Dans le quartier général des Pimentines d’Espelette, à quelques kilomètres du village éponyme, l’équipe de Quidditch féminine était au repos. La saison passée avait été en demi-teinte. Le maintien dans la première division Pyrénées-Armagnac s’était joué à une victoire près. L’entraînement estival était allégé et ramené à deux heures quotidiennes. Le reste de la journée, les sorcières vaquaient à leurs occupations familiales et professionnelles. Le samedi, elles se retrouvaient pour tonifier leur musculature en suivant les méthodes d’Umbelina, initiées chez Lonicera et se livraient à un match mélangeant titulaires et remplaçantes. La présidente du club était consciente que les efforts ne porteraient pas leurs fruits avant la rentrée. De plus, les footings des joueuses se cantonnaient à l’aube ou au crépuscule, pour ne pas les faire mourir de déshydratation.
Les Pimentines étaient rattachées au village d’Espelette, peuplé de 1200 âmes mais en pratique, elles se cachaient dans la montagne, à quelques kilomètres de la frontière espagnole. Leur quartier général était une bergerie adossée à la paroi rocheuse, protégée par des sortilèges anti-Moldus qui leur montraient la tanière d’un ours, un lieu où les personnes dépourvues de magie pouvaient entendre d’effroyables grognements de plantigrade. Les sorcières avaient ainsi l’assurance de se réunir en toute tranquillité.
Les Pimentines ne possédaient pas un stade de Quidditch classique, en extérieur. Leur « bergerie » masquait l’une des plus grandes cavités au monde. C’était dans une grotte calcaire que les six cercles et de minuscules tribunes taillées dans la roche étaient logés au chausse-pied. La présence de stalactites au centre, soutenant la voûte, et de parois acérées au ras des limites du terrain, rendait les matchs plus sanglants et fracassants.
Lorsque les dames jouaient à domicile, les équipes adverses ne prenaient pas souvent l’avantage. À contrario, lors des déplacements à l’extérieur, les courageuses joueuses se faisaient souvent étriller, évoluant sans user des abords du stade et surtout, se montrant incapables de capturer le Vif d’or qu’il était aisé de « coincer » dans la grotte.
Umbelina s’amusait beaucoup des contraintes intérieures, volant au plus près des parois, retardant toujours plus les évitements. Elle se délectait des stalactites en travers du stade car cela permettait d’organiser des attaques surprises, à condition de ne pas se fracasser sur les piliers de calcaire. Au matin du 8 juillet, elle avait laissé son Friselune au vestiaire et avait jeté son dévolu sur l’exploration. L’immense cavité souterraine, accessible depuis l’intérieur de la bergerie après cinq minutes de marche en pente raide, n’avait rien d’une impasse. Au fond de la grotte, deux tunnels tortueux, percés par la nature, distants l’un de l’autre d’une dizaine de mètres, s’enfonçaient plus loin dans la montagne. Munie de sa baguette et d’une lanterne alimentée par Feu Éternel, Umbeijo pénétra dans la veine à sa gauche. Le conduit avait un diamètre d’environ quatre mètres mais se rétrécissait ou s’élargissait au fur et à mesure de la progression. L’exploratrice progressa avec prudence durant une demi-heure, sans jamais faire face à un embranchement. Il lui arriva de franchir des goulets d’étranglement, sans difficulté, de bifurquer tantôt à gauche, le plus souvent à droite. Elle s’enfonça puis remonta, au détour de virages.
Alors que les minutes défilaient, elle estima en avoir vu assez et décida de rebrousser chemin. Son attention fut captée par des échos de voix, plus en avant. Poussée par la curiosité, elle poursuivit son effort et déboucha sur la caverne des Pimentines, via le tunnel de droite.
— Ça alors ! s’exclama-t-elle.
— Qu’y a-t-il ? questionna Janine.
— Les tunnels, là ! En fait, c’est un seul conduit.
— En effet. J’imagine qu’en des temps reculés, la grotte était remplie par une rivière souterraine, avec un lac. L’eau s’est frayé un chemin, évidant les parties les plus fragiles de la roche.
— Mais c’est génial !
— Pourquoi ?
— Parce que je viens d’avoir une idée folle !
— Vraiment ?
— Possédez-vous un chronographe ?
— Il y en a un dans mon bureau.
— Et d’autres lanternes ? Il en faudrait une cinquantaine.
— Tu veux éclairer tout le tunnel ?
— Oui.
— Pour… un chronographe… Un parcours chronométré, dans ce labyrinthe étroit ?!
— En enfourchant nos balais !
— Par Flamel ! Quelle idée farfelue ! Mais le pire, c’est que les joueuses vont adorer.
— Il faudra un marteau et de gros pitons pour suspendre les lanternes.
— Ainsi qu’une nouvelle armoire à pharmacie.
Umbelina éclata de rire avant d’admettre que la suggestion de la présidente était légitime. La Portugaise, guillerette, accompagna madame Etchegaray jusqu’à la bergerie, sans cesser d’imaginer comment elle pourrait battre les Pimentines à la course. Il était près de 17 heures, la bâtisse en pierres et en lauzes était plongée dans la pénombre. L’air était suffocant et les nuages, venus du sud, étaient chargés d’humidité. Un éclair déchira le ciel. Il fut suivi d’un fracas assourdissant. Les montagnes amplifièrent l’écho sans fin, promesse d’une menace inconnue.
Comme prévu par leur cheffe, les Pimentines avaient raffolé de la dangereuse course dans le tunnel. Les poursuiveuses, les batteuses, l’attrapeuse et la gardienne rivalisaient d’adresse et brisaient le record du circuit, tour après tour. Umbelina prenait part à la compétition en chevauchant un Friselune et titillait ses nouvelles amies. Elle risquait de se rompre le cou mais à ce jeu-là, Gisèle Galarza reprenait l’avantage dès qu’une autre lui ravissait le meilleur temps. Son agilité et son audace forçaient le respect. Umbelina n’arrêtait pas de penser :
« Si elle était équipée du Cerbère 1 de Günther Dornier, elle serait redoutable, y compris dans les matchs à l’extérieur. La gardienne est leur meilleur atout. »
Gisèle avait été désignée comme capitaine de l’équipe : ce n’était pas un hasard. Elle faisait preuve d’autorité et d’assurance. Cela suffirait-il pour gagner le match amical contre les Sirènes de Guéthary, prévu le dimanche 27 juillet ? Pas certain. Les Pimentines, astreintes aux méthodes d’Umbelina, n’auraient pas pris assez de muscles dans l’intervalle de temps. Elles manqueraient d’endurance. À moins de capturer le Vif d’or dès le début de la partie et de tuer le suspense.
« Il ne se montre jamais dans les cinq premières minutes. Parfois, il disparaît pendant une heure. Soixante minutes, cela suffit à une excellente équipe pour écraser un adversaire plus faible. Pourquoi il ne fiche jamais le camp de la même façon ? Comment est-il ensorcelé ? Comment les ensorceleurs produisent-ils un comportement erratique ? »
Plus les questions la turlupinaient, moins elle trouvait de réponses. Elle questionna Janine sur le sujet mais la présidente ne put satisfaire sa curiosité. Les joueuses échouèrent à la contenter. Les Vifs d’or étaient enchantés par le département des Secrets d’État selon un procédé farouchement tu.
Faute de mieux, la jeune fille s’était intéressée au grimoire dans lequel Janine consignait le déroulement de tous les matchs depuis sa mandature, soit une vingtaine d’années. Tout y était noté avec précision. Les noms des protagonistes, joueurs et arbitre, les phases de jeu, les points engrangés mais aussi les réactions du public, la météo, les attractions d’avant-match, jusqu’à la nature des stands de boissons et de nourriture, comme si ces éléments agissaient sur le score. Parfois, la rédactrice mentionnait la présence de tel ou tel sorcier, connu pour sa propension à jeter des sorts informulés, sans auxiliaire de magie entre les mains, comme si des complots étaient ourdis pour les faire perdre. La Portugaise examina avec soin les arrivées précoces du Vif et ses incursions tardives. Après avoir compulsé une trentaine d’épreuves, un embryon de réponse prit forme dans son esprit.
« Non… Ce serait trop beau… »
Elle fit défiler les pages à un rythme soutenu, filtrant le délai avant l’apparition de la balle dorée et la météo en vigueur lors du match. Au bout d’une vingtaine de contrôles supplémentaires, sur des rencontres s’étant déroulées à l’air libre, elle jubila :
— Il n’aime pas l’orage !
Lorsque les cumulonimbus chargés d’électricité pointaient leurs volutes noires, le Vif se carapatait pour se mettre à l’abri. Lors des épisodes les plus calamiteux, il ne se montrait même pas, laissant les poursuiveurs en découdre avec les gardiens. Il revenait après la partie !
Elle compulsa encore plus de données et découvrit qu’à trois reprises, la balle n’avait jamais été retrouvée, anéantie par la grêle. Trois rencontres interrompues pour des questions de sécurité et rejouées dans des conditions plus favorables.
Forte de cette découverte statistique que le professeur Racine aurait applaudie, elle devait à présent découvrir où le Vif d’or s’abritait lors des épisodes orageux. Quelle était sa stratégie de sauvegarde, inculquée par ses enchanteurs ? Allait-il s’abriter sous le toit d’une maison, à quelques lieues du stade ? Sous un arbre ? Ou grimpait-il en haute atmosphère, loin des cisaillements du vent ? Comment l’apprendre, si ce n’était en guettant l’apparition d’un orage et en libérant la balle ailée dans les tourments ?
Elle relut les pages. Durant l’hiver, les attrapeurs s’affrontaient sans tarder. Parce que l’hiver, les orages étaient rarissimes. Une bonne tempête, avec des vents violents, des trombes d’eau, ne le dérangeait pas. La neige, pas de souci. Mais la grêle, jamais.
« Je dois tenter une sortie pendant un orage. Il faut que je le suive. Il va me falloir une monture rapide s’il se carapate de la zone de relâchement à vive allure. Agile s’il zigzague entre les montagnes. Ou alors, une création spéciale s’il part au-dessus des nuages. Mais… à quelle altitude ? Quelle est sa limite ? Et celle d’un balai ? »
Elle sut aussitôt à qui poser les questions. Elle fila chercher de l’encre, une plume et plusieurs rouleaux de parchemin. Elle entama le courrier par ces mots :
« Cher Günther, »
Près d’une semaine s’écoula avant qu’un hibou postal ne dépose un pli cacheté dans un orifice du mur nord de la bergerie, trou formé par l’effritement du joint de scellement entre trois pierres. Le parchemin, mû par un sortilège jeté sur la paroi, poursuivit sa course à travers des tubes en zinc dont l’orifice aboutissait au bureau de la présidente. Janine transmit le courrier à Umbelina. Celle-ci imagina d’abord qu’il émanait d’Hercule, le seul membre du quatrième ordre à ne pas lui avoir donné des nouvelles. Sigrid, stationnée chez les Flamel, Katarina, Shin et même Eugénie, peu portée sur la rédaction, avaient commis un rouleau. Jo Alonzo était hors concours, avec une lettre quotidienne. Mais Jo, c’était… spécial. Par contre, Hercule, rien !
Seule dans la pièce commune du quartier général, elle décacheta la lettre et découvrit une écriture inconnue, très étirée. Elle chercha la signature.
— Günther !
Elle dévora le contenu et se délecta des explications techniques. Alors que le sorcier travaillait sur le Pégase 2, une production vouée à la rapidité comme son prédécesseur, en corrigeant les défauts de stabilité, le jeune homme avait stoppé son travail pour réorienter son énergie créative sur une nouvelle mouture baptisée Icare 1. Ses enchantements privilégieraient l’altitude. Le prototype serait doté d’appareils d’avionique fournis par le cousin allemand de Günther. Tout l’équipement serait mécanique, fonctionnant avec le vent et la pression atmosphérique. Aucun asservissement électrique, sujet à des pannes intermittentes ou définitives en présence sorcière. Icare disposerait d’un chronomètre, d’un altimètre Jules Richard et d’un compteur de vitesse Badin. 1 Il s’arrangerait pour récupérer un système d’horizon artificiel, très pratique pour avoir une idée de sa position en pleine purée de pois. Ensuite, il lui conseillait de bien préparer son ascension. Le vol n’aurait rien de commun avec l’entraînement classique de Quidditch. Il terminait en lui souhaitant du plaisir pendant le stage, de la réussite à ses équipières pour la rencontre amicale et promettait de la tenir au courant. Elle avait réagi à voix haute :
— C’est bien joli, toutes ces promesses ! Je la verrai quand, ta merveille volante ?
Une voix masculine, la première entendue depuis la fin juin, fournit une réponse :
— Maintenant, l’acrobate !
Elle fit volte-face. C’était Dornier, le grand échalas, tout sourire, fier de son coup minuté. Il n’était pas venu les mains vides.
Umbelina ne put s’empêcher de secouer la main du Luxembourgeois. Hilare, ce dernier lâcha :
— Tu ne t’y attendais pas, hein ?
— Ah ça non ! Tu m’as bien eue !
Elle considéra la création de l’ingénieur sorcier, chargée d’instruments fixés au manche du balai à l’aide de bagues métalliques. En arrière, peu avant le bouquet de fines branches stabilisant la monture, il avait greffé une selle de vélo, très évasée, de façon à ce que le pilote ne glisse dans aucune direction.
— C’est impressionnant ! Tous ces compteurs…
— Ne t’en fais pas. Je vais t’expliquer le fonctionnement de chacun d’eux.
— Je peux l’essayer ?
— Bien sûr ! Il vole, il est stable mais plutôt lent. Il n’est pas conçu pour l’acrobatie.
— Lent ?
— Ne te fie pas au tachymètre gradué jusqu’à 200. Claudius, mon cousin avionneur, n’avait que ce modèle en stock. Bien. Là, c’est l’altimètre. Une aiguille pour les centaines, une pour les milliers de mètres. Comme tu peux le constater, il est limité à 7000 mètres. Il se pourrait que l’aiguille se coince si on le pousse à fond. Après, tu as une boussole. Si tu es perdue, elle pourrait te sauver la mise. Cet instrument-là, c’est ce que les Moldus appellent un horizon artificiel. Bon, là, il figure un avion mais tu t’en fiches. Il te montre ta position dans l’air, si tu vires de bord, à plat, en montée ou en descente. Combiné à l’altimètre, il t’évitera de te crasher. Quand on navigue dans la tourmente, dans le brouillard, nos repères se brouillent. On s’imagine voler droit alors que l’altitude. Voilà pour les instruments. Ah si ! Le chronographe que tu demandais.
— Ce serait bien que je fasse un premier essai, sans enjeu, histoire de bien maîtriser les instruments et le balai.
— Oui. Ainsi, tu poseras des questions et je pourrai corriger des points, si nécessaire. Je n’ai aucune inquiétude à ce sujet.
— Tu en as sur un autre ?
— Si, comme tu le penses, le Vif d’or se carapate en altitude, hors de la vue depuis un terrain de jeu, et qu’en plus, il grimpe très haut, tu devras affronter deux épreuves qui n’en sont pas pour lui.
— Lesquelles ?
— Le froid et le manque d’oxygène.
— Pourquoi ? Explique-moi.
— Toi, tu n’es pas une montagnarde mais une citadine. Je me trompe ?
— Je plaide coupable.
— Je vais souvent en Bavière, dans les Alpes. C’est pour ça que je suis au courant de certains dangers. En altitude, la pression atmosphérique diminue. Plus tu montes, plus elle baisse. L’air respirable se raréfie. À partir de, disons 2000 mètres, tu peux commencer à ressentir l’effet du manque. Toi, tu es en excellente forme, cela devrait survenir bien plus haut. Mais cela arrivera. Donc, le jour où tu t’élances pour pister le Vif d’or, tu appliques un Têtenbulle pour grimper. Sinon, tu meurs.
— Entendu. Et le froid ?
— C’est un simple calcul mathématique. Lorsque la météo est belle, c’est à cause d’un système de hautes pressions qui s’installe au-dessus de nous, avec un air très sec, comme aujourd’hui. Pour calculer la température à une certaine altitude, tu retires un degré Celsius tous les 100 mètres d’élévation. C’est facile : il fait… 28 degrés. Nous sommes à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. À 7000, il fait 65 degrés de moins, soit – 37 °C.
Il fit une pause, le temps qu’elle digère l’information et reprit :
— En revanche, si la météo est mauvaise, la pression change et on ne retire que 0,65 degré tous les 100 mètres. Mais en général, quand le temps tourne au vinaigre, il fait frisquet. On part de plus bas. Au final, à 7000, ça donne un froid aussi glacial.
— Mais on… commença la Portugaise.
— … meurt, si on ne s’équipe pas correctement. Le froid, il n’y a pas plus traître, insidieux. Il te prend en douceur. Tu décèdes sans être conscient du danger.
Umbelina prit ces conseils au sérieux. Dornier lui demanda du parchemin, une plume et de l’encre. Une fois qu’il eût de quoi illustrer ses propos, il dessina un schéma gradué. Le balai était limité à 60 km/h. Il ne tolérait pas un angle de montée faramineux. Pour atteindre 7000 mètres, il faudrait qu’Umbeijo parcourt environ 14 kilomètres en maintenant l’assiette de l’horizon artificiel à 30 degrés et la vitesse à 60.
— Tu es consciente de la difficulté, Umbelina ? C’est un exploit auquel tu veux te confronter. Quatorze minutes pour atteindre l’altitude cible et autant pour redescendre. Une demi-heure à affronter le froid, à économiser l’air du Têtenbulle. Si tu descends trop vite, tu risques d’éclater tes tympans et de partir en vrille.
— Je peux tenter un Arresto Momentum.
— Avec une baguette qui aura été exposée à −40 °C, au risque de se fendre ? En ayant perdu connaissance ?
— Expliqué comme ça, c’est moins tentant.
— Je te le répète : si tu y parviens, ce sera un exploit jamais réalisé par un sorcier. Pour reprendre les propos du professeur Racine, il y a de nombreuses inconnues. Par exemple : si le Vif d’or se réfugie bien en altitude, au-delà de la cellule orageuse, tu pourrais être amenée à aller le chercher à 20 000 mètres.
— Hein ?!
— Certains cumulonimbus atteignent cette hauteur.
— La température sera bien plus basse. Peut-être −100 °C !
— Ce n’est pas certain. On ne le sait pas vraiment. 2
— J’ai compris. Je dois accomplir ce test dans les meilleures conditions possibles avant de m’attaquer à un vol au cœur d’un orage.
— Tu es folle à lier.
— Je sais. On commence quand ?
Le tandem créateur-pilote sortit à l’air libre. La jeune fille promit de respecter les consignes, de se familiariser avec Icare et de ne pas aller au-delà d’un plafond de 3000 pieds. Plus tard, lorsque l’enthousiasme des premières heures fut atténué, que Günther eut rejoint Bayonne pour y passer la nuitée, Umbelina partit remplir une bassine d’eau puisée dans le torrent serpentant à 200 mètres de la bergerie et revint à son point de départ. Là, devant une Janine perplexe, elle inspira et expira à plusieurs reprises, saturant son organisme d’oxygène. Puis, elle plongea la tête dans l’eau et retint sa respiration. Elle fit le vide en elle. Bientôt ne résonna qu’une phrase, lâchée par Günther : 9520 mètres, le 14 juin dernier. Jean Casale est l’homme le plus haut de l’humanité.
Un silence de mort règne dans la bergerie. Umbelina respire sans à-coups, calme. Sa concentration est totale. Elle répète les gestes, sans en oublier un seul, tel un automate : déposer sa baguette sur le bureau, retirer sa robe sorcière, enfiler le caleçon long sur ses jambes, ajouter la seconde couche, agir de la sorte avec les deux paires de chaussettes en laine. Calfeutrer au mieux, ne pas laisser le moindre interstice où l’air pourrait s’engouffrer. Enfiler et nouer les bottes en cuir fourrées. Ne pas se préoccuper de la sueur qui commence à perler. Superposer trois couches sur le thorax, parachever avec le manteau dans lequel elle est quelque peu engoncée. Ignorer la sueur qui coule. Enfoncer le bonnet de laine épaisse sur le foulard de soie qui emprisonne ses cheveux. Ajuster des lunettes couvrant la moitié du visage. Faire abstraction de la montée en température, inexorable. Prendre les deux paires de gants et sortir de l’habitation. Une haie d’honneur salue son apparition. Des cris d’encouragement, des applaudissements jaillissent. Ignorer le regard terrifié de Janine, l’hystérie des joueuses, se focaliser sur la confiance et la sérénité de Günther qui lui tend Icare, premier du nom.
Dans l’esprit de la Portugaise, le numéro est superflu. Il n’y a qu’un Icare. Il n’y en aura pas d’autres. Parce qu’elle va réussir. Elle enfourche le balai, se positionne sur la selle. C’est confortable. L’ingénieur sorcier a ajouté des cale-pieds, à sa demande après le second essai, à 3500 mètres. Il est à peine 8h00 du matin. Le temps est limpide, le ciel d’un bleu rassurant. Elle enfile ses gants de soie et ajoute ceux en cuir. Elle vérifie sa tenue, tapote les instruments. L’altimètre marque 530, position haute de la bergerie. Le Luxembourgeois tire sa baguette et exécute le Têtenbulle. Elle agrippe le manche en frêne et tape du pied. La monture s’arrache du sol. L’accélération, soudaine, plafonne à 60 km à l’heure. Elle tire le bois jusqu’à 30 degrés. Au-delà, Icare vibre et perd sa célérité. Le sirocco est presque nul. Elle grimpe, à plein badin, comme disent les aviateurs moldus. Elle s’accroche. Le vent généré par la vitesse fouette son corps. Le sortilège qui enserre sa tête, la protège du vent mais pas de la température. Elle songe au professeur Laflèche qui sera estomaqué lorsqu’il apprendra la nouvelle. Elle pense à Jo et son cœur se serre. Elle chasse la pensée et la remplace par une sensation. Le froid sur les parties nues de son visage. Il s’intensifie. Il faut une cagoule pour taquiner les hauteurs. Altitude : 4000. L’appareil de mesure ne cesse de progresser. Le temps s’écoule, elle gravit sans faiblir. Altitude : 5000. Elle a dépassé le plus haut sommet de France. Aucun sorcier n’a jamais franchi cette distance, elle en est sûre. Le froid se fait mordant. Ses vêtements ne sont pas assez étanches. Surtout la toile de coton enduite utilisée pour lui confectionner un pantalon. Pourtant, c’est le textile le mieux adapté. Ses bras et son thorax souffrent moins que ses membres inférieurs. Lorsqu’elle se lancera à la poursuite de la balle dorée, elle devra corriger cette erreur. Voilà à quoi sert une pionnière.
Altitude : 6000. Elle est désormais au-delà du mont Elbrouz, le toit de l’Europe, situé dans le Caucase. La froidure lui fait consommer davantage d’air. Elle le gobe pour se réchauffer. Elle ne peut pas échouer. Le froid devient démentiel, cruel. Le thermomètre ajouté en dernier ressort indique −40 °C et il chute encore. Il atteint sa limite. Tout comme l’altimètre. Les aiguilles viennent de se bloquer. Elle déclenche le chronographe et poursuit son effort. La température glaciale semble ne plus évoluer au rythme infernal d’un degré tous les 100 mètres. Est-ce à cause des pressions, pas si hautes que prévues ? Ou existe-t-il une limite bien inférieure à celle déterminée par le Moldu Lord Kelvin, il y a 70 ans ? Ou alors, elle s’habitue cette condition extrême. Elle la gèle, l’enveloppe de son linceul, insidieux, comme l’a décrit Günther. C’est ça ! Le danger. Elle regarde le chronographe. Six minutes. Elle presse sur le bouton pour le stopper et bascule en avant. Trop. Le Luxembourgeois l’a mise en garde. Elle plonge à la verticale. Le balai ne réagit plus. À moins que le problème ne vienne de ses membres, gelés, incapables de commander. Elle croit tirer le manche pour stopper la chute infernale. Erreur ! Elle se met à tournoyer. Le paysage se transforme en un immense lavis bleu, vert, marron. Les teintes se mélangent. L’aiguille du tachymètre a bondi à 200, résultat de la chute libre. Elle glisse du siège mais se sert des cale-pieds pour ne pas être éjectée. Elle supplie la magie de la servir et de lui rendre le contrôle. Elle tempête contre Icare tandis que le sol se rapproche. L’altimètre, toujours bloqué à 7000, ne lui est d’aucun secours. Devant ses yeux, s’étend une cité, assez grande. Bayonne. Elle tire de toutes ses forces, arc-boutée sur les cale-pieds. La vrille, dans le sens des aiguilles d’une montre, finit par céder face à ses coups de rein répétés à droite. La traction sur le manche donne enfin un résultat. Elle se redresse, se positionne sur la selle, ralentit et met le cap sur Espelette. Le tachymètre reste bloqué à 200. Bousillé, comme l’altimètre. Au jugé, elle estime qu’il ne lui restait guère plus de 400 mètres avant de percuter le sol.
Lorsque la jeune Portugaise posa le pied-à-terre, elle s’écroula, à bout de forces. Les Pimentines furent sur elle et la transportèrent dans la bergerie. Günther ramassa Icare, craquelé par le froid extrême. Il découvrit les mesures des différents instruments et n’en crut pas ses yeux. Umbelina avait volé six minutes au-delà de la limite des 7000 mètres. Il se remémora les cours de sciences avec monsieur Racine. Angle de 30 degrés. Sinus de 30, soit 0,5.
« Voyons… Six minutes de vol à 60 km/h, cela donne 6000 mètres parcourus. Je multiplie par 0,5. 3000 d’altitude supplémentaire. Elle a dépassé le Moldu ! Elle l’a fait ! C’est la sorcière… Non, l’humaine la plus haute de l’histoire. »
La sportive fut réchauffée, soignée, abreuvée. Tout se passa comme dans un rêve, sans le moindre contrôle sur le déroulement des événements. Mais, en dépit de l’agitation, des flots de paroles se déversant dans ses oreilles, elle perçut l’entrée du Luxembourgeois. Puisant au fond d’elle, animée par une volonté farouche de se dépasser, elle parvint à souffler :
— Combien ?
Il se pencha vers elle et répondit sans sourciller :
— 10 000.
Elle sourit et répondit :
— Record…
— Oui.
— … à battre.
Le 27 juillet, au lever, le premier réflexe de la jeune stagiaire fut de se précipiter dehors pour voir le temps qu’il faisait. La chaleur ne s’était pas encore développée, le ciel était limpide mais l’air se chargeait d’humidité. Elle rentra et reporta son attention sur le baromètre accroché à côté du tableau où Gisèle, la capitaine des Pimentines, dessinait leurs tactiques à la craie. La veille encore, l’instrument de mesure était rivé sur Beau temps. Ce matin, l’aiguille hésitait entre le B et le L de Variable. La météo se dégradait. Anticipant de fortes chaleurs, le match contre les Sirènes de Guéthary avait lieu à 20h30, dans leur stade flottant au-dessus de l’océan. Une série d’enchantements maintenait les cercles en lévitation, à 20 mètres au-dessus des flots. Les modestes tribunes étaient installées sur des barges animées par des moteurs de locomotives à vapeur et tractées sur l’Atlantique lors des matchs officiels. Un puissant sortilège anti-Moldus garantissait l’éloignement de tout ce qui n’était pas sorcier.
Quoi qu’il arrive, Umbelina jouerait au poste d’attrapeuse. La titulaire était blessée et il fallait qu’elle soit rétablie à la reprise du championnat. Charlotte Telletxea forfait, Armande Tirapu aurait dû hériter de la mission de capture du Vif d’or. Mais Janine en avait décidé autrement. Elle avait organisé plusieurs séances dans la grotte des Pimentines entre Armande et Umbelina. La Portugaise avait fait mieux que l’aînée, osant des acrobaties dangereuses. Quant au parcours dans le tunnel semé d’embûches – les Cognards y étaient libérés –, la stagiaire avait eu le dessus grâce à une astuce. Elle avait appris le parcours par cœur et répété, chaque soir, dans son lit, jusqu’à pouvoir l’exécuter les yeux fermés. Forte de son meilleur chrono, elle avait été sélectionnée. Janine, sans savoir quoi ou comment, soupçonnait un coup d’éclat de sa protégée. Le petit club pyrénéen avait été involontairement placé sous les projecteurs de la presse quelques jours auparavant, lorsque l’élève avait réalisé son exploit. Le Luxembourgeois s’était empressé d’envoyer des hiboux au Cri de la gargouille, à la Gazette de Paname et à 7-Hebdo. Trois journalistes, accompagnés de photographes, avaient couvert l’événement et souligné que le monde sorcier avait battu la technique moldue. Günther s’était retrouvé sur le cliché en compagnie de la princesse. Les ministères européens avaient commenté la performance inouïe en indiquant qu’ils suivraient les progrès du concepteur comme ceux de la sportive émérite. La pilote s’était fendue de réponses franches et sincères à toutes les questions posées, sauf à une occasion : quand monsieur Dauclair, du Cri de la Gargouille, lui avait demandé comment l’idée d’aller explorer les hauteurs de l’atmosphère lui était venue. Elle n’avait pas menti en rétorquant que ce point était secret et qu’il le demeurerait.
Aussi, en débarquant sur la plage de Guéthary en compagnie de ses équipières du jour, emmitouflée comme si elle partait à l’assaut de l’Everest, elle suscita des rires et des moqueries des Sirènes.
— Eh ! La nouvelle ! Tu joues contre les Sirènes, pas contre les Manchots de Mourmansk !
— Tu ne sais pas nager, tu as mis un gilet de sauvetage sous ton uniforme !
— Eh les filles ! Elle s’est pris un sortilège Inflatus !
— Gonflée comme tu es, fais gaffe à ne pas t’envoler ! Ah ah ah !
Les blagues successives déclenchèrent l’hilarité dans le camp adverse. Umbelina demeura imperméable aux quolibets, murée dans le silence, les yeux rivés sur l’horizon plein ouest. Il était noir. Une énorme cellule orageuse, projetant des éclairs au-dessus de l’océan, fonçait droit dans la direction des terres. Implacable.
L’arbitre de la rencontre, le célébrissime Antoine Justice, analysait la situation. Il grimaçait.
« N’annule pas ! N’annule pas ! » pria l’attrapeuse.
— En position ! ordonna l’homme en tenue sorcière noire.
Les équipes volèrent au-dessus des flots et tinrent leurs montures, guettant le coup de sifflet. La Portugaise enfourcha son balai, réparé et perfectionné par Dornier. La principale modification, c’était l’ajout d’un guidon de vélo, sur lequel il avait fixé toute l’instrumentation. Il avait jeté plusieurs sortilèges d’étanchéité afin que la pluie n’accroche pas au bois. Il avait fait de même sur le pantalon couvrant les deux caleçons de la jeune fille. Enfin, il avait amélioré Icare. La monture poussait désormais à 90 km/h, luttant à armes égales avec les Friselune. Cependant, l’angle de montée ne pouvait pas excéder 45 degrés sans risquer une vrille fatale. Il était hors de question de réaliser des loopings ou tout autre acrobatie du genre. Günther lui avait seriné tout au long de la semaine, rappelant les notions de portance physique lorsque les lois sorcières s’évanouissaient.
— C’est simple, championne. Les oiseaux ont besoin d’un flux d’air pour voler. Si les ailes sont trop courtes ou si leur poids est trop important, ils doivent augmenter les battements d’ailes pour se maintenir et surtout ne pas perdre de vitesse. Plus tu vas vite, plus la portance de l’air augmente. Même chose avec les avions des Moldus.
— Et quand leur moteur s’arrête en vol ?
— Alors là, c’est la catastrophe. L’appareil ralentit, la portance diminue, l’avion décroche et tombe comme une pierre. La seule façon de s’en sortir est de piquer du nez pour augmenter la vitesse et redresser au dernier moment pour freiner, juste assez pour atterrir dans un champ dégagé. C’est arrivé à Claudius, mon cousin, l’été dernier.
— Il s’en est tiré ?
— En arrivant à près de 300 km/h dans le champ, il a cassé son train d’atterrissage. L’avion s’est retourné. Il s’est brisé deux côtes, un poignet et s’est fendu le crâne.
— Oh…
— Mais il avait des ailes. Toi, tu n’en as pas.
— On joue au-dessus de l’eau. C’est une chance, non ?
— Le terrain de jeu se situe à une vingtaine de mètres. Une chute à cette hauteur et tes omoplates s’entrechoquent en heurtant la surface liquide. Toi, si tu tombes des cieux, tu frapperas l’eau à 200 km/h environ. Ce sera comme fracasser les murailles de Beauxbâtons avec ton crâne. Aucune chance.
Elle était avertie. Monsieur Justice libéra les Cognards agressifs et le Vif d’or, survolté. Ce dernier fila droit vers le rivage. L’attrapeuse ne le quitta pas des yeux tandis que l’arbitre lançait le Souafle et sifflait le début du match. Les balais filèrent à vive allure tandis que la Portugaise demeurait imperturbable. Allait-elle jouer de malchance, avec une balle dorée abritée dans le clocher de l’église ou sous le toit d’une grange ? Dans ce cas, hors de question d’aller la débusquer et de se montrer aux Moldus. Après quelques errements, en zigzag, comme s’il hésitait sur le choix d’une cachette, le Vif grimpa en flèche en repiquant vers le large. Il disparut aux alentours de 300 mètres, altitude basse du monstrueux nuage noir. Umbelina enfila ses gants et démarra. Son adversaire, persuadée que la Pimentine avait détecté la balle ailée, lui emboîta le pas. Elle cabra sa monture lorsqu’elle vit que la fille bizarre, emmitouflée, s’enfonçait au cœur de l’orage. La Portugaise consulta sa boussole et mit le cap plein ouest. Ballottée par le vent croissant, elle lutta contre les éléments pour maintenir son assiette. L’altimètre s’affola, la pluie redoubla de violence. Aux alentours de 4000 mètres, elle se solidifia. À quelques encablures de sa position, un éclair fracassa ses tympans. Son couvre-chef atténua à peine le coup assourdissant.
— Allez ! hurla-t-elle. Grimpe ! Grimpe ! Plus haut !
Les éléments déchaînés accroissaient la difficulté. Rien à voir avec le record du 14 juillet.
Lorsqu’elle franchit la barre des 6000 mètres, elle eut de plus en plus de mal à respirer. Elle aspira par la bouche tout l’air qu’elle put engloutir et déclencha le chronographe. 7000 mètres. L’aiguille de l’altimètre fut scotchée contre la butée. Une minute plus tard, elle franchissait 8000 mètres. Le froid polaire s’intensifia mais les précipitations cessèrent. Après deux interminables minutes d’apnée, Umbelina émergea au-dessus d’un océan noir, face au soleil. Elle vira de bord et se stabilisa, scrutant le ciel à l’est. Le soleil était rasant et les premières étoiles perçaient le firmament. Elle plissa les yeux. Elle avait étudié la voûte céleste pour cette nuit. Normalement, il n’y avait aucune planète visible. Tout ce qu’il y avait dans son champ visuel, devait scintiller. Sauf le Vif d’or sur lequel les ultimes rayons solaires se reflétèrent. Il était bien plus haut. C’était lui mais… Elle hésita. C’était une folie ! Ses poumons comprimés ne pouvaient plus en supporter davantage. Elle expira et inspira à peine. L’air était comme vide de sens, sans saveur, inerte. Elle fonça sans réfléchir et grimpa de plus belle. Ce satané Vif décida de se rebeller et entreprit de gagner de l’altitude. Umbelina n’eut pas le choix : elle exécuta un long looping au sommet duquel elle lui coupa la route. Sa main gauche s’abattit avec rage sur l’artefact ailé. L’écrasement généré par le looping fit ensuite affluer tout le sang dans le cerveau. Le balai connut un raté, la boucle ne fut pas achevée. L’équipage et sa monture basculèrent sur le côté. Un voile noir passa devant les yeux de la jeune fille. Elle perdit connaissance quelques secondes, une main soudée au guidon, l’autre refermée sur son précieux trophée. L’instinct de survie l’empêcha de quitter sa monture, en dépit de sa syncope. La grêle, en fouettant son visage, la ranima. Umbelina évalua la situation. Une vrille interminable, des grêlons de la taille d’œufs de caille, des éclairs fusant tout autour d’elle. Elle fourra sa prise dans son manteau, s’accrocha au guidon et fit tout son possible pour contrecarrer la spirale infernale. Du sang perlait sur son visage, tout autour des yeux protégés par ses lunettes de vol. La pilote avisa un crochet relié à un câble de vélo, à droite des instruments.
— Si tu pars en vrille, tire dessus, avait indiqué Günther sans lui donner d’explication.
Elle exécuta l’ordre. Le câble d’acier actionna des pièces de bois et deux éventails en balsa se déployèrent de part et d’autre du manche, sur près d’un mètre de longueur. Un flux d’air se forma sous ses minuscules ailerons. Le coup de pied à droite suffit à stopper le tourbillon. Elle respira un air glacial mais assez dense pour satisfaire son organisme.
Lorsqu’elle perça la couche nuageuse, elle brandit le Vif d’or. Monsieur Justice clama aussitôt :
— Les Pimentines d’Espelette capturent le Vif d’or.
Umbelina entendit une clameur dans son camp et porta son regard vers le tableau d’affichage. 130 à 10 pour les Sirènes. Il changea pour 130 à 160.
— Les Pimentines d’Espelette remportent la partie !
Épuisée, l’attrapeuse bascula de sa monture et chuta dans les vagues de l’océan houleux. Sa tenue laineuse, épaisse, se gorgea d’eau malgré les sorts d’étanchéité. Elle coula à pic en quelques secondes. Elle ferma les yeux, réfugiée dans son monde. Le ciel bleu marine, tirant sur le noir, l’horizon si lointain, la couche de l’atmosphère, bleutée, l’immensité, l’infini, la rotondité de la Terre à peine esquissée. Le firmament. Son univers, les cieux. Une vision apaisante, fascinante. Elle glissa dans les flots tumultueux, sans vaine lutte. Des mains secourables l’empoignèrent et décidèrent que sa destinée serait autre.
1 Du nom de son inventeur Raoul Badin, ayant donné naissance à l’expression « à plein badin », synonyme de « à toute vitesse ».
2 Les Moldus démontreront plus tard qu’entre 11 000 et 20 000 mètres, une zone nommée tropopause, la température est constante et fixée à – 56,5 ° C.