- Elle se réveille !
- Elle a ouvert les yeux ! Je l'ai vu ouvrir les yeux !
- Poussez-vous !
- Hermione ! Hermione, tu m'entends ?
- Oh mon dieu ! Hermione !
- Mais poussez-vous donc ! Laissez-moi l'examiner enfin !
- Les enfants, nous sommes tous soulagés que mademoiselle Granger soit enfin de retour parmi nous, mais je pense que Madame Pomfresh doit encore travailler sur elle. Et votre amie a besoin également de beaucoup se reposer avant de pouvoir tous vous voir. Retournez dans vos quartiers et répandez la nouvelle : cela devrait rendre heureux beaucoup de monde.
La jeune sorcière avait à peine ouvert les yeux quelques secondes avant de les refermer. Elle se sentait si fatiguée, elle avait tellement mal. La douleur s'insinuait partout dans son corps, l'empêchant de respirer correctement. Elle avait senti l'agitation, mais n'avait rien vu d'autre que des formes troubles devant elle. Elle avait toutefois compris qu'Harry était près d'elle, ainsi que l'infirmière Madame Pomfresh, et c'était la professeure McGonagall qui avait chassé avec douceur toute l'assemblée. Elle sentit que cette dernière s'était approchée, et lui parlait à présent à voix basse.
- Oh seigneur ! Ma chère mademoiselle Granger ! Comme vous nous avez fait peur ! Prenez le temps qu'il faut pour sortir de votre torpeur. Madame Pomfresh va encore s'occuper de vous quelques jours pour vous remettre sur pied.
Hermione ressentit un certain soulagement de sa souffrance là où l'infirmière semblait appliquer un onguent tiède au parfum familier de fleur de lys et de chèvrefeuille. Elle se laissa bercer par l'apaisement et sombra dans des songes tourmentés.
Il y avait beaucoup de vent et le château n'était plus qu'un point lumineux à l'horizon. Curieusement, elle était sereine et apaisée. Durant sa cavale, elle avait hurlé toute sa rancœur et son affliction. Les lianes argentées avaient brusquement disparu, lui laissant un sentiment de liberté retrouvée. Elle était tombée à genoux, dans l'herbe, et tâchait de respirer profondément pour faire le vide. Une voix grave et sourde brisa sa quiétude :
- Tiens, tiens... Un agneau qui s'est éloigné du troupeau !
Elle se réveilla en sursaut, à nouveau dans l'infirmerie. Elle ouvrit faiblement les yeux et vit Madame Pomfresh endormie, complètement affalée dans un fauteuil près d'elle. Il faisait nuit. Elle était allongée dans un lit, camouflée du reste de la salle par des paravents. Mais un léger espace lui donnait un aperçu de la porte d'entrée d'où elle crut apercevoir, toujours l'esprit embrumé dans un demi-sommeil, Harry et Malefoy en grande conversation. Elle fronça les sourcils : voilà qui n'était pas habituel. Il ne semblait y avoir aucune animosité, ni aucune agressivité entre les deux et leur échange était... "cordial". Se pouvait-il qu'elle ait changé de dimension ?
Mais la fatigue eut raison de sa curiosité et elle s'endormit à nouveau.
Cette fois, elle était dans une sorte de renfoncement rocheux, qui n'avait toutefois pas la prétention d'être une grotte pour autant. Les parois étaient humides et l'air plus froid. Elle flottait. Son corps pétri de douleurs insupportables saignait abondamment et plusieurs flaques de sang s'étaient formées sous sa carcasse brisée en lévitation. Elle allait mourir, elle le savait, elle s'était fait une raison. Depuis combien de temps était-elle là ? Elle n'en avait aucune idée. Pas plus que la durée de son tourment qui l'avait emmenée plus tôt aux portes de la folie. Elle accueillait à présent son trépas presque avec impatience, tant elle souffrait. Ce fut à cet instant qu'elle distingua un visage familier : Drago Malefoy.
La réalité et ses rêves se mêlèrent alors, tandis qu'un élan de panique et de colère extrême la traversa, et qu'un instinct primitif de survie décupla ses forces. Elle poussa un rugissement qui n'avait plus rien d'humain et, guidée par une impulsion animale, elle se dressa, debout sur son lit. Elle dirigea sa main vers le jeune homme, assis face à elle, qui la regardait avec de grands yeux interloqués et, soudain, il fut violemment projeté sur le mur d'en face, dix mètres plus loin, en renversant au passage les paravents. Elle le maintint plaqué sur la paroi verticale tout en laissant échapper un nouveau cri bestial. Un vent violent se leva dans la grande salle. Le sorcier semblait souffrir, là-bas, collé sur la façade de pierre.
- Hermione ? Oh mon dieu !
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Allez chercher la directrice ! Vite !
- Arrête Hermione ! Je t'en supplie, arrête, tu vas le tuer !
- Mademoiselle Granger ! Écoutez-moi, revenez avec nous !
- Hermione ! Ce n'est pas toi ça ! Tu n'es pas une meurtrière !
La jeune femme n'entendait rien, guidée par une rage incommensurable dirigée vers ce qu'elle pensait être la cause de ses souffrances et qui la transformait en une bête démente dénuée de sentiments. Les cordons lumineux circulaient à nouveau autour d'elle avec une puissance jamais atteinte, sauf qu'ils n'étaient plus argentés mais d'un rouge menaçant.
- Laissez-moi passer !
- Ron, c'est dangereux, ne t'approche pas d'elle.
- C'est mon amie, elle a besoin d'aide, je ne vais pas encore la laisser tomber !
L'esprit d'Hermione se reconnecta faiblement en entendant cet échange. Elle sentit quelqu'un monter sur le lit à ses côtés, puis des bras s'enroulèrent autour d'elle dans une étreinte désespérée. Une voix familière chuchota alors à son oreille.
- Je te demande pardon, je ne pourrais jamais assez m'excuser pour ce que je t'ai dit. Je ne veux pas te perdre, tu es la personne la plus pure, intègre, drôle, fidèle et courageuse que je n'ai jamais rencontrée et moi je suis un imbécile. Reviens s'il te plaît ! Ne laisse pas ce sortilège gagner. Bats-toi !
Hermione se sentit peu à peu mollir au son de ses paroles et sa magie s'apaisa doucement. Elle baissa progressivement la main pour finalement, enfin répondre à l'étreinte de son ami.
- J'ai une chance folle de t'avoir dans ma vie, reprit Ron d'une voix douce et apaisante. Pour rien au monde je sacrifierai notre amitié : elle est trop précieuse et même vitale pour moi. Pardonne-moi, je ne te laisserai plus jamais tomber. Laisse-moi t'aider...
Elle se laissa porter par le jeune homme qui l'installa à nouveau dans le lit. Mais le chagrin et le choc des traumatismes récents affluèrent, remplaçant subtilement la fureur. Elle pleura, d'abord calmement, puis de manière plus forte, basculant dans une crise d'angoisse paradoxalement libératrice. Elle s'agrippait aussi fort que possible à Ron, en laissant libre cours à ses larmes et ses sanglots déchirants. Cela dura plusieurs minutes, sans qu'elle ne s'inquiète de ce qui se passait autour d'elle, sans qu'elle ne cherche à se cacher ou à rompre le lien finalement retrouvé avec son vieil ami.
Elle ne se souvenait pas s'être à nouveau endormie par la suite, mais le sortilège qu'elle avait utilisé, bien malgré elle, l'avait vidée de toute son essence et elle avait rapidement sombré dans un sommeil sans rêves bienvenu. Lorsqu'elle émergea, elle vit avec attendrissement Ron et Harry endormis près d'elle en se partageant le fauteuil, dans des positions comiques. C'était la première fois qu'elle s'éveillait ici, avec le sentiment d'être reposée. Elle chercha à se relever, mais elle se sentait chancelante et faible et elle dut s'y reprendre à plusieurs fois avant de pouvoir faire trois pas. Elle s'appuya, à bout de forces, contre la fenêtre qu'elle ouvrit pour respirer l'air frais.
Une main légère se posa sur son épaule : Harry s'était réveillé sans bruit et l'avait rejointe.
- Comment te sens-tu ? Lui demanda-t-il en s'asseyant sur le rebord et en l'invitant à faire de même.
Elle réalisa pour la première fois qu'elle portait une tunique blanche typique des patients long séjour de l'infirmerie. De nombreuses cicatrices quadrillaient ses jambes et bras nus.
- Mieux... Depuis combien de temps je suis ici ?
- Tu as passé une semaine entre la vie et la mort jusqu'à ton premier réveil, il y a trois jours. Tu nous as fait très peur, Hermione. A tous. Madame Pomfresh était très pessimiste lorsqu'on t'a ramenée avec Drago.
- Avec Drago ? Que s'est-il passé ?
Elle avait très peur de la réponse à cette question, ne souhaitant pas se rappeler des évènements qui l'avaient conduite ici. Néanmoins, il fallait qu'elle comprenne les scarifications et la souffrance psychique qui l'accompagnait.
- Tu as eu cette espèce de crise dans le couloir des huitièmes années, tu t'en souviens ? Tu avais ces... cordes lumineuses qui s'enroulaient autour de toi et tu semblais tellement souffrir... Drago est sorti, lui-aussi victime du même phénomène. C'est là que tu t'es enfuie et crois-moi, tu cours sacrément vite parce que ni lui ni moi n'avons réussi à te rattraper, et nous t'avons rapidement perdue dans le château. Je ne sais pas comment, mais il a su que tu étais partie.
- La connexion, j'imagine...
- Je l'ignore, mais il a semblé sincèrement bouleversé face à ta détresse, au point de remuer ciel et terre pour te retrouver. Nous avons survolé les alentours de l'école avec nos balais pendant des heures, en projetant régulièrement des sorts de localisation sans succès. Et pourtant...
Harry déglutit difficilement et sa voix sembla éteinte lorsqu'il reprit :
- Et pourtant, nous t'entendions hurler sans jamais savoir d'où provenaient tes cris. C'était un véritable supplice. Et au matin, enfin, Drago t'a trouvée près d'une colline rocheuse, très très loin de l'école. Tu étais sérieusement blessée, avec des entailles profondes sur tout le corps, ce qui t'avait fait perdre beaucoup de sang. Il m'a prévenu à distance et t'a portée jusqu'ici à toute vitesse. Tu étais presque morte quand je suis arrivé près de toi.
- Qui... Qui m'a fait ça ? Je ne me rappelle... que de brides.
- La professeure McGonagall a essayé d'extraire tes souvenirs pendant ton sommeil pour avoir des informations. Mais rien n'est ressorti. Elle nous a expliqué que face à un traumatisme de cette ampleur, le cerveau pouvait se protéger en les refoulant. Le ministère de la magie a suggéré d'user de potions pour te rendre la mémoire, mais elle s'y est opposée. Elle pense aussi que ceux qui t'ont fait ça ont pu l'altérer pour protéger leur identité et leur repère.
- Harry... Est-ce que... ce pourrait être...
- Des mangemorts... Ils sont les seuls à être capables d'une telle cruauté et d'une telle barbarie. Je pense qu'à travers toi, ils ont cherché à se venger, mais surtout à faire passer un message...
- Ils se rassemblent à nouveau... Souffla alors la jeune femme, complétant les pensées de son ami.