Les Chroniques de Methos

Chapitre 8 : Partie I : Le dernier chevalier - Chapitre 8 : Tierce majeure

2026 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 14/03/2021 16:15

Avril 2002, Stratton-on-the-Fosse, Angleterre

Neuf heures venaient de sonner lorsque Methos se gara devant l'entrée de l'abbaye de Downside. La messe n'était pas encore terminée – on entendait des chants à l'intérieur de l'église – et l'Immortel décida de commencer par jeter un coup d'œil aux alentours.

Admirant l'architecture néogothique de la basilique, il entra dans le cloître tapissé de pelouse parfaitement entretenue, et aperçut bientôt Arthur assis sur un banc, vêtu d’une bure de moine.

-Où est-elle ? s'écria Methos en l'attrapant par le col.

-Galahad, sourit Arthur, tu ne vas quand même pas te battre sur un sol sacré ?

-Dis-moi où est Émilie ou je te traîne dehors par la peau du cou, menaça Methos.

Les cloches sonnèrent la fin de la messe et les moines sortirent lentement dans le cloître. L'un d'eux, un homme au visage aimable entouré de cheveux grisonnants, aperçut les deux Immortels et se dirigea vers eux. Les yeux lançant toujours des éclairs, Methos relâcha lentement Arthur.

-Père abbé, salua l'ex-souverain en se retournant vers l'ecclésiastique. Je vous présente mon plus vieil ami, le seigneur Galahad.

-Lancelot du Lac en personne, et non son fils, dit l'abbé en s'inclinant légèrement. C'est un grand honneur.

-Vous savez, ça fait mille cinq cent ans que j'ai abandonné ce nom-là, répliqua Methos.

-Eh oui, l'opprobre... ironisa Arthur en lui lançant un regard féroce.

-En tout cas, reprit l'abbé, nous sommes soulagés de savoir que Sire Arthur peut compter sur votre soutien pour retrouver le responsable de la mort de Frère Theodore.

Methos dévisagea un moment le prêtre d'un air interdit. La mort de qui ?

-Je... Quoi ? lâcha-t-il.

Arthur secoua la tête et poussa un profond soupir :

-Il y a deux mois, commença-t-il, l'un des moines, Frère Theodore, est parti un après-midi faire des commissions. On a retrouvé son corps dans la voiture juste avant les complies, le moteur allumé, sa tête tranchée posée sur le siège passager.

Estomaqué, Methos laissa échapper une exclamation incrédule.

-Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas dit ça tout de suite, au lieu de me parler de l'Ankou et de Mordred ? s'écria-t-il, abasourdi.

-Tu serais venu m'aider volontairement si je l'avais fait ? s'étonna l'ancien roi.

-Non, répondit franchement Methos, mais au moins j'aurais su que tu n'étais pas cinglé. On aurait gagné du temps.

-Est-ce que tu vas m'aider ou pas ? insista Arthur, qui commençait à perdre patience.

-Tu ne peux vraiment pas te débrouiller tout seul ? soupira Methos.

-Je ne me suis pas battu depuis quinze siècles, rappela Arthur. Je ne suis pas de taille à lutter contre l'Ankou.

-Je retire ce que j'ai dit, regretta Methos en secouant la tête, tu es vraiment devenu cinglé.

Arthur fouilla alors dans la poche de sa bure, en sortit un médaillon accroché à une lanière de cuir et le fourra dans la main de Methos. L'Immortel détailla l'objet un instant avec perplexité, puis releva la tête vers Arthur.

-Où est-ce que tu as trouvé ça ? demanda-t-il avec une once de panique dans la voix.

-Frère Theodore le tenait dans sa main lorsqu'on l'a retrouvé, expliqua l'ex-souverain. La tête de mort, le feutre, la faux... C'est l'Ankou.

Methos baissa à nouveau les yeux vers le médaillon et serra les dents, hésitant.

-Il y a environ deux mois, souffla-t-il à contrecœur, je me suis fait attaquer sans sommation par un Immortel que je ne connaissais pas. Il portait un médaillon identique à celui-ci, poursuivit-il.

-Mais alors, s'écria l'abbé, le regard teinté d'espoir, vous avez peut-être déjà réglé le problème ?

-J'en doute, répondit Methos d'un ton sceptique. L'Immortel que j'ai tué était jeune, il n'y avait pas longtemps qu'il avait appris à se battre. Non, je crois plutôt que c'était l'un de ses disciples, comme Mordred.

-Alors tu me crois ? questionna Arthur, n'osant trop espérer.

-Oui, je te crois, abdiqua Methos, et je vais t'aider...

Le regard de l'ancien roi s'illumina tout à coup.

-... mais à une condition, acheva le plus vieux des Immortels.

À ces mots, le visage d'Arthur se renfrogna quelque peu.

-Je t'écoute, lâcha-t-il d'un ton résigné.

 

***

 

           Assise sur le lit, adossée au mur et les genoux repliés contre la poitrine, Émilie regardait l'armoire sans vraiment la voir.

           Ils étaient arrivés à Downside un peu avant minuit, et Arthur l'avait fait monter dans sa propre cellule, au premier étage du monastère, avant de l'y enfermer à clé. Elle avait pu se rafraichir un peu au lavabo monté derrière la porte puis s'était allongée sur le lit, accablée par la fatigue, mais n'avait pu somnoler que quelques heures troublées de rêves sombres et angoissants. Elle venait de réussir à trouver le sommeil, peu avant l'aube, lorsqu'elle fut réveillée par un cliquetis de serrure et de porte qui grince.

Elle s'était redressée subitement, prête à défendre chèrement sa peau, mais Arthur s'était contenté de poser un plateau chargé d'une tasse de thé et de quelques toasts sur le bureau avant de ressortir en silence et de verrouiller la porte derrière lui.

Dire que vingt-quatre heures plus tôt, elle se trouvait à Paris en train de répondre aux questions d'étudiants curieux !

           « Quand tu ne crois plus, que tout est perdu. Quand trompé, déçu, meurtri. Quand assis par terre, plus rien pouvoir faire, tout seul dans ton désert. Quand mal, trop mal, on marche à genoux. Quand, sourds, les hommes n'entendent plus les cris des hommes. »[1]

            Émilie releva brusquement la tête lorsqu'on tourna à nouveau la clé dans la serrure. La porte s'entrouvrit et un visage apparut dans l'entrebâillement.

           « Tu verras, l'aube revient quand même. Tu verras, le jour se lève encore. Même si tu ne crois plus à l'aurore, tu verras, le jour se lève encore. »[1]

-Adam ! s'exclama la jeune femme en se levant d'un bond.

Elle se précipita vers lui et se blottit dans ses bras.

-Émilie, est-ce que tu vas bien ? questionna Methos en prenant son visage entre ses mains pour mieux pouvoir l'observer.

-Je suis fatiguée, répondit-elle. Oh Adam ! Tu n'aurais pas dû venir !

-Tu crois vraiment que je pouvais le laisser t'emmener sans réagir ? s'étonna l'Immortel. Je t'ai dit que si on t'enlevait, je viendrais te chercher moi-même. Ce n'étaient pas des paroles en l'air, ajouta-t-il d’un air grave.

-Mais tu risques de te faire tuer ! s'affola l'anthropologue. Je ne sais pas où est Arthur, mais...

-Il nous attend dans le couloir, répondit Methos d'une voix calme.

-Je ne comprends pas, souffla Émilie en jetant un regard paniqué en direction la porte.

Methos poussa un soupir et caressa doucement la joue de sa compagne.

-Je vais l'aider, dit-il.

-Quoi ? s'écria la jeune femme en se dégageant de son étreinte. Mais Adam, tu as dit toi-même que l'Ankou n'avait jamais existé !

-Je me suis trompé, expliqua l'Immortel, visiblement irrité par sa propre erreur. Tu te rappelles de celui qui m'a attaqué en sortant du Blues Bar, le soir où tu m'as vu ressusciter ?

-Oui, mais...

-Ce serait trop long de te l'expliquer maintenant, coupa Methos, mais je crois qu'Arthur a raison – ou tout du moins, qu'il y a un Immortel qui se fait passer pour l'Ankou.

L'anthropologue ouvrit la bouche mais son amant ne lui laissa pas le temps de parler.

-Je vais te faire appeler un taxi pour te conduire à l'aéroport de Bristol, poursuivit-il. Je te rejoindrai dès que j'en aurai terminé ici.

De toute évidence, la jeune femme était loin d'être d'accord. Elle reculait de plus en plus en secouant énergiquement la tête.

-Je reste avec toi, articula-t-elle d'une voix fébrile.

-Émilie, soupira Methos, ne rends pas les choses encore plus compliquées qu'elles ne le sont déjà. Si tu restes, c'est ta vie qui est en danger.

-Ça m'est égal, insista la jeune femme en croisant les bras sur sa poitrine d'un air boudeur.

-Tu sais qu'il n'y a que deux issues possibles, n'est-ce pas ? s'énerva soudain l'Immortel. Soit je décapite l'Ankou, soit c'est lui qui me tranche la tête. Tu crois vraiment que j'ai envie de que tu restes pour voir ça ?

Émilie ne répondit pas. Jamais encore Adam ne l'avait regardée de cette manière : ses yeux lançaient des éclairs et une ombre semblait avoir envahi son visage déterminé. Finalement, elle baissa les yeux, et hocha la tête.

-Viens, reprit-il d'une voix douce.

Il lui prit la main et déposa un baiser sur ses lèvres avant de la serrer fort contre lui. Ils restèrent enlacés plusieurs minutes jusqu'à ce qu'Arthur finisse par entrer à son tour dans la pièce :

-Je ne voudrais pas paraître effronté, dit-il d'un ton impatient, mais nous avons une mission à accomplir, Galahad.

Methos poussa un soupir résigné puis, sans lâcher la main d'Émilie, suivit Arthur dans le couloir.


***


           Ils descendirent un escalier et se retrouvèrent bientôt à nouveau dans le cloître. Le soleil brillait entre deux nuages mais Émilie n'était pas d'humeur à y prêter attention. Arthur leur expliqua qu'il y avait un téléphone dans le salon et s'apprêtait à les y conduire lorsqu'il se figea brusquement. Methos avait eu le même réflexe et tous deux scrutèrent la cour d'un regard inquisiteur.

-Que se passe-t-il ? questionna Émilie, qui ne comprenait pas l'étrange réaction des deux Immortels.

Ils ne semblèrent pas l'entendre, cependant.

Leurs regards étaient fixés sur la même personne, un homme grand aux cheveux coupés très courts et au visage mal rasé. L'étranger leur adressa un sourire goguenard puis disparut à l'intérieur de l'église par une porte latérale.

 

            Il y eut une seconde de flottement, puis Arthur et Methos se lancèrent à la poursuite de l'homme comme s'ils ne formaient qu'un seul corps. De plus en plus perplexe devant le comportement des deux Immortels, Émilie n'eut guère d'autre choix que de les suivre. Ils traversèrent le cloître en courant sous le regard intrigué des moines et poussèrent la porte de l'abbaye avec grand fracas.

           Les quelques personnes assises à l'intérieur leur lancèrent un regard courroucé mais ils n'y prêtèrent aucune attention. L'homme avait déjà traversé la nef et était penché sur une table, près de la sortie. Arthur et Methos se hâtèrent de le rejoindre, mais à peine leurs pas avaient-ils commencé à résonner contre la pierre que le mystérieux visiteur leur adressa un nouveau sourire moqueur avant de sortir de l'église par la grande porte.

           Les deux Immortels accélérèrent encore l'allure et le suivirent à l'extérieur, mais l'homme avait disparu dans un bruit de moteur.

-Il n'a pas dû aller bien loin ! s'exclama Arthur, furieux de l'avoir manqué.

-Dis-moi, lança Methos d'un air sarcastique, est-ce que c'est moi qui deviens fou, ou bien Méléagant est revenu d'entre les morts ?

 

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[1] Jean-Louis Aubert Le jour se lève encore (1997)

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