Métamorphose

Chapitre 1 : Métamorphose

Par SkootieAalin

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Une jeune femme, vêtue d'une large cape couvrant des habits richement brodés, se battait contre les épines des ajoncs qui dissimulaient le sentier sur la colline. La nuit était aussi sombre qu'un gouffre mais elle connaissait parfaitement le chemin, elle en connaissait chaque pierre, chaque racine cachée. Elle savait qu'il était là, et ce, peut-être pour la dernière fois... Les cheveux collés sur le visage par la bruine froide, le sourire aux lèvres, emportée par les bourrasques, elle se sentait revivre. Le souffle court, elle essuya d'une main la pluie qui perlait à son front.

Le vent hurlait d'une rage folle contre les vieilles pierres impassibles, les nuages filaient vers le sommet des collines et déversaient une bruine tumultueuse sur la bruyère. À l’abri des ruines de l’ancienne tour de garde, on percevait le tonnerre des vagues, allant et venant, se brisant sur les falaises, de Slea Head. Trop longtemps captive des tempêtes hivernales, la jeune femme oubliait tout. Elle se blottissait dans les bras d'un homme en une étreinte interdite qu'elle savait mortelle , cela lui brûlait le cœur mais elle revivait enfin. Peu lui importait sa cape gorgée d'eau, s’agrippant à lui, son corps frêle pouvait supporter le poids d'une montagne. Il lui prit la main et croisa ses doigts aux siens. Enfin, scellant leur sort face aux rugissements des banshees, il l'embrassa. La vie leur semblait si fragile, si courte, si dérisoire, qu'ils demeurèrent ainsi, vain rempart contre la folie de l'incendie qui ravageait leur monde.

 

La Porte avait été brisée, mais ils savaient l'enfant en sécurité par-delà la mer.

Imperceptiblement le vent tomba, les nuages se déchirèrent enfin, laissant place ainsi aux lueurs pâles d'une Lune qui peinait à monter dans le ciel. Elle sentit la lumière sépulcrale lui prodiguer un mince réconfort, Comme si l'astre pouvait les protéger ne serait-ce qu'un moment contre l'inéluctable. Elle délaissa les lèvres tremblantes de son compagnon. Elle délaissa les lèvres tremblantes de son compagnon, croisa à nouveau son regard, juste une dernière fois puis chantonna les paroles d’une vieille comptine pour repousser un jugement implacable.

Leur verdict avait été rendu, il avait la forme d'un loup gigantesque à l’œil unique, dont la mâchoire béante annonçait le festin proche.

Peeves animait cette fin semaine armé de cervelles de crabe de feu. Il sifflotait Flower of Scotland, en quête d’élèves de première année. Fuyant ce tohu-bohu, Neville s'en alla d'un pas pressé vers les collines. Le professeur Chourave l’avait incité à rechercher une variété peu commune de Wiggentree. Muni de sa musette habituelle, il gravit le chemin enneigé menant vers la volière, profitant du bon air frais propre aux Highlands en cette saison. Puis après une longue ascension, il s'installa sur une vieille dalle cachée en partie sous des ajoncs, relique du lointain passé de Poudlard. Il observa un temps la cabane d’Hagrid disparaître peu à peu dans la brume puis sortit un reste du déjeuner soigneusement emballé dans du papier. En dépit du froid mordant, il se sentait bien ainsi, loin des remarques cruelles de Rogue ou des derniers sarcasmes de Malefoy, c’était sa manière à lui de soigner ses plaies. Il ouvrit l'un des livres de Botanique de sa mère et potassa mollement. L'esprit vagabond, il chercha vaguement des yeux les plantes pour lesquelles il s'était rendu à cet endroit. 

Il entendit clairement le crissement caractéristique de pas qui écrasent l'herbe gelée. Intrigué, il se leva, s'attendant à croiser un Rogue en manque d'élèves à brimer (Harry Potter s'étant fait curieusement oublier ces temps-ci) et aperçut Hannah Habbot, seule, aussi incroyable que cela puisse paraître... Aussi impressionné qu'éperdu, il n'osa pas se montrer, conscient qu'il serait parfaitement incapable d'aligner intelligiblement ne serait-ce que trois mots et demeura à l'ombre d'un cromlechs, l'observant, absorbé comme un papillon de nuit par la lumière vive d'une bougie. Elle n'était pas seulement jolie ou mignonne avec ses nattes et son teint rose, elle était selon, lui, céleste, intouchable, comme les arches d'un arc-en-ciel. Il gardait bien au fond de lui cette douce analogie.

Durant ce moment de grâce aussi précieux que fugace, il prit soin de la contempler, respirant à peine. Il tenait à la connaître en dehors de la classe, à découvrir ses attitudes secrètes, comme cette moue boudeuse qu'il ne lui connaissait pas quand elle se piqua les doigts dans une ronce. Il la découvrait dénuée de tout artifice. D'ailleurs, il ne l'avait jamais vue aussi concentrée, et a priori, plongée dans la recherche de quelque chose de bien particulier. Il ne devait s'agir ni de plante ni de racines, elle n'avait pas le matériel adéquat, seulement un parchemin qu'elle tournait un peu dans tous les sens. Il l'observa ainsi durant de longues minutes, oubliant la cinglante fraîcheur du soir. Il hésitait, ne sachant s'il valait mieux lui prêter main forte dans ses recherches ou profiter encore de cet instant volé.

Mais, une note dissonante déchira soudainement cette bulle temporelle. Trévor en avait assez de se geler les verrues et coassa son ennui. Ignorant la passion naissante de son maître, il sauta se dégourdir les pattes dans un massif de roses trémières dégarni par l’hiver.

-Trévor ! lâcha-t-il en l'attrapant avant de lever les yeux vers une Hannah interloquée.

-Neville ?! Que fais-tu ici ? demanda-t-elle.

Puis, elle ajouta avec une pointe d'agacement dans la voix :

- Tu m'espionnes depuis combien de temps comme ça ? Je ne te savais pas aussi bizarre.

Neville sentit ses joues s'embraser. Il n'avait aucune mauvaise intention mais elle n'en savait rien, et tout portait à croire le contraire.

-Je, heu, je suis venu ici après le cours de Défense contre les forces du mal. Tu sais, Rogue ne m'apprécie pas trop, et j'aime bien venir là pour penser à autre chose, lança-t-il, mal assuré, craignant une remarque cinglante.

-De toute façon, Rogue n'apprécie personne, répondit-elle, un peu moins méfiante, sachant qu'un Neville embarrassé demeurait aussi peu féroce qu'un Boursouflet. Tu m'as fait peur, idiot. Avec le retour de Tu-sais-qui, ces Aurors partout, je ne me sens pas bien rassurée !

-Excuse-moi, j'aurais dû... Enfin, je ne voulais pas te déranger...

-Tu m'espionnais bien alors ! trancha-t-elle en rangeant son feuillet sous sa cape.

-Heu, non, non, je t'assure, je cherchais des plantes, je...

-Ça va, je plaisante ! Tu es bien l’un des seuls à Poudlard à ne pas vouloir sauter sur la première fille venue ! Et souviens-toi des cours d'Harry l'année dernière, je suis assez bonne pour le Stupefix ! 

Elle se leva soudainement en surjouant la peur. 

-Mais au fait, qui me dit que tu n’es pas un Mangemort, je le connais le coup du Polynectar ! lança-t-elle à Neville, sa baguette menaçante à la main ! Vigilance constante !

-Non, je t'assure !!! Je suis Neville !

Elle eut un fou rire.

« Je le sais ! Cesse de tout prendre au premier degré comme ça, on dirait Potter avant un match de Quidditch ! Je me sens en sécurité avec toi, lui avoua-t-elle en rangeant sa baguette. Bon, tu ne m'as pas l'air aussi costaud qu'Ernie, mais je sais que tu ne partirais pas en courant si un troll surgissait derrière un buisson maintenant. 

Cette remarque insupporta Neville, mais il fut assez adroit et réactif pour ne rien laisser paraître.

« Je sais aussi ce que vous avez réellement fait au ministère l'année dernière, monsieur Londubat, lança-t-elle avec une lumière indéfinissable dans les yeux. 

Le cœur de Neville bondit dans sa poitrine, mais pas de manière habituelle.

« Je change de sujet, l’Auror, tu as de bonnes notes en Botanique, les meilleures depuis la nuit des temps selon Chourave et je rencontre quelque difficultés en la matière. J'aimerais bien un coup de main.

Neville connaissait son addiction aux Philtres calmants et se remémorait, non sans un sourire discret, le pauvre furet transformé en flamant rose lors des B.U.S.E.S de l'année précédente. Comme quoi, il n'était pas le seul à éprouver des difficultés...

-Donc tu es d'accord ? demanda-t-elle.

-Heu oui, si tu veux ! se réjouit-il. Dans la Serre ? Dans la Grande salle ?

-Non, devant le salon de thé de Madame Pieddodu, demain matin vers 8 h ! C’est tôt, mais avec la Saint-Valentin, on risque de croiser du monde.

-Hein ?!

-Oui, on commencera par de la pratique, c’est plus formateur que de potasser des bouquins durant des heures. Je te parie que tu ne le regretteras pas ! Je dois filer, j’ai un hibou à envoyer !

Neville demeura sur le chemin à la fois circonspect et embarrassé. Hannah s'en alla vers la volière, se retourna une dernière fois en lui adressant un clin d’œil qu'il se trouva bien en peine d’interpréter. Une foule de questions caracolèrent dans sa tête tandis qu’un crépuscule glacé répandait un halo violet inquiétant sur les montagnes aux alentours. De nouvelles perspectives semblaient s'ouvrir à lui, quelque chose de nouveau, d'effrayant mais aussi probablement tout aussi merveilleux.

Il éternua.

La salle commune était en pleine ébullition. Neville parvint à se trouver une place près du feu, non loin d'un des vieux fauteuils dans lequel, avachis, Lavande et Ron minaudaient sans se soucier de personne. Cela n'avait pas l'air forcément compliqué. Il suffisait de poser ses lèvres sur celles de sa partenaire, de caresser ses joues, de sourire bêtement tout en se serrant fort l'un contre l'autre. Il se dit qu'il ne serait pas nécessaire de demander sa cape d’invisibilité à Harry pour pêcher quelques bonnes et utiles informations sur ce sujet dans la réserve de la bibliothèque. Dans un autre coin de la salle commune, un autre couple s’enlaçait, Ginny et Dean. Leur technique était manifestement différente, nettement plus volcanique, à les voir s’embrasser. Un trait bien particulier qu'elle lui avait dissimulé lors du bal de Noël. Peut-être aurait-il fallu que je me concentre moins sur le rythme de la danse, se dit-il, désorienté à l'idée d'être passé à côté d'une pérégrination amoureuse.

Soudain, un cri retentit dans la salle. Ginny sortit instinctivement sa baguette, suivie de Ron qui laissa choir Lavande sur le sol. Un cinquième année avec une tête ressemblant furieusement à celle de Rusard se regardait dans un miroir, une boîte de chaudrons en chocolat à la main et tandis qu'il regardait ses amis, de la fumée lui sortait des oreilles.

« -Aaaah ! hurla-t-il. Mais c'est quoi ces chocolats ! 

Avant qu'il ne finisse sa phrase, il joignit ses deux mains sur le cœur, ignorant les chocolats étendus sur le sol. Puis, avec un air cabot de vieux crooner gominé, il se mit à chanter, un genou au sol, la célèbre chanson de Célestina Moldubec devant Alicia Spinnet, effrayée par cette idolâtrie de pacotille.

« Oh, viens, viens remuer mon chaudron, Et si tu le prends comme il faut, je te ferais bouillir une grande passion...

-Hé mais c'est marrant ça ! Tout à l'heure c'était Goyle ! Je l'ai vu chanter la même chanson devant la statue de la sorcière borgne ! s'écria Seamus.

-Colin Crivey a tenté… répondit Angelina Johnson. Mais quand je l'ai menacé de lui faire manger son Instamatic, il s'est arrêté net. Mais il n'avait pas la tête de Rusard !

-Han, mais ça se trouve, c'est un coup des Mangemorts ! hurla un première année.

-Moi, c'est Luna Lovegood que j'ai surprise en train de chanter cette chanson à la bouse de dragon, mais elle avait l'air comme d'habitude, avec son chapeau tête de lion, expliqua Cormac McLaggen…

-Un Sinistros ! C'est un Sinistros ! Mme Trelawney nous avait prévenus, souffla Parvati Patil.

Dans un brouhaha tonitruant, chacun y alla de sa petite anecdote et de son interprétation, tandis que dans un coin, Lee Jordan les notait furtivement dans un carnet flanqué d'un « W » avec une discrète plume de merle.

Le dîner fut ponctué ce soir-là par un Serpentard qui se ruina les cordes vocales en répétant inlassablement en canon, Double Trouble, tout en se déhanchant et en claquant des doigts. Il fallut l'intervention d'Horace Slughorn et de son fameux tonic pour les nerfs pour mettre un terme au charme mystérieux. Puis ce fut l'équipe de Quidditch de Poufsouffle qui ânonna en rythme Let's dance a capella, en interprétant une chorégraphie parfaitement adaptée.

C'est à peu près à ce moment-là que Ron donna un coup de coude à Harry, la moitié d'une bangers juteuse pendouillant à un coin de la bouche,

-Hé, regarde un peu, y'a Hannah qui te fait signe, on dirait qu'elle insiste ! Elle pourrait te faire oublier Cho ! Elle veut ta tête sur une carte de Chocogrenouille.

-Je crois que Harry a déjà trouvé la bonne personne pour remplacer Cho, souligna froidement Hermione. N'est-ce pas Harry ? 

Celui-ci trouva subitement un certain intérêt aux motifs décorant le contour de son assiette.

-De plus, c'est à Neville qu'Hannah tente de s'adresser, ajouta-t-elle. D'ailleurs, elle est bizarre en ce moment, je la vois souvent à la bibliothèque. Je pensais qu'elle voulait se perfectionner en Botanique, mais elle se plonge dans des récits historiques et des traités sur les symboles Moldus des années 60 ou je-ne-sais-quoi. Mais, tu dois en savoir un peu plus que moi à ce sujet, non ? 

-Heu oui et non, répondit-il embarrassé, après un énième éternuement. Je n'ai pas bien compris ce qu'elle cherchait, mais on doit se voir demain matin devant le salon de thé de Madame Pieddodu...

Ron s'étouffa avec sa triple part de gâteau aux carottes qu’il avait surchargée de crème fouettée. Le visage rigide d’Hermione s'illumina et Harry releva la tête vers le visage impassible de Neville.

-Eh bien quoi ? Elle a juste besoin d'un coup de main en Botanique.

- C’est ça, un coup de main ajouta Ron, la bouche saturée d’aliments divers.

-Neville ! Mais va la voir enfin, gros bêta ! le supplia Hermione, en quittant la table, ulcérée par l’attitude vomitive du Weasley.

Hannah parvint à se frayer un chemin entre les tables et fut rejointe par Neville.

-Hé Neville ! Tu te décides enfin, tu remercieras Granger ! Ça n’a pas l’air de s’arranger avec ce crétin de Ron… Je voulais te dire que je préférerais que l'on se voit plus tôt demain, je t'expliquerai, n'oublie pas de prendre des gants en peau de dragon. Hagrid t’accompagnera, cela évitera que tu perdes du temps avec la séance de détection de sortilèges de Rusard. Je compte sur toi, déclara-t-elle, en lui donnant un baiser sur la joue.


Une image fidèle de ce que ressentit Neville à ce moment bien précis ne serait franchement pas aisée à restituer convenablement... C'était un peu comme si tous ses neurones explosaient en cascade, en de millions de Big Bangs, comme dans les films d’actions Moldus, l'empêchant d'analyser l'ensemble des informations qui s’entrechoquaient : le regard d’Hannah, ses lèvres en forme de cœur, la douceur absolue de sa peau, les rires de Ron, les applaudissements d'Harry, le clin d’œil d’Hermione, le tumulte de la fin du repas. Tout cela était vertigineux : ses joues le brûlaient, il avait chaud, son cœur explosa en un millier de confettis. La Grande Salle tournait autour de lui dans cette ronde folle ; les sons devenaient couleurs, les couleurs prenaient des saveurs sucrées et acides, les visages aux alentours étaient autant de Trevor qui dansaient en rythme en coassant. Le parfum d’Hannah l'entêtait, bien qu’elle ait quitté les lieux depuis lui semblait-il la nuit des temps : une fragrance mêlée de clochettes de muguet, d'abricot, d'un soupçon de neige éternelle demeurait son seul souvenir. Le plafond s'illuminait de couleurs violentes et criardes, associant le rose et le jaune fluo avec des motifs aussi improbables, tels que les symboles des Quatre Maisons.

Le rythme se brisa net et ralentit, ralentit encore, les représentations disparurent, tout n'était maintenant que des nuances de gris. Neville observa les autres élèves et les professeurs se mouvoir dans une lenteur fantastique dans une pantomime burlesque. Il aurait pu distinguer parfaitement les battements d’ailes d'un Pixie. Il sentit une main sur son épaule. C'était celle de Nick Quasi-Sans-Tête qui, ayant échappé au charme, le toisait et rigolait en le pointant du doigt. Un rire puissant, assourdissant, aliéné. Sans prévenir, il lui assena une gifle mémorable. Un rire puissant, assourdissant, aliéné. Sans prévenir, il lui assena une gifle mémorable. Ce fut alors le noir absolu. Comme confiné, ne ressentant plus rien, ses émotions, ses sensations étaient scellées dans son esprit obscurci. Quelqu'un avait fermé la porte.

On lui parla à nouveau, il perçut des mouvements comme le ressac ballottant une barque. Nageait-il ? Volait-il ? Peu lui importait, il se laissa porter par le courant.


Quand il reprit partiellement le chemin d’une forme de rationalité, il était allongé sur son lit, encore habillé, mais ses souliers lui avaient été retirés. Il était tard à en juger la position de la Lune dans le ciel. Il regarda le plafond en soupirant. La pièce n'étant plus éclairée que par le rougeoiement des braises dans le poêle, il avait du mal à s'orienter. Une angoisse lui tordit le ventre, tel un serpent au fond d'un sac. Pris de nausée, il descendit dans la salle commune et ouvrit une fenêtre. Les caresses glaciales de cette nuit d’hiver l’apaisèrent.


-Tu va mieux Neville ? lui demanda Hermione d’une voix feutrée. 

Elle était assise dans un fauteuil, les jambes repliées sous elle, Pattenrond lové dans ses bras. À son regard lourd et chagriné, il devina, gêné, qu’elle avait dû encore pleurer.

-Je ne sais pas vraiment, j’ai terriblement mal à la tête, l’impression d’avoir fait de la voltige aérienne sur un Sombral.

-Tu sais, tu as drôlement réagi tout à l'heure ! Je te rassure, tout le monde a cru que tu avais été ensorcelé, comme les Poufsouffle, par une de ces cochonnerie de Fred et de Gorges, mais heureusement personne n'a fait le rapprochement, enfin presque personne... ponctua-t-elle, en lui adressant un clin d’œil. C’est incroyable de réagir de cette façon ! On aurait dit Charlie Brown avec la reine du bal dans ce vieil épisode des Peanuts !

Neville rougit, il se sentait ridicule et perdit toute consistance.

-Je ne sais pas ce que tu imagines, mais il ne s'agissait que d’un simple baiser, ajouta-t-elle plus sérieusement, mais c'est peut-être aussi l’histoire d’un baiser et d’autre chose de plus beau. Enfin, ce que je veux dire, c'est que je ne voudrais pas que tu sois déçu. Déçu et blessé par des sentiments qui ne seraient pas réciproques. Ça peut faire mal, et ça, je ne l’ai pas lu dans l'Histoire de Poudlard. 

Neville ne dit rien et joua nerveusement avec ses doigts.

-Oublie ce que je viens de dire. Tu me connais, toujours très cartésienne, trop même. 

-Je crois que je l'aime bien..., répondit-il sans relever ses propres mots. Je me suis bien entendu avec elle, l'année dernière lors de nos entraînements avec Harry. On partage des intérêts, il me semble. En fait, je n’en sais rien. 

Il se tut puis ajouta, troublé. 

-Tu vois, c'est dans ces moments comme celui-là que mes parents me manquent. J’imagine qu’ils m’auraient préparé à tout ça, enfin mieux que ma grand-mère.

-Mon pauvre Neville...

Hermione se leva d’un coup et l’enlaça, abandonnant Pattenrond qui pesta ostensiblement. C'était un piètre réconfort, pensa-t-elle, mais c'est tout ce qu'elle pouvait lui offrir.

-Je me sens complètement idiot, comme d’habitude, je vais lui dire quoi ? la questionna-t-il en s’avouant que les étreintes étaient une découverte bien agréable.

- Du moment que tu ne mets pas ton pyjama bleu, celui avec les imprimés nounours, tu ne le seras pas plus qu'un autre !

Ils éclatèrent de rire ensemble. Neville sentit un poids s'envoler, tandis qu’Hermione sécha discrètement ses larmes.

- Et puis parle-lui de Mimbulus Mimbletonia, de Bubobulb ou même de navet tibétain, c’est un domaine que tu maîtrises parfaitement, ça t’aidera, au moins pour le début ! Tu as grandi Neville, ne change rien et ne t'oblige pas à être aussi crétin que Ron. Va te coucher maintenant, il est tard, ajouta-t-elle en se dirigeant vers l'escalier du dortoir.

-Oui, tu as raison, concéda-t-il en réprimant un bâillement.

-Au fait, si Lee Jordan te propose un inhalateur contre la toux, évite de le prendre, je crois qu'il teste les nouvelles inventions de Fred et Georges.

Neville acquiesça en la laissant monter vers son dortoir puis décida de contempler le feu mourir dans l’âtre. Hermione était une amie formidable et Ron un parfait idiot, se dit-il.

Neville parvint, de prime abord, à se lever, non sans mal. L'idée d'aller faire le pied de grue sous les bourrasques glacées de la place du marché du Pré-au-Lard ne l’enchantait guère. Il s'habilla chaudement, ignorant Ron qui semblait à nouveau se battre contre une armée d'araignées. Il passa par la Grande Salle, espérant trouver un petit quelque chose à manger. Il avait mal dormi, des cauchemars avaient hanté sa nuit, des cauchemars redondants dans lesquels il apparaissait devant Hannah et Rogue. Il était assis nu dans un chaudron bouillonnant. Rogue affublé du chapeau de sa grand-mère - celui avec le vautour et une étole de renard - lui susurrait la chanson de Célestina Moldubec à l'oreille, une paire de cisailles à la main. 

Il fut alors immensément reconnaissant quand il aperçut, sur un coin de la grande table patinée des Gryffondor, de quoi se sustenter convenablement. 

 

-Bonjour Neville, dit Hagrid pensif, devant les grandes portes d’entrée en chêne. C’est donc toi que je vais devoir accompagner à Pré-au-Lard. C’est parfait, il me fallait des outils. 

 

Le jour pointait tout juste quand ils arrivèrent à Pré-au-Lard sans avoir véritablement échangé, comme Hagrid le faisait souvent. Il grognait à propos des troupeaux de moutons moldus, du Réseau de Poudre de Cheminette de nouveau bloqué et d’un énième décret sur la domestication des dragons. L'air était vif et sec, il faisait froid mais le ciel permettait une belle journée. Une planète qu'il identifia comme étant Jupiter profitait de l'aurore pour briller encore un peu. Des corneilles tournoyèrent d’un vol nonchalant saluant le jour naissant. Il se quittèrent et Neville se rendit chez Madame Pieddodu, se demandant comment des amoureux pouvaient être aussi matinaux pour que le salon de thé ouvre aussi tôt. Une foule de questions l'empêchait d'apprécier les paysages hivernaux qui s'offraient à lui, il ne remarqua ni le renard curieux à la queue blanche chevauché par un Redcap, ni un des nombreux Aurors patrouillant autour du village aux drôles de cheminées fumantes. Qu'allait-il lui dire ? Il ne collectionnait pas les cartes de Chocogrenouille. Serait-il assez captivant pour qu'elle ne décide pas de rentrer à Poudlard ? Les encouragements d'Hermione fondaient comme neige au soleil alors qu'il s'approchait du village. 

Il fut impressionné par la fréquentation des rues à une heure si matinale, puis il comprit, en apercevant Hannah poser des caisses de Champifleurs sur un étal dans la rue, au milieu de détaillants, camelots et autres bateleurs braillards. Le rendez-vous n'avait donc pas lieu dans le repaire aux doucereuses fanfreluches rose bonbon des couples légitimes de Poudlard, mais devant, de plus elle était accompagnée par Madame Chourave. Toutes deux terminaient d'installer leur marchandise. 

 

Cette nouvelle perspective le désarçonna.


-Ah Londubat ! s’exclama la professeure de Botanique quand elle l’aperçut au bout de la ruelle. Je n’ai pas remercié Hagrid, mais tant pis, vous tombez à pic, j'ai été mordue par de la Mandragore particulièrement agressive. Elle a dû être attaquée par je-ne-sais-quoi la nuit dernière, ajouta-t-elle, en rangeant ses affaires. Vous avez bien fait de prendre vos gants en peau de dragon !

-Bonjour Neville ! le salua Hannah d’un ton badin, Madame Chourave m'a proposé de l'aider pour le marché de Pré-au-Lard, cela me permet de me familiariser avec les plantes magiques, tu verras ici, je n'ai jamais autant utilisé les Wingardium Leviosaaaa ! Cela vaut bien nos entraînements avec l'AD ! Je t'expliquerai pour la caisse, la balance et tout le reste. 

 

Il ne voyait pas trop ce qu’il y avait à expliquer, c’était effectivement un baiser sans suite, l’ombre d’un préambule à rien du tout.

Demeurant courtois et respectant son engagement, Neville apprit au débotté les rudiments du métier de maraîcher. Il fut si absorbé par son travail qu'il oublia bien vite l'idée de finir nu dans un chaudron. Sa crainte s'envola rapidement dès lors que les premiers clients lui posèrent des questions bien précises sur la manière de cultiver des Branchiflores ou lui confièrent leurs difficultés à reproduire des plants de Mimbulus Mimbletonia. Bien qu’il eût quelques embarras au début pour échanger distinctement avec de vieilles sorcières qui lui rappelaient sa grand-mère, il parvint à s’imposer. Il se sentait bien. Il se savait incollable. Partager des connaissances académiques hors de l’enceinte de Poudlard le grisait. Les gens, curieux et avenants, le remerciaient avec des sourires ou des poignées de main. Il sentait une vague de confiance l’envahir comme une brise chaude et légère. 

Hannah se débrouillait bien. Il comprit qu'elle venait depuis longtemps car les clients la connaissaient bien, elle avait toujours pour chacun d'entre eux une anecdote légère, un bon mot. Elle aimait cette activité qui paraissait être plus un amusement qu'un travail. Elle n'hésitait pas à lui donner des informations sur les prix et lui indiquer les recoins où avaient été rangés les sacs en papier ou les pots en terre. Elle le présentait comme son assistant en précisant qu'il n'avait pas ses deux pieds dans le même chaudron, d'ailleurs Zonko adressa à Neville un clin d’œil bien entendu qu'il ignora. Un producteur de fromages portant un épais manteau de laine bleu-gris demanda à Madame Chourave si elle comptait faire travailler tout Poudlard ; Ambrosius Flume échangea des pots de dictame contre un bloc de chocolat à l'intention de Madame Pomfresh. Il vit même le professeur Slughorn, mais assez bizarrement, celui-ci ne fit que passer devant leur étal. Neville perçut chez lui un soupçon d’anxiété quand il croisa le regard soupçonneux du professeur Chourave. Depuis le revirement du ministère à propos du retour de Voldemort, tout le monde se regardait de travers, cherchant chez l’autre une improbable trace de magie noire, de trahison.


Lors d’un moment de calme, Hannah lui expliqua que la recette des ventes était reversée en grande partie à l’hôpital de St-Mangouste, pour améliorer le quotidien des enfants malades et permettait parfois d'acheter du matériel pour les serres de Poudlard. En échange, Madame Chourave lui donnait des cours particuliers. Neville ne répondit rien.

Elle expliqua que le marché n'était plus aussi fréquenté qu'avant. Les gens avaient peur, cela se ressentait. Jamais elles n'avaient autant vendu de plants de dictame.

-Habbot, Londubat, allez livrer la commande chez Rosmerta, elle va en avoir besoin pour sa cuisine. Profitez-en pour prendre un thé et vous réchauffer ! lança le professeur Chourave. Habbot, tu n'oublieras pas de me rapporter les cagettes ! Hagrid va en avoir besoin pour ses plants.

Cette pause ne fut pas sans déplaire à Neville. Il était fatigué et avait la gorge sèche. Hannah marchait à ses côtés, se frayant facilement un chemin au milieu de la petite foule qui avait investi les ruelles du village. Elle semblait au meilleur de sa forme mais aussi concentrée.

 

Rosmerta les accueillit derrière son comptoir avec une petite mine grise que Neville ne lui connaissait pas, mais non sans oublier de les remercier chaleureusement. Une fois les cagettes déposées dans la cuisine, elle demanda à Hannah si les garçons de Poudlard s'étaient enfin décidés à grandir. 

 

Hannah lui proposa de s’installer dans un snug non loin de la grande cheminée en pierre dans laquelle brûlait un feu de tourbe, dont l’odeur de terre humide aux effluves boisées se mêlait à celle du Plug que fumaient, dans des pipes en terre cuite, de vieux mais solides paysans vêtus de tartan sobre. 

 

À peine s'étaient-ils dévêtus et installés que Rosmerta déposa deux énormes tasses de thé fumantes en grès, un pot de lait en étain et deux grandes assiettes de ragoût de mouton servies avec du pain d’avoine.

-Mon garçon, prends soin de ma petite Hannah, conseilla-t-elle d’un œil perçant lui rappelant celui de sa grand-mère, et si tu lui fais du mal, je te tords le cou ! J'ai toujours besoin de viande pour mon pâté en croûte !

-Du pâté de Neville, je ne sais pas ce que ça vaut ! répondit Hannah en souriant.

 

Neville engloutit une bonne partie de son assiette, mais avec cette fameuse retenue que Ron n'apprécierait jamais. C'était délicieux, revigorant. Rien ne valait un bon plat chaud dans ces conditions.

 

-Le thé est délicieux, dit-il en tentant d'éviter de se brûler la bouche en buvant une gorgée de son mélange robuste d'Assam et de Ceylan.

-Je dois avouer qu'elle se débrouille plutôt bien ! Je suis contente que tu aies apprécié ta matinée ! D'habitude je viens seule. Ernie n'aime pas se lever tôt et puis, au fond, je crois que ça ne l'intéresse pas. Je ne m'ennuie pas, il m'arrive aussi de donner un coup de main à Rosmerta au service et puis j'adore cet endroit. Je le trouve chaleureux, rassurant...

Neville comprit alors ce qu'Hermione avait voulu lui signifier quand il avait été question d'Ernie MacMillan. Hannah aimait bien les gens, le contact, les échanges tout simplement.

-Hé Neville ! Tu n'es plus là ! Je le vois !

-Heu, je suis fatigué, je n'ai pas beaucoup dormi, bredouilla-t-il en cachant mal son amertume.

-Ça ne va pas toi, on dirait... Je te comprends, moi non plus, pour être honnête. Je fais des recherches sur ma famille en ce moment, notamment sur mon arrière-grand-mère, Áine Ní Chaomhánaigh. C'est irlandais et ne me demande pas d'écrire son nom, j'en serais bien incapable. Enfin, en travaillant avec Chourave je suis tombée par hasard sur son histoire, elle a croisé le chemin de ce Grindelwald…

Voyant qu'elle avait capté à nouveau l’intérêt de Neville, elle lui narra son histoire : mon arrière-grand-père, je n'ai pas voulu retenir son nom, a été une sorte de Mangemort. Il suivait les préceptes de Grindelwald et ses théories fumeuses sur les sangs purs et les sangs-mêlés. C'était a priori un homme mauvais. Malefoy, à côté, c'était toi quand tu cherchais Trevor dans le Poudlard Express en première année ! Leur mariage a été une belle erreur de jugement, mais il semble qu'il a réussi à écarter les autres prétendants, et puis, elle était amoureuse... Quoiqu'il aurait pu user d’une potion à base d'Amortentia, si tu vois ce que je veux dire... Ils se sont retirés dans une vieille demeure familiale de mon arrière-grand-père, éloignée de tous et de tout, dans le comté de Kerry. Cela lui permettait d'échafauder tranquillement des plans pour dénoncer des familles de sangs-mêlés.

À cette époque, il n'y avait personne pour les défendre. Mon arrière-grand-mère a sombré sous les coups, les injures, car elle ne le soutenait pas, bien entendu. Et puis ma grand-mère Griselda est arrivée au monde, c'est ce qui l'a poussée à fuir, accompagnée de cet homme dont je n'ai retrouvé aucune trace, pas même son nom. Je sais juste que c'était un Moldu, le fils d'un fermier probablement. Ils ont quitté le Comté pour tenter de rejoindre l'Écosse. Il avait de la famille éloignée, un vieil oncle. À cause d’une guerre entre Moldus, c'était compliqué de traverser en bateau. Ils ont réussi à embarquer ma grand-mère, seule, pour l’Écosse. Je n'ai pas encore découvert pourquoi, probablement à cause du prix du billet. Ils n'avaient pas de ressources ou bien avaient-ils peur d'attirer l'attention... Je ne connais pas le nom de la personne qui l'a accompagnée et protégée jusqu’à sa rentrée à Poudlard. Je sais seulement qu'elle portait un bijou autour du cou.

-Tu ne sais rien de cet homme ? osa demander Neville.

-Je suis partie de l'idée que c’était un Moldu.

-Quand tu étais dans les collines l'autre soir, tu cherchais quoi au juste ?

-Des indices. Ma grand-mère est allée à Poudlard et ils sont restés en contact. Selon Chourave, la vieille dalle d'où tu m'observais - si, si, je le sais, ne dis pas le contraire - servait de fondation à une sorte de Portoloin un peu spécial, de la vieille magie a-t-elle ajouté... A priori, il y avait un symbole qui indiquait le point de passage. Naturellement, ce passage n'existe plus, il a dû être détruit avec ces ruines, mais le symbole existe toujours. Il a été utilisé par les Moldus-hippies dans les années 70. C'est un rond séparé en deux par une barre. Cette barre symbolise un homme ou une femme, et de ce personnage, au milieu, partent deux autres barres, comme des bras vers le sol, tu sais comme les danseuses de claquettes irlandaises. Bref, je me suis passionnée pour cette histoire, je ne m'étais jamais cru capable de passer autant de temps à la bibliothèque. À ce propos, tu remercieras Granger pour son aide, en dépit de ce qu'elle endure à cause de l’autre crétin. J'ai eu envie de lui redonner vie à cette Áine Ní Chaomhánaigh, de leur rendre hommage. C'est grâce à eux deux, aux risques fous qu'ils ont pris, que je suis ici, dans ce pub, avec un garçon brave, courageux, audacieux, mais malencontreusement trop peu confiant pour le reconnaître, conclut-elle en regardant Neville droit dans les yeux, un sourire en coin.

-Je n'en sais rien, bredouilla-t-il.

-Il y a une leçon que j'ai bien assimilée dans mes recherches, Neville, c'est qu'il existe des choses formidables mais éphémères pour lesquelles on doit se battre, peu importe l'issue. La vie est trop hasardeuse, trop courte. Tu dois aller de l'avant monsieur Londubat. Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain, comme on dit.

Neville saisit cet encouragement au vol. Qu'il y ait eu quelques gouttes de Felix Felicis dans son thé, peu lui importait, et qu'il risque ou non de se prendre un Cognard, mais l'histoire de cette Áine Ní Chaomhánaigh lui rappela tant celle de ses parents, torturés pour avoir tenté de lui assurer un monde meilleur, qu'il prit les mains d'Hannah dans les siennes avec un calme et une assurance qu'il ne se connaissait pas, tandis qu'elle le contemplait amusée et surprise de découvrir un nouveau garçon devant elle.

-Hannah, l'appela Chourave, une note sombre dans la voix, rompant la grâce de cet instant aussi fugace qu'inattendu. Je viens de recevoir un hibou du professeur Dumbledore, il doit te parler maintenant, il t'attend dans son bureau. Hagrid s’est proposé de te raccompagner.

-Ah très bien, j'arrive, répondit-elle, mais je dois donner des recommandations à Neville.

Le professeur de Botanique lui adressa un signe de la main pour sortir du pub sans prendre le temps de boire la pinte de Bièraubeurre que Rosmerta lui proposait.

-Neville, je crois que je vais avoir des réponses à mes questions... Sinon, pour la fête de la Saint-Valentin, je veux te voir à 18 h devant le tonneau qui mène à notre salle commune avec un beau cadeau, le genre en forme de cœur emballé dans du papier rouge brillant ! Je te raconterai ce que Dumbledore m'a expliqué et on passera la soirée tous les deux, enfin si tu es d'accord, bien entendu !

Neville ne répondit rien, elle ne lui laissa pas le temps. Elle l’attrapa par son écharpe rouge et or qu'il tentait de passer autour de son cou, puis l'embrassa amoureusement, sans retenue. Neville ferma les yeux et se laissa guider, longtemps, profitant de ce que la vie pouvait offrir de meilleur.

-C'est ça, vivre, Neville, lui chuchota-t-elle. En revanche, terminé de soutenir Gryffondor quand vous jouez contre nous au Quidditch ! Pour le papier cadeau rouge brillant, je rigolais.

Elle l’étreignit, sans se soucier de Rosmerta, de Pré-au-Lard ou du reste du monde. Elle enfouit son visage contre son épaule puis murmura une courte phrase que Neville conserverait jusqu’à son dernier souffle.

 

---

Dans la salle commune, Neville croisa le regard d'Hermione. Elle comprit aisément et le gratifia d'un sourire lumineux. Il avait enfin le sentiment de pouvoir avancer dans la vie. 

Lee Jordan avait été saucissonné, son carnet flanqué d'un « W » à ses pieds, il tentait d'expliquer que seuls Fred et Georges étaient les seuls coupables. Qu'ils ne voulaient pas gâcher la Saint-Valentin, mais seulement tester de nouveaux produits. Cormac McLaggen, des cornes de Ronflack sur le crâne (énième effet secondaire enregistré dans le week-end), n'écoutait plus. Il mélangeait dans un chaudron le reste des fioles qu'il avait découvert pour les lui faire avaler de force et si possible avec l'entonnoir qu'une Parvati Patil, à bout de nerfs, bossue et ventrue, lui tenait en sifflant inlassablement, Do the Hippogriff, sur un rythme accéléré.

Neville rigola avec les autres Gryffondor présents lorsque Lee Jordan se mit à vomir des nuages de barbe à papa en forme de cœur et d'angelots. Puis il descendit aux cuisines du château avec sa robe de soirée. Dans l’escalier qui menait à la pile de tonneaux, il croisa quelques couples, un chérubin mal rasé et renfrogné, Il se demanda comment il devrait se comporter avec Hannah, sous les regards certainement moqueurs des Serpentard. 

La question se solutionna d'elle-même : elle ne vint pas.

Sans vraiment rien comprendre à l'attitude d'Hannah, il laissa ses pas le guider vers le Grand Escalier, quand une voix l'appela. Il s'agissait d’Ernie MacMillan.

-Neville, Hannah est partie, sa mère a été tuée par des Mangemorts. Elle aurait souhaité te le dire elle-même, mais tu étais encore avec Chourave à Pré-au-Lard. Il faut aussi que tu saches qu'elle ne sait pas si elle reviendra à Poudlard un jour, enfin, tant que Tu-Sais-Qui sera vivant.

 

Le visage écarlate, Neville s’élança en courant vers la Grande Salle, espérant croiser le professeur Chourave. Dans sa course, il croisa Roger Davies en tenue de Quidditch, son Comète 260 à la main. Avec un aplomb qu’il s’ignorait, Neville le bouscula, enfourcha le balai tombé sur le sol et s’envola dans les ténèbres avant que les portes ne soient refermées, sous les insultes des Serdaigle qui se trouvaient là.

 

Le balais l’amena devant les grilles du parc du Château. Neville avait froid, il regretta de s’être précipité sans avoir pris sa cape de voyage. Les mains engourdies, il s’employa à ensorceler les vieilles serrures de métal. Manquant de concentration et très certainement de maîtrise, sa baguette ne produisit qu’une éclatante gerbe d’étincelles vertes quand il invoqua Alohomora et Portaberto. De rage et de frustration, il la jeta contre l’une des serrures. 

 

- LONDUBAT ! Sombre crétin ! Tu vas faire quoi si cette damnée de Lestrange sort du bois ? Ramasse-moi cette baguette ! hurla Maugrey-Fol-Œil ! Vigilance constante Londubat ! Toujours !

-Faites-moi sortir, supplia Neville, indifférent. Ouvrez-moi cette grille ! 

-Londubat, vous allez me faire plaisir de remonter sur ce balai et le rendre immédiatement à son propriétaire ! Je dois empêcher les Mangemorts d’entrer dans ce fichu château et non des élèves écervelés d’en sortir !

-Je dois rejoindre Hannah Abbot, elle a perdu sa mère, je dois lui parler. Elle n’a pas pu prendre le réseau des cheminettes, elle est sûrement à la gare ! 

-Londubat, je ne comprends rien ! Pour la dernière fois, ramassez votre foutue baguette et déguerpissez avant que je…

-Alastor, par les culottes de Godric, fiche-lui la paix. Je vais m’en occuper, le coupa Tonks, d’une voix fatiguée mais résignée. 

Elle avait suivi Neville après avoir calmé les joueurs de Quidditch. 

-Je crois savoir ce que Neville Londubat fait ici.

L’œil bleu électrique de l’Auror allait et venait nerveusement entre Neville et Tonks. Celle-ci campa sur ses positions, ses cheveux raides virant au grenat.

-Je sais ce qui est arrivé à Perdita Abbot, Tonks, c’est moche. C’est pour cette raison que les élèves sont confinés dans l’enceinte du château. Même si ce n’est pas la guerre dehors, cela y ressemble. Nous devons respecter les protocoles de défense ! 

-Oui les ordres ! Mais tu sais aussi ce que prône Dumbledore avant tout ! Que prône Dumbledore, Alastor ? Dis-le-moi ! Tu es comme Lupin, tu es borné, tu ne comprends rien ! 

Les cheveux dressés sur la tête, elle toisait le puissant Auror.

-J’en prends la responsabilité, affirma-t-elle, résolue, insensible à la gravité de ses actes.

-Par la barbe de Merlin ! hurla Maugrey. Alors je vous accompagne, Londubat, toi et tes idées hasardeuses ! 

-On va juste transplaner à la gare avant le départ du Poudlard Express. Je le prends avec moi, il n’a pas encore son permis. Je te remercie Alastor.

 

Le train sifflait, les wagons s’entrechoquaient, des masses de vapeur laiteuse se répandaient sur la voie et le quai d’embarquement au gré des courants d’air en ce début de soirée. Neville passait devant chaque wagon, haletant. Il allait et venait, cherchant Hannah derrière chaque vitre, désespéré et résolu, bousculant des retardataires, s’excusant à peine. Tonks le suivait non sans mal sous la garde rassurante et impitoyable de Maugrey. Ils étaient une cible parfaite pour un Mangemort en maraude, cherchant les bonnes grâces de Voldemort. La gare regorgeait d’oreilles et de regards opportunistes prêts à livrer toute information en échange de quelques pièces tachées de sang.

 

-Neville ?

 

Le garçon autrefois soumis et lunaire se retourna. Hannah se trouvait sur le marchepied d’un wagon, une cape de voyage bien ajustée, le visage marbré par le chagrin. Le sifflet strident, annonçant l’imminence du départ, retentit à nouveau et engendra de nouveaux jets de vapeur. Ils s’étreignirent, enveloppés dans les nimbes, seuls, sous les étoiles. Un Auror descendit à son tour et tempêta contre cette situation insensée. Tonks le calma, mais à son tour le chef de gare s’impatienta en montrant ostensiblement une montre à gousset en cuivre à plusieurs cadrans. Une discussion vive s'enchaîna ensuite avec de vieilles sorcières pressées. Maugrey recherchait la moindre activité suspecte. Trop de monde s’agitait sur ce quai de gare. Il passait au crible les recoins obscurs, les angles morts. Il détestait improviser des missions de protection. Le train devait partir. Au plus vite.

 

Loin de ce tumulte, de ces menaces, Hannah et Neville, épris et satisfaits, échangèrent bien des mots, bien des promesses, et ce que Dumbledore prônait le mieux, de l’amour.




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