Livre 1 - Les secrets d'un Malfoy

Chapitre 1 : Chapitre 1 — Un héritier convenable

Par Larousse28

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Chapitre 1 — Un héritier convenable

 

Le manoir Malfoy n'était pas un endroit où l'on perdait facilement quelque chose.

 

Les objets y avaient tous leur place, les tableaux connaissaient leurs heures de silence et les elfes de maison avaient appris depuis longtemps qu'un vase déplacé de quelques centimètres pouvait provoquer davantage de remous qu'une tempête au-dessus du domaine. Même les visiteurs semblaient modifier leur comportement en franchissant les grilles de fer forgé. Ils redressaient le dos, baissaient légèrement la voix et prenaient soin de ne pas regarder trop longtemps les statues qui bordaient l'allée.

 

C'était une demeure ancienne, dont les pierres pâles avaient traversé des générations de Malfoy sans jamais sembler s'user. Les fenêtres hautes reflétaient les jardins soigneusement entretenus, tandis que les longues galeries intérieures conservaient une fraîcheur presque permanente, même au cœur de l'été.

 

Draco Malfoy aimait beaucoup son foyer.

 

Il aimait les couloirs où ses pas résonnaient, les portraits de ses ancêtres qui lui adressaient des compliments lorsqu'il passait devant eux et, plus encore, le fait que personne ne lui demandait jamais de partager ses jouets avec d'autres enfants. Il n'avait jamais compris pourquoi certains parents trouvaient nécessaire d'inviter une dizaine de petits sorciers chez eux pour les anniversaires. Une seule personne suffisait amplement à lui gâcher une journée.

 

En l'occurrence, il s'agissait de son cousin éloigné, qui avait eu l'audace de toucher à une figurine de dragon appartenant à Draco lors d'une visite familiale quelques mois auparavant.

Le garçon avait depuis été rayé de la liste des invités acceptables.

 

— Draco.

 

La voix de sa mère s'éleva depuis l'embrasure de la porte.

 

Le garçon, installé en tailleur sur le tapis de sa chambre, ne leva pas immédiatement la tête. Il était occupé à faire avancer une petite armée de soldats miniatures au milieu d'un champ de bataille improvisé entre deux coussins. Un chevalier venait de tomber sous les griffes d'un dragon vert.

 

— Draco, je te parle.

 

— J'ai entendu, maman.

 

Narcissa Malfoy entra dans la pièce. Elle portait une robe bleu pâle et ses cheveux blonds étaient relevés avec une élégance qui semblait ne lui demander aucun effort. Elle observa le désordre relatif du tapis avant de reporter son attention sur son fils.

 

— Ton père t'attend dans son bureau.

 

Draco fit grimper son dragon sur le coussin le plus proche.

 

— Pourquoi ?

 

— Il souhaite te parler de quelque chose d'important.

 

Cette réponse ne lui plut pas particulièrement.

Les choses importantes de son père avaient généralement tendance à durer longtemps, à comporter beaucoup de questions auxquelles il connaissait déjà les réponses et à se terminer par une leçon sur le nom qu'il portait.

 

— Est-ce que j'ai fait quelque chose ?

 

Narcissa haussa légèrement les sourcils.

 

— Aurais-tu une raison de le penser ?

 

Draco réfléchit. Il avait fait léviter une cuillère au-dessus de la table du petit déjeuner, ce qui avait fait renverser le thé de son père. Il avait également refusé de terminer son exercice de calligraphie et avait laissé son dernier jouet dans le couloir. Rien de véritablement grave.

 

— Non, répondit-il finalement.

 

Sa mère eut un petit sourire.

 

— Alors tu n'as probablement rien à craindre.

Elle lui tendit la main.

 

Draco l'accepta, non sans avoir pris soin de remettre son dragon à sa place avant de quitter la chambre.

 

Le bureau de Lucius Malfoy était l'une des pièces les plus impressionnantes du manoir.

Les étagères montaient jusqu'au plafond, remplies de volumes reliés en cuir et de documents soigneusement classés. Une large cheminée occupait le mur opposé au bureau, au-dessus duquel était accroché un portrait d'un ancêtre dont Draco avait oublié le nom, mais qui avait l'habitude de le saluer en l'appelant « mon jeune héritier ».

 

Lucius était debout près de la fenêtre. Il tenait une lettre entre ses doigts.

 

— Ah. Te voilà.

 

Draco se redressa instinctivement. Il savait comment se comporter avec son père. Il fallait se tenir droit, ne pas interrompre et éviter de poser des questions inutiles. Lucius aimait les enfants polis, particulièrement lorsqu'ils étaient les siens.

 

— Assieds-toi.

 

Draco grimpa sur le fauteuil placé devant le bureau. Lucius contourna lentement le meuble massif.

 

— Tu sais que tu entreras bientôt à Poudlard.

 

Le visage de Draco s'éclaira.

 

— Oui.

 

— Ce sera une étape importante. Tu y rencontreras les enfants de nombreuses familles sorcières. Certaines sont respectables. D'autres le sont beaucoup moins.

 

Draco connaissait déjà cette distinction. Son père avait pris soin de la lui enseigner bien avant qu'il sache lire correctement les noms inscrits sur les arbres généalogiques.

 

— Les Weasley, par exemple ? demanda-t-il.

 

Lucius eut un sourire presque imperceptible.

 

— Tu apprends vite.

 

Draco sourit à son tour, satisfait. Il connaissait les Weasley. Enfin, il connaissait surtout les commentaires que son père faisait à leur sujet. Une famille nombreuse, désargentée, qui semblait considérer que le fait d'avoir beaucoup d'enfants constituait une réussite en soi. Il ne voyait pas très bien ce qu'il y avait d'admirable là-dedans.

 

— Et les enfants de Moldus ? demanda-t-il.

 

— Tu apprendras à reconnaître les personnes qui méritent ton attention, Draco.

 

La réponse était suffisamment claire pour lui.

Lucius posa la lettre sur son bureau.

 

— Tu représenteras notre famille à Poudlard. Je n'attends rien de moins que l'excellence.

 

— Je serai le meilleur.

 

— Je n'en doute pas.

 

Le garçon redressa le menton. Il aimait entendre son père parler ainsi. Il aimait surtout cette certitude tranquille avec laquelle Lucius semblait considérer que tout ce que Draco entreprenait finirait nécessairement par lui appartenir.

 

— Et je serai à Serpentard ?

 

— Naturellement.

 

Draco sourit. Il n'aurait pas envisagé une autre possibilité.

 

 Ce soir-là, Severus Rogue dîna au manoir. Il venait régulièrement, suffisamment souvent pour que Draco ait cessé de considérer ses visites comme un événement exceptionnel. Il connaissait ses habitudes, sa voix sèche, sa manière de lever les yeux au ciel lorsqu'un elfe de maison faisait tomber un couvert et son étrange capacité à transformer une question innocente en interrogatoire. Draco l'appréciait.

 

Il n'aurait probablement pas formulé les choses ainsi devant son père, mais Severus était l'un des rares adultes à ne pas le traiter comme un enfant incapable de comprendre quoi que ce soit.

 

— Tu as grandi, remarqua Severus lorsque Draco prit place à table.

 

— Je sais.

 

— Une observation particulièrement perspicace.

 

Narcissa dissimula un sourire derrière son verre.

Draco lança un regard offensé à son parrain.

 

— Je ne suis plus un bébé.

 

— Voilà qui est rassurant. J'avais justement commencé à m'inquiéter de devoir t'apporter une cuillère en bois.

 

— Je sais me servir d'une cuillère !

 

— Je suis soulagé.

 

Lucius posa son couteau.

 

— Severus.

 

Un seul mot, mais suffisamment ferme pour rappeler que le dîner n'était pas destiné à devenir un spectacle. Severus inclina légèrement la tête et poursuivit son repas. Draco, lui, n'avait pas abandonné.

 

— Est-ce que tu crois que je serai meilleur que les autres élèves ?

 

— Cela dépendra des autres élèves, répondit Severus.

 

— Je serai meilleur qu'eux.

 

— Dans ce cas, tu n'auras aucune difficulté à le démontrer.

 

Le garçon parut satisfait. Après quelques instants, Severus reprit :

 

— Mais il serait préférable que tu apprennes également à écouter. Les élèves les plus bruyants ne sont pas toujours les plus brillants.

Draco fronça le nez.

 

— Je ne suis pas bruyant.

 

— Naturellement.

 

Cette fois, Narcissa ne parvint pas à retenir son rire.

 

Draco décida qu'il ne parlerait plus à Severus pendant le reste du repas. Il ne tint pas plus de quatre minutes.

 

La nuit était tombée depuis longtemps lorsque Draco rejoignit sa chambre. Il avait passé une partie de la soirée à essayer de convaincre sa mère de lui acheter un nouveau balai miniature. Elle avait promis d'y réfléchir, ce qui signifiait généralement qu'elle finirait par accepter si Draco se montrait suffisamment charmant. Il se glissa sous ses couvertures et observa le plafond.

 

 Poudlard. Il imaginait déjà les salles de classe, les autres élèves et les professeurs qui devraient rapidement comprendre qu'il n'était pas un garçon ordinaire. Il se demanda si les fils de certaines familles seraient intéressants.

Potter, par exemple.

 

Son père avait prononcé ce nom avec une expression particulière. Draco ne savait pas exactement ce qui s'était passé entre les deux familles, mais il avait compris qu'il ne fallait pas se montrer trop enthousiaste à l'idée de fréquenter le garçon. Il n'avait pourtant jamais rencontré Harry Potter. Comment pouvait-on détester quelqu'un qu'on n'avait jamais rencontré ? La question ne lui parut pas suffisamment importante pour mériter davantage de réflexion.

Il ferma les yeux. Et s'endormit.

 

Le lendemain matin, quelque chose l'attendait sur son bureau. Ce n'était pas là la veille. Draco s'arrêta sur le seuil de sa chambre. Un livre reposait au milieu de son nécessaire d'écriture. Sa couverture était d'un vert si sombre qu'elle paraissait presque noire. Aucun titre n'y figurait, seulement un petit symbole argenté représentant un serpent enroulé autour d'une plume. Il s'approcha.

 

— Dobby ?

 

Un petit elfe apparut avec un claquement.

 

— Oui, jeune maître ?

 

— Qui a mis ça ici ?

 

L'elfe regarda le livre. Ses grandes oreilles s'agitèrent.

 

— Dobby ne sait pas, jeune maître.

 

— Tu es censé surveiller ma chambre.

 

— Dobby surveille la chambre de jeune maître !

 

— Alors tu aurais dû voir quelqu'un entrer.

 

L'elfe baissa la tête. Draco soupira.

 

— Laisse tomber. Tu peux partir.

 

Dobby disparut. Le garçon observa encore le livre avant de le prendre. La couverture était froide. Il l'ouvrit avec précaution. La première page était entièrement blanche. Draco tourna la suivante. Quelques mots apparurent sous ses yeux.

"À Draco Lucius Malfoy." Il s'immobilisa.

L'écriture était fine, inclinée vers la droite, et étrangement familière sans qu'il puisse expliquer pourquoi. Puis une seconde ligne se dessina.

 

 "Si tu lis ceci, c'est que j'ai enfin trouvé le moyen de te prévenir." Draco fronça les sourcils.

 

Il tourna la page : "Je sais ce que tu penses. Tu crois probablement qu'il s'agit d'une plaisanterie particulièrement élaborée." Il regarda la porte.

Puis le livre.

 

— Très amusant.

 

Une nouvelle phrase apparut. "Je suis toi, Draco."

Le garçon referma brutalement le journal. Il resta immobile quelques secondes. Puis, avec une prudence inhabituelle, il le rouvrit. Une dernière phrase s'était ajoutée au bas de la page.

"Et si tu veux éviter de passer le reste de ta vie à regretter certaines décisions, je te conseille de continuer à lire."

Draco fixa les mots.

Pour la première fois depuis longtemps, il ne sut pas quoi penser. Et cela l'agaça profondément.

 

Fin du chapitre 1.

 




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