Le cours de potions du vendredi exigea de Harry un effort presque physique pour ne pas regarder la porte.
Il s'attendait à voir entrer McGonagall, Rusard ou Dumbledore. Quelqu'un finirait forcément par apprendre qu'ils avaient quitté leur dortoir, ouvert une porte interdite et failli mourir dans une pièce du château. Les alarmes avaient sonné. Peeves les avait vus. Leur disparition ne pouvait pas effacer tout cela.
Pourtant, Rogue se contenta de leur faire préparer une solution de rinçage pour les brûlures légères.
Neville lisait chaque instruction trois fois.
Harry aurait voulu lui dire quelque chose, mais il ne savait pas comment lui présenter des excuses devant toute la classe sans déclencher les questions qu'il redoutait.
Il se concentra sur son travail. Chaque fois qu'il levait le bras, son épaule lui rappelait le choc de la porte.
Rogue passa près de lui.
— Un problème, Potter ?
— Non, monsieur.
Le professeur regarda la manière dont il tenait sa cuillère.
— Alors utilisez correctement votre bras.
Harry obéit.
À la sortie, Hermione les attendait près de l'escalier. Ron ralentit immédiatement.
— Quoi, encore ?
Elle ne le regarda pas.
— J'ai dit à McGonagall qu'il y avait un passage derrière une tapisserie qui débouchait dans le secteur interdit.
Harry sentit son estomac se contracter.
— Tu lui as raconté ?
— J'ai dit que j'avais vu une ouverture pendant une promenade dans le château. Elle m'a demandé où. Je lui ai montré sur le plan.
— Et le chien ? demanda Ron à voix basse.
Hermione pâlit légèrement.
— Elle sait ce qu'il y a dans ce secteur. Le directeur a interdit d'y aller. Mais je ne voulais pas que quelqu'un d'autre emprunte le passage sans le savoir.
Harry regarda le mur derrière elle.
Il était soulagé. Il était aussi honteux d'être soulagé qu'elle n'ait pas raconté toute l'histoire.
— Elle n'a pas posé d'autres questions ?
— Elle m'a demandé si j'y étais entrée.
Ron retint son souffle.
— Et ?
— J'ai dit que j'avais compris que je n'aurais pas dû m'en approcher.
Hermione serra plus fort la lanière de son sac.
— Elle m'a regardée longtemps. Puis elle a dit qu'elle ferait vérifier l'accès.
Harry comprit qu'il n'avait peut-être pas été aussi discret qu'il l'espérait. Il comprit aussi qu'Hermione avait pris sur elle une partie du poids qu'il évitait depuis le matin.
— Merci, dit-il.
— Je ne l'ai pas fait pour toi.
Elle partit avant qu'il puisse répondre.
Ron attendit quelques secondes.
— Au moins, on ne se fera pas renvoyer.
Harry ne répondit pas. Il regardait Hermione disparaître dans l'escalier, seule au milieu d'élèves qui remontaient vers la lumière.
Le lendemain matin, Draco devait nettoyer les attaches des balais de l'école.
Dracena le trouva dans le hangar, assis devant une caisse d'outils. Madame Bibine examinait des manches quelques mètres plus loin. Une odeur de cire, de poussière et d'herbe séchée flottait sous le toit.
— Tu n'es pas obligée de venir, dit Draco.
— Je sais.
Elle posa sur une caisse une pomme enveloppée dans une serviette.
— Tu as manqué le petit déjeuner.
Il regarda le fruit, puis sa sœur.
— Je n'avais pas faim.
— Alors donne-la à ton orgueil. Il doit être épuisé.
Il détourna la tête, mais prit la pomme.
Dracena s'assit sur le rebord d'une caisse vide, assez loin pour ne pas gêner le travail. Madame Bibine leur adressa un regard, puis continua son inspection.
— Père ne sera pas content, dit Draco.
— Tu n'es pas obligé de lui écrire tous les détails.
— Tu m'as dit le contraire hier.
— Je t'ai dit de ne pas transformer tes défaites en exploits. C'est différent.
Draco mordit dans la pomme avec colère.
— Potter a eu ce qu'il voulait.
— Tu sais ce qu'il voulait ?
— M'humilier.
Dracena regarda les balais suspendus. L'un d'eux portait encore une bande rouge sur le manche, à l'endroit où Neville avait serré trop fort.
— Il voulait reprendre le globe de Londubat.
Draco se leva brusquement.
— Tu le défends encore.
— Je déteste Potter, dit-elle. Cela ne m'oblige pas à penser que tu avais raison de prendre cet objet.
Madame Bibine leva les yeux.
— Monsieur Malfoy, si vous avez terminé votre pause, la caisse suivante vous attend.
Draco se rassit.
Sa sœur baissa la voix.
— Je t'ai vu près des branches. Quand il est arrivé sur toi.
Il cessa de mâcher.
— Il ne m'a pas touché.
— Je sais.
— Je l'avais vu.
Elle hocha la tête. C'était peut-être vrai. Elle n'avait aucune envie de lui arracher l'aveu d'une peur dont il avait honte.
Pendant quelques minutes, ils ne parlèrent plus.
Dracena regarda son frère défaire une attache, retirer les fragments abîmés et resserrer le lien. Il avait des gestes soigneux lorsqu'il cessait de se préoccuper de l'effet qu'il produisait.
— Tu le fais bien, dit-elle.
Il haussa les épaules.
— C'est facile.
Elle resta jusqu'à ce qu'il finisse la pomme, puis emporta le trognon et la serviette.
Ils n'étaient pas entièrement réconciliés. Elle trouvait cependant plus supportable de le laisser là maintenant qu'il avait mangé.
Le mardi suivant, Harry reçut un paquet assez long pour attirer tous les regards de la table.
Six hiboux le déposèrent avec difficulté entre les plats. Ron se leva pour empêcher l'extrémité de heurter une cruche. Une enveloppe était attachée au papier.
Harry la décacheta.
McGonagall l'informait que la dérogation avait été accordée. Le balai était mis à sa disposition pour les entraînements et les matchs de l'école. Il devait le garder dans le local prévu par l'équipe, apprendre à l'entretenir et se présenter au terrain à dix-sept heures.
Le soulagement fut si vif qu'il dut relire le début du billet.
— C'est bon ? demanda Ron.
Harry hocha la tête.
Ron tira un coin du papier, juste assez pour apercevoir une inscription brillante sur le manche.
— Un Nimbus.
Le mot se répandit à une vitesse incroyable.
Harry referma le papier.
— Arrête. Elle a demandé de ne pas l'ouvrir ici.
— Tu as conscience de ce que c'est ?
— Un balai.
Ron le regarda avec une profonde tristesse.
— Parfois, ton ignorance est presque offensante.
Harry rit. Il s'efforçait de ne pas regarder les autres tables.
Il échoua.
Draco avait cessé de parler. Pansy suivait la direction de son regard. Dracena posa lentement sa tasse, comme si elle venait de comprendre une conversation dont elle n'avait entendu que la moitié.
Harry emporta le paquet avant que quelqu'un l'arrête.
Les jumeaux Malfoy le rejoignirent dans le hall.
— Les premières années n'ont pas le droit d'avoir leur propre balai, dit Draco.
Harry serra le paquet contre lui.
— Celui-ci appartient au matériel mis à disposition par l'école.
— Ça revient au même.
— Parle à McGonagall.
Draco eut un mouvement vers l'enveloppe. Harry recula aussitôt.
— Ne touche pas à mes affaires.
Dracena regarda le paquet, puis le billet.
— Donc tu désobéis jeudi et tu reçois un balai mardi.
— Tu connais les jours de la semaine. Félicitations.
— Ce n'était pas une question.
— La réponse non plus.
Ils se fixèrent sans sourire.
Dracena n'avait pas assisté à l'entretien avec McGonagall. Elle n'avait pas entendu parler du travail, des excuses, des conditions. Elle ne voyait qu'un garçon récompensé après avoir fait exactement ce qu'on leur avait interdit, et Harry pouvait lire son mépris sans qu'elle ait besoin de poursuivre.
— Tu ne sais pas ce qui s'est passé, dit-il.
— J'étais sur la pelouse.
— Alors demande à ton frère pourquoi j'ai décollé.
— Tu avais le choix.
Harry sentit cette phrase atteindre un endroit qu'il aurait préféré garder hors de portée.
Oui, il avait eu le choix. Il l'avait eu aussi avant le duel.
Cela ne donnait pas à Dracena le droit de parler comme si son frère n'avait rien provoqué.
— Laisse-moi passer.
Elle se décala, le menton haut.
Il partit avec Ron, le paquet plus lourd contre sa poitrine qu'à la sortie de la Grande Salle.
À dix-sept heures, le terrain de Quidditch était presque vide.
Olivier Dubois avait posé une caisse sur la pelouse. Harry s'approcha avec son balai neuf et l'impression de présenter un objet qui méritait un propriétaire plus compétent.
— Tu l'as essayé ? demanda Dubois.
— Pas encore.
— Bien. On commence par les règles.
Harry regarda les hauts anneaux dressés à chaque extrémité. Les gradins vides montaient autour d'eux, si vastes qu'il avait du mal à imaginer tous les sièges occupés.
Dubois ouvrit la caisse et entreprit de lui expliquer les balles, les postes et les fautes. Il était précis, passionné et incapable de résister à un exemple supplémentaire lorsqu'il venait de terminer une explication.
Harry écoutait de son mieux.
Lorsque deux balles sombres commencèrent à lutter contre leurs attaches, il se pencha en arrière.
— Elles essaient vraiment de frapper les joueurs ?
— Les batteurs s'occupent de les éloigner.
— Et s'ils n'y arrivent pas ?
Dubois referma une attache.
— Nous allons aussi travailler tes esquives.
Harry estima qu'il aurait dû commencer par là.
Le Vif d'or était minuscule. Dubois le laissa reposer au creux de sa main sans le libérer. Ses ailes vibraient avec impatience, presque transparentes dans la lumière.
— Celui-ci, tu dois le trouver avant l'autre attrapeur. Tu peux voler longtemps sans le voir. Puis il faut décider très vite.
Harry regarda la petite balle. Il pensa au Rapeltout, au point précis où il avait su qu'il pouvait encore le rattraper.
— Et si je le vois mais que je ne peux pas l'atteindre ?
— Tu cherches un meilleur angle. Tu ne plonges pas dans un gradin pour prouver que tu es courageux.
Dubois releva les yeux.
— McGonagall m'a raconté le vol de jeudi. Tu as du talent. Ça ne veut pas dire que ton corps est incassable.
Harry baissa la tête sur le manche.
Ils commencèrent par des cercles lents.
Le Nimbus répondait avec une finesse qui le surprit. Harry corrigea trop fortement son premier virage et dut reprendre de l'altitude. Dubois lui fit recommencer, puis encore une fois, jusqu'à ce qu'il cesse de lutter contre le balai.
Au bout de dix minutes, il avait oublié les Malfoy.
Le terrain tournait sous lui. Il voyait la ligne des arbres, les toits du château et la surface du lac où le soleil posait une bande blanche. Il n'était pas parfaitement libre : il devait écouter les consignes, tenir compte du vent, vérifier l'espace avant de changer de direction. Mais ces limites lui plaisaient parce qu'elles avaient un sens qu'il pouvait sentir dans son corps.
Dubois lança une balle de cuir.
Harry la manqua.
Elle toucha le sol avant qu'il ait compris qu'elle partait plus loin que prévu.
— Tu as regardé ma main, dit Dubois. Regarde la balle.
Il recommença.
Harry la rattrapa du bout des doigts, trop bas, et dut faire un large détour pour remonter.
— Mieux.
La troisième tentative fut bonne.
La quatrième, mauvaise.
Au bout d'une heure, Harry avait les jambes douloureuses et les mains rouges. Il n'avait rien d'un prodige capable de réussir sans apprendre. Il avait quelque chose de plus utile : l'envie immédiate de recommencer après chaque erreur.
Dubois finit par refermer la caisse.
— On s'arrête.
— Encore une ?
— C'est exactement ce qu'on dit avant de faire un mauvais mouvement parce qu'on est fatigué.
Harry atterrit à regret.
Le capitaine lui montra comment vérifier les attaches et retirer l'humidité du manche. Harry suivit chaque geste avec attention.
— Pourquoi tu m'as demandé tout à l'heure si j'avais déjà essayé le balai ? demanda-t-il.
— Parce que beaucoup de joueurs préfèrent arriver en ayant déjà fait quelque chose qu'on leur avait interdit.
Harry baissa les yeux.
Dubois referma le local.
— Tu n'as pas besoin de nous impressionner à chaque fois, Potter. Si tu attrapes la balle quand il faut et que tu reviens entier, ce sera un très bon début.
Harry repartit vers le château avec les bras lourds et un bonheur calme qu'aucune phrase de Draco ne pourrait entièrement défaire.
Les semaines suivantes eurent une odeur de pluie.
Elle entrait dans les capes, faisait gonfler les coins des parchemins et transformait les chemins du parc en bandes de boue. Les entraînements continuèrent. Les devoirs aussi. Harry apprit à ne pas laisser ses notes près de la cheminée, Ron à ne pas poser ses coudes dans l'encre, et Neville à vérifier les trois premières instructions d'une potion avant d'allumer la flamme.
Le souvenir du chien ne disparut pas. Il occupa simplement une place plus discrète, entre les obligations qu'ils ne pouvaient pas éviter.
Le passage derrière la tapisserie fut condamné dès la semaine suivante. Une plaque neuve apparut dans la galerie. Harry ne demanda pas qui avait effectué les travaux. Hermione ne leur en parla plus.
Ils continuèrent de se croiser en classe sans être vraiment amis.
Elle savait trop de choses pour que Ron ne se sente pas constamment corrigé, et elle semblait incapable de laisser une erreur tranquille lorsqu'elle la voyait. Harry lui était reconnaissant pour la nuit du duel. Il n'aimait pas toujours sa manière de rappeler aux autres ce qu'ils auraient dû comprendre.
Il fallut attendre un vendredi de la fin d'octobre pour qu'il s'aperçoive qu'elle ne choisissait pas davantage sa solitude que lui n'avait choisi la sienne à l'école primaire.
Ce jour-là, le professeur Flitwick avait demandé aux élèves de préparer un exercice de précision avec des morceaux de papier pliés. Il ne s'agissait pas encore de les soulever : ils devaient simplement les faire pivoter sans les déchirer.
Hermione avait terminé la première.
Puis elle avait corrigé le mouvement de Ron.
— Tu tournes le poignet trop tôt.
— Je n'ai pas demandé.
— Je te le dis pour que ça marche.
— Et moi, je te dis que je n'ai pas demandé.
Harry, occupé à récupérer son papier sous la table, releva la tête. Hermione avait retiré sa main comme si Ron l'avait repoussée physiquement.
— Très bien.
Elle se détourna.
Quelques minutes plus tard, Dracena, installée à une table voisine pour cette séance commune, demanda au professeur si l'exercice pouvait être réussi avec un papier plus épais. Flitwick lui en donna un, puis un autre à Hermione, qui avait aussitôt levé la main.
La compétition commença sans être annoncée.
Dracena réussit à faire pivoter le premier coin, mais le pli central résista. Hermione déplaça toute la feuille de quelques centimètres et fronça les sourcils : elle n'avait pas obtenu le mouvement demandé.
Elles recommencèrent.
Autour d'elles, les autres élèves poursuivaient leurs essais. Draco encourageait sa sœur avec tant d'insistance qu'elle finit par lui demander de se taire. Hermione, elle, n'avait personne derrière son épaule.
Harry le remarqua, puis se trouva ridicule de l'avoir remarqué.
Au dernier essai, la feuille d'Hermione tourna exactement d'un quart.
Flitwick applaudit doucement.
Dracena fixa son propre papier. Elle avait réussi à le plier davantage, ce qui n'était pas du tout l'objectif.
— Je veux réessayer, dit-elle.
— À la prochaine séance. Il faut savoir s'arrêter lorsqu'on commence à répéter la même erreur.
Elle rangea sa baguette avec mauvaise humeur.
Dans le couloir, Pansy déclara assez fort pour être entendue :
— Certaines personnes n'ont vraiment rien d'autre à faire que travailler.
Draco eut un petit rire.
Hermione passa devant eux sans répondre.
Dracena regarda sa propre feuille, froissée dans sa main. Elle aurait aimé que la remarque de Pansy lui procure du soulagement. Elle n'y trouvait qu'une excuse médiocre pour un exercice qu'elle avait moins bien réussi.
— Elle a réussi le mouvement, dit-elle.
Pansy se tourna vers elle.
— Je n'ai pas dit le contraire.
— Alors il faut travailler davantage. Pas parler plus fort.
Elle partit avant que Pansy trouve une réponse.
Harry avait entendu. Cela ne lui donna pas envie de remercier Dracena ou de la trouver meilleure qu'il ne l'avait pensé. Il avait vu aussi la manière dont elle s'était réjouie, plus tôt, d'une erreur d'Hermione. Elle pouvait être juste quand cela l'arrangeait et cruelle cinq minutes après.
Cette contradiction l'irritait davantage qu'une méchanceté constante.
Le soir, Dracena demanda à Tracey de lui tenir une feuille pendant qu'elle recommençait l'exercice.
— Si tu me brûles les doigts, j'arrête, dit Tracey.
— Ce n'est pas un sort de feu.
— Seamus Finnigan a brûlé du papier avec une lumière.
Dracena ne put contester le fait.
Elles s'installèrent dans la pièce de travail. Pansy les regarda partir sans proposer de venir.
Dracena posa sa baguette, reprit sa respiration et répéta le geste. Le papier bougea à peine.
— Tu tires vers toi, dit Tracey.
— Je tourne.
— Ton épaule tourne. Ta main revient.
Dracena la fixa.
Tracey haussa les épaules.
— Ma mère travaille dans un atelier. Elle dit toujours qu'on peut regarder une main et rater tout le bras.
Dracena aurait voulu demander de quel atelier il s'agissait. Elle se rendit compte qu'elle ne savait presque rien de la famille de la fille avec qui elle dormait depuis deux mois.
Elle remit son bras en place.
Le papier tourna.
Pas parfaitement, mais assez pour qu'elles le voient toutes les deux.
Tracey sourit.
— Voilà.
Dracena regarda sa baguette, puis la feuille.
— Encore une fois.
Cette fois, elle réussit.
Elle éprouva une satisfaction si nette qu'elle faillit oublier de remercier Tracey. Elle se reprit avant que celle-ci sorte de la pièce.
— Ton conseil était utile.
Tracey s'arrêta.
— Tu peux dire merci, tu sais. Ça veut dire à peu près la même chose et c'est plus court.
Dracena sentit ses joues chauffer.
— Merci.
Tracey partit avec un sourire qui ne semblait pas se moquer d'elle.
Dracena resta seule devant la table. Elle aurait aimé montrer l'exercice à Draco, mais il jouait aux cartes avec Goyle et se serait probablement contenté de dire qu'il savait qu'elle y arriverait.
Elle écrivit plutôt à sa mère.
Cette fois, elle parla du travail. Elle raconta aussi qu'elle avait trouvé une camarade capable de l'aider à voir une erreur qu'elle répétait. Elle ne précisa ni le nom de cette camarade ni celui de son atelier. Ce n'était pas un secret ; c'était simplement quelque chose qu'elle voulait garder à elle avant que sa famille le transforme en renseignement.
Le dernier vendredi d'octobre, les citrouilles apparurent dans la Grande Salle.
Certaines étaient assez grandes pour contenir Ron tout entier. Hagrid en transportait une près de l'estrade, les bras ouverts autour de son écorce orange, tandis que le professeur Flitwick guidait des rubans noirs au-dessus des tables.
Harry entra en levant la tête.
Des chauves-souris passaient près du plafond. Il ne sut pas immédiatement si elles étaient réelles. À Poudlard, il avait appris à attendre avant de décider qu'une chose était une décoration.
Ron ralentit devant une citrouille.
— Tu crois qu'ils les vident toutes à la main ?
— J'espère pour eux que non.
Au fond de la salle, le professeur Quirrell parlait avec Rogue. Harry ne pouvait pas entendre leurs paroles. Quirrell tenait un rouleau de parchemin contre sa poitrine et hochait la tête trop souvent. Rogue, immobile, semblait attendre une réponse qui ne venait pas.
Harry toucha sa cicatrice sans réfléchir.
Elle ne lui faisait pas mal. C'était seulement un geste qu'il avait pris l'habitude de faire lorsque quelque chose l'inquiétait.
Rogue tourna la tête.
Harry baissa aussitôt la main.
— Quoi ? demanda Ron.
— Rien.
Il regarda de nouveau. Quirrell s'éloignait déjà, le rouleau serré contre lui. Rogue resta un moment près de l'estrade avant de quitter la salle à son tour.
Harry pensa au paquet. Au chien. À la manière dont Hagrid avait évité de parler de son ancien professeur.
Il n'avait aucune preuve reliant ces choses.
Il commençait pourtant à comprendre combien il était facile de choisir un coupable lorsqu'on détestait déjà quelqu'un.
— Tu regardes encore Rogue, dit Ron.
— Il parlait à Quirrell.
— Tout le monde lui parle. C'est ce qui arrive quand on travaille ensemble.
Harry sourit malgré lui.
Ils s'assirent.
À Serpentard, Dracena leva les yeux au passage d'une chauve-souris et repoussa son verre pour éviter une aile. Draco lui racontait qu'une fête au manoir avait autrefois comporté des lanternes suspendues au-dessus du lac artificiel.
— Je m'en souviens, répondit-elle. Tu as essayé d'en attraper une avec une épuisette.
— Elle était trop basse.
— Tu es tombé dans l'eau.
Il lui donna un coup de coude. Elle lui rendit un regard sévère qui se fendit malgré elle lorsqu'il imita leur père découvrant ses chaussures trempées.
Harry détourna la tête.
Il n'aimait pas voir les Malfoy rire comme des enfants ordinaires. Cela compliquait inutilement l'idée qu'il se faisait d'eux.
Hermione entra quelques minutes plus tard avec un livre sous le bras. Elle chercha une place, hésita près de Ron puis s'assit plus loin, à côté de deux élèves qui parlaient déjà ensemble.
Harry remarqua son hésitation.
Il aurait pu lui faire signe.
Ron venait de lui demander quelque chose à propos de l'entraînement. Harry répondit, se pencha vers son assiette et laissa passer le moment.
Au-dessus d'eux, une citrouille s'alluma. Puis une deuxième, puis toute une rangée, jusqu'à donner à la salle la chaleur d'un feu immense.
Le lendemain serait Halloween.