Hermione n'arrivait pas à penser rationnellement, au point qu'elle en oubliait toute pudeur. Elle le haïssait. Il fallait qu'elle se rappelle qu'elle le détestait, de toutes ses forces. Et elle s'accrochait désespérément à cet état de fait pour ne pas laisser le désir, ni les sentiments gagner, alors qu'elle réalisait soudain qu'ils se confrontaient pour la première fois depuis leur baiser passionné échangé dans le bureau de la professeure McGonagall. Toutes les autres interactions qu'ils avaient pu avoir ensemble ensuite n'avaient été qu'indirectes ou lointaines.
- Merde, Granger... Gémit le jeune homme dans un souffle en parcourant son corps dévêtu d'un regard incendiaire et torturé.
Alors qu'elle le voyait ainsi déchiré entre son avidité de s'avancer vers elle, et sa conscience qui le poussait à fuir, elle sentait que le bout de ses doigts commençait à chauffer et produire des étincelles. Elle ferma les yeux et respira profondément, comme Harry lui avait conseillé, pour tenter de garder la maîtrise de ses émotions.
"Le plus beau cadeau que cette sang-de-bourbe a fait à ses moldus de parents, c'est de leur faire oublier sa pénible existence."
"Ce n'est pas vrai ! Qu'est-ce qu'elle fait là, elle ?"
Les souvenirs douloureux se rappelaient à elle, sabotant sa lamentable tentative de contrôle. Elle rouvrit les yeux alors qu'une tempête semblait se lever dans sa chambre, faisant virevolter ses longs cheveux et claquant la porte derrière le jeune homme. Les liens rouges et bleus réapparurent alors et tournoyèrent autour d'elle ensemble, si bien qu'ils semblaient à présent violets. Drago parut soudain retrouver ses esprits à la vue de cette manifestation surnaturelle dont il était la cause et dirigée contre lui :
- Hermione, je... Je suis désolé, crois-moi. J'ai voulu... Je voulais te blesser suffisamment pour essayer de rompre le lien. J'ai été stupide. Et... C'est de ma faute si tu as failli mourir...
Sa voix, qui couvrait à peine le rugissement du vent, se brisa et il tomba à genoux devant elle.
- Je pensais être devenu meilleur... ou... moins stupide en tout cas. Mais je continue à provoquer des catastrophes et à faire du mal aux gens que j'... Aux gens autour de moi. Je te demande pardon d'être aussi misérable, de t'avoir fait du mal, de t'avoir fait fuir. Je suis responsable de tout ce que tu as enduré. Tu peux me détester, mais sache que tu ne pourras jamais me haïr autant que je me hais moi-même pour ce que tu as traversé.
L'ouragan qui s'était déchaîné dans le petit appartement cessa brusquement et Hermione sentit les cordons de lumière faiblir autour d'elle avant de disparaître. Drago avait la tête baissée, le visage dans ses mains, dans une position de profonde affliction. Elle comprit alors ce que Ron et Harry avaient voulu dire lorsqu'ils lui avaient parlé de son incommensurable peine et de sa culpabilité : elle n'était pas feinte, au grand étonnement de la jeune femme.
Elle enfila un peignoir fin et se tourna à nouveau vers lui :
- Comment et pourquoi es-tu rentré ici ?
- Je ne sais pas... La poignée a brillé, je pensais entrer dans ma chambre...
Hermione inspira profondément.
- Ta tentative pour me blesser a bien fonctionné, rassure-toi. Concernant le charme, je trouverai un moyen de l'annuler, ensuite nous n'aurons plus aucune interaction toi et moi. Envisager qu'on puisse être ami était déjà une erreur dès le départ. Maintenant, sors d'ici.
Sa voix était assurée et forte, pourtant ses mains tremblaient et elle devait garder les bras croisés pour les camoufler. Elle souffrait de ne pouvoir se précipiter vers lui, pour adoucir son chagrin et atténuer sa propre douleur. Toutes les terminaisons nerveuses de sa peau hurlaient pour entrer en contact avec la sienne, pour sentir ses mains sur elle, son corps contre le sien, sa bouche, sa langue... Elle secoua la tête et expira doucement alors qu'il se dirigeait, abattu, vers la sortie et qu'il ouvrit la porte.
- Tu devrais retourner voir la professeure Smith, dit-il sans se retourner.
Puis, il s'éclipsa sans attendre sa réponse.
Hermione s'assit sur son lit pour calmer les battements de son cœur. Il fallait vraiment qu'elle travaille sur son self-control : si cette connexion n'avait pas d'antidote, il faudrait envisager de la contourner pour ne pas qu'elle la submerge à chaque interaction avec Drago. La sorcière passa ses mains sur ses yeux. Elle se sentait vidée. Lui aussi avait pu briser le sortilège de reconnaissance des portes de chambres, cela prouvait donc que leur lien y était pour quelque chose. Et... Et il l'avait vue nue ! Elle se pinça les arêtes du nez. Mon dieu... À chaque fois qu'elle pensait avoir touché le fond avec lui, un autre évènement plus humiliant encore que le précédent survenait.
La jeune femme reprit le chemin des cours dès le lendemain avec soulagement. Elle était uniquement excusée pour ceux des techniques de combat qui exigeaient une bonne condition physique, ce qu'elle n'avait pas encore retrouvé totalement. Lorsqu'elle se rendit à celui de magie ancienne, Harry la rattrapa dans le couloir qui menait à la salle de classe.
- Alors ? Tu vas suivre le conseil de Drago ?
Elle lui avait parlé de la brusque irruption de Malefoy dans sa chambre le soir du match, sans bien sûr évoquer sa tenue d'Eve.
- Non... Je ne suis pas encore assez désespérée pour révéler ma bêtise à ma professeure... Je pense envoyer des hiboux aux bibliothèques universitaires du pays pour étendre mes recherches avant. Je ne retournerai la voir et lui dévoilerai tout qu'en dernier recours.
Harry sourit.
- La meilleure élève de Poudlard n'est pas encore prête à admettre qu'elle est faillible, hein ?
- Je ne suis pas parfaite, mais ne le dis à personne sinon je devrai te stupéfixer jusqu'à ce que tu aies 108 ans.
Le jeune homme redevint soudain sérieux.
- Nous avons trouvé des traces de brûlure sur le sol à 23 km de l'école hier soir avec la patrouille. Les Aurors pensent qu'ils ont fui avec un portoloin qui s'est ensuite autodétruit.
- Les mangemorts ne sont plus à Poudlard alors ?
- Pour le moment non, ce qui explique que personne ne les ait encore attrapés. Mais ils peuvent revenir, donc nous continuons nos rondes tant qu'on ne sait pas ce qu'ils cherchent.
- J'aimerais intégrer ces brigades...
- Tu es trop fragile encore. Et honnêtement, vu l'état dans lequel on t'a récupérée, ça m'étonnerait que la professeure McGonagall prenne le moindre risque de te confronter à nouveau avec tes tortionnaires.
- Ce n'est pas juste ! Ça aurait pu tomber sur n'importe qui dans cette école. Je ne vais pas rester cloîtrée ici pendant que tous ceux de ma promo se perfectionnent auprès des plus grands Aurors du pays !
- Tu pourras toujours faire ta requête dès qu'ils t'autoriseront à reprendre les cours de combat. Mais sache que personnellement j'en suis malade d'avance. Et je ne te parle même pas de Ron...
- Je comprends : ça a dû être dur pour vous de me voir dans cet état. Mais moi, je n'ai presque aucun souvenir, donc je suis moins traumatisée. J'ai été attaquée par surprise, mais maintenant je suis prête pour l'affrontement. Et je ne serai jamais seule.
Son ami acquiesça, peu convaincu. Mais leur arrivée dans la salle de magie ancienne ne lui permit pas de prolonger la conversation. Ils s'installèrent au premier rang, comme Hermione en avait l'habitude, et la professeure Smith fit son apparition. La leçon du jour abordait les sortilèges involontaires :
- Comme je vous l'ai dit lors de notre premier cours ensemble, expliqua la petite et très vieille sorcière, nous avons appris au cours des siècles à maîtriser notre magie, à la canaliser grâce notamment à l'emploi des baguettes qui ont considérablement amplifié la puissance de nos incantations. L'inconvénient de cette utilisation est que nous avons peu à peu oublié qu'elle était en nous avant tout, et non dans ce petit morceau de bois. Peu de sorciers savent s'en passer désormais, ce qui peut créer involontairement des situations gênantes...
Ses yeux étaient braqués sur le premier rang, ce qui perturba Hermione au point qu'elle retint sa respiration. Avait-elle tout deviné de sa mésaventure suite à leur conversation sur l'alignement ?
- ... Ou tragiques. Nous avons un spécimen vivant ici qui peut en témoigner, n'est-ce pas Monsieur Potter ?
La jeune femme sentit le soulagement décrisper ses épaules.
- Le sacrifice de votre mère pour vous a permis de, non seulement vous sauver la vie, mais aussi retourner le sort impardonnable qui vous était destiné. C'est une tragique, mais également prodigieuse démonstration de notre ignorance sur nos capacités magiques qui sont étroitement liées à nos émotions.
La suite de l'instruction se focalisa sur les différents sorts ricochets qui pouvaient parfois protéger leur auteur sans besoin de baguette. Lorsque l'heure s'acheva, les deux élèves de la maison Gryffondor rassemblèrent leurs affaires et s'apprêtèrent à quitter la classe, lorsque la professeure Smith s'interposa entre eux et la porte.
- Mademoiselle Granger, je suis très heureuse de vous revoir après cette effroyable agression dont vous avez été victime.
- Merci, professeure.
- Néanmoins, je dois vous transmettre un document que vous devrez lire attentivement. Durant votre convalescence, un élève, fort agréable à regarder au demeurant, est venu me trouver. J'ai alors pu comprendre vos questions sur l'alignement. Vos intentions, bien que louables à l'origine, ne sont pas sans conséquences, comme vous l'avez observé à de nombreuses reprises. Vous pouvez fermer la bouche, Mademoiselle Granger : oui, je suis au courant de tout. Cet étudiant semblait désespéré quand il est venu me voir. Le choc de vous avoir trouvée presque exsangue était rude et il avait besoin d'aide pour surmonter sa douleur : il pensait que je pouvais éteindre l'alignement pour le soulager de sa peine. J'ai pris la liberté de contacter alors une consœur descendante des tribus dont je vous ai parlé. Je vous laisse prendre connaissance de sa réponse, puis vous reviendrez me voir pour qu'on parle de vos... options.