Raconte-nous ce qui s'est passé, le pria Joe de sa voix rauque.

-Il n'y a rien à dire, grommela l'Immortel en retour.

-Tu n'es pas allé la rejoindre ? insista le Guetteur.

Methos poussa un profond soupir et finit son whisky d'une seule traite.

-Pas directement, avoua-t-il en faisant signe à Joe de lui servir un autre verre.

Le barman s'exécuta à contrecœur.

-Je l'ai vu, reprit enfin Methos en saisissant le verre, ses yeux légèrement embués résolument fixés sur le liquide ambré. Elle a l'air d'aller bien.

-Mais qu'est-ce qu'elle t'a dit ? interrogea encore le Guetteur, une note d’impatience perçant dans sa voix.

-Rien, répondit l'Immortel, le regard toujours fuyant. Elle ne sait pas que j'étais là.

-Tu y comprends quelque chose, toi ? demanda Joe en se tournant soudain vers MacLeod.

-Pas un traitre mot, confia l'Écossais.

Methos secoua la tête d'un air consterné et commença alors son récit.

 

***

Novembre 2002, Addis-Abeba, Éthiopie

           Perchée sur les hauts plateaux, Addis-Abeba, la capitale éthiopienne à la densité de population dépassant celle de Londres, était une ville gigantesque où les monuments de la fin du XIXème siècle côtoyaient les gratte-ciels au milieu d'une forêt d'eucalyptus. Bien que Methos ait vécu une partie de sa vie sur le continent africain, c'était la toute première fois qu'il posait le pied en Éthiopie.

À peine descendu de l'avion, il échangea quelques euros contre une liasse de birrs, puis monta dans un taxi qui le déposa devant le Radisson Blu Hotel, en plein centre-ville. Il venait de récupérer les clés de sa chambre lorsqu'il sentit soudain la présence d'un autre Immortel. Il pivota légèrement sur lui-même, cherchant son homologue des yeux, et ne tarda pas à reconnaître un visage familier :

-Dr Adams ! s'exclama un homme noir et élancé, vêtu d'un costume-cravate très élégant.

-Ça alors ! s'écria Methos, un large sourire se dessinant sur son visage. Demba !

-Oui, sourit l'homme en lui serrant chaleureusement la main. Ça fait une éternité, pas vrai ?

-Et comment ! acquiesça Methos. Ça doit faire près de deux cents ans, quelque chose comme ça ?

-À peu de choses près, confirma le dénommé Demba. Vous restez à cet hôtel ?

-Oui, confia Methos, j'allais justement monter déposer mes bagages. Mais je suis trop curieux de savoir ce que tu deviens.

-Je peux vous attendre au bar de l'hôtel, proposa Demba. Nous aurons tout le temps de discuter.

-Excellente idée, approuva Methos avec enthousiasme.

           Les deux Immortels se retrouvèrent un quart d'heure plus tard à une table isolée du bar et trinquèrent au hasard qui réunit de vieux amis.

-Deux cent ans, reprit Methos, le regard pétillant de joie. Qu'est-ce que tu as fait, pendant tout ce temps ?

-Je suis resté au Nord pendant quelques années, expliqua Demba, puis je suis passé au Canada. Je ne suis revenu en Afrique qu'après la fin de l'ère coloniale, et maintenant je suis chef d'une banque de micro-crédits. J'essaie de soutenir les visionnaires africains, conclut-il avec fierté.

-Eh bien, tu n'as pas chômé ! constata Methos, impressionné.

-Et vous, qu'est-ce que vous êtes venu faire ici, Dr Adams ? questionna encore Demba.

-Je cherche quelqu'un, expliqua Methos.

-Un Immortel ?

Methos secoua la tête en signe de négation.

-Une femme ? devina Demba.

Cette fois, Methos acquiesça et le sourire de Demba s'élargit.

-Ah, Dr Adams ! s'exclama-t-il d'un ton appréciateur. Vous avez toujours été un grand séducteur ! Est-ce qu'elle est éthiopienne ?

-Non, répondit Methos. C'est une anthropologue française.

-Une anthropologue ? répéta Demba, l'air soudain concentré.

-Elle étudie les Mursi depuis quatre mois déjà, expliqua Methos sur le ton de la confidence. Elle m'a envoyé une lettre et je lui ai écrit une réponse, mais je ne sais pas exactement où la trouver. Il me faut un guide, ajouta-t-il.

-La vallée de l'Omo est dangereuse, commenta Demba en se laissant aller contre le dossier de sa chaise d'un air songeur.

-Oui, enfin... Ce n'est pas comme si je risquais grand-chose... souffla Methos d'une voix à peine audible en se penchant en avant d’un air conspirateur.

-C'est vrai, admit Demba en hochant la tête. Je connais quelques marchands ambulants, mais on ne peut pas dire qu'ils soient très fiables. Le mieux, ce serait que je vous accompagne.

-Tu ferais ça ? s'étonna Methos.

-Pour celui qui m'a libéré de l'esclavage ? sourit Demba. C'est bien la moindre des choses.

 

***

 

Novembre 2002, Paris, France

           Methos voulut boire une nouvelle gorgée de whisky mais Joe lui arracha le verre des mains.

-Et alors ? s'impatienta-t-il. Vous l'avez trouvée ?

-Oui, répondit Methos en reprenant le verre d'un geste brusque, faisant gicler quelques gouttes du précieux alcool sur le bois ciré du comptoir. Nous avons mis plusieurs jours à trouver le bon village, puis j'ai confié la lettre à un colporteur croisé sur la route. Il y est allé seul pendant que Demba et moi montions un camp de fortune à une distance raisonnable mais d'où je pouvais observer le village sans être vu.

Il leva le verre à sa bouche et avala une gorgée du liquide ambré.

-J'ai vu le colporteur lui remettre la lettre, poursuivit-il d'un ton las. Il lui a proposé de transmettre une réponse, si elle le voulait, mais elle n'a même pas pris la peine d'en écrire une.

Pour la seconde fois en dix minutes, il vida son verre sous le regard désolé de Joe et MacLeod.


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[1] Jean-Louis Aubert - Voilà c'est fini (1989)

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