Après ces épanchements "amicalo-amoureux", Hermione avait repris sa recherche de Drago mais ne l'avait trouvé nulle part. L'heure du couvre-feu approchait et le soleil déclinait à présent à l'horizon. Lorsqu'au détour du portrait de Barnabas Le Follet, devant lequel elle était déjà passée deux fois, la salle sur demande se matérialisa. Elle n'avait pourtant rien formulé et n'avait pas l'impression que sa recherche constituait un réel "besoin". Néanmoins, elle s'introduisit par la lourde porte, car elle était à court d'idées. Et le contenu de l'immense pièce la surprit : partout du matériel moldu de sport, avec des machines complexes, des haltères ainsi qu'un petit sauna meublaient l’espace.
Alors qu'elle analysait tout cet improbable équipement, qui dénotait dans l'enceinte du château, elle entendit un son régulier qui provenait d'un peu plus loin. Elle avança alors pour connaître l'origine du bruit, et, tout à coup, regretta l'impossibilité de transplaner dans l'enceinte de l'école. "Oh non, c'est pas vrai !" Gémit-elle intérieurement en cachant son visage avec ses mains. Car devant elle, l'élève de la maison Serpentard s'adonnait à une série de tractions, habillé uniquement d'un pantalon de jogging. Il était encore plus impressionnant de dos, avec ses muscles tendus qui gonflaient avec l'effort. Cette situation n'aidait en rien la jeune femme à se concentrer sur la raison de sa présence ici.
Drago lâcha soudain la barre et se saisit d'une serviette pour s'éponger le torse.
- Décidément Granger, je commence à croire que tu aimes me voir à moitié nu.
Hermione sursauta, puis comprit que les murs de la salle étaient recouverts de miroirs, ce qui lui donnait l'illusion d'un volume infini. Elle avait la désagréable sensation d'avoir été prise en flagrant délit de voyeurisme lorsque le jeune homme se retourna avec un sourire en coin passablement agaçant.
- Tu es venu pour un autre câlin ? Pourtant j'ai cru voir que ton ami Weasley aimait bien se coller à toi comme un chien. Tu devrais plutôt te servir de lui pour assouvir tes envies lubriques.
Son ton était volontairement et cruellement moqueur. Son regard gris était dur et froid, et Hermione reconnut enfin avec lassitude, le garçon qui l'avait tant méprisée auparavant. Mais elle avait mûri, et il était hors de question qu'elle rentre dans son jeu en laissant sa colère gagner cette fois. Elle aussi pouvait se montrer incisive : Malefoy ne manquait pas de leviers pour faire disparaître l'arrogance de son visage.
- J'ai eu peur Malefoy, ironisa-t-elle. Pendant un instant, j'ai cru que tu étais devenu une personne presque agréable, mais je te remercie de me rappeler ta véritable nature. Ton père doit être tellement fier de toi, je suppose, tu arriveras peut-être à le surpasser dans son inhumanité...
Elle avait à peine fini sa phrase que le sorcier la saisit à la gorge et la plaqua contre le mur le plus proche. Hermione, dont le cœur avait pris le rythme d'un cheval au galop, bloqua sa respiration, pensant qu'il allait l'étrangler. Mais il ne serra pas sa prise. Il se contenta de l'immobiliser en faisant peser le poids de son corps contre le sien. Par fierté, la jeune femme refusa de baisser les yeux, alors que leur visage était pourtant beaucoup, beaucoup trop proche.
- De quel droit parles-tu de mon père sale...
- Sang-de-Bourbe ? C'est ça le mot que tu cherches ?
Leur respiration respective était rapide, alimentée par la colère, la frustration et la peur. Pourtant, ce fut à cet instant que l'atmosphère changea entre eux : une chaleur se propagea à la surface de leur peau et la tension devint subitement fortement perceptible. Hermione aperçut le regard du sorcier dévier sur ses lèvres entrouvertes, et s'y accrocher, comme s'il envisageait, peut-être, de céder à cette répréhensible et incompréhensible attraction. La sorcière était tellement au supplice, toutes ses terminaisons nerveuses galvanisées par ce contact intime, qu'elle hurlait intérieurement pour qu'il craque et libère ses instincts primaires.
Mais au prix d'un effort surhumain, le jeune homme s'arracha à cette proximité socialement peu conventionnelle et se détourna en soufflant.
- Comment es-tu entrée ? Demanda-t-il à voix basse sans la regarder.
- Je... Je ne sais pas. La porte est apparue alors que... Je te cherchais.
- Pour quoi ?
- Tu m'as... sauvée, tout à l'heure, pendant le cours du professeur Charvey. Je voulais te remercier et... Savoir pourquoi tu as fait ça ?
Il émit un petit rire sans joie.
- Tu me semblais en difficulté. J'aurais dû te laisser cuire dans la lave selon toi ?
Il se retourna vers elle et planta ses yeux dans les siens.
- Je ne suis peut-être pas aussi mauvais que tu as l'air de penser.
Hermione fut interloquée par le chagrin dans sa voix. Dans son affirmation, sonnait une question muette, une supplication qu'il tentait de camoufler. Comme pour confirmer ses sensations, ses épaules s'affaissèrent. Il se retourna et s'assit sur un banc pour réajuster les bandes de ses mains qui servaient à améliorer son adhésion à la barre de traction.
- Qu'est-ce qui te torture comme ça, Drago ? Demanda la jeune femme en contournant le banc pour s'asseoir à ses côtés. Je sais qu'on n'est pas amis toi et moi, mais malgré tout, ça ne me réjouis pas de te savoir malheureux. Peut-être qu'on peut oublier un moment nos différends ? Tu m'as aidée tout à l'heure, alors laisse-moi te rendre la pareille. En plus, je déteste avoir des dettes, surtout envers toi.
Elle avait accompagné sa dernière remarque d'un léger coup d'épaule amical contre le sorcier, qui lui rendit son sourire. Les prémices d'une complicité entre les deux étudiants semblaient naître et cela finit de convaincre le garçon d'accepter cette main tendue. Il inspira profondément.
- Je... J'ai fait des choix, de très mauvais choix, des choix que je ne voulais pas faire au fond de moi. J'ai voulu suivre les traces de mes parents, qu'ils soient fiers de moi. Mais tout ce que j'ai pu faire... J'en ai honte aujourd'hui. J'ai contribué au massacre, j'ai œuvré pour que cette guerre ait lieu. Je ne le voulais pas, cela me répugnait de suivre les directives et les ordres de... Lord Voldemort. Mais je suis trop lâche pour m'opposer ne serait-ce qu'à mon père. C'est lui qui voulait que je revienne à l'école, moi j'aurais préféré mourir que d'affronter... tout le monde en fait. J'ai échoué sur tous les fronts.
Il laissa le silence s'installer quelques instants, puis reprit :
- Je ne suis pas quelqu'un de bien, j'en ai bien conscience, mais je ne pense pas être non plus un criminel. Je refuse de suivre l'héritage familial et pourtant, j'ai la certitude de ne pas avoir d'autres choix.
Tandis qu'il parlait, il avait retourné son avant-bras sur sa cuisse, là où une très légère ombre témoignait encore de la marque des ténèbres. Hermione était bouleversée : jamais elle n'avait compris le supplice intérieur qui tourmentait Drago. Elle posa doucement sa main sur son bras, comme pour cacher les stigmates de sa souffrance.
- Tu as le droit de dévier du chemin, Drago, de faire tes propres choix, de prendre tes propres décisions. Ne donne pas à tes parents le pouvoir de décider de tout ton avenir. Même si je sais bien que c'est difficile de s'opposer aux gens qu'on aime. Tu dois agir en parfaite cohérence avec tes convictions et tes valeurs à toi, sans en avoir honte, sans chercher à te changer pour plaire à qui que ce soit. Tu peux devenir quelqu'un de bien, je le sais, tu n'es pas mauvais au fond, je peux le voir.
L'attitude abattue du jeune homme attrista Hermione qui ne trouvait pas de mots suffisamment puissants pour le réconforter. Soudain, elle eut une idée :
- Tu sais, je crois que je peux vraiment t'aider, dit-elle tout à coup, optimiste.
- Comment ? Demanda le sorcier en la regardant, méfiant.
- Le professeur de magie ancienne n'est toujours pas arrivé, donc, évidemment, j'ai commencé à travailler cette matière seule.
- Évidemment...
- Et j'ai lu dans un manuel qu'il existait un sortilège oublié, pour dissiper les idées noires et les remplacer par des pensées optimistes et de la joie. Cela fonctionnerait très bien et perdurerait dans le temps.
- Comment s'appelle ce sortilège ? L'antidépresseur ?
Hermione resta bouche bée devant la tentative d'humour du Serpentard, qui était à priori plutôt lucide sur sa santé mentale, mais ne se laissa pas déconcentrer.
- Je ne sais pas, mais c'est une technique qui s'appuie sur l'échange de fluides encéphaliques. J'ignore si ça peut marcher, mais on peut toujours essayer. J'ai une heure de libre le mardi après-midi, où je suis à la bibliothèque. Si tu veux, on peut s'y retrouver et tenter l'expérience.
- Ça tombe bien, j'ai toujours rêvé d'être le cobaye de tes expériences magiques, Granger ! Ironisa Drago. Tu vas essayer de me griller le cerveau en fait, c'est ça ?
- Oui c'est une possibilité, répondit-elle en faisant semblant de réfléchir, mais écoute ton sens du défi, Malefoy, je sais que je peux y arriver, je suis l'élève la plus douée de Poudlard.
- Et dotée d'une humilité à toute épreuve !
- Dit l'élève le plus arrogant de Poudlard !
Ils éclatèrent de rire tous les deux, ce qui clôtura cette joute étonnamment amicale.
- C'est d'accord, murmura Drago en serrant la main tendue de la jeune femme, allons me cramer mes dernières cellules grises...