Le cours de Maléfices, Enchantements et Sortilèges, programmé à 14h00 chaque lundi, prit une drôle de tournure lorsque les élèves furent invités à entrer dans la salle blanche et à s’entasser à l’opposé de l’armoire à Épouvantard. La seconde bizarrerie fut l’exclusion temporaire de Valentine de la plus spacieuse des classes, avec l’amphithéâtre Flamel. L’ultime incongruité fut la présence du professeur McFlurry.
Le Belge réagit en faisant passer le mot :
— Nous n’allons pas affronter l’Épouvantard. C’est le professeur qui va faire une démonstration.
Ces paroles rassurèrent à peine ses camarades dont le face-à-face avec le résident de l’armoire s’était déroulé non sans difficulté. Shin, entre autres, n’était jamais parvenu à ridiculiser la créature. Hercule le consolait en lui disant que lui, au moins, avait relevé le défi, contrairement à Rosier qui avait pleuré toutes les larmes de son corps. Le Belge remarqua que Laurine suçait des bonbons et faisait les cent pas sur un carré de 60 cm de côté au sol. Sa nervosité était inexplicable, car elle était l’un des rares élèves à avoir décroché une notation OR à la première confrontation. Sa plus belle réussite dans la matière redoutée, à ce jour.
— Êtes-vous nerveuse, ma chère ?
— Oui. Je ne sais pas pourquoi. Tu veux un bonbon ?
— Ma foi…
— Ils sont au miel.
— S’agit-il de ceux fabriqués par Séraphin ?
— Oui ! Ils sont délicieux. Il ira loin, ce garçon. Il deviendra un très grand cuisinier.
— Je partage votre avis. Hum… un délice !
— J’adore le miel. Je crois que s’il ne restait plus que cela sur Terre, je serais toujours heureuse de me nourrir.
— Ah ! Ça va commencer.
La professeure de Bazincourt expliqua, pour ceux qui auraient oublié, que l’Épouvantard prenait une forme spécifique pour son collègue Sean McFlurry. Celle d’une créature nommée Détraqueur. Une abomination cauchemardesque dont l’unique fonction consistait à garder la prison anglaise d’Azkaban en volant les sentiments positifs et en appliquant un baiser mortel aux prisonniers qui se rebellaient.
Hercule sentit ses intestins se nouer. Dans la seconde qui suivit, ses mains furent lovées dans celles de Laurine et Eugénie, leurs doigts lui communiquant un soutien chaleureux. Sean prit la parole :
— Ce que vous allez voir, aura l’apparence d’un Détraqueur mais sans les sensations que sa présence déclenche lorsqu’il paraît. Vous ne verrez qu’un Épouvantard avec les traits d’un Détraqueur. Affronter un véritable Détraqueur est une épreuve que je ne souhaite à personne. Même lorsqu’un sorcier maîtrise le sortilège adéquat, ce n’est en aucun cas la garantie d’une victoire. De plus, les Détraqueurs se montrent souvent à plusieurs et la mission de les repousser tourne à l’impossibilité, à moins d’être un grand maître de sorcellerie. Si un Détraqueur, un vrai, se trouvait dans cette salle, l’air deviendrait glacial, vous sentiriez toute joie disparaître de votre cœur et vous éprouveriez un sentiment d’arrachement de votre âme, perdue à jamais.
Il observa une pause afin que le message s’imprime dans les esprits. Puis, il reprit sur un ton didactique :
— Il n’existe qu’un sortilège pour combattre cette créature. Il s’agit du Patronus. C’est un bouclier d’énergie positive, puisée au fond du sorcier, en usant du souvenir le plus heureux qu’il ait dans son cœur. Il faut que cela soit très puissant, car le Détraqueur tentera de vous le dérober. Prononcé Expecto Patronum, le sort ne fera que repousser le Détraqueur. On ne peut pas le détruire, le tuer. Le Détraqueur est la mort personnifiée, une aberration issue de sorciers malfaisants. Il est, en ce sens, comparable aux Inferi décrits en classe. Après la démonstration, vous vous entraînerez à tenter de produire cette défense. Ce sort ne figure pas au programme de l’Académie. Nous ne sommes pas amenés à croiser ces monstres, sauf si vous devenez un Auror affecté à Azkaban, bien sûr.
— Il n’y aura pas de notation, précisa Elvira.
— De plus, à Poudlard, c’est enseigné à partir de la cinquième année. Cela demande une concentration précise et un abandon total. Cela ne vient pas du cerveau mais du cœur. À présent, faites silence.
Elvira ouvrit l’armoire. Sean frissonna. Ce n’était pas un exercice mais une épreuve. Chaque fois qu’il devait accomplir la démonstration. Le monstre avait l’allure d’un fantôme sombre sans visage sous sa capuche. Il était vêtu d’une robe noire en lambeaux et flottait dans les airs, se mouvant à sa guise. Il se rua sur sa cible en poussant un râle souffreteux. Aucun élève ne pourrait oublier cette vision inhumaine et cette respiration glaçante. Hercule fut tétanisé, les poings serrés, prêt à éjecter sa baguette d’amourette. Ses cavalières durent retirer leurs mains, broyées par la pression du garçon. Il inspira par saccades, en proie à un trouble intense.
Le professeur d’anglais leva sa baguette et édicta clairement, en insistant sur chaque syllabe :
— Expecto Patronum !
Un jet de lumière blanche, avec des teintes oscillant entre le vert et le bleu, fut expulsé en continu de sa baguette, prenant la forme d’un bouclier arrondi, protecteur. Le faux Détraqueur heurta la coque énergétique, frappa à plusieurs reprises pour en éprouver la solidité ou, plus certainement, la sincérité. Peu à peu, la créature recula et lorsqu’elle fut acculée dans l’armoire, il referma la porte et verrouilla la serrure.
Sean fut applaudi par l’assistance, suprémacistes inclus, une fois n’était pas coutume. Elvira donna l’ordre aux élèves de se positionner sur plusieurs lignes. Ils devraient pointer leurs baguettes au-dessus du camarade situé devant eux pour produire le sort. Comme il s’agissait d’une énergie positive, quintessence d’amour, si l’un d’eux était touché par un Patronus, ce serait sans danger. Il ne ressentirait qu’une bousculade, rien de plus. Sean rappela que le souvenir devait être fort, heureux, rempli d’amour, stable.
— Allez-y.
Des dizaines d’Expecto Patronum furent prononcés. La plupart des baguettes demeurèrent muettes. Quelques-unes projetèrent des étincelles. Hercule parvint à produire une fumerolle qui disparut très vite. Il refit plusieurs tentatives, changeant de souvenir à chaque fois. Ce fut aussi mauvais, décevant. Pourtant, le professeur d’anglais vint l’encourager.
— Il y a de ça, Hercule. Tu es sur la bonne voie. Il te faut juste un souvenir stable.
— Non perturbé par une suite négative ?
— Exactement. Ça doit rester positif. Éternellement.
— Comme quoi ?
— Comme un premier baiser, lâcha l’enseignant, la larme à l’œil et le sourire aux lèvres.
— Oh…
Le Belge mesura la difficulté. Lorsque le visage de sa mère apparaissait, c’était pour vivre la séparation. Si c’était celui de son père, il finissait par le voir mourir dans les bras de Gertha. Qui d’autre que Waldo avait pu incarner la joie ? Waldo, tué par le monstre qu’il venait de découvrir. Une créature tapie dans la cave aux voix, il en était convaincu. Il avait ressenti la présence méphitique, le souffle glacial, la respiration faite d’aspiration. Il pensa alors à Eugénie.
— Expecto Patronum !
La fumée s’épaissit mais le Spongue surgit dans la scène. L’issue fatale évitée de peu. Une horreur et le Patronus mourut, avorté. Il songea à la douce bise de Valentine, le récompensant pour sa gentillesse mais les chimères apparurent alors que la Suissesse semblait sourire de façon démoniaque. Même l’enlèvement de Rosier par l’aigle royal ne généra pas de Patronus. Il fallait de la pureté, de la noblesse, pas la joie de causer des malheurs. L’exercice devint plus convaincant en se revoyant dans le sac de transport, avec Shinraï, lovée contre lui, sécurisée. Un Baku issu d’un lieu étriqué où les créatures magiques s’entassaient. Il y eut aussi beaucoup d’intensité avec l’expérience folle de la dragonne Piment Cornu, chez les Boulanger. Une rencontre gâchée par l’attaque des Van Kriedt. Sean crut que Hercule touchait au but à l’instant où le garçon se revit aux côtés d’Errebelde, le Hortza.
Dans les rangs du Gerbera, Umbelina, Shin et Katarina créèrent quelques étincelles. Eugénie obtint une fumée épaisse. Quant à Valentine, autorisée à rentrer dans la salle après l’enfermement de l’Épouvantard, elle réussit à faire aussi bien que mademoiselle Greengrass. Les deux jeunes filles reçurent les vives félicitations du professeur McFlurry qui avoua ne pas avoir eu une telle réussite la première fois, alors qu’il était plus vieux qu’elles de trois ans, lors de son initiation.
Sigrid n’agitait plus sa baguette depuis le début de l’exercice : pour la première fois, elle ratait un sort. En totalité. Pas une étincelle, rien ! Elle soupçonna l’Autre de bloquer sa capacité à laisser son cœur parler.
Soudain, contre toute attente, il y eut un Patronus réussi. Mieux : il prit la forme d’un animal, pas très gros, court sur pattes mais fichtrement actif et hargneux. Il cavala dans la salle en bousculant les suprémacistes et en leur montrant les crocs.
— Magnifique ! Splendide ! Bravo ! Un Patronus peut prendre une forme animalière. Il ne sera pas plus efficace mais prouvera une grande maîtrise. Le Patronus peut aussi délivrer des messages à des centaines de kilomètres, mais il s’agit d’un talent réservé à une poignée de sorciers.
L’auteur du Patronus, aux allures de blaireau, n’était autre que Laurine de Clermont-Tonnerre. La jeune fille au teint pâle avait les joues rougies par l’émotion et des larmes plein les yeux. Elle agitait sa baguette pour faire courir son remuant bouclier. Elle était aux anges et Hercule ne put imaginer scène plus heureuse que celle à laquelle il assistait. Elle rit aux éclats et le Patronus sembla ne jamais s’éteindre.
— Oh… fit Hercule. Quelle splendeur !
Sigrid ne fut pas capable de dire si le garçon parlait de la création ou de sa créatrice. Elle s’effondra, prise de convulsions. Cela mit fin aux réjouissances. Elvira fit léviter l’élève et la conduisit à l’infirmerie. Son corps était toujours agité lorsqu’elle fut déposée sur un lit sous le regard horrifié de Rosier. Il crut avoir la berlue ou voir double lorsque dans les gestes désordonnés de la fille, il perçut une forme noirâtre. Il s’évanouit, terrassé par la frayeur.
Sigrid quitta l’infirmerie après avoir ingéré de la potion Vitamaxima, un stimulant reconstituant capable de faire courir un impotent au marathon moldu. Le docteur Beauxbâtons avait diagnostiqué une syncope due à un manque d’alimentation chronique, aggravée par une surcharge de travail personnel. Sigrid concourait toujours pour obtenir la meilleure moyenne de toute l’Académie. L’héritière des Flamel n’avait pas posé le même diagnostic que le médicomage. Selon elle, la vision d’Hercule face à Laurine et son Patronus, avait suscité une réaction de l’Autre. C’était l’avis officiel qu’elle avait servi à Eugénie, sa plus proche confidente. La petite frisée avait émis des doutes :
— Quand l’Autre fait une crise de jalousie, cela ne prend pas cette forme. Là, on aurait dit que c’était comme cet été, avec le cadre photo, d’après ce que tu as décrit. D’ailleurs, tu comptes avouer à Hercule ce que tu as accompli pour lui ?
— Non. Enfin, pas avant que ça soit le moment idéal.
— D’accord. N’empêche que tes convulsions, c’était comme si l’Obscurus avait tenté d’échapper à ton corps et que l’Autre ne le voulait pas.
— J’ai bien peur que Rosier ait vu l’Obscurus.
— Pourquoi ? Qu’est-ce qu’elle a fait, la fouine ?
— Lorsque j’ai repris connaissance, il était terrifié. Il a demandé à quitter l’infirmerie mais quand le docteur a affirmé que je sortirai en premier, il a changé d’avis.
— Drôle d’attitude ! En attendant, si Laurine produit un Patronus, tiens-toi loin.
— Pourquoi ?
— Obscurus, obscur, sombre. Il n’a pas dû apprécier la présence d’une lumière positive.
— Tu as raison, Eugénie. C’est logique.
— Par les flammes d’un Gazeux basque ! C’est la première fois que tu dis que j’ai raison ! On va subir une attaque de dragons. Ou une invasion de trolls ! Les elfes de maison vont réclamer un salaire. Plus élevé que celui d’un professeur !
Eugénie redevenait Eugénie, sans avertissement. À quelques mètres d’elles, dans la salle blanche du pavillon de quartz, les plus jeunes et Jacques ne désiraient qu’une chose : voir le Patronus de Laurine pour lequel Elvira avait donné un PLATINE.
— Un PLATINE ! Waouh ! C’est génial, ta moyenne va drôlement remonter, certifia Andrea.
— Fais voir, s’il te plaît, supplia Séraphin. Hercule a dit qu’il n’avait jamais vu plus belle magie.
— Il a dit ça ? Où est-il, d’ailleurs ?
— Me voilà, me voilà, dit l’intéressé en grimpant les marches. Jacques, vous avez de la chance !
— Je sais à quoi tu fais allusion. Les travaux ne perturbent pas autant les plantes que les créatures.
— Les Bayours et la Coquecigrue sont les plus affectés. Leurs cages étaient immondes. Je n’ai pas eu d’autre choix que de les nettoyer de fond en comble. J’ai même dû donner un bain au Bayourson qui n’est plus aussi léger que l’hiver dernier.
— Laurine s’apprêtait à refaire son Patronus.
— Oh… Alors, je vous laisse vous concentrer.
Elle se contenta de sourire, de lever sa baguette sans quitter Hercule des yeux, avant de prononcer :
— Expecto Patronum.
Elle ne força pas, bien au contraire. L’énergie bénéfique coula comme une fontaine magique.
— Admirable, concéda Hercule. Il prend forme.
— Waouh ! firent les deux plus jeunes.
— Ça, c’est de la magie ! affirma Jacques. Eh… J’ai déjà vu cet animal. Pas toi, Hercule ?
— On dirait un blaireau.
— Non… attends !
Il chercha dans son sac qu’il portait toujours sur le dos, rapport à son absence de talent sorcier, compensée par des bras mobiles, costauds, achevés par des poings rugueux. Le bagage lui permettait de conserver une grande liberté de mouvement, au cas où il dût asséner quelques marrons bien pesants. Il tira un gros livre illustré de schémas et dessins crayonnés. Le bestiaire des animaux non magiques, par Céleste Trompe, une magizoologiste passionnée par l’Afrique. Jacques feuilleta et tomba sur la page recherchée.
— Je l’ai ! Regarde.
— C’est bien cet animal.
— Alors ? demanda la jeune fille. Ce n’est pas un blaireau ?
— Non, c’est un ratel.
— Je n’en ai jamais entendu parler.
— Moi non plus, Hercule, dit Laurine.
— Fais voir la bestiole, dit Andrea en se penchant au-dessus de l’ouvrage. Oh là !
— Quoi ?
Jacques fit la lecture.
— Le ratel, aussi appelé zorille du Cap, est un animal de la famille des mustélidés. Elle comprend les fouines, les martres, les belettes, les furets, les hermines et les blaireaux.
— D’où la confusion.
— C’est un animal omnivore capable d’une endurance au combat telle qu’il n’hésite jamais à se battre contre des hyènes, des guépards, voire des lions pour défendre sa proie. Il attaque leurs parties génitales !
— Quelle horreur ! s’insurgea le Belge.
— Il a la réputation d’être la plus féroce créature. Il est capable de dévorer un serpent en dépit des morsures. Une fois son repas terminé, il plonge dans un long sommeil pour éliminer le venin de son corps.
— Il est incroyable.
— Pas autant que son nom latin, attribué à cause de sa gourmandise pour une certaine nourriture, précisa Hercule. Vous ne devinerez jamais.
— Je ne sais pas, admit Laurine, conduisant son ratel pour qu’il course les cadets.
— Mellivora.
— Comme dans le mot mellifère ? Il aime le miel ?
— Il s’agit de son mets favori. Tout comme vous.
— Tu as vu ça, Hercule ? Il s’en prend parfois à des antilopes. Il n’est pas impressionnant et il chasse des gros gibiers. Je comprends mieux pourquoi des animaux plus imposants ne l’apprécient pas.
— Il leur fait concurrence.
— Un Patronus de ratel. Le plus combatif.
Laurine opina. Le garçon s’approcha d’elle et murmura :
— Vous êtes exceptionnelle. Doutez-vous encore ?
— Non, Hercule. Pas quand tu m’assures de l’être.
— Par Flamel ! Je dois le réaliser. Il faut que j’y arrive !
Le garçon s’échina à produire mieux qu’une fumée. Au bout de trois longues heures d’entraînement, il abandonna. Quelque part, il était écrit que dans cet univers, Hercule Van Betavende connaîtrait l’échec et n’égalerait pas la jeune fille.
— Le jus de citrouille ? À travers les âges ? Vous êtes sérieux ?
Johannes avait le plaisir de revoir Hercule pour la seconde fois dans la semaine. Cependant, il n’avait pas imaginé un seul instant que son visiteur voudrait en savoir plus sur l’usage du jus de citrouille.
— Comprenez-moi bien : je ne cherche pas des recettes à base de jus de citrouille ou l’utilisation culinaire du produit. Ni même son usage en tant qu’ingrédient éventuel d’une potion. Je suis plutôt partisan de fouiller dans les effets secondaires d’un sortilège collectif.
— Hum… Voyons… Les sortilèges appliqués à un grand nombre sont plutôt rares. L’Oubliette de masse en fait partie. Cependant, les manuels sont formels : ils exigent une certaine proximité. Or, vous dites qu’un employé de ce cher Gervais Delacour a été affecté par cette frénésie ?
— Tout à fait.
— Et le témoin réside à 15 kilomètres de l’école ?
— Oui.
— Je suis catégorique. Les différents manuels de magie sont unanimes : l’Oubliette de masse, pratiqué par un sorcier, ne peut pas avoir une aussi grande portée. Il faut que les sujets traités se trouvent dans son champ visuel.
— Alors, s’il ne s’agit pas d’un sortilège collectif, c’est peut-être un événement relaté dans les manuels d’histoire de la magie des différentes nations.
— Hum… Examinons les ouvrages… Non, je suis au regret de vous dire que les historiens n’en parlent pas.
— Ah…
— En revanche, je viens de trouver une référence au jus de citrouille mais libellée d’une manière inhabituelle.
— Dans quel ouvrage ?
— Un grimoire que vous avez consulté une fois.
— Lequel ?
— Durmstrang vous évoque un souvenir ?
— Ce grimoire ? Qu’est-il écrit ?
— J’avoue que c’est assez déroutant. Au milieu de l’ouvrage, il y a un paquet de feuilles vierges. Une cinquantaine. Cependant, sur la tranche des feuillets en question, on peut lire deux phrases.
— Puis-je consulter ces pages ?
Johannes fit voler le grimoire depuis l’allée, la travée et l’étagère où il demeurait entreposé. L’épais livre atterrit en douceur sur son comptoir. Hercule l’ouvrit au milieu et se mit à feuilleter jusqu’à trouver, après la potion d’ubiquité, les feuillets vierges.
— S’agit-il d’une recette dissimulée par un enchantement ?
— Cela y ressemble. Même le titre est effacé. À en juger par l’épaisseur des éléments censurés, il est aisé d’imaginer qu’il s’agit d’un breuvage particulièrement complexe.
— Comme vous le savez, monsieur Van Betavende, tout écrit publié au monde vient par magie dans LA bibliothèque. Cette duplication correspond à votre sort Gemino. Ce qui signifie…
— Que la magie incluse dans le livre n’est pas copiée. Seul l’original de Durmstrang comporte la recette masquée.
— Je suis navré. Remarquez tout de même ce qui est noté sur la tranche des feuilles. Il faut presser le livre. Il est plus simple de le refermer et d’appuyer avec votre main.
Hercule se conforma au conseil de Johannes et déchiffra :
— Prévoir du jus de citrouille.
— Il y a une formule latine, juste à côté.
— Boire la potion et prononcer : « Retrofulgura Tempus Fugit »
— Cela vous inspire-t-il, monsieur Van Betavende ?
La formule avait un air de famille avec le sortilège d’injection du temps qu’il avait mis au point en première année, sur un gros coup de chance. S’il s’en tenait à une traduction littérale, cela donnait : le retour en arrière s’enfuit à la vitesse de l’éclair.
« Un breuvage pour s’injecter du temps… à rebours ? Par Flamel ! Une manipulation du temps ! Elle aurait pour effet secondaire de boire du jus de citrouille par litres. C’est… démentiel ! Qui a pu commettre une telle folie ? Allons, Van Betavende, tu vas trop vite à la conclusion. Nous avons tous subi cette soif inexplicable et incontrôlable. C’est un fait. Elle a été ressentie bien au-delà des limites du domaine. C’est un autre fait. Un événement nous a tous impactés. La prise de potion parle de prévoir du jus de citrouille. Pour le consommateur de la potion, pas pour des centaines, des milliers de sorciers. Si ? Alors ? C’est peut-être une exploration temporelle d’une autre natu… Oh non ! C’est l’évidence même ! »
— Oui, monsieur Gutenberg. Cela m’inspire une mise en garde non respectée.
— Puis-je accomplir une autre recherche pour vous ?
Hercule répondit que cela n’en serait pas une. Il désirait comprendre comment les fantômes pouvaient s’affranchir des distances et dialoguer. Il souhaitait savoir s’il existait un annuaire des fantômes, avec un numéro unique pour se contacter, comme les Moldus le faisaient avec leur téléphone. Comment ils étaient avertis de l’inscription d’un nouvel abonné.
— Vous répondre avec vos propres termes ne vous serait d’aucun secours. Nous autres, fantômes, n’évoluons pas sur les plans physiques que vous connaissez. Les dimensions, le temps, les distances, les rapports d’échelle, de grandeur, n’ont pas d’existence. Je suis attaché à LA bibliothèque. Mais si le fantôme de Jules César, hantant le Colisée de Rome, cantonné par une volonté, une puissance imaginaire, désire communiquer avec moi, il le fait. Ce n’est ni physique, ni visuel, ni oral, ni tactile. C’est instantané et simultané. Tout se passe comme si Jules César et moi-même étions identiques, composés de la même essence conceptuelle. Alors, nous sommes accordés et à niveau de communication. C’est un exemple. Jules César ne hante pas le Colisée de Rome.
— C’est assez…
— Déconcertant, n’est-ce pas ?
— Tout à fait.
— Voulez-vous que je vous embrouille un peu plus ?
— Volontiers.
— Imaginez un vaisselier avec une porte vitrée. À l’intérieur, sur une étagère, il y a une pile d’assiettes. Vous ouvrez la porte et ajoutez une autre assiette un peu à la va-vite, vous refermez d’un coup et cette ultime action fait glisser l’assiette entre la vitre de la porte et l’étagère supportant la pile.
— D’accord.
— L’assiette est-elle brisée ?
— Non.
— Et si j’ouvre la porte ?
— À moins d’avoir des réflexes en or, elle va s’échapper et se briser.
— Dans mon monde, l’assiette est à la fois intacte et brisée. Les deux états. En même temps. Dans le vôtre, c’est l’un ou l’autre. Mais, à travers la vitre, vous voyez que la situation est transitoire. Vous pouvez affecter un état de stabilité aux choses en décidant. Pas dans notre dimension.
— Lorsque vous décidez de parler à un autre fantôme, c’est déjà fait et la conversation a eu lieu. Avant la décision.
— Exactement.
— Comme ma dimension est différente, vous devez me questionner. Si j’étais un fantôme, vous sauriez déjà. Je n’aurais pas besoin de vous questionner parce que je saurais le tout, comme vous.
— Brillant, monsieur Van Betavende. Vous feriez un fantôme diplomatique fantastique. Quand le temps sera venu.
— Hier, autrefois, depuis toujours et à jamais, selon votre mode de fonctionnement.
— Cette remarque indique à quel point vous avez appréhendé notre monde. Dans quelques années, un auteur va aborder cette physique différente. Retenez bien son nom et surveillez ses ouvrages aux titres évocateurs : Erwin Schrödinger.
— Merci.
— Votre question, s’il vous plaît. Car il y en a une, n’est-ce pas ?
— Waldo Birken-Maertens. Mon oncle.
— Il se trouve dans un état instable auquel il ne cesse de s’accrocher, de se référer.
— Ce qui l’empêche d’être un fantôme du tout, n’est-ce pas ?
— Fort bien analysé.
— Cet état d’instabilité… affective, peut-être… l’a-t-il amené à se déplacer dans ma dimension ?
— Comme il peine à intégrer le tout, ma connaissance est partielle.
— Il se pourrait que j’aie vu Waldo dans le bois de l’Académie.
— Le rattachement physique n’a pas eu lieu. Ses liens épisodiques avec le tout le répertorient comme fluctuant.
— Est-ce sa raison trop logique qui l’empêche de s’accomplir ?
— Il était très ouvert aux magies et cultures exogènes de son vivant. C’est autre chose. C’est son lien avec vous. Il se débat comme un chiot jeté à l’eau par sa mère pour apprendre à nager.
— Plus il se débat, plus il se noie.
— En quelque sorte.
— Que puis-je faire pour l’aider ?
— Vous devriez vous allier à une jeune personne qui possède des talents certains pour dialoguer avec les revenants.
— Laurine… Bien sûr ! Mais où trouver Waldo ? Non, la question est inutile. Il sera là quand et où il faudra. Merci infiniment, monsieur Gutenberg.
— Je vous en prie. Toujours à votre service.
— À bientôt.
Le jeune Belge, satisfait, revint au degré zéro. Lorsque le Sondeur le salua, il répondit avec politesse. Quand l’entité minérale lui demanda s’il était toujours en colère à propos de son refus de transférer Noël au sein du Gerbera, Hercule se contenta de répliquer sur un ton ironique :
— Il n’a pas été transféré ? Tiens donc ! Je pensais le contraire.
Il quitta la salle, le château et partit au pavillon de son ordre. Il remit à plus tard ses devoirs, se doucha et enfila sa tenue de bain. Il se glissa dans l’eau et se ferma à son environnement. Dans son esprit, l’accumulation devenait critique. Écrire à sa mère, sans espoir de réponse. Terminer l’aquarium pour les vers. Interroger Ursula sur les pages manquantes du Grimoire et sur les dangers de l’ubiquité. Trouver un moyen de communiquer avec Waldo. Découvrir où sa baguette a été archivée. La faire saisir et demander un examen par Barthélémine. Rendre justice en trouvant le véritable coupable. Continuer à protéger Noël. Sauver la jeune fille de Marie-Galante. Trouver le moyen de remercier Laurine. Déterminer le meilleur moment pour parler avec Sigrid. Trouver le testament perdu et ne pas mourir en cours de route. Trouver le plus puissant sentiment de bonheur pour réussir ce fichu Patronus résistant à tout le Gerbera, toute l’Académie, Sean et Laurine mis à part. Il ferma les yeux et s’endormit dans l’eau chaude.
Avant la découverte prometteuse – Hercule s’en convainquait chaque jour – du ver arénicole, le Belge ne s’était pas tourné les pouces pour autant. Il avait collecté toutes les informations parues dans le monde scientifique moldu à propos du sang et les avait mises en pratique sur lui et les camarades dans la confidence. Il avait aussi appliqué les préceptes sur les créatures magiques. Il entendait toujours percer le mystère du Laiséon qui avait perdu ses couleurs, puis les avait récupérées en recevant une dose quotidienne de Caméliris.
Avec l’accord d’Ursula Waldmeister, il avait suspendu le traitement afin de déterminer si l’animal affectueux était guéri ou non. Deux jours après l’arrêt de la prescription, la pauvre bestiole reprenait le chemin de la décoloration. Le Caméliris n’était qu’un emplâtre. Au cours des lectures en compagnie de monsieur Gutenberg, l’élève avait découvert les travaux d’un biologiste américain d’origine autrichienne nommé Karl Landsteiner. 1 L’homme, spécialisé dans l’étude du sang, avait fait une découverte capitale pour l’humanité, en 1901 : le sang humain n’était pas identique d’un individu à l’autre. Il y avait trois groupes auxquels un quatrième, plus rare, s’était ajouté une année plus tard. Lors de ses études visant à comprendre pourquoi certaines transfusions sanguines se déroulaient à merveille tandis que d’autres tournaient à la catastrophe, il avait déterminé que les quatre groupes se nommaient A, B, AB et O. Lorsque le donneur était du même groupe que le receveur, tout se passait bien. Le receveur acceptait le don et il y avait « agglutination ». Lorsque le groupe était différent, la réception allait sans souci uniquement si le don comportait un élément empêchant d’être rejeté. Un sauf-conduit, un mot de passe, en quelque sorte.
Hercule, sans être capable de déterminer à quel groupe il appartenait, avait conduit quelques expériences avec des échantillons prélevés sur Laurine, Noël, Barthélémine et même madame Dunne qui s’était prêtée au test. Il avait pu ainsi remarquer que son sang était du même groupe que celui de Laurine. Noël et Dune avaient un sang de deux groupes différents et incompatibles. Il apparaissait que le liquide vital de Barthélémine pouvait être transfusé à n’importe qui. En revanche, elle ne pouvait recevoir une transfusion d’aucune des personnes testées. Coïncidence ou nature vampirique bien faite, elle buvait le sang pour l’assimiler sans risque.
Fort de ses expériences, l’apprenti biologiste avait effectué un prélèvement sanguin sur chaque Laiséon, y compris les deux rejetons. Comme chez les humains, il y avait au moins deux groupes puisque les sangs du mâle et de la femelle ne s’agglutinaient pas. Chose amusante, chacun des deux petits avait hérité du groupe sanguin d’un des deux parents. Il y avait une piste à creuser pour trouver un remède au père, grâce au fils compatible.
Hercule pestait sans cesse contre la coagulation. Il devait toujours agir dans l’urgence pour faire ses observations. En se documentant dans LA bibliothèque, il avait eu connaissance des quatre composants du sang et du moyen mécanique de les séparer, du moins d’en retirer trois éléments liquides distincts. La méthode passait par le fouet à sauce – mayonnaise, chantilly… –, récupéré en cuisine, modifié pour accueillir jusqu’à quatre tubes de verre. Dès que la sécurité était levée, le fouet se mettait à tourner sur lui-même à vive allure. Quelques minutes après la centrifugation, trois parties étaient visibles dans les tubes. En surface, le plasma jaune clair, composé d’eau, de sels minéraux et de sucre. Juste en dessous, un liquide jaune plus foncé contenant des globules blancs – ils combattaient les virus dans tout organisme – et les plaquettes, ces drôles d’objets en forme de débris servant à la coagulation. Enfin, tout au fond du tube, en rouge grenat, le liquide contenant les globules rouges. La méthode pour séparer les composants donnait un quatrième élément chez le Laiséon : les paillettes arc-en-ciel. Une fine couche au-dessus du plasma de particules multicolores. La concentration de ces paillettes était identique chez les quatre spécimens de l’Académie. Cependant, dès que Hercule avait suspendu le traitement du père, il avait pu noter une chute immédiate de la concentration, jusqu’à la disparition totale au bout de trois jours. Un intrus, inactivé par le Caméliris, dévorait les paillettes au fur et à mesure de leur production. Pour traquer l’inconnu, l’élève avait besoin de réaliser des expériences sur une plus grande durée sans que les échantillons ne meurent.
Depuis la fin du 19ᵉ siècle, les scientifiques utilisaient une invention du Moldu allemand Julius Petri : une boîte en verre, avec un couvercle étanche, contenant une gélatine sucrée d’agar-agar, utilisée notamment dans la pâtisserie japonaise – Shin en connaissait l’usage –. Elle permettait de mettre en « culture » une mixture, nourrie et d’observer son évolution. Le garçon s’était adressé à l’apothicaire Branchiflore qui avait dû s’approvisionner chez un fournisseur moldu. Une fois muni des petites boîtes magiques, il avait prélevé du sang aux quatre Laiséons, avait séparé les composants, avait versé du sang complet du mâle dans quatre coupelles, avait ajouté des paillettes arc-en-ciel et complété avec les globules blancs de chaque individu. Puis, il avait gardé les contenants au chaud et avait fait preuve de patience.
Au bout de quelques jours, il avait préparé quatre plaques de verre avec un prélèvement de chaque boîte. Sur celles de la femelle et des petits, la concentration de paillettes n’avait pas changé. En revanche, sur celle du malade, il n’y en avait plus une seule. En conclusion : le sang du mâle, traité avec les globules blancs de ses rejetons ou de sa compagne, était soigné. En revanche, les globules blancs de monsieur étaient soit aussi bêtes que Rosier, soit défectueux, ce qui revenait au même. Pour le garçon, il suffisait de transfuser le père avec le liquide vital du fils compatible pour le guérir ou d’utiliser les globules intelligents des trois autres spécimens.
En se rendant dans la ménagerie en chantier, le vendredi après-midi, Hercule comptait obtenir l’assentiment d’Ursula, après lui avoir fait part de ses travaux et de ses conclusions. Il était d’autant plus sûr de lui que la veille, il avait enfin vu au microscope le responsable de la maladie. Il en avait d’abord réalisé un croquis, avant de prendre une photo avec son Magiclic, grâce à un cône réducteur. L’intrus, une bactérie, avait la forme d’un écusson hérissé de filaments. Il était soit incapable de se reproduire dans l’organisme, soit affublé d’un processus de reproduction lent. Pour se diffuser, il avait probablement été ingéré. En versant du Caméliris sur la bactérie, elle se figeait. Si Hercule ajoutait des paillettes à côté d’elle, elle ne bronchait pas. Mais, après 24 heures sans la potion inhibitrice, elle se réactivait et dévorait les paillettes avec voracité.
Hercule posa plusieurs parchemins sur le bureau d’Ursula.
— Bonjour, professeur.
— Bonchour, Hercule. Qu’est-ze que z'est ?
— Le résultat de mon étude sanguine sur les Laiséons. J’ai identifié la source du problème et trouvé un remède.
— Quoi ? Z’est impozzible.
— Je vous laisse le dossier, Professeur. Quand vous l’aurez lu, je pense que vous serez d’accord pour passer à la phase curative.
— Attends…
Elle parcourut les documents noircis par le garçon. Ses yeux s’écarquillèrent au fur et à mesure de sa lecture. Par moments, elle lui jeta des regards étonnés, des sourires et même du courroux lorsqu’elle découvrit qu’il avait lancé un sortilège Magnetractum sur un échantillon sanguin afin de déterminer le taux de fer des globules rouges – il imaginait, à tort, que ceux du Laiséon mâle étaient anémiés et qu’ils ne déposaient pas les paillettes arc-en-ciel magnétisées dans les tissus –.
— Mais où as-tu appris toutes zes notions, récolté zes informations ? Pas à la bibliothèque de l’Académie, z’est une zertitude !
— Disons, pour simplifier, que je ne me contente pas de lecture sorcière. Les progrès des Moldus sont stupéfiants, Madame. Chaque jour, il y a une nouvelle découverte et chaque semaine, l’une d’entre elles est capitale.
— Mais zela ne répond pas à ma queztion : où as-tu lu ze qui t’a permis de conduire zette étude et zes différentes eczpérienzes ?
— J’ai mes secrets, Professeur. Aussi importants que la recette de la potion… d’ubiquité.
— Qu’est-ze que tu racontes ? Où as-tu entendu parler de za ?
— Cela vient de l’école Durmstrang. J’ignore si cela fait partie du programme d’enseignement standard, mais je sais que vous avez utilisé l’ubiquité, l’année dernière. La botanique chez Urtica se déroulait en même temps que le cours de soins aux créatures magiques d’Aloysia.
L’enseignante secoua la tête et admit :
— Enquêteur comme tu es, il fallait bien que tu troufes. Mais che regrette de te…
— Rassurez-vous ! Je ne veux pas connaître la recette de cette potion dont j’imagine les effets secondaires bien pires que ceux du Polynectar.
— Bien pires, oui. Si tu ne feux rien safoir de Duapartez…
— Duapartes ? fit le garçon qui avait déjà lu le nom chez Johannes.
— Z'est le nom de la pozion. Zela signifie deux parties. Zi tu ne désires pas za rezette, que feux-tu ?
— Elle provient d’un livre ou d’un grimoire de magie… très spéciale.
Ursula ne confirma, ni infirma la déclaration de son élève.
— Je me demandais si, dans ce recueil, il est fait mention d’un breuvage dont l’un des effets indésirables serait de provoquer une soif presque inextinguible de… jus de citrouille.
Elle ne parut pas affectée par sa demande : ni choquée, ni surprise.
— Z'est à cause de ze qui est arrifé zamedi dernier, n’est-ze pas ?
— Tout à fait. Ce qui a touché les élèves, les professeurs et même des sorciers vivant à plusieurs kilomètres d’ici, était un acte de magie interdite, avec des conséquences incontrôlables. Les journaux n’ont pas mentionné de phénomène étendu à toute la France. J’ose donc imaginer que l’acte est parti d’ici et que sa puissance a été modérée. Vous êtes allée à Durmstrang et la seule à pouvoir répondre à cette énigme. Professeur…
Ursula s’enfonça dans son fauteuil, matérialisant sa reculade.
— Hercule… Che déteste éfoquer mon pazzé dans zette maudite école. L’ubiquité, z'est de la pécadille à côté de zertaines potions. Il y a un grimoire enchanté qui peut attaquer pour protécher zes zecrets. Dedans, il y a des choses horribles pour transformer des animaux innozents en monstres zanguinaires, des breufages pour chancher des plantes en azzazzins, des zortilèches pour animer des cadafres, pour enfoûter des obchets moldus pour qu’ils attaquent ou tuent leurs propriétaires. Ze recueil ecziche un prix ignoble à payer pour défoiler zertains zecrets.
— Quel prix ?
— Afoir commis les trois impardonnables.
— Par Flamel !
— Au cours de mes études, che zuis prezque zûre qu’aucun des élèfes n’a commis zes trois crimes. Mais… il y a eu… Non, che ne feux pas repenzer à zes horreurs. Che compte zur toi pour ne pas ébruiter notre conferzazion.
— Vous avez ma parole.
— Merzi. Che te donne mon autorisazion pour zoigner la créature. Si za marche, che te donne 20 Gallions de pluz ze mois-zi et che te reparlerai de ze qui est arrifé à Durmstrang. Che te le promets.
— Entendu.
— Zi tu as découfert une bactérie qui affecte le Laiséon, il faut lui donner un nom.
— Ah bon ?
— Bien zûr ! Les safants donnent soufent leur propre nom à la maladie ou au virus qu’ils découfrent. Alors ?
— Non, je ne veux pas nommer cette bactérie Hercule ! Alors… Voyons… Que pensez-vous de Chromaphagis ?
— Z'est eczellent. Du grec pour indiquer que z’est une bactérie mancheuse de couleurs.
— J’écrirai à Patxi. Je lui expliquerai les symptômes et le remède, au cas où cela lui arrive. Comme le Laiséon est tombé malade à l’Académie, je pense que nous avons eu un problème avec l’eau ou la nourriture.
— Bonne idée.
— Je vais m’occuper de la transfusion sans tarder et stopper le traitement au Caméliris. À la vitesse où la bactérie réagit, nous connaîtrons l’issue demain soir, en faisant un prélèvement, pour connaître la concentration en paillettes. Je vous enverrai un hibou pour vous donner la bonne nouvelle.
— Che te fais confianze. Tu zais ze que tu fais.
— Merci, Professeur.
Ursula le laissa opérer la transfusion et nota à quel point il était habile, méthodique, doux, ne générant aucune dérobade des animaux. Une fois le traitement accompli, le garçon resta auprès du Laiséon pour le surveiller. Il n’y eut aucune réaction ou complication.
L’enseignante le félicita avec chaleur et tenta, en douce, de découvrir comment il avait acquis tout son savoir. Il se contenta de dire qu’il avait un ami bibliothécaire qui était un puits de sciences et qui vivait ailleurs. L’exacte vérité.
1 Karl Landsteiner recevra le prix Nobel de médecine en 1930 pour ses travaux.