Le Dernier Cercle

Chapitre 16 : Mission au cercle de la jalousie

Par Kurengame

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Appolia marchait lentement dans les rues du Cercle de la Jalousie, ses pas résonnant dans l'atmosphère faussement paisible qui régnait autour d’elle. La lumière violette, teintée d'une profondeur presque onirique, recouvrait les bâtiments, créant une illusion de sécurité. Tout semblait tranquille, presque trop tranquille, comme si la nuit elle-même essayait de masquer les tensions invisibles qui rongeaient chaque habitant.


Les rues étaient bordées de maisons somptueuses, toutes plus différentes les unes des autres, arborant des façades flamboyantes et des décorations exubérantes. Ici, dans le Cercle de la Jalousie, l’immobilier régnait en maître. Chaque jour, de nouvelles extensions apparaissaient sur les bâtiments, des balcons dorés ou des jardins exotiques venant s’ajouter aux structures déjà opulentes. Les habitants rivalisaient sans cesse, agrandissant leurs maisons, ajoutant des éléments toujours plus extravagants pour surpasser leurs voisins. Une simple course à l'égo, où chaque mur, chaque fenêtre et chaque ornement représentait une déclaration de supériorité temporaire.


Mais sous cette façade luxueuse, le cercle vicieux se faisait sentir. Les constructions ne s'arrêtaient jamais, car chaque amélioration déclenchait une nouvelle vague de jalousie. Appolia le sentait dans l’air, ce malaise palpable, cette insatisfaction constante. Ici, personne n’était jamais satisfait de ce qu’il possédait. Les apparences étaient trompeuses, et chaque sourire échangé dans la rue cachait des pensées venimeuses, des critiques acides prêtes à exploser dès que l’occasion se présentait.


Le paysage urbain reflétait parfaitement cet état d’esprit. À chaque coin de rue, une maison plus grande que la précédente, une fontaine dorée ici, une statue en argent là-bas. Mais tout cela n’était qu’un écran de fumée, une tentative désespérée de masquer l’amertume et le ressentiment qui couvaient sous la surface. Appolia savait que dans ce cercle, la paix n’était qu’une illusion.


Appolia avançait d’un pas lourd vers un bar dont la façade était aussi excentrique que le reste de la ville. Des arches torsadées en métal, des lampes en cristal scintillantes, et des fenêtres décorées de rideaux en velours pourpre détonnaient dans ce décor de compétition perpétuelle. Elle poussa la porte sans y prêter plus d'attention. À peine entrée, une imp à l’air faussement chaleureux lui lança un tonitruant :


IMP

(avec un sourire commercial)

« Bonjour, bienvenue ! »


Appolia, fidèle à son air blasé, ne lui accorda même pas un regard. Elle passa devant sans ralentir, son chapeau de paille baissé, couvrant en partie ses yeux. Mais alors qu’elle dépassait l’hôtesse, elle entendit un murmure acerbe derrière elle :


IMP

(à voix basse, grinçante)

« Connasse. »


Sans s’arrêter, Appolia esquissa un léger sourire, imperceptible. Elle avait depuis longtemps appris à ignorer ces petites piques. C’était l'Enfer, après tout. Tout le monde haïssait tout le monde, mais tout le monde souriait en face.


Elle s’avança jusqu’au bar. Le barman, un démon vieux à l’apparence presque humaine, mais avec des traits trahissant son appartenance aux faubourgs cannibales du Cercle de l’Orgueil, la regarda avec un sourire qui dévoilait des dents pointues, usées par des années d’usage.


BARMAN

(sourire carnassier)

« Qu’est-ce que je peux offrir à la p'tite dame ? »


Appolia, toujours aussi impassible, retira son chapeau de paille et le posa sur le comptoir d’un geste lent, le bois craquant légèrement sous le poids.


APPOLIA

(d’un ton froid)

« Du saké. »


Le barman éclata de rire, secouant la tête.


BARMAN

(rigolant)

« Si c’est du saké que tu veux, ma belle, tu risques de chercher longtemps ici ! »


Appolia haussa à peine un sourcil avant de répliquer, sans émotion.


APPOLIA

(ton neutre)

« Qu’est-ce que tu as, alors ? »


Le vieux cannibale renifla bruyamment avant de lister ses options, toutes aussi peu attrayantes les unes que les autres.


BARMAN

(énumérant avec un ton nonchalant)

« Une niôle au rabais, un vin au rabais, une absinthe au rabais, et une bière au rabais. »


Appolia soupira intérieurement. Ce lieu n’avait vraiment rien d’exotique, ni d'intéressant.


APPOLIA

(d’un ton morne)

« Rien de plus exotique ? »


Le barman secoua la tête, son sourire se transformant en une grimace de frustration.


BARMAN

(exaspéré)

« Nan. Depuis que j'ai fait agrandir ma maison, les proprios m’tiennent par les couilles... tout est au rabais ici. »


Elle le fixa un moment, immobile, puis se résigna.


APPOLIA

(ton détaché)

« Une niôle au rabais, alors. »


Le barman acquiesça et répéta machinalement :


BARMAN

(faux enthousiasme)

« Et une niôle au rabais, une ! »


Il plongea la tête sous le comptoir pour attraper une bouteille poussiéreuse. Appolia resta stoïque, mais à l’instant où il quitta son regard, elle l'entendit marmonner dans sa barbe :


BARMAN

(à voix basse, irrité)

« Sale pute… »


Appolia ne broncha pas, habituée à ce genre de venin caché dans chaque recoin de l’Enfer. Elle en avait vu bien plus. Cela faisait près d’un siècle qu’elle arpentait ces terres infernales, et ces insultes murmurées n’étaient rien de plus que la symphonie quotidienne de ce monde qu'elle connaissait mieux que quiconque.


Le barman posa une bouteille de niôle au rabais sur le comptoir avec un claquement sourd, l'alcool trouble à l'intérieur oscillant lentement dans la lumière violette du cercle. Il dévisagea Appolia avec un sourire narquois, ses dents acérées scintillant faiblement.


BARMAN

(ton curieux)

« Alors, qu’est-ce qu’une pécheresse comme toi fait dans le Cercle de la Jalousie ? »


Appolia resta silencieuse, sirotant à peine la boisson, son regard vague, comme si tout cela n’était qu’un détail insignifiant.


BARMAN

(soupçonneux)

« Dis-moi, comment t’as fait pour utiliser l’ascenseur ? Il n’y a que les démons nés en Enfer qui peuvent l’emprunter. »


Le silence d’Appolia s’étira. Finalement, elle répondit d’une voix calme, sans même daigner lever les yeux :


APPOLIA

(ton froid)

« J’ai forcé le passage. »


Le barman haussa un sourcil avant d’éclater de rire, secouant la tête.


BARMAN

(riant, incrédule)

« Ha ! Forcé le passage ? T’es marrante toi ! J’ai pigé, tu veux pas m’dire, pas grave... »


Mais avant qu’il ne puisse continuer, un démon s’approcha du bar, une peinte de bière à la main, titubant légèrement. Il observa Appolia de haut en bas, un sourire lubrique sur le visage.


DÉMON INCONNU

(ton vulgaire)

« Hé, t’es plutôt bonne, toi. Pis tu portes pas grand-chose... Si tu veux, je pourrais t’aider à retirer le peu qu’il te reste. »


Appolia ne se retourna même pas. Elle resta immobile, impassible, avant de sortir un sabre directement de son épaule, comme si la lame avait été logée dans son corps. Le mouvement fut si rapide que personne ne le vit clairement.


En une fraction de seconde, la lame trancha le bas de la peinte que le démon tenait à la main, le liquide s’échappant du récipient comme si la lame avait traversé du beurre. Avant même que le démon ne réalise ce qui venait de se passer, Appolia avait déjà rengainé son sabre, le laissant disparaître dans son épaule aussi vite qu’il en était sorti.


Le bas de la peinte, ainsi que son contenu, tombèrent au sol dans un fracas strident, le verre se brisant en mille morceaux, résonnant dans tout le bar. Un silence pesant s’installa dans la pièce, les démons alentours observant la scène sans oser bouger.


Appolia, toujours impassible, reprit sa boisson sans accorder un seul regard à son interlocuteur abasourdi.


Le démon resta figé, son regard fixé sur ce qu’il restait de sa peinte, coupée en deux. Incrédule, il ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Le liquide s'était répandu au sol, imbibant ses chaussures, mais il était trop abasourdi pour réagir. Lentement, il leva les yeux vers Appolia, cherchant une réponse à ce qui venait de se dérouler.


APPOLIA

(ton froid, implacable)

« Au cas où tu n'aurais pas compris... c’est maintenant que tu dois t’en aller. »


Le démon resta silencieux, les mots se frayant difficilement un chemin dans son esprit. Il ne comprenait toujours pas vraiment, mais après un moment d’hésitation, il esquissa un sourire nerveux, comme si son cerveau venait enfin de reconnecter les pièces du puzzle.


DÉMON INCONNU

(avec un sourire forcé)

« Ouais, ouais... J'ai compris. »


Il fouilla dans sa poche, en sortit un billet et le posa sur le comptoir avec un geste tremblant.


DÉMON INCONNU

(tentant de se montrer détendu)

« Je te paie ta prochaine niôle... c’est pour moi. »


Puis, en se retournant pour quitter le bar, il lança à voix basse, presque imperceptible, mais trahissant son malaise :


DÉMON INCONNU

(tremblant légèrement)

« Bordel... elle est flippante. »


Appolia, indifférente à la tentative de flatterie ou d’humour, se contenta de reprendre sa boisson, laissant l'atmosphère pesante du bar retomber autour d’elle, comme si cet incident n’avait jamais eu lieu.


Le barman, encore sous le choc de ce qu’il venait de voir, s'exclama d’un ton surpris :


BARMAN

(surpris)

« Bordel... c’était incroyable... »


Appolia ne lui prêta pas attention. Elle resta silencieuse, portant lentement sa niôle au rabais à ses lèvres, son expression toujours aussi impassible. Le barman, cependant, semblait avoir percuté quelque chose. Ses yeux se plissèrent alors qu’il l’observait avec plus d’attention, énumérant à voix haute les détails qu’il venait de réaliser.


BARMAN

(récapitulant à mi-voix, étonné)

« Peau bleue... tenue de samouraï... des gestes aussi vifs que l’éclair... et elle se bat avec des sabres... »


Appolia finit par poser son verre, levant lentement les yeux vers lui, un regard perçant.


APPOLIA

(ton froid)

« Où veux-tu en venir ? »


Le barman, soudain surexcité, la pointa du doigt avec une expression presque stupéfaite.


BARMAN

(excité)

« T’es en train de me dire que tu déconnes, là ? T’es... T’es le démon de la haine, c’est bien ça, hein ?! »


Un silence s’installa alors que Appolia le fixait sans émotion. Après un moment, elle reprit d’une voix glaciale, mais assurée :


APPOLIA

(ton impérieux)

« Appelle-moi Appolia. Seuls ceux qui osent se dresser contre moi peuvent se permettre de m’appeler autrement. »


Le barman cligna des yeux, sentant la gravité derrière ses mots, et hocha nerveusement la tête sans oser poursuivre.


Le barman hocha la tête, comme pour calmer les choses.


BARMAN

(ton respectueux)

« Très bien. »


Puis, avec une curiosité mal dissimulée, il reprit :


BARMAN

« Alors, dis-moi, que fait la fameuse Appolia dans le Cercle de la Jalousie ? »


Appolia jeta un regard circulaire autour d’elle, vérifiant que personne ne prêtait attention à leur conversation. Elle se pencha légèrement vers le barman, sa voix froide comme la lame d'un sabre.


APPOLIA

(à voix basse)

« Dis-moi... tu n’aurais pas de véritables démons parmi ta clientèle ? »


Un frisson traversa le visage du barman, son expression soudainement empreinte de crainte. Il déglutit avant de répondre d'une voix hésitante.


BARMAN

(ton tremblant)

« C’est... c’est pour ça que tu es ici ? »


Appolia esquissa un léger sourire ironique, son regard toujours aussi perçant.


APPOLIA

(ton sec)

« Pour ne rien te cacher, ce n'est sûrement pas pour ta niôle au rabais que je suis entrée ici. »


Le barman haussa les épaules, tentant de reprendre contenance, bien que son visage trahisse une légère nervosité.


BARMAN

(essayant de se détendre)

« Des démons ? Ils sont monnaie courante en Enfer... Je ne saurais pas dire pour un démon en particulier, tu sais. »


Appolia le fixa, observant chaque mouvement de son visage, chaque tic nerveux, le scrutant comme une proie. Elle plongea une main dans son kimono et en sortit une liasse de billets, qu’elle posa sur le comptoir avec une précision silencieuse.


BARMAN

(s’exclamant, stupéfait)

« Whaou ! »


APPOLIA

(ton impérieux)

« Recommence. J'ai entendu parler de meurtres aussi inexplicables que violents. Et je n’aime pas qu’on me mente. »


Le barman avala bruyamment sa salive, jetant des coups d’œil autour de lui avant de se pencher à son tour vers elle, dans une tentative de discrétion.


BARMAN

(baissant la voix)

« Ok... d’accord. Je vais tout te dire. Y’a un démon... un démon qui traîne au siège de Hell's Housing. Les bruits de couloir disent que ceux qui n'ont pas honoré leurs dettes l’ont payé de leur vie. »


APPOLIA

(sceptique)

« Honorer leurs dettes ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »


Le barman lâcha un soupir, l’air de plus en plus nerveux, comme s’il marchait sur un fil.


BARMAN

(d'un ton sombre)

« Dans ce concours de... grandeur auquel se livrent tous les habitants du cercle, Hell's Housing a triplé son chiffre d'affaires... et ses honoraires avec. Ceux qui ne peuvent pas payer ? Bah, disons qu’ils finissent par disparaître. Et beaucoup vont encore mourir, si ça continue. »


Appolia resta silencieuse, son regard s'assombrissant. Elle se leva lentement, décrochant sa gourde en bois suspendue à sa ceinture en corde. Elle en but une gorgée, puis, la voix basse mais empreinte d’une détermination implacable, déclara :


APPOLIA

(ton froid, résolu)

« Personne d’autre ne mourra. »


Appolia sortit une carte de visite du Dernier Cercle de l'intérieur de son kimono et la posa sur le comptoir, ses gestes calculés et précis, comme si chaque mouvement était une part de son langage silencieux. Elle ne prononça pas un mot de plus, laissant seulement l'insigne du Dernier Cercle parler pour elle.


Elle attrapa ensuite son chapeau de paille posé sur le comptoir et le remit sur sa tête d’un geste fluide. Les cornes noires qui se dressaient de chaque côté de sa tête traversaient le chapeau par deux trous qu’elle y avait découpés depuis longtemps. La silhouette imposante d'Appolia, recouverte d’ombre sous le large bord de son chapeau, avait quelque chose d'intimidant, une figure qu'on n’oublierait pas de sitôt.


Sans un regard en arrière, elle se tourna vers la sortie, laissant le barman seul avec la carte posée devant lui, preuve indéniable de sa visite.


Appolia sortit dans les rues du Cercle de la Jalousie, sirotant distraitement le saké contenu dans sa gourde en bois. Ses yeux parcouraient les alentours, cherchant ce qu’elle savait déjà être sa cible. Elle avançait avec assurance, la démarche aussi stable que ses pensées. L’alcool n’avait plus vraiment d’effet sur elle depuis longtemps, et elle n’en buvait que pour le goût, pas pour l’ivresse.


Alors qu’elle arpentait les rues, ses souvenirs refirent surface, des fragments de sa vie passée remontant à la surface. Le Japon du 12e siècle… Elle revoyait les longues heures d’entraînement avec son père, le sabre à la main, suivant fidèlement les préceptes de la voie du guerrier. Ses victoires, ses combats, et enfin, le dernier acte de sa vie mortelle : le coup d’État qu’elle avait empêché en tuant son propre père, devenu ivre de pouvoir et prêt à renverser le seigneur. Une vie de violence, de loyauté, et de déceptions, un cycle qui semblait se répéter en enfer.


Un bâtiment imposant se dressa finalement devant elle, Hell’s Housing, une tour extravagante marquée d'un logo lumineux en lettres géantes. Appolia observa la structure un instant, impassible, avant de passer devant les portes automatiques qui s’ouvrirent dans un chuintement feutré.


L’intérieur était décoré d’un luxe démesuré, des lustres suspendus, des sols marbrés étincelants, et des meubles aux ornements dorés. Des hellhounds en costards noirs, les agents de sécurité, se tenaient aux coins du hall, surveillant chaque recoin. Appolia s’avança vers le bureau de l’accueil, où une imp tapotait distraitement sur son clavier.


IMP

(d'un ton professionnel)

« Bienvenue chez Hell’s Housing. Vous avez rendez-vous ? »


Appolia, imperturbable, leva légèrement le menton et répondit, d’un ton sec :


APPOLIA

(ton détaché)

« Non. Je viens voir votre patron. »


L’imp releva ses yeux de son écran, regardant Appolia avec un mélange de surprise et de dédain.


IMP

(sceptique)

« Madame Molly ne reçoit pas sans rendez-vous. »


Appolia pencha légèrement la tête, un sourire indéchiffrable aux lèvres.


APPOLIA

(avec ironie)

« Donc elle est bien là. Écoutez… soit je règle ça gentiment avec vous, soit je vous sors d’ici par la fenêtre. À vous de voir. »


Les deux hellhounds de sécurité s’approchèrent, leurs visages fermés, l’un d’eux demandant avec méfiance :


HELLHOUND 1

(ton méfiant)

« Y’a un problème ici ? »


APPOLIA

(ton froid)

« Aucun. »


Mais l’imp de l’accueil les interrompit d’une voix un peu trop forte, trahissant sa nervosité :


IMP

(d'un ton dramatique)

« Au contraire ! Il y a un énorme problème ! Cette femme est menaçante, elle est pas nette ! »


L’un des hellhounds posa une main ferme sur l’épaule d’Appolia, esquissant un sourire froid.


HELLHOUND 1

(ton sec)

« Allez, temps de filer. »


Sans hésiter, Appolia le saisit, une main fermement appuyée sur son bras et l’autre à l’arrière de sa tête. En un mouvement fluide et précis, elle plaqua son visage dans le comptoir, avec une telle force que sa tête le traversa dans un fracas sourd, des morceaux de bois volant autour d’eux. Le deuxième garde tenta de réagir, mais elle lui décocha un coup de pied puissant en plein abdomen. Projeté contre le mur, il s'effondra au sol, assommé sur le coup.


Appolia se tourna vers l’imp de l’accueil, qui la regardait maintenant, tremblante derrière les débris de son bureau.


IMP

(terrorisée)

« M-Molly… elle est au neuvième étage… tout au bout du couloir… »


Appolia hocha la tête, raccrochant sa gourde à sa ceinture et ajustant son chapeau de paille. Sans un mot de plus, elle s’avança vers les ascenseurs, ses pas résonnant lourdement dans le hall désormais silencieux.


Appolia appuya calmement sur le bouton de l’ascenseur, patientant quelques secondes avant d’entendre le son mécanique de la cloche. Les portes s’ouvrirent en douceur, révélant l’intérieur de la cabine où trois hellhounds se tenaient, la dévisageant avec un mélange de surprise et de méfiance.


Leur regard n’échappa pas à Appolia. Elle comprit instantanément qu’ils étaient déjà alertés de sa présence. Toujours aussi calme, elle esquissa un léger pas en arrière lorsque l’un d’eux tenta d’avancer la main pour la saisir. Mais il ne fut pas assez rapide ; Appolia anticipa son geste et s’écarta à peine, son visage blasé ne trahissant aucune émotion. L’air de la salle se fit plus tendu alors que les trois hellhounds se lancèrent sur elle, bien décidés à l’empêcher d’aller plus loin.


Le premier garde, un hellhound imposant avec des crocs acérés et des yeux injectés de sang, fonça sur elle avec l’intention de la maîtriser en l’attrapant au bras. Appolia, imperturbable, laissa sa main se refermer sur son poignet, puis exerça une pression surprenante de force qui fit grincer le garde de douleur. Son visage canidé se tordit sous l’impact de la poigne d’Appolia, ses crocs serrés sous l’intensité de la douleur qui lui traversait le bras.


Le deuxième garde, croyant la surprendre, bondit sur elle par le côté. Mais Appolia, toujours en tenant le premier par le poignet, pivota en un geste fluide et saisit le second par la gorge avec sa main libre. Sa prise était ferme, impitoyable. Elle le souleva légèrement, sentant le hellhound paniquer alors que ses pattes griffaient l’air. Puis, dans un geste brutal, elle le plaqua violemment au sol, produisant un craquement sinistre qui résonna dans le hall. Son corps s’affaissa sans un bruit de plus, son souffle coupé.


À ce moment, le troisième hellhound profita de la situation pour attaquer par derrière, les griffes étendues, espérant la prendre au dépourvu. Mais Appolia avait déjà anticipé son mouvement. Toujours en tenant le premier par le bras, elle pivota à nouveau, d’une agilité féline, et sauta au-dessus de lui avec une précision calculée. Ses mouvements étaient si précis qu’ils semblaient chorégraphiés, sans aucune hésitation.


Elle atterrit de l’autre côté du premier hellhound, qui hurlait de douleur, et tordit brusquement son bras dans un angle improbable. Le bruit sec du bras disloqué fit frémir le troisième garde, qui recula, hésitant. Profitant de sa confusion, Appolia le saisit fermement par l’épaule et le projeta à travers la salle, son corps décrivant un arc en l’air avant de s’écraser contre le mur. Il retomba lourdement, son épaule disloquée, gémissant de douleur alors qu’il tentait faiblement de se relever.


Enfin, le troisième hellhound tenta une attaque désespérée, fonçant de toutes ses forces dans l’espoir de l’attraper. Mais Appolia esquiva avec la même assurance glaciale, décochant un coup de pied puissant dans son genou. Le membre se plia dans un angle anormal, un autre craquement se faisant entendre dans l’air tendu du hall. Avant qu’il ne puisse réaliser ce qui venait de se passer, Appolia enchaîna avec un coup de poing implacable en plein visage. Le garde fut soulevé du sol, effectuant une série de rotations incontrôlées avant de retomber lourdement, inconscient.


Le silence retomba dans le hall. Appolia resta immobile un instant, observant les trois corps étalés à ses pieds. Ils étaient encore vivants, mais dans un état tel qu’ils ne représenteraient plus aucune menace pour elle. Satisfaite, elle ajusta son chapeau de paille, masquant une partie de son visage, puis entra dans l’ascenseur. Les portes se fermèrent en silence derrière elle alors qu’elle appuyait calmement sur le bouton du neuvième étage, prête à retrouver Molly.


Appolia s'appuya calmement contre le mur de l’ascenseur, observant le défilement des chiffres. Les étages défilaient lentement, sans se presser. Elle croisa les bras, fixant la porte d’un regard impassible, comme un prédateur prêt à bondir. Enfin, les portes s’ouvrirent avec un léger tintement, révélant un couloir qui s’étirait devant elle, d’un calme presque inquiétant.


Elle s’avança avec prudence, ses pas feutrés résonnant à peine sur le sol immaculé. Le couloir, aussi somptueux que le reste du Cercle de la Jalousie, était décoré de statues imposantes sur des piédestaux, chacune représentant un démon triomphant de créatures plus faibles. Ce lieu suintait l’arrogance et la vanité, des valeurs omniprésentes ici.


Appolia s’approcha de la porte du fond, sa main tendue vers la poignée. Mais à cet instant, un sixième sens la prévint du danger. Elle bondit en arrière juste au moment où la porte explosa dans un fracas de bois et de métal, un nuage de fumée et de débris envahissant le couloir. Elle resta immobile, observant la scène alors que le nuage de poussière se dissipait.


Une silhouette émergea lentement des débris. Une peau d’une blancheur maladive, des cheveux noirs tombant en mèches désordonnées, quatre bras musclés, une jupe noire, des antennes qui frémissaient et quatre yeux perçants. Pas de doute, c’était un démon mythe.


APPOLIA

(blasée)

« Molly Moth, je suppose. »


Molly lui adressa un sourire narquois, un éclat de défi dans ses yeux multiples.


MOLLY

(sarcastique)

« Le démon de la haine, je suppose. »


Elles se fixèrent un instant, l’atmosphère chargée d’électricité.


MOLLY

(ton provocateur)

« T’es venue pour me tuer, hein ? »


APPOLIA

(ton sec)

« Un contrat a été mis sur ta tête. Je compte bien honorer la livraison. »


Un rictus s'étira sur le visage de Molly, son expression oscillant entre moquerie et mépris.


MOLLY

(avec un rire moqueur)

« Si tu penses vraiment pouvoir me tuer, t’es encore plus conne que tu en as l’air. »


D’un bond, elle fonça sur Appolia. Avec une force surprenante, elle la saisit par les épaules et la projeta en arrière, brisant le mur du couloir, envoyant Appolia à travers, dans le bureau derrière. Elle atterrit en souplesse, se relevant sans une égratignure, son visage blasé et imperturbable. Elle ajusta son cou en un craquement nonchalant, provoquant un éclat de rage chez Molly.


MOLLY

(énervée)

« Sérieusement ? C’est tout ce que t’as ?! »


Elle s’élança de nouveau, ses quatre bras s’abattant sur Appolia en une série de coups de poing fulgurants. Mais Appolia para chaque coup avec une aisance déroutante, absorbant les attaques sans broncher. L’agacement de Molly ne fit qu’augmenter.


MOLLY

(exaspérée)

« Arrête de te foutre de moi ! »


Appolia riposta d’un coup de pied précis dans les côtes, envoyant Molly heurter violemment le mur, qui se fissura sous l’impact. Elle se releva avec difficulté, ses yeux brûlant d’une haine froide. Déployant ses ailes noires, elle projeta un nuage de particules jaunâtres en direction d’Appolia, qui demeura immobile, l'observant d’un regard neutre.


MOLLY

(sardonique)

« Ça te plaît, salope ? Ces particules… ce sont des phéromones qui ralentissent les connexions nerveuses. »


Elle profita de l’instant pour foncer sur Appolia avec une vitesse accrue, ses ailes déployées donnant plus de puissance à son assaut. Elle tenta un coup de poing en pleine face, mais Appolia, toujours imperturbable, attrapa son poing au vol. Son regard blasé se posa sur Molly, qui le soutint d’un air de défi.


APPOLIA

(d’un ton sec)

« Bien tenté. »


Appolia contre-attaqua d’un coup de poing direct dans l’abdomen, pliant Molly en deux. Molly grogna de douleur, se redressant difficilement.


MOLLY

(décontenancée)

« Comment… Comment tu fais pour encore bouger malgré mes phéromones ? »


APPOLIA

(blasée)

« C’est pas mal pensé. Mais les phéromones et les poisons… aucun effet sur moi. »


Molly se redressa, la respiration haletante. Elle lança un regard empli de haine à Appolia.


MOLLY

(rageuse)

« Tu te crois forte, hein ? Tu vas voir ce dont Molly Moth est capable ! »


Une énergie occulte enveloppa le corps de Molly, ses traits changeant peu à peu, prenant l’apparence d’Appolia elle-même. Après quelques secondes, elle revêtait les mêmes traits, les mêmes vêtements, le même regard froid. Elle esquissa un sourire provocateur.


MOLLY

(fière d’elle)

« Et maintenant ? Ça fait partie de mes nombreux pouvoirs. Je peux non seulement prendre l’apparence de mes adversaires, mais aussi leur force. »


Molly, désormais sous l’apparence d’Appolia, se lança de nouveau à l’assaut, un sourire victorieux aux lèvres. Les deux échangeaient une série de coups, chacune parant les attaques de l’autre avec une aisance presque identique. Molly, sûre d’elle, laissa échapper un rire méprisant.


MOLLY

(avec assurance)

« C’est peine perdue, ma belle. Maintenant que j’ai ton apparence, je connais toutes tes tactiques. »


Elle intensifia ses coups, mais Appolia les parait toujours avec la même nonchalance. Elles continuaient de s’affronter, leurs mouvements presque synchronisés. Molly semblait de plus en plus frustrée par l'impassibilité d'Appolia, qui finit par improviser. Dans un geste fluide, elle attrapa Molly par derrière et, dans un mouvement surprenant, la souleva en l’air, avant de la projeter violemment au sol dans une German suplex inattendue. Le corps de Molly s’écrasa lourdement, provoquant un bruit sourd.


Molly, groggy, tenta de se relever, son souffle haletant. Elle fixa Appolia, incrédule.


MOLLY

(déconcertée)

« C’était quoi, ça ? J’ai tes techniques et pourtant… je n’ai pas vu venir ce coup-là. »


APPOLIA

(d’un ton froid, avec une pointe de sarcasme)

« Normal. Je viens de l’improviser. »


Molly, affaiblie, tentait de comprendre comment Appolia gardait toujours un coup d'avance, même lorsqu'elle portait son propre visage.


Appolia s’approcha de Molly d’un pas lent, ses yeux fixés sur elle avec un calme glacial. Molly, haletante et affaiblie, se redressa, tentant de rassembler ses dernières forces. Elle arma son poing dans un ultime effort pour frapper Appolia, mais cette dernière leva une main, tendant ses doigts vers sa poitrine.


En une fraction de seconde, Appolia replia ses doigts avec une précision foudroyante, effectuant un one-inch punch qui projeta Molly en arrière avec une violence inouïe. Elle traversa le bureau, s’écrasant contre le mur avec un fracas assourdissant, disparaissant un instant dans un nuage de fumée et de débris. Quand la poussière retomba, Molly émergea péniblement du chaos, ses traits redevenus ceux de son apparence originelle.


Appolia la fixa d’un regard déçu, secouant légèrement la tête.


APPOLIA

(d’un ton froid)

« Franchement décevant. Si tu as vraiment copié ma force, alors je dois être plus faible que je ne pensais. »


Molly resta immobile, fixant Appolia avec un mélange de peur et de frustration. Elle commençait à réaliser l’énorme écart de puissance entre elles. Appolia, impassible, plongea sa main dans son corps et en extirpa un sabre japonais d’une pureté inquiétante, sa lame effilée scintillant dans la lumière sombre.


MOLLY

(suppliant, paniquée)

« Attends… Attends ! Je peux te payer, t’as aucune idée de la thune que je fais ici, tous les jours ! On peut s’arranger, non ? »


Appolia esquissa un léger sourire sans humour.


APPOLIA

(sarcastique)

« Tu veux dire, l’argent que tu te fais en exploitant la jalousie des autres démons ? Garde-la. »


Elle se redressa, et sans un mot de plus, fondit vers Molly avec une vitesse inhumaine, le sabre en main. En un éclair, elle trancha son adversaire en deux, séparant le torse des jambes dans un mouvement fluide et précis. Les deux parties du corps de Molly tombèrent, mais s’arrêtèrent étrangement avant de toucher le sol, puis se reconstituèrent, se rassemblant lentement jusqu’à reformer son corps d'origine.


Un sourire sinistre étira les lèvres de Molly, qui regarda Appolia avec un air de défi.


MOLLY

(triomphante)

« J’ai aussi le pouvoir de régénération, chérie. Il va falloir faire mieux que ça. »


Appolia leva son sabre, un éclat menaçant dans le regard.


APPOLIA

(ton implacable)

« Si tu y tiens tant… »


En un éclair, Appolia se mit à bouger, son sabre dansant dans ses mains dans une série de mouvements à peine perceptibles. La lame fendait l’air dans un ballet mortel, chaque coup précis et calculé, comme si elle découpait l’espace même autour d’elle. Elle s’arrêta enfin, l’expression toujours froide, le sabre disparaissant dans le creux de sa main.


Molly resta figée un instant, son sourire vacillant, incapable de comprendre ce qui venait de se passer. Puis, lentement, des lignes de coupures apparurent sur son corps, et son sourire s’effaça, remplacé par une terreur absolue.


Appolia se détourna, tournant le dos à Molly d’un geste tranquille, son sabre maintenant absorbé.


APPOLIA

(d’un ton calme, sans se retourner)

« Essaie de te régénérer après ça. »


À cet instant, le corps de Molly commença à se désagréger, se scindant en dizaines de morceaux, qui tombèrent au sol dans un bruit sec, se disloquant comme un puzzle qu’on renverse. Chaque fragment de chair et d’os se dissocia, s’éparpillant autour d’elle en une multitude de parties.


Appolia, imperturbable, continua d’avancer, laissant derrière elle le cadavre morcelé de Molly, une preuve indéniable de la puissance et de la finalité de sa technique.


Appolia sortit son téléphone de son kimono, faisant défiler calmement sa liste de contacts jusqu’au numéro de Claris. Elle appuya sur le nom et porta le téléphone à son oreille. Après quelques tonalités, la voix chaleureuse de Claris se fit entendre.


CLARIS

(chaleureuse)

« Appolia ? »


Appolia resta impassible, bien que sa voix trahissait une pointe de fatigue.


APPOLIA

(sans émotion)

« La mission au Cercle de la Jalousie est terminée. Vous pouvez me ramener. »


Un léger silence se fit entendre au bout du fil, puis Claris reprit avec un soupçon de fierté.


CLARIS

(avec un sourire dans la voix)

« Toujours aussi efficace, décidément. »


Appolia haussa à peine les épaules, le regard tourné vers l’endroit dévasté autour d’elle.


APPOLIA

(blasée)

« Je ne fais que mon travail. »


Un léger ricanement s’échappa de Claris.


CLARIS

(amicale)

« Alors, c’était au moins intéressant, j’espère ? »


Appolia hésita un instant, cherchant les mots, avant de répondre d’une voix neutre.


APPOLIA

(réfléchissant)

« C’était… pas trop mal. »


Claris laissa échapper un rire franc.


CLARIS

(enjouée)

« Donc, ennuyant, hein ? Ne t’inquiète pas, je suis certaine que tu finiras par trouver un adversaire à ta hauteur. »


Un long silence s’installa, respectueux et familier. Enfin, Claris reprit doucement.


CLARIS

(ton attentionné)

« Je vais créer un portail. Passe me voir, je t’offre un verre. »


À cet instant, un portail s’ouvrit au milieu du bureau, émettant une lumière bleutée qui projetait des ombres dans la pièce. Appolia s’avança vers le passage, mais s’arrêta une seconde, jetant un dernier regard au corps découpé de Molly Moth, éparpillé sur le sol. Elle s’inclina respectueusement devant elle, les yeux baissés avant de se redresser sans un mot de plus, tourna les talons, et passa à travers le portail, disparaissant dans un éclat de lumière, laissant le bureau silencieux, marqué par la trace de son passage.




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