Harry avait jeté un sort à une chaise afin qu'elle puisse léviter, et ainsi permettre à Hermione de se déplacer sans se fatiguer. Ils déambulèrent ainsi tous les deux dans Poudlard pendant plus d'une heure. Leurs conversations portaient essentiellement sur ce que la jeune femme avait manqué durant son coma. Elle apprit que l'attaque dont elle avait été victime avait créé un grand bouleversement parmi les élèves et les professeurs. Des mesures de sécurité drastiques avaient été mises en place grâce au déploiement de nombreux Aurors à l'intérieur et autour de l'école. Des patrouilles nocturnes se relayaient pour s'assurer qu'aucun intrus ne pénétrait dans la forteresse pourtant réputée inviolable, et d'autres équipes fouillaient les abords du château afin de dénicher les criminels.
Harry et Ron s'étaient d'eux-mêmes présentés pour être admis dans ses brigades. D'abord hésitante, la professeure McGonagall avait finalement accepté que tous les élèves de huitième année qui avaient intégré le cours de techniques de combat soient associés à l'enquête. Après tout, quelle meilleure formation que de collaborer avec les Aurors pour dénicher les vraies forces du mal et plus seulement des illusions ? Et la directrice voulait employer tous les moyens possibles pour éviter la fermeture de l'école, face aux craintes plus que légitimes des parents d'élèves.
Les deux sorciers stoppèrent leur promenade nocturne en haut du grand escalier menant vers les jardins.
- Hermione... J'aimerais te poser une question... Non, en fait, deux... ou trois...
- Uniquement deux ou trois ? Plaisanta la jeune femme en se tournant vers lui. Je pensais que tu allais m'harceler d'un millier de questions au moins.
Harry lui sourit faiblement.
- Depuis ce début d'année, nous n'avons pas eu trop l'occasion de nous parler tous les deux, et à cause des derniers évènements, tu es devenue particulièrement secrète.
- Je suis désolée... Je n'ai pas été très présente pour toi, ni pour Ron...
- Je ne te le reproche pas. Mais je suis ton ami...
- Mon meilleur ami, corrigea l'étudiante en posant sa tête sur son épaule.
- Alors pourquoi tu ne m'as pas parlé de ce que tu traversais avec... Malefoy ? Tu pensais que je te jugerais ?
- Je... Je ne sais pas. Peut-être que je n'avais pas envie de te décevoir... Mais surtout, vu la haine que Ron nourrit pour Drago, j'essayais d'éviter qu'il apprenne qu'on se rapprochait lui et moi. Et je ne voulais pas t'obliger à lui mentir à cause de moi.
- Je comprends.
Harry laissa un silence s'installer entre eux pour prendre le temps d'assimiler les informations, tout en savourant le calme de la nuit. Puis, il se tourna à nouveau vers elle, l'air grave.
- Parle-moi de ce sortilège.
- Drago ne t'a rien dit ? Demanda la jeune sorcière, se rappelant qu'elle les avait vus discuter ensemble à l'infirmerie.
- Il m'a brièvement parlé de son état lorsqu'il est revenu à l'école, et que tu avais proposé de l'aider. Pour le reste, il m'a dit de te demander.
- C'est... assez gênant en fait. Je comprends qu'il n'ait pas voulu l'expliquer.
Hermione inspira profondément et se lança, soulagée de se confier enfin à la personne en laquelle elle avait le plus confiance au monde. Elle lui parla du manuel, de son excès d'enthousiasme pour la magie ancienne au point de l'expérimenter sans formation préalable, des séances un peu trop plaisantes, des effets secondaires et finalement des révélations du professeur sur l'origine de cette incantation. Elle omit volontairement de lui parler de l'extrême félicité partagée de la dernière séance, ainsi que des rêves qui l'avaient précédée, et enfin du baiser dans le bureau de la directrice : cela revenait à franchir une barrière de l'intimité que ni elle ni Harry n'auraient assumée par la suite. Elle aborda uniquement cette attraction qu'ils partageaient l'un pour l'autre depuis le début de leurs entrevues.
- Je vois... Conclut Harry songeur. Et il n'y aurait aucun remède ou sortilège d'inversion selon la professeure Smith ?
Hermione acquiesça, soudain accablée de fatigue.
- Et... Reprit le jeune homme. C'était une manifestation habituelle des effets secondaires du sortilège la dernière fois ? Avant ta fuite ? C'est à cause de ça que tu es partie ?
- Non... D'habitude les lianes lumineuses sont beaucoup moins visibles et moins rapides.
- Alors, que s'est-il passé ?
- Je suppose que... cela a un lien avec mes émotions. J'étais... vraiment très très mal à ce moment-là.
Elle lui expliqua alors la série d'évènements qui l'avait mise dans cet état. Se rappeler des paroles qu'avait eues Drago pendant le cours de potion ainsi que ce qu'elle avait surpris dans la chambre de Pansy raviva son amertume et sa voix tremblait pendant qu'elle parlait. Seul le retour de l'amitié de Ron et celle, inébranlable, de Harry, apaisaient sa tristesse.
Elle réalisait, en ressassant ces souvenirs, qu'il fallait qu'elle trace un trait définitif sur l'élève de Serpentard et qu'elle rompt le lien d'une manière ou d'une autre. Il était à présent inenvisageable et même ridicule qu'il puisse se passer quoi que ce soit entre eux après ça. La personnalité cruelle du jeune homme n'avait pas changé tout compte fait, et ce lien entre eux lui donnait le pouvoir bien trop dangereux de la faire souffrir éternellement.
- Comment est-ce possible que tu sois entrée dans la chambre de Pansy Parkinson ?
- Je n'en ai aucune idée... C'était vraiment étrange parce que la poignée s'était pourtant illuminée... Le sortilège d'alignement a peut-être fait disjoncter l'incantation de reconnaissance et de verrouillage des portes.
- Et donc c'est pour ça que tu as failli encastrer de force Malefoy dans le mur hier ?
- Maintenant que tu le dis, ça paraît un peu excessif, c'est vrai. Mais je crois que j'ai fait un amalgame entre l'agression que j'ai subie et la haine qu'il a réveillée en moi auparavant. Lorsque je l'ai attaqué, j'étais persuadée qu'il était responsable de mon état.
- Cet... alignement devient dangereux, Hermione. Qu'il vous ait rapprochés, même si c'est assez perturbant vu nos antécédents, je trouverais cela gérable et probablement que j'aurais fini par m'y faire. Mais ce que tu as pu faire... La puissance de ta magie... Sans même utiliser ta baguette... C'était effrayant. Tu étais réellement... effrayante. Le tuer t'aurait peut-être libérée, mais cela t'aurait anéanti d'être une meurtrière, je te connais. Il faut qu'on trouve un moyen d'annuler ce sortilège entre vous deux avant que quelqu'un soit blessé.
Harry était soucieux, la jeune femme pouvait le voir. Ce qu'elle avait traversé, bien qu'elle ne s'en souvienne pas, était d'une violence inouïe et avait dû profondément l'ébranler. Mais de savoir qu'elle était en plus asservie à une vieille magie était insupportable pour son ami.
- Je ne sais même pas si c'est possible, murmura Hermione, abattue. Ce n'est pas comme un simple philtre d'amour...
Ron apparut à cet instant, les yeux ensommeillés.
- Vous auriez pu me réveiller, maugréa-t-il en bâillant.
- Surtout pas, répondit la sorcière en lui souriant, heureuse de le voir. Tous les deux, on connaît trop bien ton humeur lorsque tu n'as pas ton quota d'heures de sommeil.
Le principal intéressé lui ébouriffa les cheveux en riant.
- Je vous ai entendu. Sache qu'en temps normal, je t'aurais soutenue à fond dans ton agression contre Drago, quelles qu'en soient les raisons...
- Et pas cette fois ?
- Eh bien... dit le sorcier aux cheveux roux en regardant Harry avec hésitation. On a vu tous les deux à quel point il était dévasté. Je serais vraiment sans cœur si je n'admettais pas qu'il m'avait même fait un peu de peine. On l'a surpris à pleurer près de ton lit plusieurs fois. C'était gênant d'ailleurs, pour lui, comme pour nous.
- Oui j'imagine, soupira la jeune femme. Ce lien, c'est vraiment une malédiction.
- Nous allons t'aider à chercher une solution, proposa Ron. Nous enverrons des hiboux aux descendants des tribus qui ont utilisé cette incantation par le passé, s'il le faut.
Harry et Hermione sourirent face à son soudain enthousiasme guerrier.
- Je sais que tu n'aimes pas du tout Malefoy, alors je ne peux qu'imaginer ton dégoût de le voir connecté à moi, ironisa la sorcière.
- Oui, il y a ça... Mais surtout, je t'ai vu souffrir, et ensuite devenir une sorte d'horrible reine rouge meurtrière à cause de cette magie. Et puis, indirectement à cause d'elle, tu as été torturée toute une nuit et tu as failli en mourir. Ça me donne de sacrés bonnes raisons de chercher à annuler le sortilège. Sans compter que... bon... Avec Malefoy quoi ! J'aurais presque préféré Peeves...
Tous les trois partirent alors dans un fou rire libérateur qui dura de nombreuses minutes. Cette bruyante hilarité risquait d'alerter les patrouilleurs de l'école, alors ils décidèrent de revenir à l'infirmerie, leurs corps toujours secoués de spasmes. Et sur le chemin, toutes leurs tentatives pour se calmer se soldaient par un échec cuisant qui résonnait sur tous les murs du château. Ce fut donc sans surprise qu'ils entendirent des bruits de pas rapides qui arrivaient derrière eux. Ils prirent aussitôt la fuite pour semer leurs poursuivants, ce qu'ils réussirent sans mal, connaissant le château comme leur poche après huit années passées en ses murs.