Les Chroniques de Methos

Chapitre 11 : Partie I : Le dernier chevalier - Chapitre 11 : Requiem

1814 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 04/04/2021 14:13

Avril 2002, Poole, Angleterre

La sirène du bateau retentit et le ferry quitta le port. Accoudée au bastingage, Émilie fixait l'horizon d'un air absent.

-Est-ce que ça va ? demanda Methos en la rejoignant, les mains fourrées dans ses poches pour les protéger du froid.

-Non, répondit sincèrement la jeune femme. Mais ça ira, ajouta-t-elle d'une voix douce en se tournant vers lui.

Rongé par la culpabilité, Methos passa son bras autour de son épaule et plaqua son front contre le sien.

-Je suis tellement désolé, murmura-t-il.

-Je sais, chuchota Émilie. N'en parlons plus.

Ils restèrent un moment silencieux, sentant le vent s'engouffrer dans leurs cheveux et éclaircir un peu leurs sombres pensées.

 

           ***

Avril 2002, Cadbury Hill, Angleterre

           Après leur victoire face à Méléagant, Methos demanda à Émilie de l'attendre dans la voiture puis remonta au sommet de la colline pour chercher le corps d'Arthur. 

C’est alors qu’il tomba nez à nez avec un intrus.

-Ne me tuez pas ! implora le jeune homme. Je suis un Guetteur, ajouta-t-il en découvrant le tatouage à son poignet. Je suis juste venu récupérer le pistolet que le Dr Dumont m'a volé.

-Vas-y, acquiesça Methos en lui faisant signe de se dépêcher.

Le jeune homme se précipita et ramassa le revolver tombé au sol tout en jetant un regard de biais aux trois corps décapités. Il trouvait ça dégoûtant, mais il n’avait pourtant pas pu s’en empêcher.

-Hey, petit ! l'interpela soudain Methos. Comment tu t'appelles ?

-Ian Sullivan, répondit le Guetteur d'une voix tremblante.

-Je suppose que c'est toi qui as conduit Émilie jusqu'ici ? questionna l'Immortel.

-Ou-Oui, avoua le jeune homme. S'il vous plait, ne dites pas à Joe que je suis intervenu !

-Tu n'es pas intervenu, répondit Methos en haussant les épaules. Tu as aidé une mortelle que tu pensais en danger, tu ne pouvais pas savoir qu'elle agirait de façon aussi téméraire.

Ian réfléchit un instant aux paroles de l'Immortel.

-Allez, va-t'en, maintenant, s'impatienta Methos.

Le jeune Guetteur rangea alors le pistolet dans son étui et disparut dans la nuit.

           Methos attendit qu'il fût parti pour s'approcher du corps d'Arthur, qu'il enroula dans une couverture, avant d'aller chercher sa tête qu'il rangea délicatement dans un sac de toile. Pendant le trajet qui les séparait du rendez-vous fatidique, les deux Immortels avaient discuté et Arthur avait confié à son vieil ami ses dernières volontés.

Ainsi, de retour à Downside Abbey et bien qu'il fût trois heures du matin, Methos alla réveiller l'abbé. Ensemble, ils déposèrent le corps de l'ancien roi dans la chapelle funéraire, près du cimetière de l'abbaye, en attendant que l'aube se lève. Puis, épuisé, le dernier chevalier de la Table Ronde rejoignit sa compagne qui l'attendait au premier étage, dans la même cellule d'où elle s'était échappée seulement quelques heures plus tôt.

           Ayant finalement trouvé les bras de Morphée peu avant les vigiles, le couple n'entendit pas la cloche sonner, ni les moines prendre le chemin de la basilique en cette heure matinale. Cependant, la fenêtre de la cellule étant dépourvue de volet ou même de rideau, le soleil ne tarda pas à se charger de les réveiller. Bien qu'à bout de forces, Émilie alla prendre une douche et tenta de nettoyer ses vêtements – elle les portait maintenant depuis trois jours et ils commençaient à ne plus vraiment sentir la rose.

           La messe en la mémoire d'Arthur eut lieu en début de matinée, suivie aussitôt de son enterrement dans le cimetière monacal. L'abbé regrettait de ne pas avoir de sarcophage libre dans la crypte, mais Methos lui assura que le souverain avait choisi de reposer parmi les moines qu'il avait considéré comme ses frères quinze siècles durant. Une fois le cercueil en terre, Émilie et Methos prirent la route de Poole, d'où le ferry pour Cherbourg partait à treize heures quarante-cinq.

 

***

Avril 2002, Eaux territoriales britanniques, Angleterre

           -Il t'aimait, tu sais, lâcha Émilie au bout d'un moment. Arthur, précisa-t-elle encore devant le regard interrogateur que lui lançait son compagnon.

-À une époque, il a été comme un frère pour moi, répondit Methos, son menton toujours calé au sommet du crâne de la jeune femme.

-Non, je veux dire qu'il t'aimait, insista-t-elle. Plus qu'il n'aimait Guenièvre.

-C'est lui qui t'a dit ça ? s'étonna l'Immortel en la dévisageant d’un air sincèrement surpris.

-Oui, souffla Émilie. Il m'a parlé de son mariage, d'Excalibur... et de toi.

Methos resta silencieux. Il n'avait jamais su que les sentiments de son roi à son égard étaient si profonds. Et même maintenant qu'il le savait, cela ne changeait en rien la vision qu'il avait des évènements.

-Je peux te poser une question ? demanda soudain Émilie en se libérant de son étreinte. Le Graal...

-Existe, acheva Methos d'un air grave, mais ce n'est ni une coupe ayant recueilli le sang du Christ, ni une pierre incandescente, ni quoi que ce soit de matériel, en fait.

Émilie fronça les sourcils dans une expression de totale incompréhension.

-Le Graal, reprit Methos, c'est la somme de toutes les connaissances de l'univers. Ce n'est pas la source de l'Immortalité, ajouta-t-il comme s'il avait lu dans ses pensées, mais la prolongation de la vie par le savoir. Cela fait cinq mille ans que je le cherche, et je suis aussi proche de le trouver que le premier jour.

-Quarante-deux, déclara l'anthropologue d'un ton tout à fait sérieux.

-Pardon ? s'étonna l'Immortel.

-La réponse à la grande question sur la vie, l'univers et le reste, expliqua-t-elle. Quarante-deux.

Voyant que son compagnon ne comprenait toujours pas, elle éclata de rire.

-Immortel, et pourtant tu n'as jamais lu Le Guide du voyageur galactique, remarqua-t-elle d'un air goguenard.

-Je suis pas très science-fiction, confia Methos.

-Tu m'étonnes ! s'esclaffa la jeune femme en secouant la tête. Et Merlin ? demanda-t-elle encore. On dit que Viviane l'a enfermée dans son esplumoir...

-Oui, c'est l'une des plus poétiques allégories qui ait été écrite sur la Table Ronde, soupira l'Immortel.

-Comment ça ? s'étonna Émilie.

-Merlin et Viviane étaient tous les deux druides, expliqua Methos, et ils étaient amoureux. C'était un couple un peu étrange à regarder parce qu'il paraissait beaucoup plus vieux qu'elle, mais leurs sentiments étaient sincères, tout du moins pour ce que je peux en juger. Lorsqu'Arthur m'a banni, je suis parti pour le continent où j'ai trouvé refuge en Brocéliande, à la cour du roi Ban. Merlin et Viviane sont venus m'y rejoindre à la mort d'Arthur – enfin, quand il est parti pour Glastonbury après sa blessure mortelle. Bref, ce que Merlin appelait son « esplumoir » n'était rien d'autre que sa chambre, et un soir qu'il couchait avec Viviane, son cœur a simplement arrêté de battre.

-C'est horrible ! s'écria Émilie en plaquant sa main devant sa bouche grande ouverte.

-J'imagine qu'il y a pire façon de partir, déclara l'Immortel d'un air amusé.

Émilie laissa échapper un petit rire nerveux et dut admettre que Methos n'avait pas tort.

-Et l'épée dans le rocher... ?

-N'a jamais existé, répondit Methos d'un ton catégorique. Ou plutôt, c'est encore une allégorie. Uther Pendragon était solide et irascible comme la pierre, à sa mort son fils a hérité de son épée. C'est aussi simple que ça.

L'anthropologue hocha la tête. Maintenant qu'elle connaissait la véritable histoire, la légende du Roi Arthur prenait tout son sens.

           « I will read all the books of many continents to tell you all about the legends of the past. I will wait for the sun on the top of the world to tell you all about the beauty of the light. If you look inside your soul, the world will open to your eyes, you'll see. »[1]

 -Je peux te poser une question, moi aussi ? demanda soudain Methos.

-Bien sûr, acquiesça la jeune femme.

-Ce type, Antoine... commença l'Immortel d'un ton hésitant. Qu'est-ce qu'il s'est passé exactement entre vous ? Il m'a semblé un peu trop heureux de croire que tu pouvais me tromper...

Émilie poussa un profond soupir et se passa les mains sur le visage. Elle avait vraiment l'air épuisée.

-Mes parents étaient du genre conservateur, dit-elle enfin d'une voix lente. Ma mère, surtout. Elle attendait de moi que je prenne la même voie qu'elle, c'est à dire que je me marie jeune et devienne mère de famille sans métier ni loisirs. Après mon bac, elle m'a laissé étudier l'économie parce que ça pouvait toujours servir à gérer un ménage, sauf que je me suis inscrite en anthropologie. Je lui ai menti pendant les sept ans nécessaires pour obtenir mon doctorat. C'était difficile, mais j'avais rencontré Antoine et ma mère l'aimait bien. Finalement, j'ai passé mon doctorat et notre professeur d'étude de terrain m'a proposé de l'accompagner. Je n'avais plus le choix, je devais avouer la vérité à ma mère, mais Antoine ne m'en a pas laissé le temps.

Elle marqua une pause le temps de reprendre son souffle. Methos la dévisageait avec une telle compassion que ça en ressemblait presque à de la pitié.

-Je savais qu'elle ne l'accepterait pas, reprit Émilie, les larmes aux yeux. Mais c'était à moi de le lui dire, pour pouvoir lui expliquer. Antoine m'a volé ce droit. Ce qui est drôle, c'est que j'ai pardonné à mère d'avoir décidé qu'à partir de ce jour, elle n'avait plus de fille, alors que je n'ai jamais pu pardonner à Antoine sa trahison. Et lui ne m'a pas pardonnée d'être devenue ce que je suis devenue.

-Je suis désolé, répéta Methos.

-Tu n'y es pour rien, assura la jeune femme en s'efforçant de sourire, le regard toujours embué.

Ne trouvant rien d'autre à ajouter sur le sujet, Émilie prit la main de son compagnon :

-Viens, dit-elle avec douceur. Allons-nous asseoir et essayer de dormir un peu. La route est encore longue jusqu'à Paris.

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[1] Era - Misere Mani (1996)

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