Ginny avait vu juste : Hermione était absolument renversante dans sa robe. Luna l'avait maquillée de telle façon que ses yeux étaient formidablement mis en valeur et le rouge sur ses lèvres accentuait les traits langoureux de sa bouche. Ses cheveux avaient été relevés en un chignon sophistiqué d'où quelques mèches légères s'échappaient. Des escarpins noirs, étonnamment confortables grâce à un sort de Ginny, complétaient la tenue. Les deux amies ne pouvaient s'empêcher de s'extasier devant la jeune sorcière et de s'auto-congratuler sur leur choix. Le dos, ouvert très bas sur la colonne et bordé de dentelles, était particulièrement affriolant, et si Hermione n'avait pas bu la potion de confiance, jamais elle n'aurait accepté de sortir ainsi vêtue.
Quand toutes trois furent prêtes, elles sortirent ensemble pour se rendre dans la grande salle. Harry et Neville vinrent au-devant de leur partenaire et furent heureux de revoir la jeune malade enfin sortie de sa chambre.
- Tu es magnifique Hermione, je suis content de te voir ! Lui dit son meilleur ami en la serrant dans ses bras avec chaleur.
Hermione lui sourit. Elle aussi était heureuse de le voir. Ginny avait dit vrai, elle n'avait pas à être seule dans son chagrin et sa désolation. Même si elle ne pouvait partager avec lui les raisons de sa souffrance, elle savait néanmoins qu'elle pouvait compter sur son soutien en toutes circonstances.
- Où est Ron ? S'inquiéta-t-elle.
- Il est déjà là-bas, lui répondit Harry. Il faut que tu saches que... Il est venu avec quelqu'un.
La jeune femme sentit son cœur se serrer. Elle expira doucement.
- Ce... C'est une bonne chose. J'avais peur qu'il ne vienne pas.
- Lui aussi craignait que tu renonces à ce bal à cause de lui. Je pense qu'il a vraiment envie que les choses redeviennent comme avant. Il préfère te garder en tant qu'amie plutôt que de ne plus te voir du tout. Tu nous as manqué depuis mardi.
- Moi aussi vous m'avez manqué, affirma la jeune femme en renouvelant son étreinte, avant de laisser Harry rejoindre Ginny qui l'attendait avec un sourire tendre sur le visage.
Soudain, quelqu'un l'interpella derrière elle. Elle reconnut Anthony Goldstein, un élève de Serdaigle. Elle n'avait jamais vraiment eu l'occasion d'échanger avec lui et ne le connaissait donc que très peu. Pour avoir vu de nombreuses filles s'extasier sur lui à son passage, elle savait qu'il avait beaucoup de succès. Elle devait bien admettre que c'était un jeune homme très séduisant : brun aux yeux sombres, son sourire faisait apparaître des fossettes adorables sur ses joues en plus de celle qu'il possédait au menton. Elle ne comprit pas tout de suite pourquoi il s'adressait à elle à cet instant.
- Salut... Tes amies m'ont dit que... Tu serais d'accord pour m'accompagner au bal ?
Hermione se retourna vers Luna et Ginny qui lui faisaient des signes encourageants avec de grands sourires. Jamais elle n'aurait pensé qu'Anthony puisse s'intéresser à elle : il devait pourtant avoir l'embarras du choix pour trouver une partenaire. Espérant que les deux jeunes femmes n'aient pas usé d'une autre potion pour le convaincre, elle lui sourit en retour. Elle aurait pu tomber plus mal après tout, et la potion de confiance, qui commençait à échauffer tout son corps, l'aida à balayer les doutes et les objections qu'elles auraient eus dans son état normal. Elle se saisit alors du bras qu'il lui offrait et l'accompagna jusqu'à la grande porte en bois qui s'ouvrit à leur arrivée.
La salle était superbe, savamment décorée sur le thème de l'automne, avec des feuilles d'arbres aux couleurs chaudes qui virevoltaient, des citrouilles et autres courges déposées le long des murs et les tables des quatre maisons qui avaient été repoussées pour offrir une grande piste de danse. Un groupe de musiciens jouait des morceaux de bossa nova sur l'estrade prévue habituellement aux professeurs qui, eux, circulaient parmi les groupes d'élèves. Les elfes de maison, comme à leur habitude, s'agitaient parmi les convives pour distribuer boissons et petits fours.
- Tu es à couper le souffle, glissa soudain Anthony à l'oreille de sa partenaire, tout en posant une main sur son dos nu, laquelle, ébahie par le décor, avait presque oublié sa présence.
Mais alors qu'elle tournait la tête vers lui pour le remercier, elle sentit un regard brûlant sur elle. Drago Malefoy, superbe dans un costume sombre aux liserés verts et un verre à la main, l'observait avec une intensité telle, qu'elle crut qu'il allait la tuer dans la seconde. Pansy, à ses côtés, avait opté pour une robe rouge provocante mettant parfaitement en valeur ses formes voluptueuses. Elle la regardait également, avec une moue de dégoût qui lui déformait son visage de carlin. Elle essaya de glisser quelques mots à l'oreille du jeune homme dont la stature droite et immobile témoignait d'une rage contenue, mais il ne réagit pas.
Hermione, dont la tête commençait à tourner sous l'effet de la potion, ne s'inquiéta nullement des causes de son tourment et dirigea son attention, tout en souriant, vers son partenaire. Elle voulait vraiment passer une bonne soirée, elle en avait besoin. Et elle ne laisserait pas l'élève de Serpentard, ou ses pulsions ridicules d'adolescente, la gâcher. Et le regard plein d'admiration et de fierté qu'Anthony lui portait était, en plus de la mixture ingérée, un vrai remède à ses doutes, ses peurs et sa potentielle gêne de paraitre devant Drago après la déconvenue de la bibliothèque.
Le professeur McGonagall apparut soudain entre la foule et se dirigea avec un large sourire vers le petit groupe d'amis.
- Je suis si heureuse de vous voir ! Vous êtes magnifiques, s'exclama-t-elle les mains jointes en parcourant les élèves un à un avec affection. Particulièrement vous, Miss Granger, ajouta-t-elle en la détaillant, surprise, par-dessus ses lunettes. Qui aurait cru que vous deviendriez une si belle et élégante jeune femme ? On m'a dit que vous étiez souffrante ?
- Oui... Mais je vais mieux, lui assura la jeune fille timidement.
- Tant mieux, tant mieux. Mes enfants, profitez de cette soirée. Puisse-t-elle mettre un peu de baume dans vos cœurs. Rien n'est plus important que cela cette année. Ah ! Monsieur Sterling ! Comment va votre mère ?
Et la directrice disparut parmi les convives aussi vite qu'elle était apparue. Soudain, un cri derrière eux leur fit tourner la tête. Pansy, malgré ses talons aiguilles, courait après un Drago à l'air furieux, qui s'enfuyait à grandes enjambées de la grande salle, les mains dans les poches de son costume.
- Qu'est-ce qui leur arrive à ceux-là ?
Ron venait de les rejoindre, avec à son bras, Padma Patil. Hermione était heureuse de le voir et ils s'échangèrent tous deux un regard plein d'affection.
- Content de te revoir en forme, Granger ! Lui lança-t-il avec malice.
- Moi aussi, Weasley ! Répondit-elle en lui faisant un clin d'œil.
La soirée se déroula ensuite agréablement pour tout le monde. Grâce à la potion, Hermione se sentit pousser des ailes. Bien qu'une sérieuse euphorie s'emparait d'elle et que la tête lui tournait, elle parvint à maîtriser sa confiance débordante. Anthony et elle dansèrent ensemble, parlèrent, rirent beaucoup et une vraie connexion s'établit entre eux. Cependant, de temps en temps, elle surprenait le regard assassin de Drago, revenu dans la salle de bal quelques instants après sa sortie tonitruante. Il était toujours collé par une Pansy visiblement agacée de ne pas avoir toute l'attention qu'elle méritait de la part de son cavalier.
Hermione s'amusait beaucoup de la colère du Serpentard, bien qu'elle n'en comprenne nullement la raison. Dans son état normal, elle s'en serait inquiétée, mais à cet instant, elle se sentait tellement bien qu'elle ne voulait pas gâcher cette délicieuse exaltation.
Lorsque les invités se firent plus rares, le groupe d'amis se sépara et peu à peu, chacun se dirigea vers ses appartements. Hermione et Anthony furent les derniers à quitter le bal. Sur le chemin qui les menait à leur chambre, il saisit la main de la jeune femme et elle se retourna vers lui. Ses yeux la parcouraient intensément et elle se sentit, tout à coup, mal à l'aise, face aux attentes évidentes du jeune homme. Mais ce qui augmenta considérablement son malaise, fut de voir Malefoy, dix pas derrière lui, fou de rage et avec sa baguette à la main, visiblement prêt à intervenir.
Hermione savait qu'il fallait qu'elle se débarrasse d'Anthony si elle ne voulait pas qu'il soit impliqué dans sa mésaventure avec son partenaire de crime. A priori, elle n'avait que trop repoussé la confrontation avec lui, et si elle souhaitait régler cette histoire discrètement et avec un minimum d'intelligence, il fallait qu'elle l'attire loin des oreilles indiscrètes du château. Elle fut heureuse de ressentir encore les effets de la mixture de Luna : cela lui permettait de ne pas trop paniquer à cette idée.
- Merci pour cette soirée Anthony, s'empressa-t-elle de lui dire en souriant maladroitement. Excuse-moi, j'ai oublié... un truc... Bonne nuit !
Et elle poursuivit son chemin vers les jardins, laissant là son cavalier quelque peu dépité.
Elle descendit alors les marches en pierre à la volée, consciente d'être suivie par un pas rapide et déterminé. Lorsqu'elle eut atteint les sombres allées entre les bosquets parfaitement taillés à l'arrière de la demeure, elle s'arrêta net et se retourna. Drago, qui finalement était plus près qu'elle ne l'aurait cru, faillit lui rentrer dedans, mais, alors qu'il avait lui-même stoppé sa course à moins d'un centimètre d'elle, il n'esquissa aucun mouvement pour rétablir une distance raisonnable entre eux.
- Granger... Qu'est-ce que tu m'as fait ? Gronda-t-il, menaçant, tout en lui montrant ses mains d'où s'échappaient des liens argentés.