Les vacances touchaient à leur fin. Dans une semaine, les étudiants se tiendraient en rangs serrés au pied des marches de l’Académie. Les plus jeunes se dirigeraient vers la salle du Sondeur, leurs aînés gagneraient le restaurant et réserveraient des places de choix pour accueillir les novices répartis dans leurs ordres respectifs.
Monsieur Delacour faisait de fréquents allers et retours à l’école, en compagnie de Jonas. Les deux hommes finalisaient les travaux commandés par la directrice. L’employé avait dévoilé la nature de la transformation et Hercule trouvait qu’il s’agissait d’une bonne initiative. En dépit de son attrait et de son confort, le restaurant, traversé par les elfes de maison pour les mises en place, ne garantissait pas la quiétude requise pour des réunions efficaces. Jonas avait reçu une interdiction formelle de parler du pavillon de quartz. Gervais s’était contenté d’avouer, sur un ton sibyllin, que l’Académie s’organisait face aux menaces extérieures et intérieures pesant sur elle. Cette déclaration, proférée avec un air mystérieux revendiqué, ne préoccupait pas plus Hercule que cela. Son attention se portait plutôt sur le courrier reçu en réponse aux invitations lancées à ses amis, pour passer les derniers jours à Py. Umbelina avait précisé qu’elle serait présente devant Cosme Acajor à 10h00, le 9 septembre. Hercule devrait redoubler d’attention pour la « repérer », selon les termes employés par la Portugaise. Shin et Katarina, accompagnés de madame Sato et de leurs parents respectifs, le rejoindraient Place Cachée. Eugénie viendrait aussi, avec sa tante. Augustin garderait la boulangerie, ouverte ce jour-là. Quant à Sigrid, elle n’avait pas répondu au courrier. Les Flamel, contactés après coup, restaient évasifs. La situation durait depuis la mi-juillet.
Gervais chaperonnait Roxane et Sidonie. Hercule prendrait place dans un module de Transportation avec eux. Claudia gardait les plus jeunes à la maison et Jonas assurait la direction de l’entreprise en l’absence du patron. En marge des fournitures et des manuels scolaires à acquérir, Hercule devait se rendre chez Frippachère, la boutique où il trouverait des pantalons et des chaussures à sa taille. La haute couture, proposée à des tarifs prohibitifs par la maison Capenoir, n’était pas encore à la portée de sa bourse. Les tenues sur mesure viendraient avec la célébrité, se disait-il. Chacun se préparait avec entrain pour la journée consacrée aux achats.
Jusqu’aux dernières heures du jour, Hercule avait peaufiné trois baguettes-stylo dont une était la réplique exacte de sa première mouture. Un cadeau pour Eugénie. C’est en repensant à l’amusante baguette au manche en haut-de-forme et aux galurins enchantés – achetés chez Le Pointu – qu’Edmond Perlenjoie portait, qu’une idée avait germé dans l’esprit du Belge. Les Aurors, dépourvus d’uniforme – c’était l’apanage de la Compagnie de Régulation Sorcière –, s’habillaient presque toujours avec une robe, de solides godillots et un chapeau. Quelques-uns, audacieux et œuvrant parfois au sein des populations moldues, préféraient le costume trois pièces, la gabardine, sans oublier un couvre-chef. Dans tous les cas, le chapeau était l’indispensable accessoire de sortie, au même titre que les bourses en Moke gavées de Gallions.
Gardant à l’esprit l’exemple de Shin, avec sa baguette piquée dans ses cheveux, le garçon avait commencé par découper une fine tranche de balsa, assez souple pour supporter de joindre ses extrémités. Un bâtonnet de cerisier, dans lequel il avait inséré une moustache de Chartier, faisait la jonction. Enfin, Claudia avait apporté ses mains expertes pour coudre du feutre par-dessus et pour assembler le bord. Le galurin n’était pas digne de figurer chez Le Pointu mais peu importait : le prototype fonctionnait. Non seulement le garçon était parvenu à réaliser un sortilège de lévitation fort honorable avec son accessoire vissé sur le crâne mais le chapeau « parlant » transperçait les plus redoutables pratiquants de l’Occlumancie. Refusant toute incursion dans sa cervelle, Gervais avait lancé la série de tests dont un Legilimens d’anthologie sur Jonas, dépassé par la puissance du directeur. C’est avec cet ultime concept offert à A.D que les travaux d’été d’Hercule avaient pris fin.
Au matin du 9 septembre, le quatuor était prêt à dépenser ses Gallions. Il se rendit sans tarder à Bourg-Enchanteur. Afin d’atteindre la cité souterraine, Gervais dut transplaner à de multiples reprises, connaissant les étapes où atterrir. Roxane eut des hauts-le-cœur tandis que Sidonie renvoya jusqu’à la dernière bouchée de son petit déjeuner au pied d’une bergerie. Hercule passa l’épreuve comme une fleur. Pourtant, l’année dernière, lorsque les enseignants s’étaient relayés pour les transporter, lui et ses camarades, il avait eu l’estomac retourné. Quand sa mère ou son père l’embarquait, le malaise stomacal était identique. Pourquoi n’avait-il rien ressenti ? Même pas un flottement dans les jambes. Rien.
« Bizarre… »
Le voyage dans le module de trente places avait duré près de cinq minutes, la vitesse maximale ne pouvant être atteinte qu’avec les modèles à quatre sièges. Le groupe, parvenu au ministère, avait choisi d’emprunter une cheminée publique. Le trajet ministère-Place Cachée avait pris deux secondes. Il en avait fallu une centaine pour se débarrasser de la suie très incrustée, à coups de Tergeo. Ils étaient enfin prêts pour faire des folies. La rue commerçante ne manquait pas d’attraits, de lieux de perdition pour les gourmets, les aventuriers, les sportifs, les érudits, les distingués. Les yeux d’Hercule et ses narines dérivèrent en direction de la maison Meringue, pâtisserie spécialisée dans les macarons. La devanture, alléchante, colorée, ne suffit pas à détourner son regard des clients patientant à l’intérieur. Il y avait une femme plantureuse, flanquée d’une jeune fille à la frimousse inoubliable et à la chevelure auburn indisciplinée.
— Eugénie !
La nièce et sa tante réglaient quelques achats gourmands. Le trublion de l’Académie se lançait-elle dans les comparatifs avec la concurrence ? Hercule se laissa distancer par les Delacour, sous l’œil bienveillant de Gervais. Il patienta devant la vitrine du pâtissier. Une voix interrompit ses rêveries :
— Bonjour, Hercule.
Il se retourna et eut du mal à dissimuler son étonnement. C’était Sigrid. Changée, mûrie, comme si elle avait lutté durant des semaines contre un ennemi invisible. L’Autre.
— Sigrid !
Le garçon l’enserra entre ses bras et la plaqua contre sa poitrine, incapable de masquer sa vive émotion.
— J’ai cru que vous aviez eu des ennuis, entama-t-il en esquissant un pas en arrière.
— Je suis désolée d’avoir gardé le silence. Je menais une mission secrète.
— Une mission secrète ? De quelle nature ?
Elle sourit et il se reprit :
— Suis-je distrait ! Ce ne serait plus secret si vous en révéliez le contenu.
— Sache juste que je vais bien. En dépit de mon apparence.
— Vos cheveux ont…
— … commencé à grisonner. C’est stable. C’est survenu dans des conditions particulières qui ne se reproduiront plus. Je t’expliquerai.
— Vous êtes la plus qualifiée pour l’affirmer.
— As-tu vu Umbelina ?
— Pas encore.
Il jeta un coup d’œil à sa montre. Il était 10h00 et personne ne rôdait devant Cosme Acajor.
— C’est épique. Tu vois l’attroupement devant la banque Pasdelazare ?
— Oui.
Une foule compacte d’adultes et d’enfants se massait au pied des marches de l’établissement bancaire, comme si les Gobelins avaient promis de distribuer 1000 Gallions aux premiers clients du jour.
— Au centre de cette marée sorcière, il y a Umbeijo. En sortant de la banque, tout à l’heure, je suis tombée sur ce rassemblement d’admirateurs.
— Ses admirateurs ?
— Tout à fait ! Sa robe à capuche et ses lunettes de soleil moldues ne l’ont pas empêchée d’être reconnue. Elle a improvisé une séance de dédicaces. Elle s’est transformée en célébrité.
— Mais sur quoi est-elle en train de signer ?
— Là, je dirais un Friselune. Elle appose sa signature sur toutes sortes de supports. Des exemplaires du Cri de la Gargouille, de 7-Hebdo, des balais sortis de la boutique de Gaston Mcaaron, des robes sorcières, des Souafles, des battes. Elle a essayé avec un Cognard mais impossible de tracer la moindre lettre.
Les enfants n’étaient pas près de discuter avec la championne portugaise.
— Je n’ai pas croisé Shin. Ni Katarina.
— Moi non plus.
Éliane et Eugénie sortirent enfin. Le Belge nota que la petite frisée tenait sa tante par la main. Cette vision déclencha un tsunami dans son cœur et son ventre. Il ne put retenir une larme, touché par ce bonheur. Eugénie se précipita sur eux et les serra très fort.
— Vous m’avez manqué. Tous les deux.
Elle releva la tête, au comble de la joie et de la sincérité. Eugénie, sérieuse plus de dix secondes, voilà de quoi déstabiliser ses camarades. Elle s’effaça sur le côté et fit les présentations :
— Voici ma tante, Éliane. Tata, c’est Hercule. Et elle, c’est ma grande copine et confidente, Sigrid.
— Enchantée de faire enfin connaissance du tandem surnommé par ma nièce : « les cerveaux du quatrième ordre ».
Les intéressés lui tendirent la main, à tour de rôle, pour une poignée franche et chaleureuse. Le garçon détailla Éliane en une fraction de seconde. La sorcière s’habillait comme les Moldus et n’affichait aucun attribut sorcier. Elle n’avait pas de baguette sur elle ou alors, elle était fort bien dissimulée. Ses traits avaient peu de points communs avec Alfred, son frère, à part le regard bleu acier. Mais chez Éliane, il était pétillant, il trahissait un amour de la vie tandis que celui du médicomage alternait entre colère et nostalgie.
— Je suis ravi de faire votre connaissance, répondit le Belge. Eugénie nous a écrit qu’elle avait passé les plus belles vacances de sa courte existence.
— Nous nous sommes employées à rattraper le temps perdu. Mon mari, Augustin, a rendu ces moments encore plus féeriques, je crois. Dire que la pauvre a failli ne pas survivre à son voyage…
— Pardon ?!
Les enfants dévisagèrent celle qui méritait toujours son sobriquet de « Risque-tout ».
— Oui… Euh… Oh, c’est une péripétie que j’ai omise de vous raconter. Il se pourrait que je sois tombée, par malchance, sur un… Bécut.
— Nom d’un Piment Cornu ! Quelle horreur ! s’écria Hercule. Les chances de ne pas finir dévoré, sans baguette, sont proches du néant. Comment avez-vous réussi à lui échapper ?
— Euh… Il pleuvait des hallebardes.
— Le Bécut se fie surtout à son odorat et à son ouïe, objecta Sigrid.
— J’étais cachée derrière un tronc d’arbre quand son attention a été détournée par un rapace qui a foncé sur lui en poussant un cri effroyable. J’ai senti un déplacement d’air.
— Un cri effroyable ? Tiens…
— J’y ai repensé après. C’était peut-être Edgar. En tous les cas, le Bécut n’a pas apprécié et a beuglé comme une vache. Les cris ont délogé un écureuil qui a fui sa cachette. Il a fini entre les pattes, puis dans le gosier du cyclope. Pauvre bête, transformée en apéritif !
— Et ensuite ?
— Il s’est éloigné. Lentement.
— Hum…
Le détective en herbe ne put s’empêcher de repenser au colis expédié par Jacques Boulanger. Il contenait l’œil d’un Bécut retrouvé sans vie. Un objet acéré avait transpercé le globe énucléé. Des serres d’une harpie féroce ? Edgar était un oiseau incroyable ; au fil du temps, il prenait soin de ceux qui le traitaient avec douceur et respect.
Le quatuor rencontra enfin les Japonais et les Russes. Monsieur Ishii et madame Sato tombèrent sous le charme du Belge qui s’adressa à eux en japonais, avec déférence et retenue. Sigrid s’en tint à une flexion pour les saluer, ne connaissant pas un mot de vocabulaire nippon. Quant à Eugénie, elle fut égale à elle-même, tapant la bise à une Saya Sato rouge comme une pivoine et servant une vigoureuse poignée de main à l’ambassadeur, le secouant comme un prunier, faisant fi de son titre nobiliaire. L’attitude franche, latine, plut à Kikujirò. La lecture des pensées profondes n’en était que plus aisée.
Le groupe rejoignit les Delacour et tenta d’alpaguer Umbelina au passage. Ils durent batailler de longues minutes avant de l’arracher à la horde d’admirateurs. La jeune Portugaise était venue incognito sans oublier son balai Icare, dissimulé dans une besace à extension. Elle avait rendez-vous pour une nouvelle interview avec un journaliste dans le bureau annexe du Cri de la Gargouille, à 11h00 puis avec Gaston Mcaaron, l’équipementier des sportifs, à 11h30.
La première boutique visitée par les familles fut Magillard, l’antre de la littérature sorcière. La priorité, c’était l’acquisition des manuels scolaires, incontournables. Ensuite, les novices achetaient chaudrons, ingrédients, plumes, encres, parchemins, tenues sorcières et la baguette. Les plus chanceux héritaient d’animaux de compagnie et, luxe suprême, d’un balai personnel. À partir de la seconde année, il s’agissait surtout de réassortiment.
Dans la librairie, chacun déambulait dans les rayons avec son panier enchanté, mis à disposition à titre gracieux, suivant le client en flottant mollement. Hercule, une fois acquitté de la liste commise par les enseignants, se hasarda au rayon des contes et légendes. Les Moldus les dévoraient et croyaient parfois que, dans toute histoire rocambolesque, fantastique, il y avait une part de vérité. Les sorciers, eux, adoptaient une démarche inverse. Ils affirmaient qu’une once de fantaisie mensongère émaillait les récits ahurissants et ils les tenaient pour vrais. Dans les rayons, il y avait une telle abondance d’éditions, de références qu’une aide magique eut été bienvenue. Hélas, monsieur Gutenberg n’officiait pas chez Magillard. L’élève s’entêta en parcourant les titres à vive allure et, de temps en temps, en lisant le résumé sur la quatrième de couverture.
Son cœur fit une embardée lorsqu’il découvrit un ouvrage sobrement intitulé « Légendes sorcières du Brésil », signé par un certain Roberto Amazomaniac. Il l’ouvrit et se référa à l’index. Un titre attira son attention : « la légende du bois serpent ». Alors qu’il cherchait la page correspondante, une voix l’interpella :
— Tu sais que Johannes l’a sur ses étagères ?
Hercule referma le bouquin, comme s’il n’était qu’un enfant pris les doigts dans le pot de miel.
— Par Flamel ! Eugénie ! Tenez-vous à ce que je fasse un arrêt du cœur ?
— Ce serait bête de rater les délicieuses pâtisseries que nous avons achetées pour la semaine à Py. Alors, ton bouquin, tu fais voir ? Légendes sorcières du Brésil ? Tu comptes finir tes études de sorcellerie à Castelobruxo ? 1
— Du tout. Je vous narrerai ma découverte et vous soumettrai à un test amusant.
— J’ai hâte ! Moi, c’est pas ici que je trouverai mon bonheur. Il me faut une librairie moldue.
— Toujours en train de chercher comment créer des parfums ?
— Non, non, j’ai ce qu’il me faut. J’ai besoin d’un manuel de gestion d’un commerce.
Il la dévisagea comme si elle avait offert son âme aux suprémacistes.
— C’est un gag que vous répétez pour le 1ᵉʳ avril ?
— Ne rigole pas ! Je suis très sérieuse. J’ai besoin d’apprendre les bases, les règles. Ce matin, je suis allée vendre plusieurs litres d’essences florales chez « Arômes envoûtants ». De la lavande, de la menthe, du chèvrefeuille, de l’aubépine, du romarin, du thym et du géranium. J’en ai retiré 400 Gallions et quelques Mornilles.
— Mais c’est extraordinaire ! Une vraie fortune ! Je vous félicite ! C’est avec l’alambic de votre oncle que vous avez réussi ce tour de force ?
— Oui. J’ai mon propre appareil, un petit modèle offert par mon oncle Augustin. Éliane l’a enchanté pour qu’il chauffe sans brûler du bois.
— Fantastique !
— À présent, je dois trouver de quoi l’alimenter pour continuer ma production.
Son comparse murmura :
— En vous rendant dans le degré 140 ?
— Ce serait la solution idéale. Mais, même avec l’aide de la couverture de dissimulation, je ne me vois pas rapporter cent kilos de pétales sans croiser un quidam.
— Par quelle ruse allez-vous vous en sortir ? taquina Hercule, certain d’assister à l’élaboration d’un plan « Eugéniesque ».
— Je compte exploiter tes talents.
— Je crains de ne pas comprendre.
— Tu saurais lancer un sortilège d’extension ?
— Ce fut mon premier exercice chez A.D. C’est un prérequis.
— Voilà l’idée : créer une serre qui sera géante à l’intérieur mais modeste à l’extérieur. Je collecterai mes propres plantations.
— Quelles seront les dimensions extérieures ? Comment assurerez-vous l’arrosage ? L’ensoleillement ?
— J’ai tout prévu. Là.
Elle désigna un rouleau de parchemin dépassant de son sac fourre-tout.
— Il faudra que vous soyez la seule à y accéder.
— J’ai tout prévu, te dis-je.
— Hum… La logistique n’aura bientôt plus de secrets pour vous.
Elle lui claqua une bonne bourrade du plat de la main sur l’épaule et lui proposa de déguerpir de la librairie où elle ne trouverait pas le Graal espéré : un bouquin qui listât les panneaux routiers, qui détaillât le code – Napoléonien – de la route et qui rassemblât les questions les plus fréquemment posées pour obtenir le certificat de capacité. Elle devait mettre les pieds dans une librairie moldue et l’étudier. 2 Hélas ! Elle devrait attendre le jour de ses 21 ans pour passer l’examen.
Regroupés autour de chocolats chauds, de cafés et de pâtisseries, les sorciers discutaient. Hercule était attentif au moindre détail. En l’occurrence, un fait accaparait son intellect, jusqu’à le troubler. Gervais avait écumé plusieurs boutiques mais n’avait pas mis les pieds chez Cosme Acajor pour offrir une baguette à Sidonie. Le garçon supputait qu’il serait tenté d’en venir aux mains, voire à un duel, avec le directeur de l’échoppe, rapport à la lettre de menaces adressée par ce dernier. Le mentor du Belge était un intrépide explorateur mais n’avait rien d’un pugiliste ou d’un revanchard. L’explication était plus simple : Gervais avait mis Sidonie en présence des créations d’Hercule, juste après avoir reconstitué le stock, entre fin août et début septembre. Il questionna l’adulte de la manière la plus incompréhensible qui soit, suivant le cours de ses pensées et surestimant les capacités de Gervais en Legilimancie :
— Laquelle ?
— Pardon ?
— Quelle baguette a convenu à Sidonie ?
— La création qui a convenu à ma gentille rêveuse, la tête au-dessus des nuages, toujours à observer les étoiles ? Devine…
Hercule accepta le défi. Il passa en revue sa production. Sidonie la paisible, un tantinet naïve, s’accordait avec une inclusion issue d’une créature sans danger et sans exubérance. Le Laiséon ou la Coquecigrue répondaient à ces exigences. Quant au bois utilisé, était-il issu d’une espèce commune, européenne ou bien d’une essence exotique ?
« Le muiracatiara… Ce magnifique bois brun rouge ou rosé, parcouru de rayures tigrées, capable de se dissimuler à la vue de tous, porte un nom latin qui s’accorde à la perfection avec la fascination de Sidonie pour les astres stellaires. Astronium balansae : l’équilibre des étoiles. »
Il exposa ses conclusions :
— La baguette à double torsade, en bois de muiracatiara et plume de Coquecigrue. Enroulée comme les galaxies en spirale qui la passionnent.
— Tu réussis toujours à me surprendre, Hercule. C’est un talent rare.
L’homme but une gorgée de son breuvage et poursuivit :
— As-tu une idée de la réaction de la baguette lorsque Sidonie l’a eue en main ?
— Aucune. Des étincelles, peut-être ?
— Pas loin.
— Des étoiles. Des constellations.
— Exactement ! Des lignes ont jailli des différentes petites étoiles. Elles ont formé la Grande Ourse, le Taureau, le Chien, Cassiopée… Une féerie.
— C’est un signe. Sidonie créera peut-être une coupole en bois, géante, où elle projettera les étoiles et les planètes en mouvement, pour captiver les plus jeunes, les sensibiliser à l’astronomie. Un… cinémascope stellaire. Non ! Un planétarium. 3
— Encore une nouvelle idée d’invention ? J’en prends note.
— N’oubliez pas les brevets, Gervais, plaisanta Hercule.
— Et les royalties ! Tu vas me coûter cher.
— Qu’est-ce que la cherté, en comparaison de la fortune procurée par le savoir ?
— Hum…
L’attention du garçon se dilua peu à peu, se laissant porter par l’ambiance bon enfant, les visages heureux, souriants. Même Sigrid semblait radieuse. Elle rayonnait comme si elle avait vaincu l’Autre ou du moins, trouvé le moyen de faire taire Victoire Flamel à jamais. Shin et Katarina, côte à côte, échangeaient des regards complices, contentant madame Sato. Le vicomte Ishii, pur diplomate, animait les conversations avec une facilité et un art désarmants. C’était un facilitateur-né, un conciliateur. Un homme précieux.
À quelques mètres de leur position, dans un angle du salon de thé Matagot, Umbelina s’entretenait avec le journaliste sportif du Cri de la Gargouille, Gaspard Faudespart. Hercule se figurait les questions qui brûlaient les lèvres des lecteurs et des amateurs de sensations fortes : si le record d’altitude était battu par un Moldu en avion ou par un autre sorcier, enfourcherait-elle son Icare pour se réapproprier le titre honorifique ? Il imaginait la réponse d’Umbelina : les Moldus amélioreraient sans cesse les performances de leurs avions, emmèneraient des réserves d’oxygène et le monde sorcier s’inclinerait, tôt ou tard. La Portugaise partageait la théorie du Belge à propos du roman « De la Terre à la Lune », du romancier Jules Verne, hypothèse selon laquelle la science-fiction rejoindrait un jour la réalité pour devenir science. Mais si un sorcier avait assez de cran pour se mesurer à elle, elle empoignerait Icare et grimperait encore plus haut, là où le bleu du ciel devient noir. Le garçon en était sûr, juste en observant et en analysant la gestuelle de son amie, ferme, droite comme un i, déterminée.
Soudain, il ressentit un changement dans l’établissement. Comme si on le sondait. Instinctivement, il lorgna du côté de Sigrid et Eugénie, réunies pour le meilleur et la folie. Aucune des deux ne l’observait. Pas plus que les Ishii et les Rostopchine. Gervais s’était absenté quelques minutes pour une course personnelle, chez Aziz Branchiflore, l’apothicaire. Roxane et Sidonie étaient confiées aux bons soins d’Hercule, lequel les jugeait assez âgées pour ne pas nécessiter son chaperonnage. Le garçon balaya la petite salle du regard, cherchant l’origine de son ressenti dans le reste de la clientèle. Non loin de là, à une table ronde, il y avait un homme bien bâti, assis, de dos, avec six enfants âgés d’une dizaine d’années. Il reconnut la silhouette du référent d’Aloysia et Gabriella, sa fille adoptive. Ses jeunes compagnons intégraient l’Académie et bénéficiaient des subsides de sa fondation pour les né-Moldus abandonnés, maltraités.
Face à Wilfried, dissimulée par la stature du quarantenaire, il y avait une jeune fille. Elle paraissait différente en tous points. C’était une métisse, couleur café au lait, qui possédait des traits presque adolescents d’une grande beauté. Quand elle se penchait de côté, discrètement, pour le disséquer des yeux, Hercule se sentait foudroyé sur place par ses iris vert-bleu lagon, cerclés d’un noir profond. Il la fixa tant et si bien qu’elle sourit et qu’elle piqua un fard, masquant la moitié de son visage derrière une serviette en tissu. Le garçon tenta de dissimuler son trouble en se focalisant sur son mille-feuille au Grand-Marnier. La beauté absolue de la sorcière n’expliquait pas la perturbation. Il y avait une énigme en elle et il la découvrirait.
Dans l’arbre à musique, transformé en camp scout moldu, l’ordre Gerbera était au complet. Gervais s’était montré ferme avec Roxane et Sidonie qui souhaitaient s’intégrer à la troupe. Il avait même fait preuve d’intransigeance, sur un ton que le jeune Belge ne l’avait pas vu utiliser une seule fois en neuf semaines de présence à Py. Les filles aînées étaient autorisées à aller discuter avec les élèves au cours de la journée, mais elles devaient rester à la maison après le dîner. Le ton autoritaire aurait pu se diluer dans les aléas de la vie de famille, des rapports parents-enfant fait de défiance, de réprimandes et de compromis. Seulement, il avait prononcé des mots titillant la curiosité du Belge.
— C’est l’ordre Gerbera créé par… enfin, peu importe ! C’est comme ça, il faudra vous y faire.
— Ah bon ? Pas grave, Papa, je discuterai avec Umbelina chez Lonicera, le soir, jusqu’à deux heures du matin, avait lancé Roxane, exagérant l’horaire du coucher, par défi.
— Ça m’étonnerait.
Il n’avait pas édicté un interdit formel ; il avait remis en cause cette hypothèse. Depuis, dans l’esprit d’Hercule, le lien était fait. Du changement avait eu lieu en leur absence. Gervais avait dit, textuellement, que l’école – sous-entendu le Sondeur, capable d’agir sur le domaine –, avait réagi face au danger que le ministère lui faisait courir. Qu’est-ce que le Sondeur avait prévu ? Avait-il révolutionné les chambres ? Avait-il institué la généralisation de terriers à la sauce Lonicera ? Avait-il poussé l’isolement de chaque élève au maximum, rasant et ne bâtissant qu’un ensemble de logements individuels comprenant lit, bureau, armoire et sanitaire ? Avec une fermeture automatique des portes entre 22h00 et 6h00 ?
Tandis que ses camarades s’extasiaient devant l’avaleur de copeaux, extrait de l’atelier et mis en marche pour effacer les traces d’une bataille de polochons ayant mal tourné, Hercule, perdu dans ses pensées, choisit de sortir et d’aller prendre un peu d’air tiède. Demain, c’était la rentrée, avec un voyage en traîneau volant, « tiré » par les Jackalopes. Il s’éloigna de la demeure et les éclats de voix se muèrent en murmures lointains. Il dépassa l’atelier et se dirigea vers la pente qui s’amorçait à l’arrière du bâtiment. Là, il s’allongea dans l’herbe et goûta à sa fraîcheur. Il faisait nuit mais la lune, décroissante, projetait des ombres inquiétantes sur les roches disséminées un peu partout. En février dernier, ici même, le terrain avait glissé sous la magie du Bombarda Maxima. Gervais avait dû avoir une sacrée frayeur.
Le garçon admirait les astres, sans chercher à les nommer. De temps en temps, de minuscules astéroïdes venaient se consumer en entrant dans l’atmosphère terrestre, créant des étoiles filantes.
« Fais un vœu ! »
Une coutume moldue qui, même si elle défiait toute logique, lui plaisait bien. Il ferma les yeux et sonda son cœur, à la recherche de ce qu’il désirait le plus.
« Mère… J’aimerais que votre exil cesse… »
Il détecta une présence. Il tourna la tête sur le côté et devina la silhouette d’Eugénie. Elle s’allongea à quelques centimètres de lui.
— C’est là que tu te caches ! Ah… Je comprends pourquoi ! Ça fait vachement de bien, la fraîcheur de l’herbe. Et…
Elle inspira à fond, puis reprit :
— Tu sens ?
— De la menthe sauvage.
— Du serpolet, aussi. Et par moments, la brise apporte le parfum du buisson, là-bas…
— Chèvrefeuille.
— On ne sent pas la lavande qui borde l’atelier. Il faudrait un Ventus.
— Pas de magie avant 17 ans.
— Sauf dans l’atelier. Tu as pris de l’avance. Roxane m’a avoué que tu avais travaillé tout l’été. Comme si on n’avait pas assez de devoirs, toute l’année. Tu es maboul !
— Le « maboul » saura vous construire votre serre magique. Entre les heures de cours, les clubs, les options supplémentaires.
— Je ne t’ai pas demandé : tu as retenu quels perfectionnements ?
— J’ai abandonné la Divination. Ce n’est vraiment pas pour moi. J’ai laissé tomber l’étude des Moldus qui me donne des boutons.
— Comme moi. J’ai dégagé la médicomagie, en plus.
— Votre père sera ravi, non ?
— Il explosera. Encore. Sinon, en remplacement, j’ai choisi le français rédactionnel, les Arts magiques et le perfectionnement en duel. Je garde en tête l’idée d’écrire des articles. Plein de fautes mais personne ne s’en rendra compte !
— Hum…
— Les Arts magiques, ça pourrait me servir. En définitive, Dune, je la trouve bonne enseignante. Elle ne me fera pas aimer les runes, mais je lui laisse sa chance. Et toi, alors ? Tu as pris quoi ?
— J’ai tout retenu, excepté le duel.
— Quoi ? Mais… c’est… interdit !
— Non.
— Ah ben si ! C’était du 1 pour 1.
— Non. La directrice a dit : abandon de 0 à 3 matières. Ensuite, pour les remplacer, elle a présenté l’éventail des nouveautés et des perfectionnements. Elle n’a, à aucun moment, fixé une limite maximale. De plus, je suis sûr que les nouveautés ont lieu à des horaires différents, afin de pouvoir permettre n’importe quelle combinaison d’enseignements choisis par les élèves.
— Tu joues sur les mots.
— Tout à fait.
— Et tu crois que ce sera accepté ?
— J’y compte bien.
— Pourquoi tu n’as pas coché le perfectionnement en duel ?
— Parce que…
— Allez ! Dis-moi.
— Je ne peux pas.
Elle se rapprocha de son oreille et murmura :
— Pourquoi ? Tu as la trouille ?
— Pas comme vous l’entendez.
Elle le considéra avec suspicion, se gratta la tête, jusqu’à ce que ses méninges captent le sous-entendu.
— Tu as peur de toi-même ?
Il baissa les yeux, admettant qu’elle avait visé juste.
— C’est pas nouveau, cette peur, n’est-ce pas ? Non, ne réponds pas. Depuis la mort de ton père, la rage te consume. Tu la réprimes. Tu refuses l’usage des sorts d’attaque pour cette raison. Tu as peur qu’un accident survienne. Oui… Mais c’est plus ancien encore que l’assassinat de Louis.
— Eugénie… commença-t-il pour la prier de ne pas s’aventurer sur ce terrain.
— C’est plus ancien. Le cours de duel. Quand nous nous sommes affrontés. Tu refusais le combat. Tu ne veux plus rien savoir de la magie des Aurors, des combattants. Parce que tu sais que tu pourrais détruire, anéantir. Et… c’est peut-être encore plus loin dans le passé.
— Eugénie… s’il vous plaît…
— Le Spongue.
La vision de l’ignoble créature, coupée en deux, souleva une colère noire.
— C’est le Spongue. Mais moi, Hercule, je n’ai vu que mon camarade, devenu mon meilleur ami, qui me sauvait la vie. Toi, tu as entrevu un aspect de ta personnalité qui te terrorise. C’est comme si des preuves que tu représentes un danger, s’accumulaient dans ton esprit. C’est ça ou je me goure ?
Le garçon opina.
— Le Spongue, ça t’a fichu la trouille, à posteriori. Il y a eu d’autres événements déclencheurs. Hein ?
Il ne nia rien.
— Notre duel, avec les limites dépassées. Quoi d’autre ? Bon sang, réfléchis, Eugénie…
— S’il vous plaît…
— Ton père. Oh ! Je sais. La salle blanche.
Hercule soupira, résigné. Eugénie s’imprégnait de ses méthodes. Elle était lancée, inarrêtable.
— T’as bousillé la salle blanche ! C’est comme ça que les chimères de Valentine ont pu se carapater.
Le Belge se mordit les lèvres.
— C’est la mort de ton père qui t’a fait exploser. Mais ça n’arrivera plus. Tu m’entends ? C’est fini ! Les Van Kriedt vont se faire coincer et ta mère sera tranquille. Tu ne perdras plus d’être aimé. Je te le jure.
Il étrangla des sanglots dans sa gorge. L’effort pour les contenir fut dépassé par la violence de sa peine. Il pleura à chaudes larmes.
— Pardonne-moi de remuer tout ça.
Elle tira un mouchoir en tissu de sa robe et essuya les larmes de son camarade. Au moment où elle croyait avoir libéré le garçon de ses tourments, il lâcha, la gorge nouée par la colère, le chagrin et la résignation mêlés :
— Waldo est mort.
— Quoi ?!
— Il est parti cet été.
— Mais… Comment ? Je veux dire : c’est impossible ! Les journaux l’auraient mentionné.
— Non. Il s’est… donné la mort en recevant le baiser mortel des Détraqueurs, ces créatures cauchemardesques qui gardent Azkaban.
— Comment peux-tu être sûr que…
— Waldo n’était pas le sorcier le plus talentueux. Cependant, il avait un don spécial pour établir un lien par l’esprit, en dépit des distances. C’était au-delà de la Legilimancie. C’était la capacité à voyager sur d’autres plans, à emprunter des raccourcis qui nous sont inaccessibles. Du moins, je le croyais jusqu’à ma rencontre avec Maïkan. Peu avant sa mort, j’ai rêvé de Waldo. Il faudra que je vous refasse le récit de ce rêve, si présent, comme s’il avait été réel…
— On a tout notre temps. Raconte-le-moi, murmura-t-elle en pressant son avant-bras, en signe d’encouragement.
Il lui donna satisfaction. Il ne fut pas descriptif, clinique, se contentant de préciser les détails. Non, il agita ses mains, mima les scènes, livra son ressenti comme s’il avait vécu chaque seconde avec intensité.
La jeune fille le conforta dans l’idée que le songe était une succession d’éléments très symboliques. Elle admit, à demi-mots, comprendre que son camarade se sentait coupable de ne pas avoir pu enquêter, accumuler les preuves et démontrer l’innocence de Waldo. Il savait que ses capacités avaient crû. C’était du gâchis ! Elle avait rétorqué, avec une once de malice, qu’il aurait l’occasion de résoudre de nouveaux mystères.
— Lesquels ?
— Je ne sais pas encore. Mais ce sera une affaire retentissante et ta gloire ne fera que débuter.
— Vraiment ?
— Ouais ! Une histoire sordide, bien compromettante pour les suprémacistes. Ces crétins de bouse de Troll !
— Ah… Si j’ai l’occasion d’en envoyer quelques-uns à Fengsel, je suis impatient. Eugénie…
— Oui ?
— J’aimerais que vous fassiez la paix avec votre père.
— Hein ? Pourquoi ? Tu es tombé sur la tête ? Oui, c’est ça, tu as eu un choc sur le ciboulot. Garder la médicomagie et prendre le perfectionnement avec cet âne, c’est un coup à finir à Bonpied.
— Je ne plaisante pas.
— C’est à lui de s’excuser ! À plat ventre ! Pour tout ce qu’il m’a fait ! Tu as vu le cirque, à la remise des diplômes ? Eh ben, il s’est amené chez ma tante, en plus ! Alors qu’il ne lui avait plus adressé la parole depuis des années ! Jamais je ne m’abaisserai devant lui ! Ah ça non !
— Il est en danger.
— Qu’est-ce que tu racontes comme sornettes ?
Il lui exposa sa théorie, partagée par Gervais, probablement par les journalistes du Cri de la Gargouille et par un bon nombre d’autres sorciers au rang desquels, le Belge l’espérait de tout cœur, Agathe Bonnelangue figurait.
— Ben justement, gros bêta ! Si un tas de sorciers imagine que mon père risque sa vie parce qu’il n’a plus son héritière paillasson sur lequel il prend un malin plaisir à s’essuyer les pieds, les suprémacistes n’oseront jamais attenter à sa vie. Et toc ! Comme disent les Moldus, CQFD ! 4
Le raisonnement d’Eugénie se tenait. Les suprémacistes ne pouvaient pas se livrer à un jeu de massacre en vue d’accélérer certains héritages ou de provoquer la chute des biens dans l’escarcelle du ministère. Ce serait trop gros.
— À moins que les crimes ne soient maquillés en mort naturelle ou en accident fatal.
— Dans ce cas, Hercule van Betavende et le 4ᵉ ordre entreront en scène.
Il s’amusa de la réflexion et comprit la manœuvre, réussie, d’Eugénie pour chasser sa colère et son chagrin. Elle était douée pour détourner l’attention. Il la remercia et la gratifia d’une bise. Elle accepta de bonne grâce.
1 Une des onze écoles citées par J.K. Rowling. Elle se situe au Brésil.
2 Eugénie aurait fait chou blanc. En effet, Louis Rousseau, moniteur d’auto-école en Vendée, ne créera le fameux code Rousseau qu’en 1937.
3 Le premier apparaîtra sur le toit du deutsches Museum, à Munich, en 1925.
4 Cet acronyme date de l’Antiquité et est attribuée à Euclide, le mathématicien.