Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 57 : Sortilège : l'épreuve

Par eric_vincent

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


La victoire d’Aloysia sur Gerbera ne faisait pas l’objet de spéculations. Personne n’aurait misé un Gallion sur les Fantômes. Toutefois, Jacques prenait des paris sur le score et les parieurs affluaient. Ils le prenaient tous pour un fou. Lonicera et Urtica avaient non seulement été défaits par les rouges, mais ils s’étaient cassés les dents sur la défense, sans réussir à passer le Souafle une seule fois dans un des trois cercles. Jacques pariait sur un triomphe d’Aloysia 150 à 30 tandis que les élèves plus optimistes misaient un Gallion sur 150 à 0 alors que les plus pessimistes, pour la même somme, estimaient que 290 à 0 était plus plausible.

Les Fantômes alignèrent une équipe à peine modifiée avec l’indispensable Shin au poste au gardien des cercles, Séraphin et Hercule pour frapper les Cognards, Noël, Andrea et Eugénie à la poursuite tandis que Umbelina tenterait de retarder Fellini le plus longtemps possible.

Après la rumeur de faux Cracmol, Jacques put faire courir celle de devin. Le match dura à peine treize minutes dont cinq de bataille pour capturer un Vif d’or survolté sous un ciel azur, limpide, avec un vent nul et un air glacial, idéal pour jouer au Quidditch. Fellini eut raison d’Umbelina, en dépit d’un balai plus rapide – un prêt d’Hercule –. Le match s’acheva sur le score de 150 à 30 et le Cracmol empocha 43 Gallions. Aloysia emporta le championnat avec trois victoires, 640 points marqués pour seulement 30 encaissés face aux Fantômes. La méthode d’Umbelina avait fait ses preuves et son attaque était la meilleure. Il ne restait plus qu’une chance aux Blancs de décrocher la seconde place. Pour cela, il fallait battre Urtica.

Le Gerbera consacra le reste du dimanche aux devoirs et aux projets. Jacques entraîna Bérénice sur le tatami, à l’étage, sous l’œil attentif de Shin. Le Cracmol devenait un bon judoka. Hercule alla voir Barthélémine afin de s’assurer de sa parfaite autonomie pour son nourrissage. Il traita les commandes passées à l’entreprise Delacour et envoya, en retour, un paquet contenant le modèle suspendu d’avion pour amuser le petit Hercule – Juan. En réalité, il s’agissait de la seconde version, plus rapide. Le poids, l’hélice, le pantin articulé : tout était identique entre les deux modèles sauf la forme des ailes. Sur la première mouture, elles étaient droites. Sur la seconde, la voilure formait un triangle. Le dessin changeait tout. Hercule y voyait une information utile pour Günther Dornier.

Il relut d’anciens courriers et se souvint de la promesse de Patxi Sallaberry. Si l’importance magique du sanctuaire était connue du seul fermier basque, pourquoi craignait-il pour sa vie ? Il n’était âgé que d’une trentaine d’années, il pouvait fonder une famille, avoir des héritiers. Il n’élevait pas d’espèce dangereuse, hormis les Hortzak. Qu’il juge le garçon digne de confiance, c’était imaginable mais qu’il anticipe à ce point, méritait quelques éclaircissements. Le danger venait-il du côté de sa sœur et de son beau-frère ?

Le Belge envoya une lettre à Garrick pour lui vanter les exploits de la vigne associée à la princesse portugaise. Enfin, quand il en eut terminé avec ses écrits, il se rendit dans un isoloir de la salle du Sondeur afin de découvrir si ce dernier avait reçu des visiteurs désireux d’en savoir un peu plus sur la baguette intraçable. L’âme sorcière de l’Académie lui confia que Amélie Rostang de Hautefeuille était entrée dans la grotte centrale, pour la première fois depuis son admission à l’Académie. Elle voulait savoir si le Sondeur savait quoi que ce soit à propos de la baguette intraçable et s’il avait la capacité de lui révéler la teneur de la discussion entre Agathe et le garçon. Le Sondeur lui dévoila qu’il avait relayé leur conversation, la nature de la punition et le temps passé au cachot. Désormais, les suprémacistes savaient que le Sondeur, sincère, sans filtre, ni jugement, constituerait une source de renseignement fiable, à condition de poser des questions de façon adroite. Une autre personne était entrée sans poser la moindre question puis était ressortie cinq minutes plus tard en claquant la porte de la salle d’une manière rageuse. Hercule imagina que la Legilimancie exigeait une proximité relative, une condition uniquement réunie qu’en se rendant dans le degré 220. Émilie était limitée aux esprits des élèves de sa classe et de son miroir au restaurant. Elle était classée dans les anti-suprémacistes, n’ayant aucune affinité avec eux et faisant l’objet d’un rejet des tenants du Sang-Pur. Avec les deux Cracmols au Gerbera, le risque de vol télépathique était accru.

Le dimanche soir fut l’occasion d’un apéritif festif organisé par Séraphin pour fêter la résistance des Fantômes. Chacun put y remarquer la complicité évidente de Katarina et Shin. Le duo discret se couvait du regard. Laurine les observait, émue et envieuse. À intervalles fréquents, elle lorgnait du côté d’Hercule, en quête d’une attention, d’un sourire mais le Belge semblait ailleurs, pas vraiment connecté avec qui ou quoi que ce soit. Laurine désespérait de parvenir à attirer son attention. Alors, elle fermait les yeux et cherchait dans ses souvenirs, la vision de la première projection de la ligne temporelle du garçon. Elle avait promis de ne pas scruter celles des membres de Gerbera et tenir cette promesse devenait de plus en plus compliqué.

Le professeur Dadé entama son cours du 31 mars par des nouvelles sur la santé du docteur Beauxbâtons. Grâce aux soins reçus à l’hôpital et à une potion tonique fournie par Ambroisine Fordecafé, Alfred serait de retour à l’Académie dans deux ou trois semaines. Alphonse assurerait les enseignements jusqu’à la fin de l’année tandis que le titulaire se reposerait et reprendrait du muscle, alternant la prise de Musclor, de la marche dans le domaine, des exercices pour rééduquer son corps et des nuits de sommeil dans son appartement. Plus que jamais, le Gerbera devait en finir avec les épreuves de la cave aux voix et mettre la main sur le testament perdu de Ballessaim.

En parallèle, Hercule prévoyait une seconde exploration lacustre. Grâce à Jacques et Shin, le costume disposait enfin d’un système d’élimination du gaz carbonique, fiable – le Belge l’avait testé durant deux heures d’affilée la veille, soit l’autonomie totale des bouteilles –.

Le Gerbera fit en sorte que Hercule soit dispensé de cours de Quidditch, ce mercredi. C’est en compagnie de Sigrid et Katarina que le garçon se rendit à la grotte abritant le lac. Il emmena le nécessaire pour plonger mais aussi de quoi le réanimer si l’aventure tournait mal. Le garçon s’équipa avec l’aide des jeunes filles, activa tout l’éclairage et vida près de trente litres d’encre lumineuse sur la rive ouest, la plus longue. Bien que la quantité soit triplée par rapport à la première plongée, il eut la sensation de verser une goutte dans un océan. Après avoir ajusté son stéthoscope dans ses oreilles et intégré sa baguette traductrice dans son ceinturon, sur les conseils de Shin, il se glissa dans le liquide. Il respira une dernière bouffée d’air frais et salua ses amies :

— À tout à l’heure !

— N’oublie pas de comptabiliser les temps de palier.

— Je le garde à l’esprit et je n’oublierai pas de vérifier mon temps de plongée, ma jauge d’air et mon tube de Bourdon.

— Bon courage !

Il verrouilla le casque, scella le costume et s’enfonça vers le fond lacustre. À peine eut-il disparu que Sigrid osa demander :

— Alors, vous êtes ensemble, avec Shin ?

— C’est mon amoureux. Le professeur Perlenjoie a fait exprès d’inverser nos lettres. C’est comme ça que j’ai découvert à quel point notre ami japonais est un garçon adorable, touchant et poète.

— Et il t’a donné… un baiser ?

— Vous êtes folle ! Jamais ! Nous n’avons pas l’âge. Et si cela arrive, ce ne se fera pas à l’Académie.

— Où alors ?

— Je ne sais pas. Mais ce sera très romantique.

— C’est un garçon respectueux, apaisant, rassurant. Il a l’intelligence du cœur et de l’esprit. On a la sensation qu’il est beaucoup plus âgé que nous.

— C’est ce qui me plaît chez lui. Et vous ?

— Quoi ?

— Vous demeurez loin des sentiments amoureux.

— Ma… condition… ne me permettra jamais de les envisager. Jamais. Ce n’est pas grave. J’aime me satisfaire du bonheur de mes amis.

— Mais… ?

— J’enrage ! Il y en a deux qui ne cessent de se tourner l’un autour de l’autre, sans avancer. Il n’y a rien que je veuille plus au monde que le bonheur d’Hercule.

— Elles sont plusieurs à le convoiter.

— Vraiment ? s’inquiéta Sigrid, craignant que l’Autre fasse son apparition. Qui ?

— Bianca l’apprécie beaucoup parce qu’il est aimé des créatures magiques, il la traite d’égale à égal, il aime partager son savoir avec elle, il l’écoute, il rit à ses saynètes humoristiques et se montre d’une galanterie exquise.

— C’est elle, la troisième lettre ?

— Oui.

— Le professeur a parlé d’une autre personne, au moins, en dehors du cours de français rédactionnel. Il s’agit de Laurine ?

— Oui. Elle en fait partie. Je crois qu’Ysandre en pince aussi pour notre enquêteur.

— Oh… Dans une semaine, elle sera en stage à l’hôpital.

— Ne vous inquiétez pas, je veillerai sur lui. De toutes les façons, elles n’ont aucune chance de capturer le cœur d’Hercule. Aucune.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il aime l’insaisissable Eugénie. Prendre le cœur d’Eugénie, c’est comme vouloir attraper le vent à mains nues.

— Mais elle l’aime, j’en suis sûre !

— J’en suis aussi convaincue que vous. Cependant, elle ne franchira pas le pas.

— Pourquoi ?

— Parce que Eugénie rêve de liberté et qu’aimer, à ses yeux, c’est la perdre. Quoi qu’elle fasse, Eugénie se donnera les moyens d’être libre. Vous avez une idée du nombre de Gallions qu’elle a amassés avec ses travaux de distillation ? De la quantité de livres qu’elle a lus sur le sujet des parfums ? N’avez-vous pas remarqué combien elle s’est améliorée en anglais ? Elle veut exister briller, réussir, peu importe ce que cela lui coûte. C’est incompatible avec une vie amoureuse avec un esprit sorcier aussi brillant que Hercule.

— C’est du gâchis parce que Hercule…

— … ne verra jamais personne d’autre dans son cœur. Laurine a vu des événements futurs le concernant. Je ne sais pas quoi, exactement. Hercule lui a interdit de recommencer. Ni sur lui, ni sur l’un d’entre nous. Elle a juste eu le temps de voir que son futur amoureux était vide. Laurine cherche comment le remplir, comment empêcher le destin de s’accomplir. Sauver la vie d’Hercule, victime de somnambulisme ou de transplanage spontané, n’a pas suffi pour rentrer dans son cœur. Pour y pénétrer, il faut ne pas le désirer, ce qui est illogique. Ce garçon est une énigme.

Tandis que les jeunes filles papotaient, Hercule explorait le lac en procédant avec méthode. Il avait visé le fond et balayé une grande zone avant de remonter par palier de deux mètres. Des herbes s’étaient développées sur le fond vaseux, grâce à la présence des Feux Éternels abandonnés dans la grotte. Des poissons de passage ou sédentaires colonisaient les eaux du lac. Aux alentours de 32 mètres, il découvrit une large et profonde saignée dans la roche. Il choisit de s’y engager avec prudence. Il y avait un siphon sur deux ou trois mètres. Après une dizaine de mètres en ligne droite, il découvrit une autre grotte sous-marine, d’un diamètre de 5 ou 6 mètres. C’était l’antre d’une créature inconnue avec laquelle il se retrouva nez à nez.

— Qu’est-ce que c’est ? se demanda le garçon à voix haute.

La bête avait l’allure d’un hippocampe, mais elle mesurait bien 60 centimètres. Sa tête n’avait rien d’équin mais ressemblait au quokka, ce marsupial australien, pris à tort pour un gros rat, ayant toujours le sourire aux lèvres. La créature, dotée de dizaines de nageoires réparties des tempes à la queue enroulée, avait un point commun avec l’hippocampe et les marsupiaux : elle portait sa progéniture dans une poche ventrale. Il y avait une vingtaine de bébés dans la poche translucide dont certains n’étaient pas encore éclos. Un second animal apparut dans le champ visuel du plongeur. Ce fut si instantané que le garçon crut qu’il avait transplané, à la manière d’un Dirico.

En réalité, ses nageoires lui conféraient une vitesse de déplacement ahurissante. Le deuxième spécimen était plus petit d’une dizaine de centimètres, dépourvu de poche ventrale et sa queue se terminait par un aiguillon peu engageant. Rien n’indiquait qu’il était disposé à se servir de son dard, souriant autant que son congénère.

Grâce à son stéthoscope, Hercule perçut les remous causés par les nageoires. Il vit ses lèvres s’animer et entendit un pépiement varié, très construit mais incompréhensible. Le garçon posa la main sur son ceinturon multifonction et effleura sa baguette de cèdre. Le discours devint intelligible.

— Bonjour.

— Salutations à vous.

— Qui êtes-vous ?

— Les gardiens.

— Du lac ?

— Oui. Et vous, quelle est votre identité ?

— Je suis Hercule Van Betavende, élève sorcier. Je cherche un testament perdu pour sauver l’école. L’auriez-vous vu ?

— Nous ne pouvons rien vous donner…

— Ah…

— … que vous ne puissiez nous donner en retour.

— Ah ?

— Partez et pensez-y.

— Bien. Puis-je vous poser une question avant de vous quitter ?

— Posez-la.

— Avez-vous un nom de race ? Il se trouve que je connais beaucoup de créatures, que j’en soigne de nombreuses. Je n’ai jamais vu personne qui vous ressemble.

— Nous n’avons pas de nom. Aimeriez-vous nous en attribuer un ? Cela vous siérait-il ?

— Avec joie. Voyons… Que pensez-vous de… Quokkampe ?

— C’est un joli nom. Nous l’acceptons. Pouvons-nous vous questionner, à notre tour ?

— Avec plaisir.

— Êtes-vous l’enfant porteur de la baguette guérisseuse ?

La question désarçonna le garçon, mais il se reprit :

— Toutes les baguettes peuvent guérir. Il y a juste des sorciers qui sont plus faits pour le soin que d’autres.

— Cette baguette porte un nom.

Hercule frissonna et murmura :

— Benben.

— C’est le nom qu’elle porte. Si vous le connaissez, cela ne peut signifier qu’une chose…

Le plongeur acquiesça. Le Quokkampe lui livra son plus beau sourire et expliqua que le dard de la femelle ne produisait plus l’effet escompté.

Katarina et Sigrid espéraient que le plongeur récolterait un trésor, à défaut du testament. Au lieu de cela, c’est un fou rire dément que le garçon ramena des profondeurs du lac. Il était si hilare qu’elles éprouvèrent quelques difficultés à décrypter ses explications nébuleuses. Sa découverte portait sur une espèce aquatique, capable d’intelligence. Il avait pu communiquer avec elle grâce à sa baguette de cèdre. Les Quokkampes n’avaient pas le document mais la femelle rencontrait un souci avec son aiguillon supposé infliger une dose de gaieté viscérale à ses victimes, les privant de toute intention violente. Il avait soigné la créature. Afin de vérifier si le sortilège de soins avait fonctionné, le couple l’avait conduit dans une anfractuosité que l’eau ne remplissait pas en totalité. Il avait déverrouillé son casque dans la poche d’air et accepté de servir de cobaye. La guérison était complète.

— Combien de temps va durer ta joie débordante ?

— Je le sais avec précision, Sigrid. Elle va durer… un certain temps !

Il repartit à rire sans pouvoir respirer, à se tordre les abdominaux. Il se roula par terre tant et si bien qu’il fallut plus d’une demi-heure pour le dévêtir. Tout était prétexte à s’amuser. Au cours du dîner qui suivit, il retrouva quelque sérénité bien qu’un nouvel incident diplomatique ait failli avoir lieu entre le Belge et Rosier, ce dernier croyant que le premier se moquait tout le temps de lui.

— Qu’est-ce que tu as trouvé, Hercule ?

— Pas le sujet de nos recherches, Eugénie. Hélas ! Néanmoins, j’ai découvert une créature intelligente.

— C’est une nouvelle espèce ? interrogea Jacques, les yeux pétillants. À quoi elle ressemble ?

— Vous voyez l’un des animaux emblématiques de l’Australie que l’on appelle le quokka ?

— Oui.

— Eh bien, on dirait un croisement entre le corps d’un hippocampe et la tête du quokka. L’animal est doté d’une cinquantaine de nageoires réparties sur toute sa longueur. Il mesure 50 à 60 centimètres. Je n’en ai jamais vu de pareil.

— Cela ne me dit rien du tout. Des nageoires ? Tu étais dans l’eau ?

— Pour ne rien vous cacher, oui. La Rivière Enchantée passe, en partie, sur le domaine.

— Et dessous, aussi.

— Il y a des ramifications un peu partout. C’est dans l’une d’elles que j’ai plongé.

— C’est génial ! Alors, le filtrage ?

— Il fut parfait. Grâce à vous et à Shin.

— Tu as dit que tu as découvert une espèce intelligente ?

— Oui, Bérénice. Je l’ai baptisée Quokkampe.

— Tu as pu converser avec elle grâce à ta baguette traductrice ?

— En effet. J’ai d’ailleurs été surpris. Je pensais que ma baguette n’était capable de rendre intelligibles que les langages humains. C’est surprenant.

Le garçon n’entendit pas la suite de la discussion, enfermé dans son palais mental, se projetant dans les tâches à accomplir dès que les adultes auraient quitté l’Académie, voire avant. La journée du 1ᵉʳ avril débutait sous peu et cette perspective plongeait la direction dans l’effroi.

Au matin du 1ᵉʳ avril, les enfants du pavillon blanc étaient sur leurs gardes. Ils s’attendaient à de nouvelles exactions des suprémacistes, profitant de l’absence des adultes, élèves de CHASSE de plus de 17 ans compris. Mais leur cantonnement dans les trois miroirs, face aux nombreux élèves ayant choisi leur camp, refroidissait leurs ardeurs d’autant plus que les dernières instructions – harceler les Cracmols – avaient échoué.

La table de Gerbera n’était pas complète : Hercule manquait à l’appel et personne ne savait où il se trouvait. Sigrid supposa, à juste titre, qu’il avait préparé sa disparition de l’établissement scolaire depuis un moment et qu’il l’avait mise à exécution avant même que Agathe fut la dernière à transplaner, à 23h55.

— Dès que nous sommes sortis de table, il a fichu le camp dans les étages du château.

— Sûrement par l’un des deux raccourcis de l’amphithéâtre Flamel, ajouta Jacques, certain de la validité de ses informations, désireux d’épater Bérénice. Il y a bien des sortilèges qui empêchent de sortir de l’Académie avec un balai ?

— Oui, confirma Umbelina. Sauf les jours de matchs de Quidditch. Les mêmes protections existent pour empêcher le transplanage.

— Il a peut-être pris la tenue étanche et plongé dans la Rivière Enchantée. Les sirènes peuvent toujours s’accrocher pour égratigner le métal. C’est du solide.

— J’imagine que c’est une sortie envisageable mais dangereuse. Mais je ne crois pas qu’il ait choisi la voie liquide.

— C’est un malin, Hercule !

— Tu sais, Jacques, il serait capable de s’être dissimulé dans la valise à sortilège d’extension d’un professeur, plaisanta Eugénie pour le mettre sur une fausse piste.

— Ou il s’est transformé en lettres et a été enlevé par un hibou, s’amusa Laurine.

— On peut se transformer en objet ?

— Ce sont des sortilèges compliqués qui le permettent mais rien n’est impossible, confirma Sigrid. Bien. Il est temps d’y aller. Le mot de passe ?

— « Vésicule biliaire », annonça Eugénie.

— Parfait. Noël, Bérénice, Jacques, vous défendez le pavillon, au cas où.

— Plusieurs élèves de Lonicera et quelques anciens de cet ordre se sont proposés pour faire des rondes au nord du domaine, révéla Umbelina. Ça devrait dissuader Rosier et sa bande d’imbéciles.

Les enfants quittèrent la salle de restaurant sous le regard suspicieux de leurs ennemis. Le trio exempt d’exploration retourna au pavillon de quartz, encadré par une escorte dissuasive tandis que les autres Gerbera disparaissaient aux quatre coins du château pour semer les pisteurs en mal d’informations. Puis, un transfert invisible s’organisa au nez et à la barbe des suprémacistes, deux possesseurs de couverture de dissimulation venant convoyer les aventuriers, un par un, jusqu’à l’entrée de l’appartement des Beauxbâtons.

À partir de la cave aux voix, les épreuves s’enchaînèrent. Suivre le marquage au Flambios fut aisé pour les trois élèves – Umbelina, Shin et Katarina – n’ayant pas encore affronté les obstacles. L’Épouvantard déguisé en Détraqueur ne fut pas une partie de plaisir, le Patronus de Laurine s’avérant moins combatif qu’à l’ordinaire et la bête ayant l’appétit aiguisé par le bonheur flagrant entre Katarina et Shin. L’acharnement de la monstruosité parut si suspect aux yeux du Japonais qu’il jeta une poignée de pétales au sol pour être fixé. Il fut incapable d’y lire quoi que ce soit.

— La divination ne fonctionne pas, ici. Nous sommes aveugles, avoua Laurine, navrée.

— Ah… À quoi vais-je bien servir ?

— Nous n’avons pas encore triomphé de tous les obstacles, intervint la cheffe des explorateurs. Patience…

Grâce au couteau magique d’Eugénie, le labyrinthe aux murs changeants fut franchi avec succès. La lave projetée par la fontaine se changea en neige tant que Séraphin fut dans son rayon d’action. Comme prévu, lorsqu’il fallut boire la potion, c’est Umbelina qui s’en chargea. Le mur s’abaissa. Après quelques mètres de progression, les huit enfants parvinrent à la salle des miroirs volants. Umbelina s’empara de son Friselune habituel et l’enfourcha. Puis, n’écoutant que son courage, son instinct, elle s’élança dans les airs. Elle eut beau avoir bu du Felix Felicis et fait preuve de réflexes en or, un miroir la percuta et l’envoya valdinguer dans une autre glace. Elle fut avalée et recrachée dans une autre surface liquide.

— Zut ! Elle va rebondir ! s’inquiéta Andrea.

La princesse tira sur le manche du balai avec vigueur et lui fit exécuter la figure du cobra royal. Elle fit volte-face et batailla pour anticiper les mouvements des miroirs, les traversant pour sauter de l’un à l’autre et gagner de précieux mètres. Ses acrobaties durèrent près de vingt minutes avant de toucher enfin au but : une porte mouvante. Elle s’y engagea et se posa. Elle lança un Lumos pour inspecter le couloir plongé dans l’obscurité et dénicha une trappe dissimulant un levier. Elle l’abaissa. Le mouvement chaotique des miroirs cessa après que les glaces réfléchissantes se soient assemblées en un escalier géant. Les autres élèves entamèrent l’ascension.

— Bravo ! Tu as été incroyable ! félicita l’Italien, admirateur invétéré de la princesse portugaise.

— C’est pas mal, pour s’entraîner au Quidditch, non ? Je propose qu’on vienne ici tous les dimanches.

— Tu es sérieuse ? frissonna Sigrid.

— Non. Mais tu y as cru, n’est-ce pas ?

Mademoiselle Vlaamel se contenta de soupirer.

Le couloir déboucha sur un paysage lacustre lumineux, extérieur, encastré dans un cirque naturel aux parois rocheuses hautes de 500 mètres, au bas mot. Au centre du lac, il y avait un îlot minuscule sur lequel poussait un érable aux feuilles rougies par un automne anachronique. Par réflexe, Umbelina enfourcha son balai pour atteindre ce nouvel objectif. Le Friselune resta cloué au sol, inerte, comme victime d’une panne magique totale.

— Ah ! Il doit y avoir un moyen pour se rendre sur l’île et il n’est pas aérien.

— Essaie de me faire léviter, Umbelina, proposa Séraphin.

— Bonne idée !

La Portugaise réussit le sortilège mais lorsqu’elle déplaça le fils Ballessaim dans les airs, il se heurta à une force invisible, une sorte de bouclier englobant tout l’espace, le rivage mis à part. Sigrid produisit plusieurs sortilèges pour générer des rondins de bois. Elle les lia avec magie et fabriqua un radeau.

— C’est la solution, dit Eugénie. On doit passer par la voie liquide.

— Aidez-moi à le mettre à l’eau.

Ils se mirent à plusieurs pour pousser l’embarcation sur les flots. À peine effleura-t-elle la surface que le bois fut rongé, comme s’il était plongé dans un bain d’acide. Alors que la construction sombrait à la vitesse d’un célèbre paquebot moldu, une sirène jaillit des flots et entama un chant hypnotique invitant les intrus à la rejoindre dans « l’eau » corrosive. Katarina fut la plus rapide à réagir. Elle lança un Assurdiato sur ses camarades. Le vrombissement dans les tympans les empêcha de percevoir la voix mélodieuse et envoûtante de l’ensorceleuse. Il les priva aussi de la bataille que la Franco-Russe livra à coups de haïkus improvisés, faisant reculer peu à peu la créature maléfique. Dix minutes, à épuiser son imaginaire, furent employées pour trouver, par approximation, les mots adéquats faisant plier la femme-poisson.

Lorsqu’elle plongea dans les flots, des piliers d’un métal inconnu, d’un coloris gris-bleu, 1 s’élevèrent peu à peu, révélant un pont fait du même matériau. Par sécurité, les enfants attendirent quelques minutes qu’il soit bien égoutté avant de s’engager dessus.

La troupe rejoignit enfin l’îlot à l’érable solitaire. Séraphin prit la parole et se présenta comme l’héritier Ballessaim. Rien ne se produisit. Tour à tour, ils tentèrent des formules de révélation, d’ouverture, d’effacement d’illusion. Shin essaya même de traverser le végétal, se souvenant du mode d’accès au monde sorcier caché, à Tokyo. Rien n’y fit jusqu’à ce que Andrea suggère :

— Ce ne serait pas le moment d’utiliser ta clé, Séraphin ?

— Je ne vois pas de porte, pas même une serrure.

— Et les branches ? Regarde celle-ci !

Il désignait l’une des plus basses, torsadée comme un sarment de vigne ou du lierre.

— Comment veux-tu t’y prendre ?

— Attends…

Le fils Alinea fit courir ses doigts sur la branche et la rabattit vers son camarade.

— Au bout. Regarde !

Il y avait un minuscule orifice. Séraphin y enfonça la clé et la fit pivoter plusieurs fois jusqu’à ce qu’à la manière d’un tire-bouchon, elle fut engagée en totalité. Un déclic se fit entendre et l’arbre s’ouvrit en quatre parties, révélant un escalier étroit, central, au cœur du végétal.

— Excellent, Andrea ! Bravo !

— Les arbres cachent toujours des secrets. C’est ce que j’ai appris en passant mon temps à grimper sur les plus hautes branches.

Progressant en file indienne, les enfants se risquèrent sur l’escalier et se retrouvèrent bientôt à l’intérieur d’une minuscule grotte, vide.

Patxi Sallaberry effectuait sa tournée du soir pour s’assurer que les mangeoires et les abreuvoirs ne soient pas vides au cas où ses pensionnaires seraient pris d’une fringale nocturne. C’était une soirée de printemps avec un ciel limpide et un air vivifiant, comme le sorcier les aimait. Il déambulait en chemise, manches retroussées pour ne pas se salir, un bonnet chaud, enfoncé jusqu’aux sourcils blancs, d’où sa longue chevelure immaculée s’échappait. Aux pieds, il portait de gros godillots en cuir usé, fourrés de laine de mouton. Protéger les extrémités : c’était son secret de santé. Trois Hortzak l’accompagnaient, calquant leur pas sur ceux de l’homme. Les loups de pierre stoppèrent après s’être placés autour de leur maître, aux aguets. Ils flairaient un intrus en approche. Les gardiens du sanctuaire se mirent à pousser des couinements, des gémissements et se dandinèrent de joie. Une silhouette apparut après un transplanage silencieux. L’inconnu s’avança à la lueur de la Lune, presque pleine.

— Hercule ? ! s’étonna le fermier en reconnaissant l’enfant.

— Bonsoir, Patxi.

— Alors, tu as tenu ta promesse ! Je me demandais comment tu t’y prendrais.

Les gardiens firent une joie au jeune garçon. Errebelde déboula en trombe et bouscula ses aînés, réclamant la primauté des faveurs.

— J’ai reçu quelques leçons… Doucement, Errebelde ! Assis ! Bien. Côté, la tête haute. Voilà.

Il put flatter l’anima sans y laisser la peau de ses mains.

— … de transplanage ?

— En effet. J’ai dû apprendre à me contrôler après quelques épisodes involontaires.

— Tu n’as pas parcouru la distance d’une traite ? Si ?

— Si.

— Tu es doué. Viens, rentrons à la maison. Il y fait chaud. Par contre, je n’ai pas de couchage. C’est très… spartiate.

— J’ai tout ce qu’il me faut dans ma valise à malices.

L’adulte et l’enfant se réfugièrent dans la bicoque en bois où le seul luxe était un poêle vosgien suffisant pour chauffer le volume réduit.

— Je vais faire du thé. Tu en veux ?

— Volontiers.

— Vas-y, pose tes affaires. Installe-toi près du poêle et ne t’occupe pas du bazar.

Il remplit une bouilloire avec de l’eau puisée à la louche dans une bassine d’une vingtaine de litres. Il la posa sur le poêle rugissant.

— Bon… J’imagine que ma lettre ensorcelée a dû te surprendre.

— Assez, oui.

— Tu as dû te dire que j’étais trop jeune pour songer à ma succession.

— J’ai du mal à ne pas vous imaginer avec une épouse et des enfants. Parmi votre descendance, il y aura bien un être digne de confiance pour protéger ce lieu.

— Regarde autour de toi, Hercule. Il n’y a pas un objet de valeur, à part mon chauffage, ma baguette et les livres auxquels je tiens. J’investis la moindre Noise dans l’entretien des espèces, de la volière, les travaux d’agrandissement, pour protéger des créatures en voie d’extinction. J’engloutis tout dans le sanctuaire. Déjà, dans le coin, les Moldus cultivateurs ou éleveurs de bétail, ont du mal à fonder des familles. La vie est rude, par ici. Les candidates ne se bousculent pas. Alors, un sorcier, loin de toute vie sociale, qui travaille quatorze heures par jour, au minimum, n’offrant rien en retour, c’est… assez peu attirant.

— J’entends vos arguments et votre volonté de vous reposer sur une personne sensible à la condition des créatures. Mais pourquoi vous précipiter ? Est-ce que la loi Picaillou vous inquiète ? Si le secret est total sur l’importance du sanctuaire, pourquoi en voudrait-on à votre existence ?

— Le pourquoi, je l’ignore. Le quand, je le connais.

— Pardon ? Parlez-vous d’une quelconque divination ?

Le fermier hocha la tête.

— Elle n’a rien de hasardeux ou de contestable, je te l’assure. Je connais l’année de mon terme dans ce monde. Et… il n’est pas très lointain. Trop proche pour que je laisse une veuve désemparée, flanquée d’orphelins.

— N’y a-t-il pas possibilité d’une erreur d’interprétation ? C’est très souvent le cas avec notre professeure, madame Obscur.

— Pas cette divination-là. Je sais que tu me comprends. Je le sens. Tu as déjà assisté à une manifestation d’une précision si stupéfiante qu’elle t’a choqué. Je me trompe ?

L’enfant admit qu’il avait été effrayé par la vision d’une ligne temporelle avec des événements inéluctables. Patxi demanda s’il avait rencontré l’élève à l’origine de cette vision et le garçon répondit par l’affirmative. Le fermier misa juste en décrivant Laurine et comment sa voyance se manifestait. Il expliqua qu’elle était liée à la magie du sanctuaire, que son pouvoir visionnaire jaillissait de la source enfouie au cœur de la carrière. Hercule eut du mal à intégrer le rôle capital du lieu. Il mesura l’étendue du savoir en possession de l’homme lorsqu’il le questionna sur son héritage.

— Devrai-je rechercher un héritier avant ma mort ? Un sorcier au-dessus de tout soupçon, capable de comprendre et de protéger ce pôle magique ?

— Non et tu sais très bien pourquoi. Tu seras le dernier, à deux reprises. Jusqu’au… terme.

Le Belge fit coïncider les paroles avec ce qu’il connaissait de l’avenir et qu’il pouvait tenir pour gravé dans le marbre.

— Il aura lieu le 28 juillet 2061. La fin de tout.

— Encore cette date !

— Le fait que tu ne montres aucune surprise, démontre l’importance de tes découvertes à propos du Sondeur, de la magie et me conforte dans mon choix de te transmettre le sanctuaire.

— D’accord. Y a-t-il des conditions ? Devrai-je vivre ici, en permanence ? Seul ?

— Il faudra qu’il y ait une présence. Si, comme je l’imagine, tu réussis et tu gagnes très bien ta vie, grâce à tes innombrables talents, tu pourras te permettre d’avoir du personnel et de bâtir une véritable demeure. Tu sauras t’entourer d’assistants coutumiers des créatures magiques, avec des dispositions pour le soin. Hercule, je ne te choisis pas au hasard.

Il lui adressa un clin d’œil et servit le thé brûlant. Ils papotèrent encore un bon moment avant de se souhaiter une bonne nuit.

Depuis près de deux heures, les membres du Gerbera passaient en revue la grotte, leurs connaissances, les moyens de rendre visible l’invisible, les incantations et commençaient sérieusement à manquer d’idées. Andrea ronchonna :

— Mais pourquoi Hercule n’est pas venu ?

— Il a une autre mission à accomplir, mais j’ignore laquelle, répéta Sigrid. Personne ne sait.

— S’il avait été là, il aurait dit : c’est logique !

— Et la solution serait tombée du ciel ? ironisa Sigrid.

— Oui ! rétorqua le garçonnet.

— Du ciel ? fit Shin, pensif. Il n’y en a pas. Nous sommes toujours sous terre, en dépit de ce qui nous est montré. Et si…

Il agita sa baguette en silence et déclencha un déluge dans la grotte. Étant donné ses dimensions modestes, le niveau monta vite. En quelques minutes, l’eau recouvrit leurs pieds.

— Tu es sûr de ton coup, Shin ? s’inquiéta Séraphin.

— Absolument pas. Mais l’eau révèle parfois l’invisible. Sa magie est puissante… Eh… Regardez !

Une roche taillée se matérialisa peu à peu. Shin continua à déverser des trombes jusqu’à ce que le rocher prenne la forme d’un socle, puis qu’un bénitier apparaisse au-dessus du support. Le liquide atteignit la poitrine des moins grands. Le Japonais mit fin au remplissage et se contenta d’un Aguamenti pour garnir le réceptacle. Un objet apparut au cœur du minéral.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda le responsable de l’inondation révélatrice.

— On dirait un pendentif. Un camée, précisa Umbelina. Il doit falloir ouvrir la roche en deux. Reculez un peu !

Elle lança un Bombarda Maxima. Il rebondit sur un bouclier protégeant le bénitier et les envoya contre la paroi de la grotte. La violence des projections fut atténuée grâce à la densité de l’eau les cernant de toutes parts.

— Merde !

— Par Flamel, cesse de jurer, Andrea. Cela n’apporte rien.

— Le Bombarda non plus, Umbelina. Il vaut mieux utiliser des sorts d’ouverture. Alohomora.

Le résultat fut tout aussi brutal.

— Aïe ! Re-merde ! Ça fait mal !

— Reculez et plaquez-vous contre la paroi, proposa Sigrid. Essayons Cistem Aperio.

Le bouclier bleuté s’activa mais, grâce à la distance de sécurité, le retour de bâton fut moins douloureux. Chacun y alla de ses essais. Shin tenta même d’augmenter le niveau des eaux mais Andrea, le moins grand, supplia le Japonais de ne pas le noyer par accident. Le Nippon retira l’excédent liquide et se lamenta :

— J’ai la sensation de n’être d’aucune utilité au cours de cette quête. J’enrage.

— Aucune utilité ? contesta Sigrid. Qui a eu l’idée de faire pleuvoir ? Qui a créé un bonsaï dans le costume ? Je ne suis pas d’accord. Tout le monde a apporté sa contribution.

Durant la demi-heure suivante, près d’une centaine de sorts, de haïkus et d’incantations furent tentés. L’équipe était sur le point de rendre son tablier de cuir lorsque Andrea interrogea Séraphin.

— Dis, ton aïeul, il s’opposait bien avec l’ancêtre d’Eugénie sur tout un tas de sujets ?

— Oh oui !

— C’était quoi, leur grosse pomme de discorde ?

— L’origine des élèves admis. Ambelion voulait recruter les sorciers les plus prometteurs, peu importaient leurs origines. Philémon estimait que l’Académie ne devait pas être ouverte à tous. Sous-entendu : réservée aux Sangs-Purs.

— Tout le monde avait le droit à l’apprentissage, même les né-Moldus. Et s’il avait inventé un système mêlant la magie et une solution moldue, ne répondant pas à un sortilège ? Oh bon sang ! Lumos Maxima !

La pointe de sa baguette produisit une lumière assez vive. Andrea inspira une grande bolée d’air et s’immergea. Les autres le virent s’agiter tout autour du socle jusqu’à ce qu’il finisse par reparaître.

— Eugénie ! Donne-moi ton couteau magique !

Elle lui fit passer de bonne grâce mais avec quelques inquiétudes. Allait-il tenter de fendre la roche grâce à la lame d’acier incrustée de diamant Hope ?

Il plongea et enfonça le poignard dans une fente repérée à la lisière du socle et du sol. Le bénitier s’ouvrit en deux et les hectolitres déversés par le Japonais s’évanouirent dans une évacuation située sous le pendentif. Andrea se redressa :

— Le mythe d’Arthur.

Voyant qu’il n’obtenait aucune réaction, il enfonça le clou :

— Arthur. Les chevaliers de la table ronde. Excalibur, l’épée plantée dans le rocher que personne ne peut la retirer sauf un enfant, Arthur. Bah quoi ! Lancelot, Perceval, Guenièvre. Ça ne vous dit rien ?

Aux mines ébahies, il renchérit par :

— Merlin l’enchanteur.

— Ah ! firent ses camarades.

— Il fallait commencer par là ! dit Katarina.

— Séraphin, c’est à toi de le prendre.

— Tu es sûre, Sigrid ?

— Oui.

L’héritier s’en empara. Le bénitier se referma lorsque Andrea retira la dague. Il disparut alors du champ visuel, devenu impalpable. L’apprenti cuisinier ouvrit le pendentif et lut ce qui était gravé :

— « L’objet que tu cherches, se cache au cœur des larmes du ciel. Pour l’obtenir, tu dois offrir au gardien ce qu’il t’offre. Pour l’ouvrir, tu devras en faire preuve. »

— Tout ça pour ça ? ! maugréa l’Italien. On ne s’est même pas battu !

— Non mais sans tes idées, nous chercherions encore, souligna la cheffe de l’expédition. Sans votre concours, à tous, nous ne l’aurions pas fait.

— On n’a toujours pas le testament, se lamenta Séraphin.

— C’est vrai. Seulement, nous savons où chercher. C’est logique. Les larmes du ciel se concentrent dans le lac sous le bois.

— C’est pour ça que Hercule a insisté pour l’explorer. Le testament est dedans. On va mettre des jours pour fouiller le moindre recoin du lac, ronchonna la Portugaise. Heureusement que ton père n’est pas mort, Eugénie.

— Il vaut mieux pour tous que cela continue. Oui… Qu’il rentre vite.

Le retour fut une formalité jusqu’à la confrontation avec l’Épouvantard trafiqué. Laurine eut beau se démener, elle ne parvint pas à produire son Patronus. Ils étaient pris au piège.



1 Le tantale, le seul métal résistant aux acides à des températures situées sous 150 ° Celsius.




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés