Après la séance dominicale de sport, suivie d’un entraînement au Quidditch, Hercule n’avait négligé aucune denrée prévue à son déjeuner et avait pris son temps pour les assimiler. Il effectuait un nouveau don de sang à 17h00, dans l’infirmerie secrète et il devait être en forme pour encaisser la ponction sanguine. Aussitôt son repas englouti, le garçon avait contrôlé l’état de santé du Laiséon mâle. Une légère piqûre et une centrifugation du prélèvement lui avaient appris ce qu’il avait constaté de visu : les globules blancs de sa progéniture et de sa compagne avaient attaqué la bactérie Chromaphagis. Le mâle était tiré d’affaires. Quant à la source de la contamination, il était compliqué de la déterminer. La nourriture fraîche était consommée et renouvelée chaque jour. L’eau avait été analysée à plusieurs reprises et aucune bactérie nocive n’avait été détectée.
Hercule avait posté une courte missive à l’attention de la référente Lonicera, trop heureux d’avoir guéri la créature et pressé d’obtenir, en contrepartie, des révélations sur Durmstrang et le grimoire malsain. Accessoirement, son encours financier augmentait de 20 Gallions promis par la Suissesse.
Après s’être acquitté de ces missions, le garçon avait filé dans son antre secret pour parachever l’aquarium 1 où les vers arénicoles seraient conservés. Il avait imaginé la cage de verre avec une déclinaison en pente modérée. Lorsqu’on observait l’aquarium par le côté le plus long, on remarquait que le fond, à droite, mesurait environ dix centimètres d’épaisseur tandis que l’autre extrémité n’en faisait pas plus de deux, d’où la pente. Hercule avait glissé une plaque de verre aussi large et haute que l’aquarium, à environ 25 cm du bord gauche.
Dans l’étroit logement, il avait intégré un système de poulie enchantée, levant et abaissant un poids minéral – du quartz –, deux fois par jour, simulant les deux marées hautes et basses visibles sur la côte atlantique. Une roue à aubes, fixée au fond, effectuait une rotation sur son axe, toutes les cinq secondes, créant une vague sous-marine. Enfin, au-dessus de l’aquarium, le Belge avait couplé un Feu Éternel dédié à un linge noir suspendu à une poulie effectuant un tour complet en 24 heures. De cette façon, elle simulait le jour et la nuit, selon un rythme équatorial.
L’eau salée, dosée avec 30 grammes de sel par litre, commençait à vivre sa vie et de petites algues se formaient sur les parois de verre. Hercule s’était documenté sur les aquariums et il avait décidé de tapisser le fond de sa création avec de la terre tourbeuse prélevée dans le bois avant de la recouvrir avec trente centimètres de sable. Il recueillerait, à marée basse, des algues et tenterait de les repiquer dans l’aquarium, quitte à les doper avec la potion de croissance accélérée.
À son arrivée, à 17h00, la sorcière des Caraïbes avait été captivée par la réalisation du garçon, opérationnelle.
— S’il y avait des poissons multicolores, ce serait fantastique ! Cela me rappellerait les fonds sous-marins de Marie-Galante. Un joli sergent-major.
— À quoi ressemble-t-il ?
— Il n’est pas très gros, tout gris avec du jaune sur le haut du corps et des grandes rayures noires verticales barrent ses flancs. Mais le plus beau lorsque tu explores les fonds, ce sont les coraux rouges, orange. Le fond n’est qu’à quelques mètres, parfois seulement deux ou trois. Pas besoin d’être un grand plongeur pour explorer. En revanche, il faut se méfier des barracudas et des murènes.
— Votre île vous manque, n’est-ce pas ?
— Oui. Mes parents, ma nombreuse famille de cousins et cousines. Tous des Moldus. Tellement adorables. Ma culture n’est pas sorcière. J’ai encore du mal, même avec l’aide du cours du professeur Perlenjoie. Toi, c’est le contraire, j’imagine ? Les Moldus sont un mystère pour toi ?
— Pas du tout. J’ai commencé ma scolarité avec des Moldus. Je pensais même être un Cracmol et je concevais mon futur avec les humains sans pouvoir.
— Comme Bérénice Feuillade. Elle est chez Urtica, avec moi. Je l’apprécie beaucoup. Par contre, elle, ne connaît rien aux Moldus. Du coup, on s’entraide.
— Une excellente chose. Bien. Votre ration est prête.
Il désigna le flacon de 30 centilitres, rempli de liquide écarlate. La jeune fille s’en empara et se tourna pour l’engloutir sans gaspiller une goutte. Elle rinça le bécher et but la dilution. Puis, elle considéra Hercule. Elle le remercia plus d’une fois avant de s’inquiéter.
— Tu es livide. Tu devrais t’en tenir à 25 centilitres.
— Non, non. Trente, ça va. Il ne faut pas prendre le risque d’une fringale incontrôlable. Voulez-vous bien… ?
Il quémandait de l’aide pour s’extraire du fauteuil allongé. Elle lui offrit son bras qu’il agrippa avec vigueur. Elle put le sentir se mettre à trembler de ses quatre membres.
— Hercule, ce n’est plus possible.
Il vacilla et s’appuya sur elle. Un voile noir passa devant ses yeux. Il dut se rallonger.
Au repos dans sa chambre, le Belge se remémorait les événements récents.
Après trente minutes à patienter dans l’infirmerie, le tandem avait mis presque autant de temps pour rejoindre le pavillon blanc où Laurine, en alerte, avait pris le relais.
« Quatre dons d’ici les vacances de Noël. »
Il en restait quatre avant de pouvoir s’échapper en douce, ramener les vers, les étudier et percer le secret de l’annélide. Il ne pouvait plus attendre pour se rendre sur la côte atlantique. Il avait déjà évalué les possibilités de déplacement. Première idée : entrer dans l’appartement d’Alfred, ouvrir le passage secret, sortir à la « grille nord », débarquer à Bourg-Madame, dénicher l’entrée secrète pour Bourg-Enchanteur et prendre un œuf du système de Transportation pour Biarritz. Seconde possibilité : il sortait par le coffre de l’Observatoire, il couvrait la distance le séparant de Bourg-Madame en balai et empruntait le transport en commun sorcier. Dernière hypothèse : il effectuait tout le voyage en balai. Cet ultime plan avait ses faveurs, car il n’avait aucun besoin de déterminer comment atteindre les gares de Transportation depuis la surface, ni la contrainte des horaires, ni les aléas des pannes ou grèves de la RATP. Avec un balai, c’était plus long mais plus souple. Si une plage ne convenait pas, il pouvait pousser un peu plus loin sur le littoral, jusqu’à trouver l’emplacement des vers. En revanche, il devait voyager de nuit, au risque de se perdre. Une carte ne suffirait pas ; il fallait une boussole et un moyen de s’assurer et qu’il ne s’écraserait pas contre un obstacle.
« J’ai besoin d’Icare. Souci : c’est tout juste si Umbelina ne dort pas avec dans son lit. Il ne quitte jamais sa chambre, car elle le considère comme le plus précieux de ses trésors. Non, en fait, la seule chose indispensable, ce sont ses instruments. Comment les emprunt… Mais non ! Il me suffit de faire une copie Gemino de son guidon avec tous les instruments. Ils sont moldus, ils ne renferment aucune magie. Ensuite, il suffira de subtiliser un Friselune dans le gymnase et d’adapter le guidon. Il faudra une carte géographique détaillée. Monsieur Gutenberg détient les meilleures productions militaires. Des réserves de nourriture et de boissons. Je vais devoir impliquer Eugénie ou Séraphin. Je partirai pendant le dîner, un samedi soir, et je rentrerai le dimanche matin. Je dois attendre une nuit claire, avec la lune. Il me faudra disposer d’une durée nocturne la plus longue possible. Voyons… Le 6 décembre, nous aurons la pleine lune. C’est parfait. Il faut que je prenne un sac avec sortilège d’extension et d’étanchéité maximale. Je devrais le tester afin de vérifier qu’il ne perd pas une seule goutte d’eau en douze heures. Je dois créer des étriers et une selle, comme pour un vélo. Combien de temps vais-je devoir voler ? Alors… »
Il visualisa une carte entrevue dans un livre de géographie française et estima la distance le séparant de Cap-Breton, la cité balnéaire la plus proche, à environ 340 kilomètres. En tablant sur une vitesse moyenne de 80 kilomètres à l’heure, il lui faudrait à peu près quatre heures et demie pour atteindre l’océan. Et autant pour revenir. Neuf heures de voyage auxquelles il fallait ajouter le temps pour être à marée basse. Il devait se renseigner sur les horaires de mareyage sous peine d’annuler, de décaler ou d’anticiper son départ et retarder son retour. Afin d’être certain de ne pas être vu par des Moldus, il devait voler le plus haut possible. Ça, il ne l’avait encore jamais fait. Il devait résoudre ce problème avant son évasion du 6 décembre.
« À présent, je dois m’attaquer au sujet le plus ardu. Explorer la cave aux voix sans recourir au degré 180. La seule opportunité, ce sont les deux sorties prévues à Bonpied. Je participe à la première et la seconde a lieu le vendredi précédent le 1ᵉʳ avril, dernier créneau possible pour une exploration totale. À Noël, je prends les paris qu’Alfred Beauxbâtons ne quittera pas l’Académie. Il faut pourtant le faire sortir de sa tanière, une journée. Juste une. Une raison médicale ? Sa santé est de fer. Il se méfiera s’il est victime de faux symptômes dus à une potion. Alors ? Quoi d’autre ? Qu’aime-t-il ? La médicomagie. Une réunion exceptionnelle, avec un thème susceptible de le captiver, comme une présentation de techniques moldues transposables au monde sorcier ? Mais comment organiser cela ? À moins que… Une invitation du distillateur d’Armagnac des forges volcaniques. C’est compliqué, avec lui. »
Le garçon cessa de cogiter et s’endormit aussitôt, tout habillé. Il plongea dans un rêve abracadabrantesque où il produisait un Patronus après avoir reçu une léchouille d’Errebelde, sortilège au visage humain de Shin qui chassait un Détraqueur, armé de la baguette de Waldo et vêtu de ses oripeaux noirs flottant au gré du vent.
Une fois n’est pas coutume, au petit-déjeuner du lundi 10 novembre, ce fut le référent d’Aloysia qui fit une annonce, bien dans son style sportif, puisqu’il choisit d’être vu en montant sur la table des enseignants et d’être entendu en usant d’un puissant Sonorus.
— Votre attention, s’il vous plaît ! J’ai des informations à vous communiquer à propos du Quidditch.
— Ahhhh… firent les élèves, satisfaits que la saison soit lancée.
— Avec l’apparition de l’ordre Gerbera et l’affectation d’effectifs leur permettant tout juste d’aligner une équipe complète, nous voici désormais avec un championnat de Beauxbâtons comptant six matchs au lieu de trois auparavant. Je vais procéder au tirage au sort des rencontres et vous communiquer leurs dates. Pour le dimanche 23 novembre, nous aurons…
Il fouilla dans le chapeau sorcier de Dune et sortit deux rouleaux :
— Aloysia contre Urtica. Le vendredi 19 décembre, juste avant vos vacances, Gerbera affrontera Lonicera. La seconde partie du championnat débutera le dimanche 29 février avec Aloysia face à… Lonicera. Puis, le dimanche 28 mars, ce sera encore Aloysia face à… Gerbera, forcément. Les rouges en auront fini à cette date. Le 25 avril, Lonicera se retrouvera opposé à… Urtica. L’ultime match, Gerbera face à Urtica, se déroulera le 23 mai afin de permettre aux joueurs de se reposer et de préparer sereinement leurs examens. Voilà pour les rencontres ! Maintenant, abordons les changements. Ils sont d’une simplicité limpide. Nous appliquerons désormais le système de comptage des points du championnat national, à savoir : une victoire rapporte deux points, une défaite vaut zéro et pour un match nul, c’est un point chacun. La limite de huit heures de jeu en championnat national est ramenée à deux. Au bout de 120 minutes, si aucune équipe n’a franchi la barre des 150 points, la partie est stoppée et le score est pris en considération.
Le référent fit une courte pause pour boire un verre d’eau et reprit à vive allure :
— Comme les amateurs de statistiques le savent, en 1871 et en 1872, aucune équipe ne domina vraiment la saison. Chacun emporta un seul match et il y eut égalité parfaite. La coupe de champion de Beauxbâtons ne fut pas remise. Pour éviter cette déception, nous appliquons les différences de buts marqués et encaissés, en cas d’égalité du nombre de points rapportés par les matchs nuls et les victoires. Imaginons que deux équipes aient remporté deux matchs chacune. La première a réussi 150 à 10, puis 150 à 30. Elle a donc une différence de points marqués de 300 et un écart encaissé de 40. La seconde équipe a gagné 230 à 40, puis 180 à 80. Elle a essuyé beaucoup plus mais a été plus offensive. Son capital de 410 points marqués prime et son handicap de 120 passe au second plan. Mais si elle n’avait gagné que 150 à 40 et 150 à 80, alors les points encaissés pèseraient et c’est l’autre équipe qui l’emporterait. Comme vous le comprenez, j’en suis sûr, si la poursuite d’une équipe est faible, elle a intérêt à avoir un attrapeur très rapide et très agile pour tuer le match 150 à 0. Plus le temps passera pour l’attrapeur, plus le risque d’obtenir une différence de buts défavorable sera forte. Évidemment, si une équipe possède à la fois la meilleure poursuite et le meilleur attrapeur, nous pourrions assister au score parfait et impitoyable de 290 à 0. Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui. Ah si ! J’allais oublier. Gerbera a joué le jeu du championnat en baptisant son équipe « les Fantômes ». À vous d’en faire autant !
— Chouette ! railla Rosier. On pourra leur rentrer dedans, ils ne s’en apercevront même pas.
— Ça reste à voir, Rosier, répondit le référent.
Umbelina, la capitaine des blancs, se félicita de ne pas entamer la saison. Cela laissait plus de temps aux Fantômes pour se préparer à affronter Lonicera.
— Je ne crois pas aux miracles, dit la Portugaise. Mais si un orage se déclenche ce jour-là, Andrea, tu passes à la poursuite. Vous faites de votre mieux pour marquer. Lonicera, sans Delplanque, est en pleine reconstruction. Tous les postes sont touchés sauf l’attrapeuse. Rosa Fuchs. Elle s’est vraiment améliorée. Si le temps est au beau fixe, Andrea, tu vas en baver. De toutes les façons, les attrapeuses des autres équipes sont leurs points forts. Notre chance, c’est justement face à Lonicera et à Urtica qu’il faut la saisir, à la poursuite, en espérant que le Vif soit très énervé et impossible à attraper.
— Et Aloysia ? demanda Séraphin.
— Fellini joue à un autre niveau, confia Hercule. Mauvais ou beau temps, Vif d’or survolté ou apathique, téméraire ou timide, il est inconcevable que les rouges ne capturent pas la balle dorée. Quant à la poursuite, ils ont aligné des suprémacistes qui étaient réservistes l’année dernière et ils ont travaillé comme les titulaires. D’après ce que nous avons vu, tous les mercredis après-midi, ils sont très bons mais pas invincibles.
— Je partage l’analyse d’Hercule. J’aimerais que nous soyons ceux qui les feront douter.
— J’aurais aimé jouer mais Aloysia m’a exclu. Ils sont contrôlés par Rostang de Hautefeuille. Qui est à la botte de Rosier.
— Umbelina, intervint Eugénie, est-ce que le règlement interdit à un élève d’Aloysia de s’entraîner avec des joueurs d’un autre ordre ?
— Je vérifierai mais selon moi, rien ne l’interdit. En match, on doit représenter ses couleurs mais pas à l’entraînement. La preuve, c’est que les mercredis après-midi, le professeur Laflèche mélange les ordres et fait jouer des éléments de réserve. Donc, Noël, tu es le bienvenu le dimanche matin.
— Merci. C’est vraiment gentil.
— À nos yeux, vous êtes un Gerbera, confirma Hercule. Vous le serez encore plus.
Le groupe se hâta d’avaler ses victuailles pour entamer la nouvelle semaine. Hercule prit du pain et une pomme pour s’assurer de ne pas ressentir de fringale en cours de matinée. Alors que Sébastien, le concierge, entrait dans le restaurant, il faillit percuter le professeur Racine, les yeux rivés sur ses chaussures, marmottant des formules incompréhensibles et fonçant dans l’escalier pour rejoindre sa classe. Il poussa un cri de stupeur ou de frayeur lorsque la petite Dory se matérialisa sur les marches, après s’être assurée de la propreté des salles. Il faillit basculer par-dessus la rampe, terrorisé par l’apparition. Elle s’écarta et transplana dans les logements résidentiels pour y poursuivre le ménage matinal. La scène n’échappa pas aux yeux scrutateurs du Belge.
À l’issue des cours de la matinée, Umbelina et Hercule décidèrent d’aller toquer à la porte de la directrice au lieu de pratiquer en salle blanche. Lorsqu’elle les invita à entrer, ils furent mis en présence de Francine Beauséjour, élève de première année Lonicera, accompagnée de sa camarade Sidonie Delacour. Hervé de Prévaucourt, Urtica cinquième année et Charlotte Valembreuse complétaient le tableau. La raison de leur présence ? Le comportement du professeur Racine. Quelles que soient les classes où il avait officié, il avait agi à l’identique : il avait hésité de longues minutes avant de s’introduire, n’avait pas cessé d’agiter sa baguette et de marmonner des sorts de protection. Ensuite, il avait réclamé un élève en particulier, l’avait chargé de distribuer des devoirs corrigés, de déposer les nouveaux sujets et commandé à tous de lire des chapitres du manuel de sciences, sans livrer d’explication, ni de réponse aux questions posées. Il s’était caché derrière son sac, ouvrant le Cri de la Gargouille pour faire semblant de lire. Lorsque certains étudiants avaient tenté d’amorcer un dialogue, il avait fait usage de sa baguette et repoussé les sources de perturbation à coups de Repulso, tout en lançant des Protego injustifiés puisque les élèves ne sortaient pas leurs baguettes à tout-va. Hercule précisa :
— Ce matin, j’ai évité de peu un Stupefix. Il était en proie à une terreur telle que j’ai eu la sensation qu’il ne me voyait pas vraiment tel que je suis. C’était comme s’il avait le Détraqueur du professeur McFlurry en face de lui.
— Je vois, se contenta Agathe. Je vous remercie de m’avoir prévenue.
La directrice attendit que l’heure du déjeuner sonne, que Jean quitte sa classe et qu’il vienne au restaurant pour lui parler. Rien ne se déroula comme elle l’avait imaginé. Elle le chercha dans les pièces, dans l’amphithéâtre, chez le Sondeur et dans la salle de réunion des professeurs. En vain. Finalement, elle le dénicha dans l’observatoire où il utilisait son tableau magique pour se faire envoyer son entrée, son plat et son dessert. Il soliloquait sans cesse et, en dépit d’un raclement de gorge d’Agathe pour se signaler, il poursuivit ses monologues ou ses dialogues avec une entité invisible ou imaginaire, mastiquant chaque bouchée avec application.
— Jean ?
Il leva des yeux injectés de sang sur elle. Soit il était très malade, soit il n’avait pas dormi depuis des jours.
— Tout va bien ?
— Qui vous envoie ?
— Pardon ?
— C’est lui ? Il a retrouvé ma trace ! Il veut me tuer !
— Qui veut vous tuer ?
— L’Inquisiteur. Il veut voler mon savoir, m’arracher ce que je sais. Mais je me protège et je me cache.
— De qui ? De quoi ?
— L’Inquisiteur. Il veut s’échapper et régner sur le monde. Il nous terrorise, nous torture. Je ne dois pas lui montrer ma peur. Non, rien. Sinon, il lira en moi et il me forcera à tous les libérer.
— Qui doit être libéré ?
— Les autres… Vous êtes avec lui ! Il vous a corrompue. Son esprit, c’est comme un venin sans serpent, capable de ramper dans les méandres du cerveau. Il faut que je l’arrête. Mais il est si puissant et ses adeptes si dévoués, si cruels. Il sait s’entourer des âmes les plus sombres, des tortionnaires les plus ignobles.
— Mais qui ?
— L’Inquisiteur est partout, vous comprenez ? Partout !
— Jean… Voulez-vous m’accompagner ?
— Où ? Vous voulez me livrer à lui ?
— Non. Je veux vous protéger.
— Me protéger ?
Elle parut avoir gagné sa confiance ou, tout au moins, capté son attention.
— Bien sûr ! Quel est l’endroit le plus sûr de l’Académie ? Un lieu où aucun sortilège ne risque de causer du mal à qui que ce soit ?
— Je… je ne sais pas…
Agathe fronça les sourcils. Jean en oubliait sa logique scientifique.
— La salle blanche. N’est-ce pas la garantie que l’on peut lancer un sortilège en toute sécurité ? La pièce où la protection est totale ?
— Si… Oui. C’est vrai.
— Allons-y, vous voulez bien ? Allons nous protéger dans la salle blanche. J’ai peur de l’Inquisiteur.
— Oui. Allons-y !
Il fit tomber sa fourchette et son couteau, oubliant qu’ils étaient soumis à la gravité terrestre. Il suivit sans sourciller tout en restant attentif au moindre bruit, apeuré comme un enfant. Quoi qu’il se passe dans son esprit, cela s’aggravait de jour en jour. Quand ils entrèrent dans la pièce d’entraînement, Agathe verrouilla aussitôt la porte d’accès avec un privilège de directrice, certaine de ne pas être interrompue par des élèves en mal de pratique.
Sans l’ombre d’une hésitation, elle commanda l’ouverture de l’armoire à Épouvantard. Elle faillit avaler sa chique lorsqu’elle découvrit la peur absolue du professeur. Une frayeur nouvelle, selon toute apparence. Jean fut incapable de réagir, ni de murmurer le sortilège adéquat. Il tomba à genoux, suppliant l’Inquisiteur d’abréger ses souffrances. Il perdit connaissance.
— Ici ! hurla la femme.
La créature sonda son âme et détermina l’apparence qui la terrorisait le plus. Elle prit les traits d’un ignoble Spongue, l’immonde bestiole qui lui avait volé son enfant chéri, Arthur.
— Riddikulus !
L’éponge, avide de chair humaine, jaunit et se para de grands yeux ronds dont l’un faisait un clin d’œil. La bouche s’orna d’une langue tirée, moqueuse. Des bras dessinés de manière enfantine apparurent là où la tête amusante aurait dû avoir des oreilles. Les jambes se matérialisèrent et les chaussures de la création furent copiées sur les tatanes démesurées portées par des clowns. Le personnage, avec sa menteuse pendante, était hilarant. Agathe le renvoya dans son armoire. Elle saisit le poignet du professeur Racine, se concentra sur l’avenir immédiat et transplana dans l’infirmerie. Elle fut aussitôt aidée par les deux personnels soignants. Alfred posa les questions d’usage :
— Que s’est-il passé ?
— Il a vu l’Épouvantard et s’est effondré sans combattre.
— Quoi ?
— Jean adopte un comportement et un discours irrationnels. Il parle tout seul, ne communique plus avec ses élèves, fait usage de sorts défensifs puis offensifs. Plusieurs étudiants m’ont rapporté ces changements radicaux. Il a tenté de stupéfixer Hercule Van Betavende.
— Oh… Je vais le sangler en attendant qu’il reprenne connaissance.
— Pour sa propre sécurité, c’est préférable. Tenez-moi au courant.
— Agathe, je préfère être honnête avec vous. Si je ne trouve pas les symptômes d’une maladie physique, je devrai l’envoyer dans le service du professeur Dégivré.
— Vraiment ?
— Il sera en de meilleures mains.
Agathe partit déjeuner. Elle profita du repas pour convoquer ses référents à une réunion exceptionnelle et urgente, aussitôt les agapes achevées. Elle souhaita que l’enquêteur belge y assiste en tant que témoin fiable des événements du 31 octobre et du 1ᵉʳ novembre.
Dès que les protagonistes furent réunis, elle réclama un exposé chronologique de la soirée et du lendemain au jeune garçon. Il n’omit aucun détail et exprima son trouble tout au long de la journée, décrivant la sensation que plusieurs jours s’étaient écoulés, au lieu d’avoir vécu une simple nuit de sommeil. Il confirma que le professeur Racine ne s’était pas montré durant la fête et que le matin d’après, un samedi où personne n’avait cours mais où tout le monde semblait leurré, seul Jean avait manqué le petit-déjeuner.
— Pourquoi êtes-vous venus au repas du samedi matin ? demanda le garçon, à la cantonade.
— Parce que, commença Wilfried, j’étais sûr qu’il y aurait…
— Du jus de citrouille, compléta Agathe.
— Nous en étions tous sûrs. Tous sauf monsieur Racine, resté chez lui jusqu’au lundi où il a éprouvé les pires difficultés à redevenir lui-même.
— Qu’est-ce que c’est, cette folie pour le jus de citrouille ? Cela a un rapport avec Jean ? interrogea Dune. Tu as une idée, Hercule ?
— J’ai cherché si un tel événement avait eu lieu par le passé.
— Et ?
Ursula se mit debout et s’éclaircit la voix. Elle consentit à parler de l’école où elle avait effectué ses études, de l’année 1878 où, élève en deuxième année, elle avait appris la disparition inexplicable d’un étudiant de dernière année et l’apparition tout aussi étrange de la mention « prévoir du jus de citrouille » sur la tranche d’un dangereux grimoire. Selon elle, cela avait un rapport avec une potion masquée par de puissants enchantements, une recette qui ne se déverrouillait qu’après l’accomplissement des trois sortilèges impardonnables.
— Que contenait cette potion, Ursula ?
— Che ne zais pas.
— Hercule, tu n’as pas une hypothèse à nous proposer ?
Le garçon ne pouvait pas révéler ce qui se cachait derrière la porte runique. Seule Dune savait pour le Sondeur et rien ne lui permettait d’affirmer qu’elle connaissait les degrés dans leur intégralité. Alors, il exécuta une pirouette indispensable, se basant sur les informations de notoriété publique à propos de l’enseignant perturbé.
— À plusieurs reprises, le professeur Racine a évoqué l’une de ses passions.
— Pour quelle discipline ?
— Un attrait pour les théories sur le temps.
— Qu’aurait-il fait ?
— Si on se fie à notre sensation de longueur entre le 31 octobre et le lendemain, je dirais qu’il a trouvé le moyen d’aller dans le passé ou qu’il a activé une alternative temporelle.
— Une alternative temporelle ? C’est-à-dire ?
— Un espace actuel où le monde est différent parce qu’il est le résultat de choix différents. Comme si vous aviez discuté entre vous sans me convoquer. Vous auriez abouti à d’autres explications et à d’autres décisions. Ou les mêmes.
— Alors, il aurait vécu cette… alternative et son retour à la réalité l’aurait affecté ? Et la conséquence, pour nous, aurait été cet étrange effet secondaire ?
— C’est ce qui me semble le plus plausible. Si nous pouvions accéder à la mémoire de monsieur Racine, il y aurait peut-être le moyen de discerner une anomalie, la superposition temporelle, notre malaise, sans être capable de le définir tandis que le professeur, vivant cette autre réalité, aurait été imprégné jusqu’à avoir son esprit incapable de digérer deux couches temporelles concomitantes.
— Nous subirions le moindre mal, souligna Dune. Mais lui, son esprit n’arrive pas à admettre les deux périodes. Si cela se trouve, il vit encore l’alternative qui peut durer quinze jours, trois mois ou dix ans, allez savoir ! Hercule a raison : il y a moyen de voir ce qu’il a vécu ou ce qu’il vit en lançant un Legilimens.
— Entendu. Nous nous en chargerons.
— Si je peux faire quoi que ce soit pour Jean… le professeur Racine, dit Hercule, ému par la situation.
— Tu ne peux pas, Hercule.
Elle leur révéla que l’expérience avec l’Épouvantard, avait démontré que l’infortuné enseignant redoutait un être nommé « l’Inquisiteur ». Ses traits étaient identiques à ceux du jeune Belge.
L’élève, abasourdi, avait été remercié et prié de quitter la réunion. La directrice n’en avait pas fini avec ses référents. Après avoir relaté les propos incohérents collant avec la forme prise par l’Épouvantard, elle avait tenu à régler la question du remplacement de la victime.
— Ze n’est pas un peu prématuré de dézider la réattribuzion de zes heures de cours à un ou plusieurs autres profezzeurs ?
— Non, Ursula. Alfred pourra nous en dire plus dès qu’il l’aura évalué mais un enseignant apeuré devant ses élèves, au point de lancer des sortilèges, ce n’est pas une situation tenable. J’ai un mauvais pressentiment et je préfère anticiper. Alors, je vous écoute. Il y a… 18 heures à prendre en charge.
— Je peux prendre l’astronomie de 20h00 à 22h00, chaque soir de la semaine, proposa Wilfried. J’ai l’avantage de résider sur place. Le vol sur balai exige souvent de savoir se diriger de nuit, grâce aux étoiles. Ça peut s’avérer utile. En potassant un ou deux manuels, je devrais être très vite opérationnel. De plus, aucun élève de CHASSE n’a conservé l’astronomie. Et comme la CHASSE-Arithme n’est pas encore ouverte, le nombre d’heures est limité et mon modeste niveau devrait suffire.
— C’est déjà une excellente chose.
— Le problème, coupa Elvira, ce sont les sciences. Personne n’a les compétences, hormis Alfred ou Ursula, peut-être. Ces disciplines n’existent qu’à travers Jean. Il est peut-être temps de réformer cette bizarrerie inexistante dans les autres écoles.
La directrice s’offusqua de façon visible, car le rouge lui monta aux joues à vive allure. Elle envoya une fin de non-recevoir cinglante :
— Je regrette que vous exprimiez le souhait de voir les sciences retirées du programme. Jean n’est pas encore rendu à Bonpied. Ne l’oubliez pas. Souvenez-vous que si les sorciers de Beauxbâtons se distinguent des autres enchanteurs, c’est parce que cette Académie se singularise des écoles du monde entier.
— Oui, concéda mademoiselle de Bazincourt.
— Z'est frai que perzonne ne zaura enzeigner zette matière recoufrant plusieurs dizziplines. Alfred a l’emploi du temps le plus charché et zi on regarde du côté de zeux qui ont le moins d’heures de cours, comme Claire ou Zidonia, il n’y a pas de compétenzes suffisantes. Il faut une perzonne qui a étudié zérieusement les zciences jusqu’en CHAZZE. Ou alors, un zorcier né-Moldu ayant un parent zcientifique.
— Ça me fait penser à quelqu’un, ce que tu viens de dire, Ursula, rebondit Wilfried. Agathe, laissez-moi revenir vers vous après un entretien. Une de nos élèves est en contact avec un ancien de l’Académie qui pourrait satisfaire aux exigences du poste.
— Sera-ce long ?
— Non. Si ça marche, les élèves ne seront pas pénalisés plus d’une semaine, le temps d’échanger les hiboux.
— C’est d’accord. Revenez me voir à 14h00.
Agathe entérina la décision et leva la séance. Elle se rendit aussitôt auprès du professeur Racine, conscient, assez calme, grâce à une potion de sérénité. Il ne discutait plus tout seul mais son regard trahissait des démons intérieurs réduits au silence par le truchement de la décoction la plus assommante préparée par Ambroisine Fordecafé. L’enjoué et un brin taquin Jean n’était plus qu’une bombe moldue à retardement. Agathe sortit sa baguette et le visa en pensant :
« Legilimens ! »
Elle s’attendit à un déferlement de souvenirs, d’images, de sons, de sensations. Il n’en fut rien. Le présent et le passé n’étaient que néant. Elle explora un peu plus loin dans le passé. La dernière image fut une scène aveuglante et une sphère lumineuse jetée dans ce qui semblait être une Pensine.
La concentration exigée par la pratique des Maléfices, Enchantements et Sortilèges était loin du niveau optimal. La nouvelle de l’hospitalisation du professeur avait fait le tour de l’Académie en quelques minutes. Rosier revendiquait cette désaffection au nom des suprémacistes. Un bon né-Moldu, c’était un sorcier hors de l’Académie. Par chance, il ignorait à quel étage l’infortuné scientifique avait été dirigé.
— S’il vous plaît ! Aujourd’hui, nous allons étudier un sortilège que certains d’entre vous connaissent pour l’avoir subi, voire pratiqué. Il s’agit du sortilège Oubliette. Dans vos futurs respectifs, en tant que sorcier, un jour ou l’autre, vous serez confrontés à la nécessité de retirer une scène à laquelle des Moldus auront assisté sans autorisation. Vous ne pourrez pas effectuer cette opération Moldu par Moldu. Vous aurez à recourir à un Oubliette de masse. Il est possible que l’un de vous, particulièrement brillant, intègre le mystérieux service des Oubliators mais pour cela, il faudra atteindre un degré de maîtrise exceptionnelle et être capable de produire l’Oubliette de masse lorsque de nombreux témoins indésirables devront être traités.
Après une pause où elle chercha comment aborder l’exercice, elle poursuivit :
— Il y a quinze jours, vous avez appris et pratiqué l’Oubliette simple. Vous avez eu deux semaines pour y parvenir. J’ai déjà distribué les notations OR à ceux qui avaient réussi à ce moment-là. Tous ceux qui ont échoué, vous venez ici, au centre. Vous formez deux lignes. Allez, pressez-vous ! Bien. La ligne à ma gauche, vous effectuez un quart de tour sur votre gauche. Ceux à ma droite, vous leur faites face. Vérifiez que vous avez bien un partenaire unique. Parfait ! À présent, mémorisez cette phrase : « Je suis un sorcier avec des cheveux bleus ». Allez, répétez à voix haute cette phrase jusqu’à ce qu’elle entre dans votre crâne.
Les élèves obéirent à la consigne. Hercule se convainquit d’avoir des reflets bleutés dans la noirceur corbeau de sa chevelure. Il se rendit compte qu’il faisait face à Amélie Rostang de Hautefeuille. Elle lui servit un sourire narquois et empoigna sa baguette avec rage.
— Hercule, tu as déjà eu ta note.
— Il y avait un nombre impair d’élèves, Professeur. Je suis venu compléter.
— Très bien. Si tu résistes à l’arrachement, je passe ta note à PLATINE. Sans baguette pour te protéger.
— Bien, Madame.
Hercule répéta la phrase à plusieurs reprises et eut une idée à la dernière seconde. Il serina :
« I am a wizard with blue hair. Ik ben en tavenaar met blauw haar. Ich bin ein blauhaariger Zauberer. »
— Oubliette !
L’ordre assuré, commis par la suprémaciste à l’air supérieur affiché, retira un filament blanc de la tempe du Belge. Sa satisfaction à glaner une notation ARGENT se lut sur ses traits harmonieux hérités de son aïeule Vélane. Un échec lui vaudrait une FONTE. Dans l’esprit du jeune sorcier, tout se déroula en une fraction de seconde. Sa mémoire immédiate était saturée avec une phrase à la signification identique. Mémorisée en anglais, en flamand, en allemand. Ses langues maternelles ou peu s’en fallait. Tout sauf le français, absent. Pourquoi ? Parce qu’il s’agissait de l’élément manquant. Il édicta :
— Je suis un sorcier avec des cheveux bleus.
La face de la blonde à queue de cheval se fendilla comme une porcelaine trop cuite.
— C’est pas possible ! s’insurgea-t-elle.
— Rostang de Hautefeuille, Amélie. FONTE.
— C’est pas humain ! Tu es un monstre ! Une abomination !
Le visage d’Amélie se déforma et révéla sa nature maléfique.
— FONTE-.
— Quoi ?!
— Un tour au cachot, peut-être ?
— Non, Madame.
— Bien. À présent, je vais réaliser devant vous un Oubliette de masse. Comme vous le savez, je ne suis pas un Oubliator et je manque d’entraînement. Vous êtes bien trop nombreux et il faut garder quelques témoins. Alors…
Elle rassembla huit élèves répartis dans les quatre ordres, incluant des suprémacistes comme des progressistes. Elle leur donna une phrase à mémoriser. Puis, une fois qu’ils eurent accompli leur tâche, elle remplit sa part. Le sortilège de masse était identique à la version unitaire mais le geste était spécifique. Il s’appuyait sur des mouvements de poignet, comme ceux d’un chef d’orchestre, très légers, en arabesques, telle une envolée. Elle réussit la manœuvre puisque le panel des enfants fut incapable de répéter la phrase.
— Regardez bien le mouvement. Si la foule à traiter est plus importante, cela devient presque une danse. Voilà ce que je ferais si je devais retirer un souvenir à l’ensemble de la classe.
Elle illustra aussitôt ses propos.
— Ysandre, Shin et Hercule. Venez ici. Vous êtes tous les trois les meilleurs en Occlumancie, ce qui constituera une difficulté supplémentaire pour vos camarades. L’esprit d’un véritable Occlumens est plus impénétrable que celui d’étudiants doués comme vous l’êtes. Si vous deviez lui arracher une information, ce serait une véritable épreuve pour vous, pas pour lui. À présent, veuillez mémoriser la phrase suivante : « Un Abraxan dort dans un terrier. »
Elle justifia l’absurdité ou inexactitude de la phrase par la volonté de ne pas buter sur un souvenir trop ancré dans la mémoire et encore moins enraciné dans la partie émotionnelle. À l’issue de la séance éprouvante pour les victimes de l’Oubliette, les membres du trio furent opposés à des quatuors de faible résistance mentale, avec l’assurance d’obtenir un OR+ en cas de victoire.
Eugénie fit tout son possible pour passer en dernier, voire pour se faire oublier. Une fois que l’ensemble des étudiants eut maltraité l’héroïque trio et que les valeureux résistants eurent tous les trois décroché la meilleure notation bonifiée, Elvira contrôla sa liste nominative et ne manqua pas d’épingler la resquilleuse :
— Eugénie. Tu n’as pas oublié quelque chose ?
— Euh…
— Allez ! Le trio, vous revenez au centre. Et puis, Sigrid, Umbelina et Laurine, vous complétez le tableau.
— Eh ! Il y en a deux fois plus ! s’insurgea mademoiselle Greengrass.
— Cela t’apprendra à faire la maline.
Elle se tourna vers les « victimes » et leur demanda de mémoriser « Nous sommes des élèves de l’Académie de Beauxbâtons ». C’était une vérité et donc une sinécure à retirer. Eugénie glissa son stylo-baguette entre ses doigts et poussa l’inclusion de griffe de Baku. Elle édicta « Oubliette ! » et entama une danse. Elle ne réserva pas sa chorégraphie aux six volontaires mais arrosa toute l’assistance, enseignante comprise.
— Vous oublierez tous la phrase donnée par Elvira de Bazincourt. Tous. Vous n’aurez qu’un souvenir : Eugénie a reçu un PLATINE pour l’oubliette de masse. Vous n’aurez qu’une seule exigence : Eugénie mérite un très bel accessit pour la fin d’année.
Lorsque la danse cessa, tout le monde prit plusieurs secondes avant de se mettre à applaudir l’héroïne du jour, l’héritière de l’Oubliette de masse. Elle reçut un PLATINE et la référente Urtica apposa une lettre A répétée à trois reprises à côté du nom de l’élève. Eugénie venait-elle de violer la loi de Gamp sur l’information ?
La journée riche en émotions devait s’achever par une séance de judo dispensée par le Japonais dans l’étage du pavillon de quartz, avant d’aller tous récupérer des efforts consentis dans l’eau chaude de l’onsen. Hercule pointait aux abonnés absents. Enfermé dans sa chambre, il répondait à une lettre officielle du département des Aurors, produite par un des membres nommé Michel Cytise. Dans la lettre, l’officier demandait à Hercule de relater avec exactitude l’agression qu’il avait commise à l’encontre de Thibaldus Rosier, le mercredi 22 octobre. Il l’avertissait qu’il encourait une comparution devant le Tribunal Administragique et de graves sanctions.
Le garçon répondait sur un ton poli, descriptif, enrichi d’adjectifs imagés que Rosier avait mis en doute ses capacités à jouer au Quidditch, à tenir une batte. Fort de cette critique, il avait eu à cœur de lui démontrer qu’il était pétri de talent et de réussite. Il soulignait que cela faisait partie des risques inhérents au Quidditch et que, grâce à son adresse, il avait atteint la zone la moins vitale de son adversaire, à savoir : son crâne vide. Il était conscient que la résonance avait été très impressionnante et qu’il était incapable d’oublier ce bourdonnement caractéristique.
Néanmoins, la virulence suprémaciste de l’Urticant n’avait rien perdu de sa force, ce qui indiquait qu’il était remis de l’accident. Il terminait avec des formules de politesse d’usage.
— Gemino !
Les parchemins dupliqués furent annotés par le garçon, roulés et cachetés. Sans perdre une minute, il alla déposer lettres et paiements au courrier. Guillaume de Franjac allait se régaler.
1 Jeanne Power a créé l’aquarium en 1832 et le zoo de Londres a ouvert le premier au public en 1853.