Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 22 : Sortilège 22 : la menace

Par eric_vincent

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Tous les mardis, la journée s’achevait avec les Arts magiques. Dune découpait la paire d’heures en deux activités distinctes. Il y avait un volet théorique, historique, culturel où elle narrait des faits mêlés de légendes, à propos de pratiques singulières, d’invention d’artefacts, de personnages-clé de la culture sorcière. Elle parlait de rencontres, de découvertes, d’expériences, de chamanisme, de druidisme, de versants de la magie moins populaires. Puis, dans la seconde partie du cours, les élèves mettaient en pratique des techniques évoquées ou appliquaient des formules ancestrales, voire tentaient d’inventer gestes et sortilèges pour obtenir un résultat innovant.

Depuis deux heures, c’était le déluge sur le mont Creux. Seul dans sa chambre, Hercule se remémorait comment les intempéries avaient débuté. La danse de la pluie. Alors que le ciel était à peine nuageux, les cumulus s’étaient peu à peu massés au-dessus de l’école. Au fur et à mesure que les élèves dansaient en psalmodiant une chanson en quechua, apprise phonétiquement, basculant dans une transe collective, l’averse avait fini par se déverser sur la montagne. Elle tombait du nuage lenticulaire formé au sommet, tandis que l’horizon aux quatre points cardinaux était bleu. Ce résultat avait été obtenu sans baguette. Cela dépassait l’entendement du Belge et cependant, il avait ressenti l’abandon prôné par Dune, le nettoyage de sa conscience intérieure, l’absence de réflexion et de pensée parasite. Eugénie, Valentine et Laurine avaient partagé cette expérience n’ayant qu’un seul objectif : faire pleuvoir.

À cette occasion, la professeure avait présenté plusieurs écoles secrètes, rarement ou jamais mentionnées dans les livres d’histoire de la magie. L’enseignante leur avait décrit les quatre établissements dont elle avait donné un aperçu à Hercule, sur son tapis volant. Elle avait ajouté des détails croustillants en mentionnant l’intrigante directrice de l’école itinérante, Sajadatan : une momie égyptienne. La créature ancestrale, couverte de bandelettes, ne se montrait plus. Elle s’affaiblissait. La bague enchantée qui l’animait, lui avait été dérobée. Une momie et quatre génies, cette institution avait été jugée comme la plus originale. À voir ! En effet, que penser de Wahatan, l’Académie pyramidale invisible sauf le jour de la rentrée et celui de la fin des cours. Une école où l’apprentissage le plus compliqué pour les élèves, c’était l’orientation dans la pyramide, conçue pour perdre tout visiteur. Une difficulté telle que les étudiants apprenaient à transplaner dès les premières heures, afin d’arriver en cours à temps.

Dune avait discouru sur un autre établissement, l’un des plus anciens, situé en Bolivie. Dans ce pays aride, désertique, l’eau était le bien le plus précieux. L’or bleu n’était pas mieux symbolisé que par le célèbre lac Titicaca. L’école de magie « Yachaywasi » 1 était implantée sur l’une des îles du lac large de 80 et long de 190 kilomètres. Pour les Moldus, l’île Inti – soleil en quechua – était la résidence du dieu solaire. Un métal mortel, couvrant toute la surface de la terre émergée, aveuglait les marins se risquant aux abords et les irradiait d’invisibles rayons s’ils mettaient un pied sur son rivage. La spécialité de l’école, c’étaient les chants, des prières de toutes sortes pour solliciter la magie de la nature. Et parmi ces pratiques, il y avait la danse de la pluie que les sorciers pratiquaient lorsqu’ils traversaient le Salar d’Uyuni, le plus grand désert du monde, dont la platitude infinie générait les mirages les plus fabuleux de la planète.

Après ce panorama passionnant, les étudiants avaient appris à envoûter des parchemins ou du papier moldu pour qu’il réagisse à la voix, à l’encre déposée à sa surface, voire les deux combinés. L’idée était « d’imprimer » des paroles sur le support. Dune avait réalisé une démonstration avec un grimoire qu’elle utilisait comme un journal de bord, n’ayant pas une mémoire aussi fiable qu’un des élèves présents au cours. Un recueil aussi sophistiqué que le sien n’était pas à la portée d’un débutant, car il comportait une sacrée dose d’intelligence sorcière. De plus, il fallait utiliser de l’encre Macula, une matière inépuisable, dont elle avait fourni la recette, à reproduire pour le prochain cours. Hercule aimait beaucoup le groupe réuni en Arts magiques. Hormis Laurine et Eugénie, il comptait son compatriote Joop de Vries, d’Urtica, très candide, toujours un peu perdu en classe mais le plus agréable des camarades, Valentine, aussi lunaire que leur enseignante, Sebastian da Oliveira, un Portugais viscéralement anti-suprémaciste de Lonicera, Faustina Rinaldi, amie de la Luxembourgeoise Rosa Fuchs, une vraie pointure en métamorphose et en sortilèges de toutes sortes. Il y avait aussi Hélène Farges-Lacaze, celle que tous considéraient comme une modérée de Lonicera mais que Hercule avait démasquée au club animé par Dune. Une espionne à la solde de Rosier, sans appétence particulière pour les Arts magiques. Quant à Adèle Fenouillas, une Aloysienne ayant acquis sa baguette chez Ollivander, elle montrait de vraies aptitudes dès qu’il s’agissait de travaux manuels et l’animation d’objets. Elle admirait Hercule pour ses travaux sur le bois et rêvait d’intégrer la prestigieuse maison Bréguet, fabricant de pendules, horloges, montres et autres tocantes ensorcelées. Les autres élèves se montraient enthousiastes durant les leçons. Tous sauf une : Amélie Rostang de Hautefeuille. Rosier était derrière cette présence incongrue, méprisante. La vitrine suprémaciste par excellence était supposée leurrer les « traîtres », nommés ainsi pour leur soutien à la politique scandaleuse d’Agathe Bonnelangue. Un leurre qui n’avait pas excédé une semaine.

Hercule sortit de ses songes et se mit en route pour la ménagerie. Les créatures magiques étaient sa priorité. Chemin faisant, le garçon repensa à l’attitude de Rosier, pour le moins stupide. Placer des informateurs en dépit du bon sens, à commencer par lui : selon Shin, il avait déjà récolté une FONTE, suite à un exercice de divination sur le contenu d’un paquet mystère. Il s’était ridiculisé au point où Claire Obscur avait éclaté de rire et s’était moquée de lui. Hormis en cours de perfectionnement en duel, repérer les espions était aisé : c’était ceux qui récoltaient des FONTE quand les plus mauvais étudiants décrochaient tout de même des notes ÉTAIN.

Au jeu de la divination, le Japonais avait décroché l’OR et Valentine avait obtenu BRONZE. Son Patronus, précis, avait été observé à l’envers dans le reflet d’un miroir qu’elle tenait, ce qui avait induit la Suissesse en erreur. Quant à Laurine, munie de sa pièce de verre gélatineux, préparée par Séraphin, elle avait été sur le point d’accomplir un sans-faute avec un magnifique ARGENT+. Même mademoiselle de Clermont-Tonnerre, pas la plus observatrice élève du monde, disait que Rosier était repérable à dix lieues à la ronde. Il débitait des blagues tirées d’un recueil d’histoires sorcières, signé Boniface Deupay, afin de faire rire Valentine et de la pousser à générer des prédictions. Hercule n’était pas dupe : cet écran de fumée masquait des actions cachées.

Après l’acquittement de ses tâches, le Belge avait mis le cap sur le restaurant. Avant cela, il avait commis une halte quotidienne à son casier à courrier. Il contenait deux lettres. La première l’avertissait que son microscope serait livré à Jean Racine mercredi soir et que le professeur lui remettrait à son arrivée jeudi. Les études sérieuses allaient enfin débuter.

Le second pli le fit bien plus frissonner que la pluie fraîche qui se raréfiait enfin. Le cachet était celui du département des Aurors. Il se mit à l’abri dans la Cabane Enchantée pour en prendre connaissance. Dès les premiers mots où l’auteur, Guillaume de Franjac, le vouvoyait, il sut que cela n’augurait rien de bon.

« Monsieur Hercule Van Betavende,

Par la présente, nous vous informons qu’une source, inconnue à ce jour, a répandu dans le milieu criminel l’information selon laquelle vous avez permis la résolution de plusieurs affaires non classées et mis en exergue certaines irrégularités dans le département des Aurors. Vous êtes dépeint comme un cerveau brillant, capable de rassembler des preuves non constatées, qu’il convient, je cite, de « retirer de la circulation au plus tôt et par tous les moyens, sous peine de voir les activités clandestines exposées au grand jour. »

En clair, une ou plusieurs taupes criminelles, dissimulées dans nos locaux, ont remarqué ou trahi votre présence et fait en sorte qu’un contrat soit mis en place pour vous éliminer.

En conséquence, je vous prie d’avertir notre département si vous quittez l’école, quelle que soit la raison – santé, scolaire, familiale – et ce, par un biais sécurisé. Les différentes organisations criminelles disposant de moyens, par principe, inconnus de nos services, il est possible que leurs ramifications se propagent au sein de l’Académie magique de Beauxbâtons. Nous vous prions de vous déplacer en compagnie de personnes de confiance, armé de votre baguette la plus puissante – elle ne doit jamais vous quitter – et être en capacité de parer à toute tentative d’agression.

La restriction d’usage de la magie avant 17 ans ne peut être levée qu’en des lieux précis ; cependant, je peux apposer une exclusivité d’information, nominative. À compter de ce jour, tout sortilège lancé en dehors des limites autorisées ne sera communiqué qu’à mon attention. Votre respect des lois et des règlements sorciers vous exhortera à n’utiliser la force qu’en cas de péril avéré.

Le département des Aurors diligente une enquête interne pour découvrir la source de la traîtrise.

La présente est adressée au chef du département des Secrets d’État afin d’agir pour l’exclusivité d’avertissement et copie est faite au ministre de la Magie.

Le département ne peut, hélas, faire mieux que cet avertissement. »

Le laïus officiel était suivi des formules de politesse d’usage et signé par Guillaume. Un numéro d’enregistrement de document était apposé.

Le garçon s’appuya contre les étagères de rangement des outils de jardinage. Ses jambes tremblèrent. Non de peur mais de révolte. Il relut la lettre une seconde fois, même si sa mémoire rendait l’exercice superflu. Guillaume avait souligné plusieurs mots. Il le priait de n’accorder sa confiance qu’à un cercle restreint d’élèves, voire de professeurs. Certes, mais il ne mettrait pas de coup d’arrêt à ses projets, y compris l’aide à Barthélémine. Le commandant parlait de baguette la plus puissante. Max l’avait averti de sa capacité à en produire, cela ne faisait aucun doute. De Franjac père avait fait le lien avec les achats récents de ses troupes chez un nouveau fabricant : Delacour. Il savait – par une voyance-éclair de Mathilde Pourpoint ? –, que le Belge était derrière l’inscription des « nouveaux produits » au catalogue. Peut-être avait-il assisté à une démonstration par l’un des acheteurs de son département ? Peut-être avait-il vu un échantillon des capacités de la baguette de camphre ? Ce qui était clair, c’est qu’il lui suggérait, le temps que les contre-attaques soient menées dans le milieu criminel, de troquer sa gentille combinaison de cèdre et de Billywig contre une association plus explosive.

Il décida de ne pas prendre la menace à la légère. Il respecterait les recommandations. Il se tiendrait prêt. Sans peur.

« Je dois communiquer la lettre à madame Bonnelangue ainsi qu’à la professeure Dunne. J’imagine que Max est déjà au courant et qu’il veille de façon officieuse. »

Lorsqu’il franchit la porte, il fit face à Eugénie. Elle déposait plusieurs lettres ainsi qu’un colis. En échange, un paquet l’attendait.

— Eugénie ! Que de courrier ! Les affaires fonctionnent bien ?

— Un peu, qu’elles marchent ! J’envoie le dernier litre d’essence de rose, la récolte de tout le domaine. Il me reste du géranium à distiller, deux bons litres.

— Comment allez-vous faire durant l’hiver ?

— Ma serre personnelle, ce n’est pas gagné ! Sauf si les professeurs étendent le domaine en hauteur. Et ça, ce n’est pas demain la veille ! Tu as vu la réponse de Dune : elle connaît les grandes lignes mais n’a pas été initiée à ce genre d’enchantement.

— Alors ?

— J’installerai mon alambic dans le degré adéquat et je distillerai sur place. Comme ça, je n’aurai que des bouteilles à faire circuler.

— Je n’y avais pas pensé ! Pourtant, c’est d’une logique imparable.

— Tu sais combien j’ai récolté de Gallions, depuis le début de mes petites affaires ?

— Je n’en ai aucune idée.

— 635 Gallions. J’en ai donné la moitié à Wilfried.

— J’en ferais bien autant, mais je ne dispose pas du niveau de vos rentrées monétaires. Quoi que si vous sortez votre baguette, là, tout de suite et que vous m’éliminez proprement, je vais vous faire gagner une très belle somme d’argent.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ?

— Lisez…

Elle prit le parchemin et se décomposa au fur et à mesure de sa lecture.

— La rançon du succès.

— Bon sang ! C’est pas drôle, Hercule !

— Certes, mais je ne vais pas m’apitoyer sur mon sort, ni changer mes projets.

— Il faut prévenir Agathe et Dune.

— C’est prévu. Bien. Je vous laisse à la rétribution des hiboux postaux. Pour l’Angleterre, c’est dix Noises.

— Je sais. Mais comment tu… ? Non, rien, laisse tomber.

Le garçon s’éloigna. Il l’entendit répéter « il m’épate ! » à trois reprises. Il croisa Sigrid dans le hall et lut dans ses yeux une jubilation discrète. Elle avait abouti ou était sur le point d’achever sa potion d’ubiquité. Elle allait commettre l’irréparable sous peu. Il devait l’en dissuader. Il stoppa dans le couloir administratif, à quelques mètres de la porte de la direction. Il ferma les yeux et revit les horreurs lues chez Johannes Gutenberg. Une évidence lui sauta au visage.

« La plume de Jobarbille ! Où a-t-elle pu s’en procurer ? !

Le professeur Laflèche mesurait les progrès de la nouvelle équipe de Quidditch, chaque mercredi. La première rencontre Gerbera donnerait le ton sur le chemin parcouru et sur le reste à faire. Cependant, leur diablesse de capitaine assurait vraiment comme joueuse polyvalente, comme tacticienne, comme entraîneuse et comme… enseignante ! Une idée lui trottait dans la tête depuis quelque temps et il se demandait si la Portugaise serait partante. Gerbera n’avait pas la capacité à gêner Aloysia. Les Diables ne feraient qu’une bouchée des Fantômes blancs, dominant dans tous les compartiments du jeu sauf au poste de gardien. Le niveau de Shin Ishii était supérieur à celui de bien des amateurs de ligue régionale. En revanche, même avec Umbelina, le trio de poursuite des blancs n’avait pas l’efficacité de leur homologue aloysien. Les deux batteurs de Gerbera étaient précis mais peu mobiles, trop novices. On ne devenait pas un acrobate du balai en quelques heures de pratique. Quant à la fonction d’attrapeur, Luisa réglait le compte à qui elle le voulait. Fuchs n’avait pas les moyens de lui damer le pion, Urtica se cherchait toujours une étoile filante avec Gabriella et Gerbera, malgré la bonne volonté doublée de hardiesse d’Andrea, ne faisait pas le poids. Néanmoins, le référent n’ignorait plus à quel point Umbelina pouvait innover, surprendre.

À l’issue de l’entraînement, Hercule s’était éloigné de ses coéquipiers afin de se doucher dans le gymnase. Tous les membres du Gerbera avaient filé vers le pavillon blanc sauf Sigrid. La jeune fille était toujours assise sur les gradins lorsqu’elle avait aperçu Hercule contournant le stade pour s’enfoncer dans le bois. Elle s’était redressée et l’avait suivi à distance, supposant qu’il se rendait au Quartier Général. Cela n’avait pas été le cas. Il avait quitté le chemin tracé entre les fourrés, conduisant à la falaise. Ensuite, elle l’avait perdu de vue. Elle l’avait cherché en vain et avait supposé qu’il s’était rendu compte de la filature. Il était planqué derrière un tronc d’arbre ou à l’abri, sous sa couverture de dissimulation. En désespoir de cause, elle avait rebroussé chemin. Hercule s’isolait de plus en plus. Eugénie ne le voyait-elle donc pas ? Même Laurine…

— Non ! hurla une voix féminine au timbre rauque et métallique.

La jeune fille vacilla. L’Autre, qu’elle croyait enterré, se manifestait pour la première fois depuis le mois de juillet.

— Fiche-moi la paix !

— Jamais ! Tu ne te sépareras pas de moi. Ta pitoyable mixture n’aura aucun effet. Sans Jobarbille, tu es condamnée à l’éch… Non… ce n’est pas possible !

Sigrid courut jusqu’au pavillon de quartz. Elle savait où trouver une plume.

La lauréate de l’Académie en première année n’avait pas fait de crise de jalousie. Pourtant, Hercule avait offert l’une de ses créations à Eugénie. Il l’avait déjà fait pour Laurine mais c’était un acte de compassion pour une élève en difficulté tandis que pour Eugénie, c’était une offrande réfléchie, pour lui plaire, décrocher une place privilégiée dans son cœur à moins que ce ne soit le Belge qui démontre, par ce cadeau, que la fille d’Alfred avait une place de choix dans son esprit. Mais Eugénie était intouchable, inattaquable, quelles que soient la vindicte de l’Obscurus et la furie de Victoire, l’Autre. Eugénie était sur un nuage et s’amusait comme un enfant avec un nouveau jouet entre les mains. Un jouet… à voir ! Un sésame universel. Le premier matin où elle avait disparu, Hercule s’était chargé de vérifier si elle se trouvait dans sa chambre. Comment s’y était-il pris ? Sa forteresse était la seule inviolable, à ce moment-là. Pourtant, il était entré. Elle en avait la certitude. C’était avec la baguette d’Eugénie, la seule où il mentionnait que l’usage d’un Cistem Aperio ou d’un Alohomora, avec l’inclusion de Niffleur engagée dans le bois d’amourette, faisait céder les meilleures protections gobelines.

— Ce n’est qu’un emprunt, avait assuré Sigrid.

— Pour faire quoi ? Une chose interdite ?

— Oui.

— Ça me va ! Ne te fais pas pincer…

Avec la bénédiction d’Eugénie, elle s’était introduite dans le laboratoire de potions et avait ouvert le coffre d’Ambroisine. Elle n’avait pas prêté attention à son contenu, se fichant de ce qui était inscrit sur les étiquettes. Elle ne se souciait que de la plume bleue. Elle avait trouvé son bonheur et commis une entaille supplémentaire d’un centimètre carré environ.

Ayant assez de matière, elle avait verrouillé le coffre et s’était empressée de rendre la baguette-stylo à sa propriétaire. Désormais, à l’abri dans le degré 40, le monde minéral, la potion était prête pour recevoir l’ultime ingrédient. C’était la dernière chance de se débarrasser de l’Autre. Il n’y aurait pas de nouvel essai. Les seules issues possibles étaient la séparation, suivie de la destruction de Victoire par l’Obscurus ou bien, l’aberration, précédant une mort certaine. Elle devait mettre au point un plan pour échapper à son parasite durant deux heures, pour empêcher la fusion. Oui, un bon plan, une bonne baguette, une solution de repli et ne mettre personne, hormis elle, en danger.

Elle entra dans l’isoloir central après avoir préparé le « voyage ». Elle déclencha le mécanisme du carrousel et ferma les yeux.

Hercule avait reçu son vernis spécial au petit matin. Après le cours de balai, suivi de la pratique du Quidditch et d’une bonne douche chaude, il avait une fois de plus semé Sigrid dans le bois et était entré dans la grotte. Il avait passé une première couche de vernis sur une face de chaque planche. Il avait disposé quelques brindilles pour marquer la zone de séchage. Ensuite, il avait bâti la structure de bastaings sur laquelle viendraient s’encastrer les planches à coups de tenons et de mortaises. Vers 23h00, satisfait d’avoir tout verni, achevé le cube de soutien et fabriqué la porte, unique ouverture de la cabane infirmière, il s’était replié dans le Quartier Général de l’ordre Gerbera. Il était seul, presque déçu de ne pas être attendu par l’un des membres. Il aurait aimé être surpris par la frimousse piquante d’Eugénie qui n’aurait pas manqué de le haranguer sur ses coupables – selon elle, tout le monde l’était – activités. Ou alors, avoir la joie de vivre des moments d’une sérénité absolue en compagnie du Japonais. Ou pourquoi pas débattre des visages marquants de la médicomagie avec Katarina ? Ou imaginer la nation sorcière idéale avec Umbelina ? Si Jacques avait connu l’existence du QG, qu’il s’y était invité, il n’aurait pas manqué d’humour, de joie et l’aurait persuadé qu’une accolade de Shinraï ou une léchouille d’Errebelde, valaient bien plus que tous les mots humains pour trouver le bonheur. Sigrid aurait voulu savoir, il lui aurait tout confié, car la confiance qu’il lui accordait était absolue. Quant à Laurine, qui se trouvait au même niveau d’information que Jacques, il aurait voulu la surprendre, la féliciter pour la trouvaille de la Cabane dissimulée et ensuite, perdre l’usage de la parole, avaler sa salive, la regarder, l’admirer. Il y avait en elle quelque chose de secret, d’inattendu. Un pan entier de sa personnalité à découvrir.

Le livre de légicomagie de Raymond Dessuture était ouvert mais Hercule était ailleurs, dans ses pensées. Eugénie, Laurine. Laurine, Eugénie. Où regarder ? Sa vision perdue sur la teinte du mur se troubla peu à peu. C’est alors qu’il remarqua que le vernis foncé, appliqué par les employés de Gervais pour masquer le veinage du bois, semblait dissimuler deux motifs différents. Sans cligner des yeux, il laissa les symboles apparaître en surimpression, en trois dimensions. Les lettres D et A apparurent en relief.

— Un stéréogramme ! Ça, par exemple ! s’écria-t-il.

Il se leva d’un bond, effleura la surface boisée mais ne fut plus certain de l’emplacement. Alors, il réitéra l’opération des yeux fixés qui se laissent embarquer au-delà des apparences et font apparaître un motif qui parait crever le champ visuel. Il tâtonna à la base du D et perçut un déclic. Il enfonça la pièce de bois et fit coulisser celle se trouvant au-dessus.

« D.A. Essayons de le remettre dans l’ordre. »

Il mémorisa la séquence de déplacement des pièces et lorsqu’il eut obtenu « A.D. », une porte de 50 cm de large sur un mètre de hauteur se déverrouilla. À l’intérieur, il trouva des étagères d’environ 30 cm de profondeur. Sur l’une d’elles, il découvrit un parchemin dont le texte le fit sourire :

« Bravo, Hercule ! Tu as découvert le coffre secret de l’ordre Gerbera. »

Il jugea que la cachette était parfaite pour y déposer les Gallions empochés avec ses baguettes et son travail à la ménagerie. L’argent y serait plus en sécurité que dans un coffre gobelin. Le secret avait tenu deux ans, c’était un gage de fiabilité. Il referma la porte et remit les pièces de bois aux emplacements d’origine. Puis, il revint à son livre et le ferma. Il n’avait pas envie de terminer sa lecture passionnante à vive allure. Un sentiment de tristesse l’envahit soudain.

Eugénie lui lançait un « T’es pas capable de faire ça ! » tandis que Laurine lui disait d’agripper la branche qu’elle tendait, le suppliait de ne pas sombrer.

— Je n’ai pas le choix, Laurine, dit-il à voix haute comme si elle était présente.

Il vida sa besace sur la table et tria tout le fatras. Il remit dans le sac tout ce dont il n’aurait pas l’usage. Voyant la plume de Globulaire, il siffla, activa l’œil, attentif aux notes jouées et ordonna de se mettre en mouvement pour rentrer au bercail. Bientôt, il ne resta plus que les morceaux de bois, les ciseaux, les râpes, les limes, la chignole et ses fins embouts pour percer proprement, un étau, des cales et une sacoche remplie de fioles et d’inclusions. Il inspira, choisit une essence, un tube de verre et repoussa le reste. Puis, il chaussa des lunettes loupe protégeant ses yeux et noua son écharpe sur son nez. Il bloqua le bois, prit un gros ciseau et commença à racler en poussant longuement, sans émettre de sciure toxique, ne produisant que des copeaux.

Plusieurs heures s’écoulèrent. Il détermina que la baguette n’excéderait pas trente centimètres de long et que le diamètre de sa base serait assez réduit. Ces mensurations s’accordaient avec le système d’éjection rapide qu’il portait toujours depuis sa mise au point par Orby, l’elfe de maison de sa famille. Lorsque sa création fut achevée, il perça un trou assez profond dans le manche du cône lisse et effilé. Il versa le venin de Marsouin des sables, prélevé dans le rostre de la créature. Jusqu’à la dernière goutte ! Il boucha avec un amalgame de colle et de copeaux pilés. Il prit garde à ne pas respirer pendant la phase du pilonnage et du bouchage. Il s’éloigna le temps du séchage.

Vers 6h00 du matin, il en eut terminé avec sa mission. Il voulait sa création sans fioriture mais pas sans personnalisation. Alors, il prit un stylet de métal à la pointe fine et grava, sans trembler, les mots suivants en gaélique écossais : « Do m’ athair. Do m’uncail. ». À mon père, à mon oncle. Il termina les finitions : ponçage léger, nourrissage à la cire et séchage. Il bailla, épuisé par une nuit de labeur. La baguette la plus puissante à sa disposition, selon Guillaume. Le serait-elle ? Fonctionnerait-elle ? Une demi-heure passa. Il lutta contre le sommeil et se mit à déambuler pour se tenir éveillé. Il devait rentrer au pavillon Gerbera, se doucher, se changer et déjeuner avant d’aller écouter Edmond Perlenjoie débiter l’histoire de la magie qu’il avait déjà lue en long, en large et en travers.

Il effleura sa production. Elle était sèche. Il la glissa dans son bracelet d’éjection. Un déclic signala la mise en place. Il baissa les bras et les manches de sa cape retombèrent, masquant à moitié ses mains. Une torsion du poignet et il éjecta le cône de camphre.

Plusieurs minutes après, il fut incapable de mettre des mots sur ce qu’il éprouva à cet instant. C’était comme si, toute sa vie, il n’avait été que du vide, du désespoir et que soudain, il était repu, rempli, comblé. Son corps bouillonnait. La baguette se nimba d’une aura à la fois blanche et noire. La flamme du Feu Éternel vacilla et disparut. Les murs devinrent invisibles, engloutis par la noirceur ambiante. D’un pas sûr, il quitta le Quartier Général. L’aube naissante n’injectait pas sa lumière bleutée habituelle. Le ciel était noir, sans étoile. Hercule se fit violence pour remettre la chose dans son repaire. L’aurore apparut. Le garçon descendit les marches et s’engagea dans le bois. Il n’entendit pas une voix murmurer :

— Ne fais pas ça…

La perspective d’une douche réconfortante, de vêtements propres et d’un petit déjeuner copieux, après une nuit blanche à travailler, enchantait le Belge. Hélas, rien ne se passa comme il le désirait. Dans la pénombre du bois, il détecta des gémissements. Il crut avoir affaire à une créature blessée, peut-être même le Baku qui s’était encore pris les pattes dans une ornière ou une racine, oubliant sa piètre vision nocturne. Mais les créatures magiques ne pleuraient pas comme un humain. Hercule découvrit une silhouette d’enfant pelotonné sous un fourré. Il se mit à genoux. C’était Noël Millefeuille, trempé, glacé et brûlant de fièvre. Il était catatonique, incapable de réagir. Son visage était tuméfié, couvert d’ecchymoses. Le pauvre réprima des gémissements de douleur lorsque l’élève belge le tira pour le remettre sur ses pieds. L’Aloysien était dans un état pitoyable. Hercule maugréa :

— C’est Rosier et sa bande, c’est cela ? Vous avez passé la nuit dans le bois pour leur échapper ?

Noël lui jeta un bref regard honteux mais approbateur.

— Cela ne peut pas continuer ainsi ! Ces maudits suprémacistes sont allés trop loin !

L’aîné ressentit des picotements dans le bras, là où le cuir de son système d’éjection était en contact avec sa peau. Le camphre brûlait d’impatience.

— Venez.

Hercule passa un bras du garçon autour de son cou et l’aida à parcourir la distance le séparant du château. Arrivés à l’infirmerie, le blessé fut pris en charge par une Rose Cacheton dans tous ses états. Elle voulut savoir qui l’avait arrangé de la sorte. Noël observa un silence absolu. Elle se hâta de le dévêtir, de le frictionner avec des serviettes chaudes et lui donna un pyjama trop grand. Elle l’installa sur un lit et lui apporta du thé chaud. Pendant qu’il se restaurait, elle alla chercher des onguents, des lotions, des bandages et même du Poussos, car la cheville gauche du garçon était cassée. Hercule, immobile, rongeait son frein, désireux d’expédier Rosier et sa clique en enfer. Il éjecta la baguette, ressentit sa colère combler le moindre pore de sa peau. Puis, déterminé, il visa la cape de son camarade et déclama :

— Gerbera Pertinent !

La verveine rouge blanchit et prit la forme d’un gerbera. L’écharpe écarlate perdit sa teinte. Au bout de quelques secondes, le sortilège fut effacé. Furieux, le Belge quitta la victime et fila droit vers la salle du Sondeur qu’il traversa au pas de charge. Il entra dans un isoloir et ne salua pas l’entité minérale. Il déversa sa fureur en prenant à peine le temps de respirer entre chaque phrase assénée avec rage et dégoût. Le Sondeur répondit qu’il comprenait son courroux mais qu’il ne changerait pas l’affectation de Noël, quels que soient ses tracas.

Le terme « tracas » mit Hercule hors de lui et il lui opposa une mise en danger caractérisée qui vaudrait au Sondeur, s’il était humain, une comparution au Tribunal Administragique. L’entité minérale lui rétorqua, une fois de plus, qu’elle ne réaffecterait pas dans l’ordre Gerbera tous les élèves rencontrant des soucis avec les suprémacistes. Hercule contre-attaqua avec une dose de raillerie. Ces immondes personnages frappaient Noël pour qu’il élabore une potion si destructrice que cette fois, le petit Brugeois n’aurait peut-être pas un Hortza à proposer pour guérir un mal incurable. Le Sondeur lui conseilla de temporiser, d’attendre que les choses se calment d’elles-mêmes. Hercule se leva et hurla :

— Si vous ne vous opposez pas aux chantres de la haine, de l’ostracisation, vous êtes de leur côté et vous partagez leurs idées ! Vous n’avez concrétisé l’ordre Gerbera que pour faciliter leurs missions agressives, destructrices. Vous êtes complice et, à ce titre, je vous retire toute ma confiance !

Il s’enfuit de la grotte aux lucioles sans laisser l’âme du château répliquer. Il rejoignit ses amis au restaurant. Ils comprirent qu’un événement grave était survenu.

Il ne narra pas, il débita, il vomit ses paroles.

— Que peut-on faire si le château n’est pas d’accord ? demanda Jacques.

— C’est logique, affirma Sigrid. Il faut suivre notre procédure.

— Vous mentionnez celle qui nous fut appliquée, à Katarina et moi ?

— Oui, Shin.

— Je pige, confessa Eugénie. Hercule, il me reste des gerberas colorés.

— Des gerberas colorés… à coudre…

— Voilà.

— Je ne comprends rien, dit Jacques.

— Repulsa ! répondirent les six élèves au courant de l’existence du QG.

— Ah… d’accord !

— Nous aussi, Repulsa ? dit Laurine en son nom et celui des cadets.

— Pour l’instant, oui, Laurine, répondit le Belge avec une douceur soudaine dans la voix. C’est… provisoire. Vous comprenez ?

— Bien sûr. Le plus important, c’est que vous ayez un plan pour aider Noël.

— Merci.

Elle lui servit un sourire fondant et chaleureux, comme un cœur coulant au chocolat. L’apaisement fut de courte durée. Il tourna la tête en direction des suprémacistes. Il n’entendit pas leurs paroles mais devina le sujet de leur conversation. La peau de son bras droit fut prise d’une démangeaison irrépressible.

À l’issue de la nouvelle leçon de droit et politique sorcière où Sidonia n’avait fait qu’effleurer la structure du Portugal, Umbelina avait éprouvé de la frustration. Elle voulait en apprendre plus, étudier la constitution, les lois sorcières lusitaniennes et surtout, trouver un moyen d’exploiter sa notoriété et en faire profiter ses compatriotes. L’exemple d’Eugénie, gagnant de l’argent avec une activité lucrative et reversant une part considérable à l’association des né-Moldus nécessiteux, l’inspirait, mais elle ignorait comment exploiter ses facultés. Au déjeuner où les enfants se régalaient d’une daube de poissons ou de blanquette de dinde, la princesse ne masquait pas son écœurement.

— Mes parents sont riches et ils ignorent mon existence. La famille aimante de Sebastian da Oliveira est obligée de travailler chez un viticulteur moldu pour deux salaires de misère. Chacun gagne dix Gallions par mois.

— Comment font-ils ? On ne peut pas vivre avec si peu.

— Ils troquent leurs talents de sorciers contre des denrées, auprès de Moldus au courant de l’existence de notre monde.

— Le ministère ne peut-il pas leur trouver un meilleur travail ? demanda Katarina. Je veux dire : avec un salaire décent.

— Le Portugal est une nation pauvre. La population sorcière, de 600 âmes environ, est tributaire des Moldus qui sont en difficulté. En plus, juste à côté, il y a le voisin ibérique. Le ministère de la Magie espagnol est très bien organisé, avec une structure comparable à la France ou l’Italie, alors que l’Espagne compte presque deux fois moins de sorciers que les nations majeures. Le siège est bâti au cœur du quartier commerçant, au musée du Prado, à Madrid.

— Le fameux Portal Estrelar, précisa Hercule. Dissimulé derrière une affiche de la nuit étoilée, du peintre moldu Vincent Van Gogh.

— Sans oublier qu’il y a deux autres quartiers commerçants. À Barcelone et à Séville. On y trouve tous les artisans, tous les métiers. Certains viennent même du Portugal ; les Espagnols paient mieux. Résultat : le ministère portugais est vétuste, sinistre et ne comporte presque que des Aurors.

— Vous êtes la mieux placée pour en parler, concéda son voisin belge.

— Oui… Une chance que le professeur Piedargile ait été là pour leur tenir tête. Bref ! Je suis sûre que j’ai un petit rôle à jouer. J’ignore juste lequel. J’aimerais rapporter des Gallions à ma nation, pas lui en coûter, même si mes études sont payées par la France, suite à l’affaire Alveira. 2

— Vous devriez écrire à la ministre Dos Santos et lui exposer votre volonté d’utiliser votre image, votre nom. Juste pour envoyer la balle dans son camp et voir comment elle réagit.

— Tu as raison, Hercule.

— Ce qu’il faudrait, c’est qu’un fabricant de balais en crée un avec ton nom et qu’il te verse une somme à chaque vente, suggéra Andrea. Je serais ton premier acheteur.

— Ce serait merveilleux !

— Jo pourrait même fabriquer des tenues à ton effigie, ajouta Eugénie. Avec un symbole qui marque les esprits, qu’on sache aussitôt que c’est de toi qu’il s’agit.

Umbelina lâcha, comme par réflexe :

— Un aigle royal.

— Oui ! L’entreprise de l’aigle qui crée tout ce qu’il faut pour le Quidditch : balais, tenues, balles, Vifs d’or, battes, chaussures, cercles entièrement personnalisés pour les stades des équipes, accessoires pour les supporters, renchérit Andrea. Il faudrait le concepteur d’Icare.

— Günther Dornier.

— Il serait capable d’inventer des balais allant plus vite, pour prendre des virages plus serrés et accélérer plus encore.

— Vous perdez la tête, Andrea, taquina Hercule.

— Oui et j’adore ça !

— Lancer une telle entreprise requiert du temps et de l’argent. Il faut que j’en gagne avant.

Eugénie fut sur le point de mentionner le degré 40 qui contenait sûrement du minerai de valeur, mais elle se ravisa juste à temps car Laurine, les yeux fixés sur son verre d’eau, parut discerner un pan de vérité. Elle écarquilla les yeux, sous le coup d’une vive émotion.

Hercule se leva et annonça qu’il se passerait de dessert. Jacques se proposa de le soulager. Eugénie, tiraillée, finit par enfourner un éclair parfumé à la vanille dans la poche droite de sa robe sorcière, sous le regard effaré du Belge. Elle l’accompagna jusqu’au pavillon Gerbera, récupéra une fleur jaune en tissu dans sa chambre et ressortit. Puis, elle avoua :

— Samedi matin, je n’irai pas à la leçon particulière d’Elvira. Pas après ce qu’elle a fait.

— Où irez-vous, à la place ? Allez-vous faire une grasse matinée ?

— Non. Je file dans le degré 140 avec mon alambic et ma baguette. Il y a de la rose de Damas, en ce moment. Les saisons sont différentes.

— Tout est différent, dans les degrés.

— Il y en a des plus sympathiques que d’autres. J’aimerais bien essayer celui de la gourmandise.

— Cela ne m’étonne pas !

— Et le 180, aussi. Je trouverais Rosier, immobile et je lui mettrais un bon coup de pied au derrière. Ou dans l’entrejambe.

— Ah ah ! Cela ne m’étonne pas de vous ! Il est vrai que le 180 permet de prendre son temps, à condition d’avoir un Toutenbulle. On peut… Par Flamel !

— Quoi ?

— Le chiffre 180 de mon rêve, il y a quelques jours !

— Bien. Et ?

— C’est la solution.

— Pour quoi ?

— Explorer le passage de la grille nord.

— Mais il faut décoder la protection qui se trouve dans l’armoire de mon père. Quand nous sommes en cours, c’est impossible. Au repas, on note tout de suite notre absence et le reste du temps, soit il est dans son bureau et nous barre l’accès, soit il est dans l’appartement.

— Il suffit de trouver son mot de passe hebdomadaire, d’aller dans le degré 180, de rentrer dans l’infirmerie, de passer sous son nez, de fournir le sésame au squelette, de grimper et… Avez-vous toujours la clé de l’appartement ?

— Oui. Quelque part dans le bazar de ma chambre. Je vois… Après, tu es tranquille pour ouvrir cette fichue armoire puisque le temps est arrêté.

— Exact !

— Mais ça doit être compliqué, le mécanisme d’ouverture !

— J’ai mon idée là-dessus.

Il nota l’heure. Il n’était que 13h15. Il avait du temps pour partager sa découverte. Il la conduisit au Quartier Général et lui montra la cache secrète dans le mur. Sachant que son ami stockait ses Gallions dans sa chambre ou déambulait parfois avec de grosses sommes sur elle, le garçon fit valoir que ce coffre invisible constituerait une meilleure cachette en attendant d’ouvrir un compte à la banque Pasdelazare et de réaliser des opérations à Bourg-Enchanteur, à l’aide du DAG.

Au retour, le duo fit une halte à l’infirmerie. Noël dormait. Eugénie en profita pour coudre le gerbera au revers du col de la cape du garçonnet. Ensuite, ils observèrent le vêtement. Rien ne se passa. Le Sondeur ne s’opposa pas à l’usage du Quartier Général voulu par les enfants.

Le cours de métamorphose s’acheva à 17h00. Hercule, après avoir noté les travaux à réaliser – transformer une souris en ragondin sans faire usage d’un Amplificatum –, rassembla ses affaires et sortit de la salle de classe. Il tomba sur Elvira. Le visage du Belge se rembrunit aussitôt. La référente parut vouloir lui parler mais le professeur Racine le héla, quelques mètres plus loin. Il tenait un gros colis entre ses mains fines.

— Tu l’as reçu ! dit-il d’un air triomphant.

Hercule esquiva la référente Urtica et fondit sur le professeur de sciences. Ils entrèrent dans une salle vide et déballèrent le microscope. L’outil d’observation disposait de trois modes de grossissement, allant jusqu’à 400 fois.

— Fantastique ! Ils ont pensé aux lamelles de verre. Très important de les rincer à l’eau claire, après usage. Un peu d’alcool à 90 degrés tuera tous les germes parasitant l’observation.

— Les plaques doivent être utilisées à chaque observation ? Même pour du tissu ?

— Oui. Observer un tissu végétal ou animal est possible à condition de réaliser une coupe suffisamment fine pour que la lumière traverse la matière.

— Lumière reflétée par le miroir. En intérieur, il faut une source assez puissante.

— Une lampe torche moldue, fonctionnant avec des piles, aurait été parfaite, mais tu sais bien sûr que l’électricité et les sorciers, ça ne fait pas bon ménage. Une observation avec un effet stroboscopique est déconseillée.

Hercule grimaça. L’horizon de l’avancée scientifique et magique s’obscurcissait. Il constata, amer :

— Cela exclut l’usage de microscope dans le laboratoire de potions, au sous-sol. Trop sombre. C’est pourtant là que je devrai étudier.

— À moins de…

— Oui, Professeur ?

— Il faudrait créer une sorte de puits de lumière ou de système de périscope. En passant par le soupirail.

— Des jeux de miroir pour amener la lumière solaire. Une idée lumineuse, si je puis oser. Mais c’est un système restreint au jour, au beau temps.

— Tu ne travailles pas la nuit, tout de même ?

— Si, Professeur. Pas vous ?

— Par les flammes d’un Gazeux basque ! Non ! La nuit, je dors.

— Pas moi. De moins en moins. Trop de choses à faire, de problèmes à solutionner. Le prochain sera d’étudier les colorants et réactifs chimiques.

— Pour mettre en valeur les échantillons observés. Le laboratoire de potions est la pièce qui concentre tous ces ingrédients indispensables. Mais je suis sûr qu’un sorcier scientifique comme toi va trouver une solution, n’est-ce pas ?

— Si c’est un défi, je le relève.

Hercule n’était guère avancé. Un puits de lumière ou des jeux de miroir ne lui serviraient qu’en journée, durant les cours alors qu’il viendrait après 20h00, la plupart du temps et que la saison hivernale, avec ses journées raccourcies, ne ferait pas ses affaires. Un Picbarboule, voire plusieurs attachés ensemble, ne générerait pas assez de lux pour discerner tous les détails au microscope. Un Feu Éternel n’était pas approprié, car la flamme dansait. La seule solution consistait à lancer un Lumus Solem. Un sort impliquant de garder la main sur la baguette, sans trembler ou bouger. Peu pratique.

« Allez, Van Betavende ! Réfléchis ! Il faut reproduire un système moldu qui ne fasse pas appel à une ampoule et à une source d’électricité. Il y a… la lampe à acétylène. De la chimie en guise de solution ! De l’eau et du carbure de calcium. Le gaz qui va se dégager, passera dans un bec métallique fin. Mais au final, ce sera encore une flamme et elle sera instable. Mauvaise idée ! Mais la piste chimique ne doit pas être écartée… Voyons… Quel animal produit de la… Oh ! Bon sang ! Le luminol ! Plongé dans l’eau oxygénée, il dégage une lumière intense et… Oh ! Klaus ! Monsieur Blutigewurst, petit cachottier ! »

Hercule se souvint de la recette de Sanguis Vestigia. Parmi les différents ingrédients, il y avait de la poudre de lampyridae. Autrement appelé, luciole.

Le vampire avait pioché dans la nature, le composé bio luminescent naturel, abondant, aux alentours de son château tyrolien. La luciole produisait de la luciférine, une molécule qui, combinée à son enzyme la luciférase, dégageait de l’oxyluciférine et émettait de la lumière. Au contact de l’eau utilisée par Sanguis Vestigia, il provoquait une réaction lumineuse en présence du fer contenu dans l’hémoglobine.

Hercule voulut en avoir le cœur net. Jean le lut sur son visage.

— Tu viens d’avoir une idée. Je me trompe ?

— Non, Professeur.

— Alors ?

— Je vais au laboratoire de potions.

— Je t’accompagne !

Jean se chargea de remballer le matériel. L’élève et le professeur prirent l’escalier, filèrent vers la loge et descendirent au sous-sol. Ambroisine était en plein cours avec les élèves de sixième année. Le duo se glissa dans l’annexe en silence. Le garçon s’empara d’abord d’un bécher propre. Il chercha et trouva la poudre de lampyridae. Elle contenait les éléments réactifs mais pour déclencher une réaction, il fallait un catalyseur, un déclencheur. L’eau oxygénée, utilisée pour nettoyer les petites coupures, courantes avec du verre, fragile, ferait l’affaire pour produire l’oxydation, la réaction chimique. Mais pour que le processus soit complet, il fallait un colorant qui teinterait la lumière pour la rendre visible.

Il dégotta un bocal de colorant jaune et un autre rempli de poudre bleue. Il versa une mesure de chaque matière.

— J’ai lu les propriétés dans « Comprendre une potion. » Cela devrait donner du blanc.

— N’y a-t-il pas un risque d’explosion ? De projection ? De brûlure ?

— Une luciole ne connaît aucun de ces désagréments. Alors, j’ose espérer que je ne fais pas d’erreur.

Il versa 50 centilitres d’eau oxygénée sur le mélange de poudre. En quelques secondes, le local fut éclairé comme en plein jour. Les élèves présents, tout comme leur enseignante, ne purent manquer l’événement.

— Venez voir ce que Hercule a réalisé ! proposa Ambroisine.

— Tout ça, sans baguette, dit le professeur Racine. La magie dans les sciences.

La fin du cours fut laborieuse, car tous les élèves n’avaient d’yeux que pour la source lumineuse éclatante, stable, sans échappement de gaz toxique. Au petit matin, le bécher brillait toujours.



1 École, en quechua.

2 Voir Beauxbâtons « 1917 »




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés