Ils arrivent au Canada sous une simple couverture civile. Marc, quant à lui, se présente au poste de police sous les traits d’un jeune agent un peu lent et sans grand avenir. Durant un mois, il navigue dans cette mare aux canards et aux gros rats. Une première faille finit par s’ouvrir : Franck.
« Hé ! Marc, j’ai un job pour toi, si ça t’intéresse, lance ce dernier un matin.
- Ah ouais ? Quoi donc ?
- Tout comme moi, tu sais très bien que tu ne perceras jamais dans la police... Mais je peux te garder un pied dedans.
- En tant que quoi ?
- On a eu un problème il y a quelques semaines et on a perdu pas mal d’indics. Ça ne te dirait pas de les remplacer pour nous ?
- Je... je ne comprends pas trop...
- Tu quittes la police, tu nous dégotes ce qu’on te demande, et on te paie en liquide. Ou en drogue. Vu ta tête, je me doute bien que tu fumes, non ?
- Oui... mais je ne pensais pas que...
- On a l’habitude, le coupe Franck en lui tapotant l'épaule. On reconnaît les drogués à des kilomètres. »
Sous la stricte surveillance du 5-0, Marc suit les instructions de Franck à la lettre. En contactant Duke, l'équipe apprend d'ailleurs que Franck était le tout dernier coéquipier de Victor.
Deux semaines, plus tard, Franck rappelle Marc pour lui donner rendez-vous afin de régler son travail en liquide et en marchandise. L’équipe du 5-0 intervient immédiatement après le transfert. Franck se retrouve arrêté et jeté en salle d'interrogatoire, face à un Danny ivre de rage à cause de l’état de santé de Marie. Steve doit presque l'interposer pour éviter un drame.
Pendant deux semaines, le 5-0, épaulé par des renforts venus d’autres casernes, passe la totalité du poste au peigne fin. Les scientifiques analysent la planque : la farine, les tickets de caisse et les lieux révèlent une montagne d'empreintes incriminables.
Après six semaines passées dans le froid canadien, toute l’équipe est soulagée de pouvoir enfin rentrer. Tous ont attrapé un méchant rhume, mais Danny, lui, est littéralement cloué au lit.
« Alors, le vilain petit canard n'a pas supporté le gel ? le taquine Steve en débarquant chez lui.
- Très drôle, Steve... éternue Danny sous ses couvertures.
- La gosse sort de son coma. C’est ce que les médecins viennent de dire à Benjamin, donc...
- On y va ! se lève précipitamment Danny en sautant du lit.
- Danny ! Avec un pantalon, ce sera beaucoup mieux ! »
Pris de court, Danny attrape son jean, l'enfile à la hâte et fonce vers la sortie. Steve saute au volant et fait crisser les pneus en direction de l'hôpital.
« Les livres ! s'écrie soudainement Danny sur le trajet.
- Dans le coffre, ne t’inquiète pas. »
Arrivé à l’hôpital, Danny pénètre dans la chambre de Marie et fait la connaissance de Benjamin. Ils discutent longuement d'elle : une fille sans histoire, qui a toujours cherché à éviter les ennuis, mais qui déplace des montagnes dès que la famille est touchée.
« Marie est entrée dans la police uniquement pour résoudre l'énigme de ces livres, explique Benjamin. En réalité, nous sommes tous les deux vétérinaires. On s'occupe aussi d'un chenil, on adore les animaux. On a un petit chien chez nous et huit autres au refuge, même si on les prend souvent avec nous la journée. On vit en appartement, alors c’est un peu compliqué pour l'instant... Mais comment avez-vous réussi à résoudre tout ce mystère ?
- On a mis du temps à cerner Victor, répond Danny. Mais dès qu’on a compris qu’il était le "canard noir", le reste s'est éclairé. Vous savez ce qui l'a poussée à devenir flic ?
- Elle a croisé Franck le jour de sa remise de diplôme. Elle a trouvé ça très louche : aucune nouvelle pendant trois ans, et soudain il réapparaît... S'il ne serait pas venu, jamais elle n'aurait cherché à fouiller. »
Il faut attendre deux jours supplémentaires pour que Marie accepte enfin d'ouvrir les yeux. Lorsqu'elle émerge, son regard croise celui de Daniel, qui lui adresse un doux sourire avant de lui faire signe de regarder de l'autre côté. Pour lui éviter le moindre effort, Benjamin se lève aussitôt pour se rapprocher d'elle.
« Quand elle ira mieux, tu me contactes, d’accord ? murmure Danny au fiancé.
- Sans faute », promet Benjamin.
Une semaine passe. Marie va nettement mieux et a retrouvé l'usage de la parole. Danny vient lui rendre visite, accompagné de Steve qui, par courtoisie, reste en retrait sur le pas de la porte.
« Tu vas bien ? demande gentiment Danny.
- Oui, merci... Vous les avez tous arrêtés ?
- Tous.
- Qui a tué mon père ?
- C’est Victor.
- J’en étais sûre... Il a fait le mort pendant trois ans...
- Il a fini par comprendre que les livres contenaient les enquêtes de ton père.
- Il les a vus quand il devait me déposer à l’aéroport. Il en aura mis, du temps... Pourtant, à l’époque, il aurait dû deviner.
- Il a surtout compris que tu savais quelque chose quand tu as brusquement changé de voie professionnelle.
- Je ne sais pas... Je ne veux plus savoir. La mémoire de mon père est enfin honorée.
- Tu as raison.
- Donne-moi ma plaque, mon cœur... Tiens, elle est pour toi, Daniel, dit-elle en lui tendant son insigne. Je ne veux plus travailler pour la police.
- Je sais. Tu préfères les chiens, sourit Danny. Et j’ai un cadeau pour toi.
- Tu peux les garder, souffle-t-elle en voyant les dossiers d'enquêtes. Je n’en veux plus.
- Pas ceux-là. Ceux-ci parlent de ta vie avec ton père », corrige-t-il en lui tendant d'anciens ouvrages.
- "La cane n’a pas vu son caneton grandir"... C’est ma mère et moi, c’est ça ? J’adorais ce livre quand j'étais petite. Mon père me l’a lu tellement de fois...
- Ouais. Tu les acceptes ?
- Merci... Merci infiniment.
- Dès que tu quittes ce lit, tu m’appelles : on ira se manger un truc et je te présenterai mon équipe. »
Dans le couloir, Steve fusille immédiatement son coéquipier du regard : « "Ton" équipe ? Tu as vraiment dit "ton" équipe ?! C'est mon équipe !
- Oh, Steve, soupire Danny en levant les yeux au ciel. C’est bon... »
Une semaine, plus tard, Marie prend connaissance du déroulement complet de l’enquête. Soulagée, elle serre la main de son fiancé et pose doucement sa tête contre son épaule. Puis, elle se redresse et fixe Daniel : elle lui demande s’il accepterait de la conduire à l’autel l’été prochain, et si toute l'équipe voudrait bien être de la fête.
« J’en serais très honoré... mais seulement si tu acceptes de m’appeler Danny.
- Hum, sourit-elle. Steve m’a déjà parlé de ce surnom.
- Ça ne m’étonne pas ! Et il t’a dit aussi que c’est son équipe ?
- Oh que oui ! rient-ils. Vous voulez voir nos chiens ? On a plein de photos !
- Et qui s’en occupe pendant que vous êtes ici ?
- Sa maman ! répond Marie, les étoiles dans les yeux en regardant Benjamin. »