- Vous viendrez avec qui au bal de l'automne ? Demanda Dean Thomas alors que tous étaient attablés dans la grande salle.
Hermione faillit s'étouffer avec sa purée de courge.
- Il y a un bal ? Déjà ?
- Oui, dans un mois, répondit Ginny, juste après le premier match de Quidditch qui lance la saison. Tu n'as pas écouté la professeure McGonagall ?
La directrice s'était adressée à eux avant le repas, mais Hermione était trop perdue dans ses pensées pour y prêter attention.
Peu de temps avant, elle avait retrouvé Malefoy pour la deuxième fois à la bibliothèque. Elle avait longuement hésité à honorer ce rendez-vous après l'incident du salon des huitièmes années et surtout après son rêve hautement perturbant de la nuit. Mais elle s'était engagée à l'aider et elle n'était pas du genre à rompre ses promesses.
C'est le cœur battant et submergée par l'appréhension qu'elle attendit son arrivée. Et pour ne rien arranger, Drago se glissa derrière elle sans qu'elle ne l'entende, et chuchota à son oreille :
- Prête à prendre ton pied, Granger ?
Elle fit un bond sur sa chaise qui faillit la faire chuter sur le sol, puis jeta un regard assassin au jeune homme.
- A priori... non, remarqua-t-il en souriant et en s'installant à côté d'elle. Détends-toi, je plaisantais, on dirait que je t'ai agressée. Au fait, qu'est-ce qui t'est arrivé hier soir ?
- Heu... Je m'entraînais. En prévision d'aujourd'hui. Pour voir si j'étais encore capable d'invoquer la magie ancienne.
- Ce n'est pas hyper prudent, observa-t-il, pragmatique. Je suppose que tu n'as pas envie que les autres connaissent notre petit arrangement, si ?
- Je suppose que TU as encore moins envie que tes amies connaissent notre petit arrangement. Que dirait Pansy ? Demanda la jeune femme d'un ton sarcastique.
Drago sembla réfléchir quelques secondes.
- Je n'ai pas des amis très ouverts d'esprit concernant un rapprochement avec les autres maisons.
- Parce que toi, oui ?
- J'ai évolué...
Hermione se sentit stupide d'être aussi acerbe avec lui. Après tout, il n'avait rien fait de mal et lui avait prouvé qu'il avait changé. Ne serait-ce qu'en acceptant l'aide d'une élève d'une autre maison et non issue d'une longue lignée de sang-pur. Cela aurait été inconcevable pour lui une année en arrière. Elle baissa la tête et souffla pour chasser son amertume et sa frustration. Elle n'avait pas réussi, ou plutôt, avait refusé de se rendormir après son rêve scabreux avec le Serpentard. L'aider était déjà suffisamment scandaleux pour tout un tas de bonnes raisons, mais fantasmer sur lui était absolument immoral vis-à-vis d'Harry, de Ron et d'elle-même. Sans compter que le jeune homme, malgré la disparition de toute malveillance à son égard, ne devait certainement pas nourrir les mêmes sentiments, lui qui la qualifiait, il n'y a pas si longtemps, de "Sang-de-Bourbe", avec tout le dégoût qu'elle lui inspirait à ce moment-là.
- Tout va bien Granger ?
- Oui... Excuse-moi... Mauvaise nuit. Allons-y.
L'incantation fut aussi jubilatoire que les fois précédentes pour les deux protagonistes qui se délectèrent pendant de nombreuses minutes de ces délicieuses sensations qui se diffusaient dans leur corps et leur tête. Hermione constata que les idées noires de Draco étaient nettement moins nombreuses que la première fois. Elle rompit le sortilège à contrecœur lorsqu'elle sentit la magie diminuer et que l'épuisement la gagna.
À présent, dans la grande salle, elle s'était bercée avec les souvenirs de ces instants pendant que le monde s'agitait autour d'elle.
- Tu as l'air ailleurs en ce moment, Hermione, remarqua Harry en lui prenant la main.
- J'ai mal dormi.
- Quelque chose te préoccupe ?
- Non... Oui... Je me mets beaucoup de pression pour réussir cette année.
- Tu sais, je ne pense pas que leur objectif soit de nous mettre trop à l'épreuve. Ils cherchent surtout à nous offrir une année sereine et agréable. Il n'y a qu'à voir ce qu'ils ont organisé : 4 bals pour les 4 saisons, le championnat national étudiant de Quidditch, le concours de potions, les différentes compétitions proposées pour gagner des points pour notre maison...
- McGonagall a dit tout ça ? Interrogea Hermione, surprise.
- Elle a même parlé pendant vingt minutes, répondit le sorcier, tout à coup inquiet. Tu n'as rien entendu ?
- Heu... si, si, en gros...
Ginny lui donna un coup d'épaule :
- Nous irons à Pré-au-lard ensemble avec Luna pour nous trouver des robes. Tu veux venir avec nous ?
- Mais ce n'est que dans un mois !
- Oui mais si on veut mettre la main sur les plus belles, il faut y aller maintenant.
La jeune femme accepta sans trop savoir si elle avait réellement envie de se rendre à ce bal de l'automne. Avec qui pouvait-elle bien y aller ? Harry serait avec Ginny, Luna avec Neville et Ron... Vu les circonstances, y aller avec Ron n'était pas envisageable.
Le cours de techniques de combat qui suivit ensuite se déroula dans la même lignée que les précédents. Les élèves se retrouvèrent sur une banquise en pleine désintégration avec des ours blancs soumis au sortilège de l'impérium. La semaine suivante, ils durent combattre des géants dans une forêt tropicale infestée de créatures répugnantes, puis, la semaine d'après, ils bataillèrent contre des animaux marins, complètement immergés dans un océan déchainé par la tempête. Chaque fois, ils en sortaient épuisés, frigorifiés ou accablés par la chaleur selon l'arène choisie, et maudissaient le professeur Charvey pour son florilège d'idées saugrenues pour les torturer.
La cinquième leçon se passa dans un désert aride et brûlant, dans lequel l'ennemi prit l'apparence de milliers d'insectes visqueux. Mais ce jour-là, Hermione n'y assista pas.
Les rendez-vous clandestins entre la jeune femme et Malefoy avaient continué, provoquant chez l'un comme chez l'autre une euphorie coupable et une dépendance inquiétante. Hermione faisait des rêves de plus en plus osés chaque nuit et la magie ancienne se manifestait régulièrement chez elle lorsque Drago était dans les parages, ou lorsqu'elle pensait un peu trop à lui. Mais elle avait peu à peu appris à la camoufler rapidement dans les pans de sa robe de sorcière, et à se reconcentrer pour la faire disparaître. Elle passait également, de plus en plus de temps seule, à étudier pour occuper ses pensées parasites et répréhensibles, même si cela inquiétait ses amis.
Lors de la cinquième séance, ils se retrouvèrent tous les deux en avance entre les immenses rayonnages de livres. L'impatience entre les deux jeunes gens était palpable, et Hermione posa ses mains rapidement sur la tête de Draco. Elle avait bien constaté à leur dernière entrevue que toutes les pensées négatives de l'élève de Serpentard s'étaient dissipées, et lui-même savait au fond de lui ne plus avoir besoin de ce sortilège. Mais chacun prenant tant de plaisir dans ces rencontres, ils n'abordèrent pas la possibilité d'y mettre un terme.
Ce jour-là, l'incantation commença comme d'habitude avec les liens argentés qui se déroulaient des avant-bras de la jeune femme pour s'enrouler autour du sorcier. Instantanément, l'impression de bien-être et d'intense délectation se fit ressentir. Mais rapidement, le plaisir ressenti devint plus fort, si bien qu'Hermione ouvrit les yeux pour comprendre la cause de cette puissance croissante inhabituelle. Les filaments avaient pris de la vitesse et tournoyaient à présent autour d'eux, les inondant d'une lumière bleutée intense. Malefoy avait également ouvert les yeux, surpris.
Ce fut à cet instant qu'Hermione les vit circuler en dehors d'elle pour s'infiltrer dans le jeune homme : ces rêves ! Alors que la félicité du sortilège s'intensifiait encore, tous ses songes intimes lui échappaient sans qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit, et ils s'invitaient dans la tête de Draco qui la regardait, stupéfait. Elle chercha à rompre le lien, à sauver le peu de dignité qu'elle pouvait encore sauvegarder, mais le magnétisme était trop fort et la réalité la terrifia : elle ne maîtrisait plus rien. Et le courant qui circulait entre eux et qui excitait toutes les terminaisons nerveuses de leur corps devenait trop fort, beaucoup trop fort, si bien que le couple se sentit submergé par une vague dévastatrice de concupiscence qui provoquait chez eux un comportement assimilable à de la souffrance. Pourtant, leurs gémissements, les contractions désordonnées de leurs muscles et leur respiration haletante étaient tout ce qu'il y avait de plus éloigné de la douleur.
La jouissance explosa en eux avec une telle force qu'ils poussèrent tous deux une exclamation plaintive sonore. Cela eut pour heureuse conséquence d'enfin provoquer la disparition brutale des chaînes magiques qui les liaient. Ainsi libérés, et tentant de retrouver une respiration régulière, les deux étudiants échangèrent un regard confus. Néanmoins, rapidement, les yeux de Malefoy s'assombrirent et il initia un mouvement vers la jeune femme, qui se leva d'un bond et prit la fuite.