L’année d’enseignement s’achevait dans une semaine. Même s’il restait quelques jours d’apprentissage, consacrés à des répétitions, à des questions ouvertes, à des exercices, selon les matières, le point d’orgue de l’année était inscrit le vendredi 21 juin. Ce jour scellait les résultats scolaires et les épreuves pour l’ensemble des élèves, tous niveaux confondus. C’était le couronnement des efforts avec la remise des diplômes de B.A.N.Q.U.E.T et de CHASSE ainsi que l’attribution de certains accessits pour les sorciers exceptionnels, par niveau ou par domaine de compétence.
La cérémonie aurait lieu devant l’entrée principale du château, en présence des familles. Les élèves devaient se présenter en tenue impeccable et complète, en dépit des 30 degrés annoncés pour la journée.
Il était près de 21h00. Seuls Hercule et Umbelina avaient trouvé refuge dans le quartier général. La jeune fille était détendue tandis que le garçon se faisait du mouron.
— Prête pour votre stage ?
— J’ai hâte mais en même temps, j’ai peur, j’ai le trac. Mais je suis trop excitée ! C’est le bazar dans ma tête ! Tu te rends compte, six semaines avec l’équipe de France ! Je vais faire des progrès fantastiques.
— L’année prochaine, vous serez capitaine de l’équipe de Lonicera ! Et après, vous nous rejoignez à Bruges ? Père et mère seront très heureux de vous revoir.
— Je viendrai sauf si Eugénie est coincée ici. Auquel cas, je resterai lui tenir compagnie. Seule avec son père un été de plus, elle va devenir folle.
— Vous voulez dire : plus folle ?!
— Cela paraît incroyable, hein ? N’empêche ! J’aurais regretté de ne pas avoir fait sa connaissance. Elle déclenche le rire, même dans les pires moments. Surtout dans les pires.
— Eugénie est une véritable tornade. Je me demande ce qu’elle mijote. N’avions-nous pas rendez-vous à 20h00 à la cabane ?
— C’était prévu. Sigrid s’est évaporée avec elle. Juste après le dîner qu’elles ont expédié à toute vitesse.
— Autant la rapidité à table n’est guère surprenante chez Sigrid, autant engloutir sans s’attarder ne ressemble pas à notre Eugénie.
— C’est peut-être la cérémonie de demain qui la terrorise ?
— Vous croyez ?
— Elle n’arrête pas de répéter à tout le monde qu’elle a raté toutes les épreuves de fin d’année et qu’elle va redoubler. Elle a au moins eu OR en pilotage de balai, je l’ai vue exécuter toutes les manœuvres demandées à la perfection. Léonce Brindille l’a applaudie.
— Par contre, j’imagine que les mathématiques lui auront été fatales, comme à tous les élèves de notre niveau. Comment le professeur Racine a-t-il pu inverser les sujets de 6e année avec les nôtres et s’obstiner à nier son erreur ? Une chance que les notes de l’année compensent un peu la FONTE assurée à l’épreuve finale ! Je ne suis même pas certain que les 6e années aient compris le sujet. Des équations quantiques, avec plusieurs résultats possibles en partant du même point de départ. Il s’est inspiré des travaux du Moldu Max Planck. C’était ahurissant. En dépit des remontrances du directeur, il a refusé de refaire l’épreuve.
— Bizarre, oui. En tous les cas, je soupçonne Eugénie de fomenter une nouvelle blague.
— À quel propos ?
— Ses résultats catastrophiques. Je l’ai entendue dire à Valentine qu’elle avait échoué en Maléfices Enchantements Sortilèges avec Elvira.
— Balivernes ! Il fallait produire un Lumos maxima, un Tergeo, un Alohomora, un Aguamenti et si on réussissait un Accio, non prévu au programme, on était assuré d’obtenir OR. À moins d’avoir brisé sa baguette, je ne vois pas ce qui aurait pu la faire échouer. Accio, franchement ! Son sortilège préféré ! Notre Eugénie serait capable d’en exécuter un à travers le métal d’un coffre-fort de la banque Pasdelazare pour sortir tous les Gallions sans Alohomora !
— C’est une blague. Il faut faire comme si on y croyait, cela lui fera plaisir.
Tout à coup, ils perçurent des bruits de bois se rétractant. Eugénie et Sigrid firent enfin leur apparition.
— Nous nous faisions un sang d’encre ! s’exclama Hercule en les invitant à s’asseoir.
Le duo en retard avait l’air épuisé. Les filles s’affalèrent sur les fauteuils aux coussins moelleux.
— Nous étions en mission secrète, avoua Eugénie. Merci de ne poser aucune question car, de par la nature de notre quartier général et de la devise de notre Ordre, nous ne pouvons pas mentir.
— Mais cela nous concerne ?
Eugénie adressa un regard mi-courroucé, mi-navré à Umbeijo.
— D’accord ! coupa Hercule. Êtes-vous prêtes pour demain ?
— Prête à me taper une honte d’anthologie devant mon père ? Oh oui, je m’y suis préparée !
— Tu auras au moins un membre de ta famille présent, objecta Umbelina. Sigrid et moi, ce sera le désert.
— Vous avez raison, ma chère. Eugénie ne mesure pas la chance d’avoir des parents. Les miens seront là, accompagnés par l’oncle Waldo.
— Il sera là ? se réjouit Eugénie. Je l’adore ! Il est diiiiingue !
— Il sera là incognito. Les parents de Casper se rendent à la cérémonie et il est préférable qu’il ne les croise pas.
— En parlant de parents illustres, le père de Max va venir, confia Sigrid. Nous allons pouvoir rencontrer notre futur patron, s’amusa-t-elle.
— Je ne serai jamais Auror, dit la Portugaise.
— Tu pourrais ! Tu es la plus puissante en sortilèges ! s’insurgea Eugénie. Mais enfin ! Tu as vu la guerre des Moldus, hein ? Les aéroplanes ! Imagine que tu commandes l’escadrille volante des Oubliators ! Une armada des meilleurs tireurs d’élite.
— J’avoue que je trouve cette idée novatrice, ma chère. De plus, les balais ne voleront pas toujours aussi lentement. Les versions seront améliorées.
— Oui ! Tu vois un peu le tableau ? Le commandant Mascarenhas de Laranjeira, Générale sorcière, a mené un raid sur un nid d’espions infâmes, un repaire de lanceurs de sorts noirs. Les criminels n’ont pas été assez rapides pour répliquer et le temps qu’ils comprennent ce qui arrivait, ils avaient oublié comment lancer un Protego !
Lorsque Eugénie lâchait la bride de son imaginaire, elle devenait pure passion et énergie. Hercule la trouvait totalement délirante et en ressentait une joie immense. Tout ceci allait prendre fin dans une semaine et il commençait à regretter ces instants privilégiés. Il les observa, toutes les trois, tour à tour et se laissa bercer par la nostalgie.
L’estrade était dressée et les elfes de maison avaient installé des centaines de chaises. En retrait, ils avaient garni de longues tables de boissons et se tenaient prêts pour les couvrir de succulents petits fours. La foule avait pris place sur les sièges pour assister à la remise de diplômes et à la distribution des accessits.
Max et Pierre avaient reçu leur parchemin officiel de CHASSE-Magus avec les félicitations de l’ensemble du corps professoral. Les deux jeunes gens intégraient le bureau des Aurors, à Paris, où ils entameraient leur apprentissage sur le terrain, en se confrontant aux sorciers criminels de bas étage et à la paperasse administrative en découlant.
Le temps défilait avec lenteur et les élèves de première année, relégués à la fin de la cérémonie, commençaient à s’impatienter. Umbeijo scrutait l’assistance à la recherche d’un visage familier. En vain. Néanmoins, elle croisa le regard joyeux de Joachim Alonzo, promu meilleur élève de la promotion des 4e années. Pour cette raison, il avait obtenu une jolie bourse de 50 Gallions. Un gain plus que bienvenu, car les confortables émoluments de son père couvraient à peine les besoins de sa très nombreuse famille – Jo avait quatorze frères et sœurs -. Umbelina l’appréciait beaucoup. Jo était prévenant, poli, intelligent et partageait avec elle sa passion pour les mathématiques sorcières.
Tout à coup, alors qu’elle balayait l’assistance, elle s’arrêta sur un visage grimé. Une sensation étrange s’empara d’elle. C’était une vieille femme, ridée, aux cheveux longs, gris, pareils à du crin de cheval mal entretenu. Sa tenue était d’un autre âge, élimée et terne.
Elle eut aimé avertir son camarade Hercule, mais il était cantonné avec les effectifs d’Urtica. Les élèves devaient respecter leur ordre et se conformer au règlement.
De leur côté, Sigrid et Eugénie se livraient à des messes basses, prenant soin de ne pas interrompre le discours et les annonces d’Armand Fontebrune.
Ce fut enfin la délivrance tant attendue pour les plus jeunes. Le directeur s’éclaircit la voix pour leur consacrer quelques mots :
— Nous voici arrivés au terme de cette cérémonie avec les benjamins de notre belle Académie. J’avoue que cette année, nous avons eu de magnifiques surprises, connu aussi quelques aventures épiques, voire rocambolesques avec certains individus.
C’était un doux euphémisme après la multitude d’agressions, les Spongues et les Aurors déjantés.
— Nous allons d’abord honorer l’élève qui, tous ordres confondus, a obtenu les meilleurs résultats cette année. Cette personne ne s’est pas contentée de travailler avec acharnement. Elle a réussi à battre la meilleure moyenne précédente, détenue par une personne connue et appréciée de tous : la professeure Bonnelangue en personne. Je peux vous assurer que battre ce record vieux de cinquante années n’est pas un mince exploit. Il donne droit à un accessit de 200 Gallions, auxquels viennent s’ajouter les 50 obtenus en arrivant premier de son niveau. Il s’agit de l’accessit le plus important de tous. Cette personne, avec une moyenne OR, est… Sigrid Vlaamel. Oui, Sigrid, si tu veux bien venir…
La fillette timide sortit du rang et s’approcha du directeur, juché sur le promontoire. Elle pria pour que l’Autre, sous le coup de l’émotion débordante, n’ait pas la mauvaise idée de se montrer. Elle prit son rouleau de parchemin et le sac de Gallions.
— Un petit mot ? suggéra Armand.
Elle hocha la tête et déclara :
— … je… je remercie tous les professeurs qui… ont su extraire le meilleur de moi-même. Je pense aussi à mes amis… qui me poussent vers l’excellence et dont l’amitié est précieuse, chaque jour. Merci à tous…
L’assistance entière l’applaudit : parents, élèves, invités. Agathe, assise au premier rang auprès d’un vieillard, se leva et effectua une génuflexion en signe de respect. Son voisin de gauche, un ancêtre ridé, se redressa à son tour et salua l’enfant. Sigrid frissonna en reconnaissant les traits de cette célébrité.
« Nicolas Flamel ! »
Un murmure parcourut la foule en s’amplifiant peu à peu. Pourquoi diable l’un des plus illustres sorciers était-il sorti de sa retraite ? Savait-il qu’il y aurait une pépite dans la promotion, lui qui avait la capacité de transformer le plomb en or ?
Sigrid trembla et se raccrocha au regard bienveillant d’Hercule, applaudissant à tout rompre. De tous, c’était le plus enthousiaste. Il respirait la fierté, bien plus que s’il avait arraché cette double récompense. Elle se hâta de rejoindre Eugénie qui, débordant de sentiments, la serra fort contre elle. Appelés dans l’ordre alphabétique, les autres élèves reçurent leur parchemin. Ce classement poussa l’impatience de Van Betavende à son paroxysme.
Eugénie fut admise dans la classe supérieure, grâce à de très bonnes notes en vol sur balai, en M.E.S ainsi qu’en transformation et métamorphose, bien notée par le professeur Mc Flurry. Elle récolta une FONTE en français, la même sentence en mathématiques et un médiocre ÉTAIN en potions. Sa blague sur ses résultats catastrophiques n’avait pas pris.
Une fois les élèves parcheminés, Armand annonça l’instant des prix spéciaux, des mentions particulières.
— Chaque professeur va à présent venir sur l’estrade et remettre un petit accessit de 10 Gallions à l’élève le plus méritant, tous ordres et tous niveaux confondus. J’appelle… la professeure d’Arts Divinatoires.
Toute l’assistance s’attendait à voir Agathe se lever de son siège. La vieille femme repérée par Umbelina se montra, marcha d’un pas assuré et se posta en face de l’assistance. Elle tira sa baguette et effaça toutes les traces de son grimage. Claire Obscur, plus resplendissante que jamais, se révéla au public.
— Ça alors ! s’ébahit Hercule.
Il nota les regards hilares et complices d’Eugénie et de Sigrid. Elles savaient, de toute évidence. Un mystère pour lui et pas pour elles ? Il enragea. Mais il n’était pas au bout de ses surprises. La professeure Obscur prit la parole :
— Avant toute chose, je tiens à remercier le directeur ainsi qu’Agathe qui a magnifiquement assuré lors de ma convalescence, m’a-t-on rapporté. Ma disparition, puis mon incarcération à l’hôpital Bonpied, torturée par une horde d’Aurors, a pris fin grâce à une intervention extérieure que j’oserai qualifier de miraculeuse. J’espère qu’aujourd’hui, l’odieux chantage dont l’Académie a fait l’objet, me mettant en jeu, a définitivement cessé. À celles et ceux qui se demandent comment j’ai pu guérir, je conseille une excellente tisane cardamome-muscade-genièvre.
Les participants se dévisagèrent, interloqués. Ambroisine et Ursula furent les premières surprises par cette information.
— Voilà pour la mise au point ! À présent, passons aux élèves ! Vous vous attendez tous à ce que je récompense Valentine Clairdelune, la première élève à posséder le Don depuis un nombre considérable d’années. Non seulement Valentine est une élève exceptionnelle, douée pour les Arts Divinatoires, mais elle a une capacité et une facilité à exprimer sa voyance qui force mon admiration et un peu ma jalousie. La joie génératrice de Patronus, quelle merveille, quelle magie ! Je n’ai aucun doute sur son avenir : Valentine fera une grande voyante. Pour y parvenir, elle devra apprendre à maîtriser son talent naturel, à faire la part des choses, à se concentrer et ce fut justement l’objet du programme d’Agathe, ma chère consœur. Voir l’avenir n’est pas si simple, car les messages ne sont pas accompagnés du mode d’emploi. La symbolique est parfois si ardue, si tortueuse que l’interprétation échoue. Croyez-moi, je sais à quel point c’est difficile. Cette année, comme les précédentes, je vais récompenser la prédiction la plus précise qui a été faite à l’école. Ce n’est pas Valentine qui l’a réalisée. C’est Hercule van Betavende. Il a, lors d’un devoir donné par ma consœur, été capable de prédire l’évasion du gang des Yes-Wands au complet. Même si je l’ai jugé dépourvu du Don, il a su faire abstraction des perturbations, des symboliques, en émettant une réponse illogique pour tout profane mais que je trouve d’une clarté stupéfiante. Hercule, si tu veux bien venir chercher ta récompense…
Le garçon s’approcha en catimini, reçut sa petite bourse et remercia la professeure en lui serrant la main. Il éprouva une impression de chaleur, comme si Claire lui témoignait de la gratitude. C’était, en apparence, une aberration. Comme l’état du professeur, admirable alors qu’elle avait subi des brûlures noires, irréparables. Se pouvait-il qu’elle ait séjourné quelque temps dans le second degré du Sondeur ? La tisane infâme n’avait pas pu réparer des dommages aussi profonds.
Il s’exprima avec maladresse, intimidé par la foule, le regard des siens braqué sur lui dont l’oncle Waldo, déguisé, assis à quelques sièges de ses parents. Puis, il regagna sagement l’ordre Urtica. Un prix en Arts Divinatoires : ça, il ne l’avait pas prédit !
Il pensait en avoir fini avec les épreuves d’expression orale lorsque Agathe en remit deux couches successives.
Il fut conjointement félicité avec Katarina Rostopchine pour leur victoire en finale de Cecrabebleu et pour leurs résultats exceptionnels en français. Si la demoiselle russe atteignait la meilleure moyenne, Hercule gagnait le titre du projet de français, avec sa formule que la professeure garda secrète tant ses implications pouvaient être dantesques.
L’heure de gloire d’Umbelina arriva enfin. Elle fut récompensée par le professeur Laflèche pour ses performances exceptionnelles en balai, en Quidditch, pour avoir amené Lonicera à gagner la coupe pour la première fois depuis des dizaines d’années – Urtica avait perdu face à Aloysia et Lonicera, avec deux captures de Vif d’or pour une victoire, faisait la différence –. Elle fut citée par le professeur Racine parmi les quelques élèves qu’il considérait comme des prodiges accomplis ou en devenir en mathématiques. Contre toute attente, Elvira la mentionna, même si l’accessit échut à un élève de CHASSE-Magus, respectant la logique.
Le prix le plus surprenant fut décerné par Ursula Waldmeister. Pour la première fois dans l’histoire de Beauxbâtons, un Cracmol remportait les prix de botanique et de soins aux créatures magiques. Hercule en fut ravi pour son camarade de chambrée et applaudit à s’en rougir les mains. Jacques revint avec son sac de 20 Gallions, fier comme s’il s’était soudain découvert des talents de sorcier. Ursula répéta au moins trois fois que « Boulancher ferait un eczellent azziztant. »
Le défilé des enseignants reprit de plus belle et chacun y alla de sa récompense attribuée à tous les ordres et à tous les niveaux. Armand décerna, en tant que professeur d’astronomie, une bourse à un élève de 6e année pour ses splendides capacités à avoir su percer tous les mystères de l’observatoire. Le quatuor Gerbera douta de cette assertion à travers quelques regards complices.
— Avant de nous diriger vers le buffet si appétissant et d’échanger entre nous, j’ai un dernier accessit à remettre. C’est une nouveauté. Plus précisément, il s’agit d’une excellente suggestion des CHASSE, visant à récompenser l’élève qui aura le plus œuvré pour l’image de l’école, l’harmonie entre nos apprenants, la joie quotidienne exprimée, l’entrain. En quelque sorte, le prix du meilleur camarade sorcier. Il s’agit du résultat d’un vote des élèves et le montant est constitué d’une collecte auprès de nos jeunes. Il est attribué pour la première fois, avec une écrasante majorité, à… Eugénie Beauxbâtons.
Sigrid dut soutenir l’intéressée tant le trublion Risque-tout passa tout près de la syncope. La nouvelle l’atteignit au plus profond de son cœur. Une fois qu’elle eut recouvré ses esprits, elle rejoignit le directeur pour récupérer le petit sac. Elle remarqua qu’il était d’une lourdeur peu commune. Eugénie redevint vite Eugénie :
— … je suis touchée par cette nomination. Je… il y a combien là-dedans ?
— 53 Gallions, 9 Mornilles et 7 Noises.
— Waouh ! Je… je sais pas quoi vous dire ! Ça doit sûrement vous en boucher un coin que je manque de répartie…
— Eh bien, proposa Armand, dis-nous ce que tu comptes faire de tout cet argent ?
L’homme venait de commettre une erreur monumentale : mettre Eugénie sur les rails de la folie, la démesure.
— Oh… Pour commencer, offrir une vraie paire de skis à Hercule et Sigrid parce que la dernière fois, derrière les Abraxans, c’était pas la joie au niveau de la glisse. Ensuite, euh… remplacer les bouteilles de Bièraubeurre que j’ai piquées au professeur Mc Flurry. Je vais rembourser toutes les dettes que j’ai contractées cette année et il y en a un paquet. Enfin, il y aura…
— Bien ! Bien ! Nous ne doutons pas de ton honnêteté et de ton empressement à effacer quelques bêtises.
— Une bouteille d’Armagnac pour Rostock à moins qu’il ne préfère du whisky…
— Oui ! Oui ! Merveilleux ! À présent, je vous souhaite de profiter de ces instants de partage. Bon appétit à tous !
Il raccompagna Eugénie auprès de son père dont l’air agacé fut atténué par le rouleau de parchemin attestant du passage de sa fille dans le niveau supérieur. Un miracle, selon ses propos à peine dissimulés.
La famille d’Hercule le félicita et Gertha, après avoir enlacé son fils, fendit la foule pour aller en faire autant avec Umbeijo, touchée par cette attention. La sorcière belge lui confia :
— Notre porte sera toujours ouverte, Umbelina. Quand tu le souhaites.
— Merci, Madame.
— Appelle-moi par mon prénom, s’il te plaît, je préfère. Bravo pour ton stage ! Vraiment, c’est fantastique ! Viens avec nous… tu veux bien ?
La princesse consentit à la suivre, réconfortée par cette invitation. Elle put apercevoir le célèbre vieillard se dirigeant vers Sigrid. La lauréate le vit s’approcher et osa prononcer un timide :
— Bonjour, Monsieur.
— Bonjour, Sigrid. Je suis Nicolas.
— Je sais qui vous êtes, mais vous… vous savez qui je suis ?
— Ma descendante.
Ses yeux plissés s’illuminèrent.
— Est-ce que… c’est vous qui… ?
— C’est moi qui ai payé tes études et t’ai donné accès à ce coffre à Paris. D’ailleurs, tu t’es très bien débrouillée. J’ai été très heureux de t’avoir tendu la main. Ce que l’Autre a fait, n’est pas de ta faute.
— Il y a peut-être un moyen de supprimer l’Autre, car le directeur et les professeurs ont pu mettre en pratique un…
— … sortilège spécifique, avec un remède adapté. Hélas, ce dont tu souffres, n’est pas le fait d’un sort, même noir. C’est autre chose, une des mauvaises surprises du cerveau humain, additionnée à un Obscurus. Pourtant, tu as su y faire face, te créer, exister et contrôler. C’est admirable.
— Je redoute de perdre, un jour.
— Je sais, ma petite. Je lis cette peur permanente en toi mais…
Il désigna le groupe familial d’Hercule, complété par Umbelina, Eugénie et Alfred.
— Tu es aimée par de bonnes personnes, intelligentes, puissantes, généreuses. Ce sont des enfants avec la capacité à faire face à l’Autre, à l’éviter, à le renvoyer dans l’ombre. Vis pleinement, Sigrid. Pleinement.
— Vous parlez comme si demain, tout pouvait s’arrêter.
— Demain, tout peut s’arrêter. Quoi que puissent receler les prédictions secrètes de Claire Obscur.
— D’accord.
Il fit mine de partir et rajouta :
— Très joli, votre quartier général. Tu devrais y ajouter un peu plus de toi.
— Vous… quoi ? Comment ?
— Tu sais, Beauxbâtons, c’est comme une seconde demeure, pour moi. J’en connais les moindres secrets.
Il s’éloigna en trottinant, à un rythme inverse de celui d’un Jackalope, la laissant à ses interrogations. Elle demeura interdite quelques secondes, abasourdie. Elle observa le ballet des groupes, des discussions banales, animées, des débats sur l’avenir. Elle fut le témoin de la rencontre entre Hercule et monsieur de Franjac. Elle imagina leur échange. Il lui parlerait du gang des Yes-Wands, de leur procès dès qu’ils auraient été repris par ses hommes, tôt ou tard. Hercule avouerait ses ambitions futures et le commandant, pragmatique et positif, l’encouragerait à persévérer, en dépit des réticences de sa baguette à exécuter des sorts d’attaque. Eugénie en profiterait pour balancer son idée sur l’escadrille d’Oubliators et De Franjac jugerait ce projet digne d’intérêt. Il verrait la rigueur dans l’esprit du garçon, la puissance et la détermination d’Umbelina, la source inépuisable d’idées et la débrouillardise chez Eugénie. La cérémonie servait aussi à cela : poser des jalons, repérer des potentiels, contacter les forces vives, bâtir l’avenir de la communauté sorcière.
Recluse dans un angle du château, elle assista à des formations mondaines, des rapprochements intéressés, des rencontres électriques et des retrouvailles complices. Elle remarqua Nicolas, son aïeul, avançant à la vitesse d’un gastéropode en compagnie d’Abraham Piedargile. Ils s’en allaient de l’autre côté du domaine. Elle les suivit du regard. Ils stoppèrent devant la fontaine Flamel, devisèrent et trinquèrent en riant aux éclats, s’envoyant des gorgées d’eau à tour de rôle.
Sigrid sortit quelque peu de sa torpeur lorsqu’elle perçut une voix derrière elle :
— Ton camarade n’est pas au courant ?
C’était Obscur.
— Nous ne lui avons rien dit. Vos sauveurs devaient avoir la mémoire effacée.
— C’était ton plan ?
— Pour les détails, oui. Vous sauver, vous enlever à vos tortionnaires, c’était son idée. Nous étions toutes contre. Il a tenu tête.
— Je me suis peut-être trompée sur…
— Oh oui, Professeur. Vous avez fait erreur sur Hercule. Personne n’a un sens de la justice plus élevé que lui. Personne. Quoi qu’il arrive dans le futur, il le fera par justice et pour la vérité.
Claire hocha la tête et poursuivit :
— Vous lui révélerez son rôle et celui de votre camarade ?
— Tant qu’une menace pèsera sur vos épaules, nous ne dirons pas un mot. Tant que tous les responsables n’auront pas été arrêtés.
— Cela risque de prendre du temps.
— Peut-être jusqu’au remplacement du Ministre de la Magie…
Abraham et Nicolas repassèrent au pas de charge et se ruèrent sur le buffet. L’eau de la fontaine les avait galvanisés et les mettait en appétit ?
Sigrid les trouva amusants : à eux deux, il cumulait dans les 600 ou 700 années d’existence. Le directeur s’approcha de la professeure d’Arts Divinatoires. Il allait la questionner sur son évasion et sur sa santé recouvrée mais Sigrid savait que Claire ne lâcherait pas un mot sur la fuite, ni sur sa guérison. L’ordre Gerbera pouvait dormir sur ses huit oreilles.
Agathe faisait de bons mots avec la famille de Katarina, Sean Mc Flurry coursait Eugénie pour en savoir davantage sur cette histoire de Bièraubeurres détournées, les elfes de maison alimentaient le buffet sans discontinuer. Tout allait bien. Rien de fâcheux ne pouvait plus arriver.
L’expression des émotions ne caractérisait pas Elvira. Elle ne s’encombrait pas de perturbations entamant son efficacité. De par sa nature hybride, elle ne nourrissait pas de sentiments pour ses semblables vampires, sorciers ou moldus. Cependant, ce matin-là, durant le dernier cours privé de duel avec son quatuor d’élèves, elle tenait à exprimer le fond de sa pensée.
— Bonjour Professeur !
— Bonjour, vous quatre !
— Prête pour les vacances ?
— Eugénie, si tu penses que je vais les passer en Transylvanie, tu te trompes.
— Comment… ?
— Ferme ton esprit !
— Oh…
— Bien. Ce matin, je voudrais entamer ces dernières heures par des félicitations. D’abord, vous avez fait des progrès stupéfiants, dans de nombreux domaines sorciers et je ne parle pas que de mes disciplines. Vous avez travaillé, donné le meilleur de vous-mêmes et… j’en suis convaincue… exploité vos apprentissages pour réaliser des choses plus ou moins avouables.
Les élèves baissèrent la tête, ne niant rien des suppositions professorales.
— Aujourd’hui, j’ignore si nous aurons l’occasion de poursuivre ce club, l’an prochain. Tout dépendra de l’emploi du temps. Il y a tant de choses à apprendre, d’un autre côté. Vous le savez, je ne pourrai pas vous enseigner la production du Patronus. C’est le professeur Mc Flurry qui s’en chargera lors de la 5e année, je pense. Par contre, je vous montrerai, tout à l’heure, la métamorphose et la condition d’Animagus, ainsi que les innombrables et complexes exigences pour tenter d’en devenir un.
— Est-ce qu’on apprendra à transplaner, Madame ?
— Non, Eugénie. C’est trop tôt.
— Pourtant…
— Je sais. J’ai eu vent que certains élèves de votre niveau le font. C’est illégal et très dangereux. Mal préparé, appris entre frères et sœurs, en famille, sans les conseils d’un sorcier spécialiste, vous pouvez finir en pièces détachées à Bonpied en un clin d’œil.
— Oh…
— Vous avez tant et bien appris. J’ai eu l’occasion de vanter les talents d’Umbelina, hier mais tous, à différents niveaux, vous m’avez surprise.
— Merci, Professeur.
— Une fois n’est pas coutume, c’est moi qui ai une question à vous poser. Je vous rassure, cela ne concerne pas l’évasion de Claire, j’ai mon opinion bien arrêtée à ce sujet. Non, mon interrogation est pour toi, Hercule.
— Madame ?
— J’aimerais bien savoir pourquoi Agathe n’a pas révélé la formule qui t’a permis de remporter un accessit ? Hum ?
— C’est à cause des implications du sort.
— Est-ce un sort noir ?
— Je ne le pense pas, Madame.
— Est-ce qu’il pourrait servir lors d’un duel ?
— Oui, Madame.
Les yeux d’Elvira rosirent. Le curseur de son intérêt était poussé au maximum.
— Un échantillon ? Une toute petite démonstration ? Allez…
— Entendu, Professeur.
Il tira sa baguette, la pointa sur lui-même, ce qui provoqua l’étonnement de l’assistance et murmura de la façon la plus inaudible possible, en exécutant un 8 couché :
— Fulguram Tempus Fugit.
Il s’injecta du temps, retourna la baguette contre les autres protagonistes, les stupéfixa et alla s’asseoir sur le bureau de l’enseignante, sans cesser d’exécuter des 8. Il cessa son manège. Le temps revint peu à peu à un écoulement identique pour tous, toujours avec cette latence. L’adulte et les trois fillettes étaient conscientes mais paralysées. Il lança une série d’Enervatum pour les libérer.
— Bon sang ! Je n’ai rien vu venir !
— Nous non plus, se plaignirent les fillettes.
— Tu nous as stupefixées et tu t’es déplacé à une vitesse démentielle. Ou le contraire. J’avoue être perplexe. Qu’est-ce que c’est ?
— Un sortilège qui injecte du temps. En quelque sorte, c’est l’inverse d’un Arresto Momentum.
— C’est… étonnant ! Il y a d’autres applications ?
— Est-ce qu’on pourrait augmenter la vitesse d’un balai ? s’enthousiasma Umbelina.
Eugénie et Sigrid se dévisagèrent, terrifiées par la suite.
— Tout à fait !
— Rendez-vous sur le terrain de Quidditch pour tester ! Je veux voler à 200 km à l’heure !
— Je ne peux pas exécuter ce sort en dehors du château.
— Oui mais si c’est un sort continu comme Lumos… euh… oh… non, ça ne peut pas marcher, se rattrapa la princesse.
— Je constate que vous avez découvert quelques contournements, nota Elvira. Toutefois, je vous déconseille de faire cette tentative devant témoins. Hercule, réserve ce sortilège aux cas d’absolue nécessité. Tout ce qui touche au temps…
Elle suspendit sa phrase et frissonna. Puis, elle se ressaisit et interrogea :
— Personne n’a peur des scorpions ?
— Même pas peur des insectes !
— Le scorpion n’est pas un insecte, Eugénie. Il appartient à la famille des arachnides, ma chère.
— Ouais, d’accord ! Ben j’ai pas peur des arachides non plus !
La blague, volontaire ou involontaire, ne valait pas une cacahuète. Une fois son effet comique achevé, Elvira leur livra la démonstration de transformation et leur expliqua le long processus pour devenir Animagus. Hercule fut horrifié, Sigrid effrayée à l’idée que l’Autre en profite pour sortir, Eugénie passionnée et excitée.
Quant à Umbeijo, elle désirait plus que tout devenir un faucon pèlerin. Elle prit une quantité de notes incroyable.
Les quatre enfants de l’Ordre Gerbera s’étaient arrangés avec les elfes de maison pour collecter des paniers pique-nique afin de passer l’après-midi et la soirée du dernier mercredi dans la cabane. C’était l’ultime instant de réunion avant la séparation estivale. Umbelina filait près de Nice, avec les joueurs de Quidditch. Sigrid passait un petit mois avec le plus célèbre alchimiste français afin de mettre en pratique ses apprentissages et de les parfaire. Hercule rentrait à Bruges, comme prévu.
Quant à Eugénie, elle s’était résolue à passer un été de plus à l’école lorsque Alfred lui avait donné le feu vert pour séjourner chez les Van Betavende. Elle sautait partout dans le quartier général, à intervalles irréguliers, mettant à mal les fixations magiques de la construction.
L’atmosphère était à la fois heureuse et triste, détendue et stressée. Le garçon s’occupait les mains en flattant Edgar qui émettait des gazouillis à mi-chemin entre le ronronnement du chat et le hululement du hibou. L’oiseau profitait aussi des ultimes heures avant le départ des enfants et son retour à la vie sauvage. Hercule le croyait capable de gagner la Venise du Nord pour bénéficier de bons soins et exécuter quelques livraisons de courrier à Paris ou à Nice. Un bruit de branches cassées attira l’attention du quatuor.
Eugénie murmura :
— Vous avez entendu ?
— Oui.
— Un animal ?
— Un gros. Un écureuil ne ferait pas un tel raffut !
Une voix féminine transperça les parois :
— Je sais que vous êtes là !
Ils se figèrent :
— Il y a bien une protection qui empêche nos voix de passer à l’extérieur ? s’inquiéta Sigrid.
— Nous sommes invisibles et inaudibles mais pas intangibles. Si la personne réussit à grimper jusqu’à la plateforme, elle pourra toucher ce qu’elle ne verra pas.
De nouveaux craquements de branches eurent lieu, plus proches. L’un des bruits ressembla à la rupture du bois, mais il ne fut suivi d’aucun cri, ni de choc sourd d’un corps heurtant le sol.
Des coups retentirent sur un tronc. La femme tambourinait.
— Ouvrez-moi ! C’est la professeure Obscur ! Ouvrez-moi ! Je dois vous parler. C’est très important !
— C’est un piège ! Il ne faut pas ouvrir ! Hercule, elle t’a agressé à deux reprises !
— Elle dit la vérité, Eugénie.
— Mais non ! C’est une voyante qui raconte n’importe quoi !
— Elle ne peut pas mentir. Le fronton a déjà agi sur elle.
— Le fronton…
— Que fait-on ?
— Gardez vos baguettes en main. Surtout vous, Umbelina. Et au besoin, vous lui effacez la mémoire.
— D’accord.
Hercule agita la sienne et prononça :
— Alohomora.
La porte pont-levis s’abaissa, dévoilant la silhouette de Claire. Hormis quelques éraflures aux bras et au visage, consécutives à son ascension dans le résineux, elle était à l’image de sa réapparition miraculeuse le 21 juin.
— Comment saviez-vous, Professeur ?
Elle dévoila une brûlure due au froid sur l’intérieur de son avant-bras gauche.
— Je l’ai su aujourd’hui.
— Qui vous a aidé ? Mon père ?
— Non. Agathe. Elle dispose de multiples talents.
— Allez-vous nous dénoncer, Madame ?
— Absolument pas. Je vous dois ma liberté et ma guérison. À vous tous.
— Vraiment ? s’étonna le garçon.
— Les détails importent peu. Je sais ce que je vous dois.
— Nous voulons bien vous croire, admit le Belge, sachant qu’elle ne pouvait pas mentir.
— Écoutez-moi… je suis venue vous demander de l’aide. Vous avez vu comment s’exerce mon pouvoir ? Parfois, je peux lire la prophétie, car elle apparaît sur une partie du corps dans mon champ de vision. J’en ai mémorisées un certain nombre. Mais, comme je vous l’ai enseigné et comme l’a souligné Agathe, l’interprétation est parfois ardue, voire impossible. Il faut avoir des talents pour l’analyse, l’abstraction et vous quatre, selon mes sources, vous êtes doués pour résoudre des mystères. Voici ma proposition : je vous livre mes prédictions incompréhensibles, vous les démystifiez.
— Qu’est-ce qu’on y gagne ?
— Des Gallions, Eugénie. Je paierai pour chaque énigme décryptée.
Les enfants se dévisagèrent et s’interrogèrent du regard. Comme Claire ne mentait pas, la proposition était honnête.
— 50 Gallions par affaire résolue, exigea Eugénie.
— 50 ? Entendu.
— Par personne, compléta Risque-tout.
— Par pers… ! Vous êtes durs en affaires !
— L’agence d’enquêteurs Gerbera n’est pas donnée, ajouta la fillette à bouclettes, suscitant un sourire complice de ses camarades.
— Gerbera ?
— Notre Ordre, éclaira le garçon en désignant la fleur ornant l’envers de leur cape.
— Marché conclu.
— Savez-vous où se trouvent les autres prophéties, Professeur ?
— Je l’ignore. Le seul au courant, c’était le professeur Flamingo. Il s’y rendait sous sa forme d’Animagus. Tout ce que je sais, c’est qu’il sortait du domaine pour les déposer.
— Quelle sera l’énigme sur laquelle nous travaillerons en premier ?
— La plus mystérieuse. La seule qui ne fut jamais inscrite sur mon corps mais qui fut audible. Elle s’accomplira le 28 juillet 2061.
Les enfants frissonnèrent. Elle leur livra ce qu’elle avait à la fois entendu et prononcé. Ils en prirent note sur des parchemins individuels. La notation effectuée, Hercule voulut en savoir davantage sur ce retournement de situation :
— Pourquoi vous adresser à nous, après avoir tenté de m’expulser de l’Académie à coups de sortilèges ?
— Parce que même si je reste persuadée que le destin est écrit et qu’il s’accomplira, quel que soit le déroulement des événements, je veux faire tout ce que je pense possible pour l’empêcher, comme Elvira l’a fait. J’ai commis une erreur alors j’essaie de réparer.
— Alors, pourquoi ne pas nous confier la prophétie où je suis supposé commettre l’irréparable ?
— Parce que la date de la prophétie est déjà passée, mon garçon.
— Quand ? Quand cela a-t-il eu lieu ?
— C’est passé. C’est trop tard.
— La connaissance du passé, de nos erreurs, nous aide à préparer le futur, Madame. Quand, s’il vous plaît ?
— Le 11 mars, cette année.
Hercule plongea dans sa mémoire et passa en revue la journée. Il trouva. C’était le jour où le directeur avait pris des mesures draconiennes, les avait mis au courant pour madame Ducourneau, et avait convoqué le quatuor ainsi que Valentine dans son bureau. C’était le jour où il avait émis l’hypothèse de dissocier la personnalité d’une sorcière. Même s’il n’avait pas eu les connaissances pour créer le sortilège, il avait jeté les bases théoriques. Combien d’inventions moldues, basées sur des intentions pacifiques, finissaient en armes de guerre ?
Il éprouva la sensation d’avoir commis un crime, d’avoir ouvert la boîte de Pandore.
Claire promit de leur donner la moitié des Gallions avant leur départ en vacances. Lorsque Eugénie demanda combien de résolutions elle serait capable de financer, Claire répondit :
— Que buvez-vous pour rester éveillée ?
— Du café mais c’est infâme. Je préfère le…
— Quelle marque ?
— Du café Obscur… Obscur… Non ?! C’est votre famille ?
La cinquantenaire les salua avec chaleur et sortit de la cabane. Hercule s’avança sur la plateforme, Gerbera visible afin que l’escalier apparaisse et que la professeure ait accès à une descente facilitée. Puis il revint dans le salon et s’enfonça dans un fauteuil, jusqu’aux oreilles.
— L’agence Gerbera, Eugénie…
— Ben quoi ? Ça sonne bien ! Si on trouve, on gagne 200 Gallions. En quatre prophéties, la cabane est remboursée. Bon, on commence ?
Ils comparèrent leurs notes et découvrirent qu’aucun d’eux n’avait rédigé la dictée à l’identique. Toute la difficulté de la prédiction ultime était là.