Beauxbâtons - 1917

Chapitre 17 : Sortilège 17 : l’invitée surprise

Par eric_vincent

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Noël approchait et Hercule était très ennuyé. Il rentrait à Bruges, la princesse portugaise rejoignait ses parents près de Lisbonne et Eugénie restait chez elle, à l’Académie. Quant à Sigrid, elle allait nulle part. Elle passait Noël sans famille, dans sa chambre, désertée les 24 et 25 décembre par sa voisine, sur ordre de son médicomage de père.

Tous se retrouveraient dès le 30 décembre pour préparer la Saint-Sylvestre. Le changement d’année était l’occasion de faire la plus belle fête entre élèves et enseignants.

Hercule cacheta ses lettres, se vêtit avec plusieurs couches de vêtements et sortit de la chambre. Il s’engouffra dans le couloir plongé dans la pénombre lorsqu’il aperçut une forme reconnaissable entre toutes, émergeant du sous-sol. Une trappe se dissimulait sous le long tapis du corridor Est et desservait les commodités.

— Orpi ?

— Bonsoir, Maître Hercule ! Comment vous portez-vous ?

— Bien, je vous remercie. Et vous, affecté à une autre tâche ?

— La neige est tombée en abondance toute la journée et Orpi a ajouté des bûches de bois pour augmenter le chauffage.

— C’est donc là-dessous que se cache le poêle qui réchauffe nos chambres ?

— C’est un très gros modèle appelé chaufferie, maître Hercule. Il suffit pour tout le pavillon.

— Un seul pour… il doit être très gros et exiger un entretien spécifique.

— Tout à fait, Monsieur. Maître.

— Appelez-moi Hercule, je vous prie.

— Orpi ne peut pas. Il n’en a pas le droit.

— Certes, mais je ne suis pas votre maître.

Orpi réfléchit, sourit et concéda :

— Monsieur Hercule.

— C’est parfait. Est-il possible de visiter cette… chaufferie ?

— Bien sûr ! Elle n’est pas reliée… Oh ! Mais qu’est-ce que j’ai dit ? !

L’elfe de maison attrapa une bûche dans son panier et se frappa la tête avec jusqu’à ce qu’elle se fracasse ! La bûche !

— Orpi ! Mais voyons ! Pourquoi vous malmener ainsi ?

— Orpi n’aurait pas dû dire cela.

— C’est entendu mais ce n’est pas une raison pour se casser du bois sur la tête ! Promettez-moi de ne pas recommencer !

— Un elfe doit se punir s’il commet une erreur.

— Plus de bûche, Orpi !

— Pourquoi, monsieur Hercule ?

— Euh… euh… parce que… en miettes, elle brûle trop vite et… coûte un supplément de Gallions ! Vous ne voulez pas ruiner l’école et risquer qu’elle soit fermée à jamais ?

— Oh non, monsieur Hercule !

— Alors, plus de bûche !

— Bien, Monsieur. Orpi promet.

— À la place, allez plonger votre tête dans la neige glacée ! Que cela vous serve de leçon !

L’enfant et l’elfe se retrouvèrent dehors. Orpi s’enfonça sa grosse tête meurtrie dans la neige, comme demandé. Hercule avait appris en cours de médicomagie que le froid anesthésiait la douleur. En résumé, il venait de le forcer à se soigner.

Satisfait, il s’éloigna en direction de la Cabane Enchantée. Ses chaussures crissaient sur la neige et il n’y avait pas un seul autre bruit. Il passa sur le pont enjambant la rivière, la main sur sa baguette, un réflexe inaltérable depuis l’attaque du Spongue.

Arrivé devant son casier, il décida de glisser vingt Noises pour les trois missives au lieu de quinze. Il y avait un gros parchemin lourd pour la famille Ollivander, le produit de leurs observations avec Sigrid. Ils attiraient l’attention du maître des baguettes sur le bois de citron vert, commun à deux personnes douées pour la voyance et le cœur en poil de Troll ainsi que le cornouiller, assez répandus chez des sorciers ayant un goût prononcé pour les rixes. Le texte s’enrichissait de nombreuses remarques pertinentes et d’interrogations.

La rédaction du second parchemin avait duré plusieurs jours : il s’adressait à monsieur Delacour. Le document détaillait la forme, la taille extérieure de leur quartier général ainsi que les aménagements intérieurs, les sortilèges, l’inscription runique étant non définie à l’heure de l’envoi. Il y avait surtout une liste de questions techniques si ahurissantes que les filles avaient misé sur une réponse pour Pâques au minimum.

Les exigences étaient extravagantes. Le garçon souhaitait un coin poulailler pour ne jamais manquer d’œufs. À cette occasion, il résolvait la problématique évoquée pendant leur débat à propos de la taille de l’œuf introduit dans une construction à sortilège d’extension. Umbeijo désirait une armoire vitrée, dédiée à ses futurs trophées. Sigrid ne voulait qu’une belle bibliothèque remplie de livres. Eugénie voulait une machine à barbe à papa, un atelier d’écriture et de reprographie enchantés ainsi qu’un toboggan pour descendre de la cabane. Les quatre ne faisaient pas l’impasse sur un poêle sans fumée pour profiter de la cabane en hiver et aussi un grand bureau, des fauteuils, une table pour grignoter et… Il était impossible de tout lister tant il y en avait.

La troisième lettre fut pour ses parents. En termes pesés et mesurés, il présentait la situation de Sigrid, abandonnée, vivant en orphelinat et contrainte de passer ses vacances à l’Académie, seule dans sa chambre. Sans oser le réclamer, il suggérait une invitation en Belgique. Il n’en avait pas parlé à la jeune fille, attendant une approbation parentale de principe avant de se lancer.

Il reprit la missive pour la famille Ollivander, la soupesa, estima que le poids valait bien dix Noises supplémentaires et quelques graines aux insectes séchés pour l’oiseau qui la prendrait en charge. Il fouilla dans une poche de sa cape en laine chaude et en prit une bonne poignée. Il avança la main dans le casier et leva la tête. Il poussa un cri de frayeur.

Un énorme rapace le fixait droit dans les yeux. Une brève seconde, il crut que c’était un camarade qui lui faisait une farce. En effet, l’oiseau était aussi grand qu’un enfant de cinq ans et ses drôles de plumes grises à bouts ronds, tout autour de la tête, donnaient l’impression qu’il portait un masque de carnaval. Le Belge ressortit les doigts du logement, sans précipitation.

Il tendit sa paume avec les graines et l’oiseau se pencha pour picorer en douceur. Hercule tremblait de peur ; le visiteur ailé possédait un bec long, courbe et puissant. S’il lui prenait l’envie de lui arracher un doigt, il le ferait sans difficulté. L’oiseau poussa un cri assez strident, une sorte de « Wiiii » qui provoqua le recul du garçon. Le rapace dandina sur place. Hercule ne comprit pas trop cette sarabande. Dans le doute, il se réapprovisionna en nourriture. La danse cessa.

Le garçon proposa un supplément de nourriture et l’oiseau l’accepta en émettant un gazouillis à mi-chemin entre un ronflement, un ronronnement de chat et une roucoulade de pigeon. Le dompteur se sentit pousser des ailes, tourna son index et effleurera les plumes du cou.

Bien que les friandises aient été avalées, la bête resta en position avancée et penchée vers l’enfant. Le Belge osa ajouter le majeur à l’index pour le caresser. Puis, au bout de quelques secondes, l’oiseau recula, mit les Noises dans une minuscule besace attachée à sa patte et s’empara de la lettre pour la Grande-Bretagne. Ses serres se refermèrent sur sa cargaison et rien ne parut capable de les desserrer avant d’atteindre sa destination.

Il se servit de la longueur de la cabane pour prendre son élan et décoller en brassant l’air avec lourdeur et puissance. Hercule en fut émerveillé.

— Ça alors !

L’élève d’Urtica se tourna. C’était Jacques, son colocataire.

— Vous avez vu ?

— Oui ! C’est hallucinant, Hercule ! Inimaginable !

— Il a pris des graines dans ma main.

— C’est un véritable exploit mais as-tu reconnu sa race ?

— C’est un… hibou ?

— Pas du tout ! C’est une harpie féroce. On peut dire que tu es chanceux !

— J’avoue.

À vrai dire, il n’avait aucune idée de sa chance.

— Tu ne te rends pas compte. La harpie féroce, seule espèce de la famille Harpia, est apparentée aux aigles. Même si ce n’est pas une créature magique, elle ne vit qu’en Amérique du Sud. Il n’y en a pas en France ! Celle-ci doit provenir d’un propriétaire privé qui l’a libérée ou abandonnée. La pauvre bête aura rejoint une Poste sorcière et trouvé de la nourriture, un abri contre un travail.

— Elle ne peut pas se nourrir seule ?

— Oh si ! Dans la nature, elle attraperait des lapins, des agneaux, des chiots, des chats, toutes sortes de proies faisant son propre poids.

— Grâce à ses serres ?

— Ursula Waldmeister affirme que la pression des serres de cette variété d’aigle, est supérieure à celle de la mâchoire d’un… loup.

— Oh ! Il aurait pu…

— Mais il t’a à la bonne, Hercule. Quelle chance ! Quelle beauté ! Tu es doué avec les animaux, dis donc… J’ai entendu ta copine Sigrid dire que tu avais la cote avec les Abraxans. Je t’ai vu avec les Botrucs. C’est un don rare.

Hercule frissonna.

— Je ne suis pourtant pas tranquille.

— Alors, ce sont les créatures qui cherchent à te rassurer. Au fait ! Tu rentres chez toi pour Noël ?

— Oui.

— Je pars en Afrique avec mes parents. Noël au Kenya avec des sorciers sans baguette.

— Sans… ? Comment font-ils ?

— Je te raconterai.

Jacques lui adressa un clin d’œil et l’abandonna sur place. À discuter sans se mouvoir, le froid l’avait saisi. Il n’était pas tard et il avait le temps de faire un peu d’exploration avant d’aller dîner. Il retourna au Pavillon jaune, réprima son réflexe de se gratter en passant le fronton – souvenir de la blague de madame Bonnelangue – et tourna dans le couloir des garçons.

Il jeta un œil dans toutes les directions. Il n’y avait pas âme qui vive. Tous les élèves, sauf les trois premiers niveaux, étaient en sortie spéciale, sans plus de détails. Il souleva la longue carpette, attrapa l’anneau de métal, repoussa la trappe et posa les pieds sur les premières marches. Il prit sa baguette pour éclairer mais se ravisa : pas de sortilège hors du château. Il descendit avec prudence. Il sentit le sol couvert de graviers ronds, le même calibre que dans le coffre de l’observatoire.

Ses yeux s’habituèrent peu à peu à la luminosité ambiante, distillée par le poêle large de trois bons mètres, avec une partie de la porte vitrée.

« C’est effectivement immense et la chaleur est intense. »

Il se promena dans le sous-sol, longea les fondations en faisant le tour du propriétaire. Il était assez dépouillé et rationalisé. Le chauffage était placé au centre avec un conduit de cheminée et plusieurs conduits d’aération pour répartir la chaleur. La tuyauterie pour ramener l’eau et les canalisations pour évacuer les eaux usées était implantée à intervalles réguliers. Tous les conduits étaient regroupés au sud et concentrés dans un tube de quarante centimètres de diamètre plongeant dans le sol. Rien d’extraordinaire. Il s’enfonçait dans les égouts.

« Non, Van Betavende. C’est impossible. Les égouts sont bâtis dans les grandes villes et l’Académie est loin de toute cité. Alors, où va cette eau ? Dans une fosse sans fond ? Ou peut-être un circuit sans fin, le liquide passant dans les couches de roche sédimentaire pour être nettoyé et pompé dans la source ? Ou un sortilège, un Tergeo appliqué dans une arche enchantée ? »

La remarque de Gervais Delacour tournait en boucle dans sa tête depuis un mois. Il avait mentionné un avantage du pavillon d’Urtica sur les autres ordres. Mais la signature A.D figurait nulle part. Il n’y avait pas de partie commune, hormis ce sous-sol. Comme il n’avait pas précisé le numéro de sa chambre à monsieur Delacour, il était exclu que l’avantage soit individuel.

Si la solution n’était pas sous ses pieds, c’est qu’elle était au-dessus de sa tête : dans le toit. Or, il n’y avait pas de trappe, d’échelle pliable ou non, et encore moins d’escalier pour l’atteindre. Le mystère s’épaississait.

Il abandonna la place et remonta dans le couloir. Il le parcourut jusqu’au bout. Il s’achevait par une petite lucarne, sans poignée, ni gonds pour l’ouvrir, comme toutes les fenêtres du bâtiment. Une fois le couvre-feu passé, les écoliers devaient être confinés dans leurs quartiers.

Il remarqua alors un tout petit placard, pleine hauteur, fermé par une porte large de cinquante centimètres. Il l’ouvrit. À l’intérieur, il trouva des chiffons, du savon, un balai, un seau et une serpillière enchantée qui s’agita à sa vue, soupçonnant le début des travaux ménagers. Au fond, il découvrit deux tuyaux : l’un pour pomper l’eau, l’autre pour l’évacuer.

Il entra dans l’étroit réduit en se serrant au maximum, espérant un miracle. Il ferma la porte au cas où un déclic se produirait dans l’obscurité. À part agacer le balai et la serpillière, il n’obtint aucun résultat. Il fit glisser ses mains sur toute la surface de la petite porte, sur les arêtes et ne nota rien. Il ressortit et referma.

C’est alors qu’il remarqua la signature sur le bouton de la porte. A.D, avec la couronne. Bien au centre, sculptée à la main. C’était trop bête ! Ses petites cellules grises se refusaient à travailler.

Son estomac gargouilla. Ce fut le signal pour se rendre au réfectoire. Le ventre plein, son cerveau résoudrait ce nouveau mystère.


Abraham Piedargile, référent Lonicera, Directeur-adjoint, ami personnel d’Armand Fontebrune, était le plus vieil enseignant de l’école. Il professait son amour des runes anciennes depuis près de cent quarante années. Personne n’avait idée de sa recette pour une telle longévité, mais il se plaisait à entretenir une légende.

Chaque matin, il arrivait clopin-clopant par le Tunnel de Transportation, couinant, soufflant. Il contournait le château sous l’œil amusé des élèves en classe et se dirigeait vers la fontaine Flamel. Il sortait un vieux gobelet en bois, le remplissait d’eau, la buvait d’un trait et regagnait ensuite la salle de classe d’un pas sûr et rapide. Il arrivait à la porte à 8h04. Chaque matin.

— Les enfants, bonjour !

— Professeur, bonjour !

Il en était ainsi avec Abraham Piedargile : pour se faire comprendre de l’ancêtre, il fallait s’exprimer comme lui sinon, les mots n’arrivaient pas dans le bon ordre dans son cerveau.

— Oui, je sais. En retard comme toujours, je suis. Mais quand comme moi, plus de deux siècles vous aurez traversé, bien moins vaillant vous serez. Allons… asseyez-vous.

L’ordre d’Urtica obéit. De tous les niveaux et toutes les maisons, cette classe n’était pas la plus dissipée, si on exceptait Rosier.

— Vos devoirs sur les runes relatives aux personnages de la glaciation scandinave au bas Moyen Âge, j’ai corrigé. Très déçu par votre démarche, j’ai été. Rosier… combien d’alphabets runiques existe-t-il ?

— Beaucoup.

— Mais plus précisément ?

— Deux ?

— Un peu plus, jeune homme. Et pourquoi ?

— Je ne sais pas.

Hercule leva la main.

— Van Betavende ?

— Pour suivre les évolutions des langues au fil du temps.

— Comme nos langues modernes, figées les runes ne sont pas. En perpétuelle évolution elles sont. Plus longues seulement lorsque des temps reculés, nous parlons. À la glaciation vers 700 commise par les sorciers Vikings, le texte se réfère. L’alphabet anglo-saxon, plus tardif, dans ce cas ne peut être utilisé. Le vieux norrois trop âgé non plus ne pourrait servir. « secret » le mot rune veut dire et le nouveau futhark il fallait utiliser. FONTE Rosier a récolté.

Il fit s’envoler le parchemin jusqu’à l’intéressé, sans même effleurer sa baguette.

« Quand Max et Pierre affirment que Piedargile est le sorcier le plus redoutable, je les crois. Sortilège informulé et sans la baguette. Comme les sorciers africains mentionnés par Jacques. »

— Puisque avec Van Betavende, je viens d’échanger, de sa mention ARGENT, je peux parler. Juste une confusion vous avez commises. À deux reprises. ᛖ et ᚱ, prononcés respectivement « e » et « œ ». Mais de loin le meilleur parchemin du lot ce fut.

La peau enluminée se déposa sur sa table. Abraham poursuivit ainsi avec l’ensemble de la classe. Rosier, dans le fond de la pièce, marmonnait à qui voulait l’entendre qu’avec lui au Ministère, « Cette matière inutile et quelques autres supprimées seraient ! », parodiant le phrasé du professeur.

« Mon gars, il ne fallait pas te mélanger les crayons avec une erreur de quelques siècles. En 700, on ne pouvait pas utiliser un alphabet apparu après 900 ou 1000. C’est comme si les runes au fronton de nos pavillons étaient en futhark. Enfin, elles le sont. Pourquoi seraient-elles en anglo-saxon ? Hein ? »

Tout à coup, ce fut l’illumination. Les bâtiments avaient été construits à partir de 1804. L’alphabet runique utilisé par les frontons pouvait être n’importe quelle version et pas nécessairement les plus anciennes. L’histoire de Beauxbâtons avait débuté en 1313. Dix ans plus tard, il y avait le premier directeur. Dès 1337 débutait la guerre avec l’Angleterre, la plus longue de l’histoire de France : 114 ans. Un conflit poussant les sorciers à transférer le château ailleurs, à le dissimuler.

Tout au long des siècles, les affrontements avec l’Angleterre n’avaient cessé de se multiplier et il avait fallu attendre la chute de Napoléon 1er pour voir enfin la paix moldue s’instaurer entre ces nations. Lors de la construction des pavillons, la menace anglaise demeurait ancrée dans les esprits depuis des générations. Il fallait s’en protéger et quelle meilleure protection magique qu’un leurre !

« L’alphabet est anglo-saxon ! »

Hercule compulsa ses leçons parcheminées et retrouvera les prononciations des runes anglo-saxonnes. Il se souvenait de chaque rune inscrite, grâce à sa mémoire photographique.

« ᚢᛏᚳ se prononce UR TIW CALC… Bon sang ! Les runes sont les noms originels, déformés par la prononciation française des trois ordres. ᚻᛁᛠ donnait HAEGL IS EAR. C’est le nom d’Aloysia ! Et ᛡᚾᚳᚱ se disait IOR NYD CEN RAD ! Lonicera… Si je suis la logique des pavillons, Gerbera devrait se traduire par ᚷᛒᚱ, GER BEORC RAD. Je le tiens ! Je pourrai envoyer le complément d’information à monsieur Delacour. Mes amies vont être ravies. »

La concentration d’Hercule fut aléatoire, partagé entre la joie de sa découverte personnelle et le cours passionnant de monsieur Piedargile. À l’issue des deux heures d’apprentissage, le garçon du 4e Ordre s’approcha du vieillard pour obtenir une validation en bonne et due forme de sa traduction.

— Professeur, j’aimerais vous poser une question.

— Plaît-il ?

— Vous poser une question, j’aimerais.

— Bien sûr, Van Betavende.

— Le référent de IOR NYD CEN RAD vous êtes ?

Il sourit, hocha la tête, satisfait.

— Utiles mes cours sont. À voir plaisir cela fait. Les mystères des runes parmi les aventures les plus passionnantes sont.

— À comprendre je commence juste.

— Les plus grands secrets et les plus puissants artefacts, les runes dissimulent. Ne pas l’oublier, vous devez.

— M’en souvenir je tâcherai. Une dernière question.

— Oui ?

— Si en runes anglo-saxonnes le mot gerbera je devais traduire.

— Je vous écoute.

— GER BEORC RAD.

— La traduction et la prononciation le plus proche seraient. Le schisme futhark et futhorc à l’esprit toujours il faut garder. Ainsi, sur cette voie, vous devez continuer, Van Betavende.

— Merci, Monsieur.

Il tenait sa confirmation. Un problème en moins !


Avant de se rendre au restaurant de l’école, Hercule fit un saut à la Cabane Enchantée. Depuis ses envois la semaine passée, il s’y rendait jusqu’à cinq fois par jour. Le courrier devenait son obsession. Une voix de fillette interrompit ses recherches.

— Tu sais quand même que monsieur Delacour va avoir besoin d’un peu de temps pour estimer la faisabilité et surtout le prix de notre cabane ?

— Sigrid ! Vous m’avez surpris. Oui, je sais que le délai sera assez long. Je…

— Mais c’est autre chose que tu attends. Je le sens.

— Euh… Eh bien…

Un cri retentit soudain. Un « Wiiii » strident. La fillette se jeta dans la neige, protégeant sa tête avec ses mains. Un monstre volant atterrit sur les casiers et freina son arrivée rapide, grâce à ses serres puissantes. Hercule reconnut la harpie féroce. Le garçon se précipita pour relever son amie.

— Il n’y a rien à craindre.

— Mais… il est énorme ! Aucun oiseau n’a cette taille ! Il va nous attaquer !

— Absolument pas.

Le rapace avait été rétribué pour son voyage, mais il attendait une récompense. Si c’était lui, le courrier venait de l’étranger et non du village de Py. Il lâcha le rouleau. Le sceau n’était pas celui de la boutique Ollivander. Hercule le ramassa, rétribua l’oiseau avec quelques graines et le caressa.

— Waouh ! Tu arrives à le toucher !

— Jacques, mon voisin de chambrée, me dit que j’ai un don avec les animaux alors qu’ils me terrorisent la plupart du temps. C’est illogique.

— Tu crois que je pourrais…

Elle approcha de sa tête mais la harpie claqua du bec avec une telle force qu’il ne put y avoir méprise.

— Ah non… impossible. Elle n’aime que toi. Décidément…

— Quoi ?

— Non, rien. Juste que… parfois, j’ai la sensation d’être une ombre, de peiner à devenir visible. C’est… l’Autre qui guette.

— Sigrid, si je pouvais vous aider…

— Tu en fais déjà beaucoup. Dis… ton volatile n’a pas l’air de vouloir repartir.

— En effet.

La harpie ne réclamait ni friandises, ni caresses.

— Oh mais oui !

Il prit cinq Noises, les glissa dans le petit sac et tendit une lettre minuscule roulée et ficelée.

— Pour Delacour, à Py. Vas-y !

Il prit le rouleau et décolla avec ce dégagement patent de puissance.

— Les runes pour le fronton. J’ai trouvé.

Il lui narra les circonstances de sa découverte et la validation par le professeur de runes anciennes. Il lui avoua n’avoir reçu qu’une mention ARGENT à son devoir, aveu auquel elle ne répondit rien.

— Vous ne parlez jamais de vos résultats, Sigrid.

— Parce qu’il y a plus intéressant à faire, comme prendre connaissance de cette lettre.

Elle s’en sortait par une pirouette. Sigrid et son sens du sacrifice pour les autres.

En réalité, les notes de la jeune fille égalaient ou dépassaient celles d’Hercule, la plupart du temps. C’était une élève exceptionnelle, brillante, appréciée des professeurs. Tous auraient aimé l’enrôler dans leurs clubs respectifs, mais elle ne s’impliquait que dans le 4e Ordre, pour Hercule. Elle lui vouait une admiration sans borne. Eugénie savait que sa colocataire était douée, intelligente et que son travail atteignait des sommets. Sigrid lui avait fait jurer de ne pas l’ébruiter, sans donner de raison. Risque-tout avait accepté.

— Alors ?

— Une lettre de mes parents. Enfin !

— De bonnes nouvelles ?

Il la parcourut en diagonale et soupira.

— Oui. Vous êtes cordialement invitée à Bruges pour passer Noël avec nous.

Elle tomba à genoux dans la neige, en s’exclamant :

— Quoi ? Tu as… demandé à ce que… je vienne ?

— Oui. J’attendais leur réponse avec impatience. Alors, Sigrid ?

À cet instant, Eugénie et Umbeijo sortirent du château, à la recherche du duo manquant. Elles tombèrent en pleine scène des deux camarades, en drôle de posture. C’est le sourire jusqu’aux oreilles qu’elles vinrent à leur rencontre.


L’heure de se séparer pour les vacances sonnait. Tout le monde était invité à se rendre à la Cabane Enchantée pour rejoindre la gare de Bourg-Enchanteur. C’était la cohue « à la française », un joyeux bazar bien embouteillé mais organisé. Hercule abandonna ses camarades quelques minutes, le temps d’aller vérifier une dernière fois le courrier dans son casier. Il eut un coup au cœur en découvrant un rouleau avec le cachet en forme d’arbre surmonté de la couronne à trois pointes.

« Eurêka ! »

Il retourna dans la file d’attente.

— Tu l’as reçue ? Ouvre-la ! Vite !

Eugénie, non partante, venue assister aux embrassades, était la plus impatiente. Umbeijo se rapprocha pour écouter le garçon lire la missive.

— Alors ?

Hercule décacheta le rouleau, s’écarta des autres élèves et lut à voix basse, pour ses amies.

— « Chers membres de l’Ordre Gerbera, »

L’entame leur fit chaud au cœur. Monsieur Delacour avait de la considération pour eux. Ou une sacrée fibre commerçante !

— « C’est avec une très grande joie que j’ai pris connaissance de vos demandes très précises. J’ai saisi le sens et l’importance de votre démarche. D’abord, sachez que la partie magique de vos exigences est réalisable, à savoir : le rapport intérieur par rapport aux dimensions extérieures est correct. Le sortilège d’invisibilité sera réalisé avec un vernis dont les pigments ont été enrichis de poils de Demiguise. Il résistera de nombreuses années avant de perdre son efficacité. Le chauffage ne pourra être accompli par cheminée car effectivement, comme vous le craigniez, la fumée sera visible. Mais nous soignerons l’isolation et un foyer central à Feu Éternel assurera une température suffisante. Le fronton pourra être ensorcelé avec le sortilège de Vérité. Au passage, je le trouve très judicieux et amusant. Le prix qui est indiqué au bas de ce courrier n’inclut que les boiseries, mobiliers, literies, éclairages et le succédané de chauffage. Le principe du toboggan, s’il est réalisable, sera enchanté de manière à pouvoir se parer de marches pour la montée et devenir lisse pour la descente. »

— C’est génial ! se réjouit Eugénie.

— « Le toboggan magique pourrait se replier, s’escamoter grâce à une formule à déterminer. »

— Waouh ! s’exclama Umbeijo.

— « Vous disposerez des fauteuils, des lits pour vous reposer, mais il n’y aura pas d’évacuation des eaux, ni les commodités inhérentes à une véritable habitation en bois. Vous devez être conscients qu’il s’agit d’une cabane et non d’un pavillon. L’ensemble, hors livraison, installation et fixation dans l’arbre, hors élagage et aménagement de l’arbre, coûtera 850 Gallions. Notre construction bénéficie d’une garantie contre les défauts et les vis cachés durant dix ans, ce qui va au-delà de votre scolarité à l’Académie. Conscient de la somme représentée pour des enfants, je suis prêt à revoir le prix si des équipements vous semblent superflus. Avec toute ma considération et mon amitié. Longue vie à Gerbera.

Gervais Delacour. »

Le directeur avait collé une fleur de gerbera de couleur jaune au bas du document.

— 850 Gallions, se désola Hercule. Mes parents m’ont attribué 20 Gallions pour les frais de scolarité de l’année.

— J’en ai encore moins car mon père paye à ma place, ajouta Eugénie.

— Je dois pouvoir récolter 20 ou 30 Gallions à Noël et à mon anniversaire, le 22 janvier.

— Vous êtes né le jour de la Saint-Vincent ? Vous aussi ?

— C’est une blague, là ?

— Non… moi aussi !

— Tous les quatre ?! C’est insensé !

— Autant que le prix de la commande, lâcha Eugénie. À part un miracle, un gain inespéré à un jeu, je ne vois pas trop comment faire.

— Voir… et si Obscur avait prédit une bonne fortune ? suggéra Umbeijo. On redescend au coffre de l’observatoire, on regarde toutes les prédictions futures et on est fixé !

— Ma chère, la fréquentation assidue de notre amie Eugénie, semble générer des idées farfelues dans votre esprit.

— J’ai une mauvaise influence, c’est bien connu ! Il ne fallait pas m’intégrer au groupe ! Dis, Sigrid, tu es bien silencieuse.

Ils se retournèrent tous vers elle.

— Que vous arrive-t-il, Sigrid ?

— Sûrement l’appréhension de faire la connaissance de tes parents.

— Tout ira bien. Ne vous faites pas de mouron.

— D’accord.

— Bon, alors, on met mes plans à exécution ? On creuse dans le tube ? Nous n’avons pas la somme.

— Je l’ai, avoua Sigrid. Le coffre à Pasdelazare. Il contient bien plus qu’il n’en faut. Il y a des objets en or, en argent, en platine, des bijoux, des pierres précieuses.

— C’est la fortune des ascendants… de l’Autre ?

— Je le suppose. Ce qui est étrange, c’est que le rejet de mes parents ne cadre pas avec cette fortune à disposition.

— Cela provient d’une autre branche de votre famille ? D’un oncle d’Amérique ? Un bienfaiteur.

— Je ne vois pas d’autres explications.

— En tous les cas, moi, je refuse que tu payes tout, Sigrid ! Je tiens à régler ma part, même si je dois faire tourner mon père en Abraxan pour obtenir un quart de la somme.

— Nous y tenons tous. D’autant que tes exigences dans le quartier général sont les plus minimes de toutes, Sigrid, souligna Umbeijo.

— C’est moi qui en ai demandé le plus. Je devrais payer davantage.

La file d’attente diminuait et ils approchaient de la porte de la Cabane Enchantée.

— Bon. Décidez-vous ! Le Portoloin international pour Bruges est prévu à 19h00. Nous disposons d’un créneau de deux heures pour aller à la banque et retirer l’argent.

— Ma chère, comment espérer vous transporter 850 Gallions ? Nous ne disposons pas de bourse extensible et allégée. Si mes calculs sont exacts et ils le sont toujours, 850 Gallions d’or pèsent à peu près sept kilos. Le plus délicat sera de transporter cette somme encombrante, même répartie dans nos deux valises. La ramener à Beauxbâtons, y trouver un lieu sûr, jusqu’au paiement de monsieur Delacour, à réception ou à livraison de notre commande, ne sera pas simple.

— C’est logique, dit Sigrid.

Hercule frissonna. Il adorait quand Sigrid intégrait le mot « logique » dans une phrase.

— Nous allons à la banque, nous mettons la somme en caisse et c’est monsieur Delacour qui récupérera l’argent au DAG.

— C’est brillant, Sigrid.

— Parfait, ajouta Umbeijo. Nous te rembourserons dès que nous recevrons le moindre argent.

— Voilà !

— Vous oubliez un détail : il faut la baguette de Sigrid pour le retrait. Vous comptez la dupliquer ou l’envoyer par hibou ?

Eugénie réalisa ce qu’elle venait de dire. Les autres hochèrent la tête.

— Oh bazar ! Vous devenez aussi fous que moi ! À bientôt !

Ce fut enfin le tour du trio d’entrer dans l’ovule de transportation. Les élèves sanglèrent leurs bagages et s’attachèrent à leurs sièges. Une minute plus tard, après un ultime salut de l’héritière de Beauxbâtons, les enfants disparaissaient dans le tube. Sigrid tremblait.


L’échange avait été bref mais fructueux, aboutissant à une décision rapide du tandem. Il était impératif de retirer l’argent du coffre et de le placer en disponibilité à la caisse de Pasdelazare. C’était un préalable incontournable. Ensuite, à eux de voir comment faire pour que la fabrique Delacour récupère les pièces.

Afin de ne prendre aucun risque, seuls les 850 Gallions seraient décaissés. Ainsi, un éventuel pirate ne pourrait voler davantage et une fois l’argent encaissé par la fabrique, les escrocs n’auraient plus une Noise à détourner.

Sigrid connaissait un peu Paris puisqu’elle y avait vécu quelque temps, en fuite ou à l’orphelinat. Arrivés au Ministère de la Magie, ils demandèrent le chemin pour rejoindre la surface. Ils émergèrent rue de Furstemberg, un peu perdus.

Sigrid questionna un Moldu sur l’usage du Métropolitain pour rejoindre Montmartre et le monsieur, un vieil homme avec une drôle de moustache relevée jusqu’au nez, leur indiqua l’entrée la plus proche. Il leur expliqua que l’arrêt Barbès-Rochechouart les mettrait à moins de mille mètres de la Butte Montmartre. Ils avaient de la chance de n’avoir aucun changement à effectuer, grâce à la jonction Châtelet-Raspail achevée en 1910.

Le garçon demanda si un Gallion d’or serait suffisant pour régler l’aller et le retour pour deux personnes. Le Moldu ouvrit de grands yeux et éclata de rire :

— Petit, avec ta pièce, tu peux voyager des années.

— Oh ! Et avec une pièce d’argent ?

— C’est bien trop. Tu n’as pas de plus petite monnaie ? Du cuivre ?

— Si. C’est du bronze.

Il proposait des Noises.

— Que dirais-tu d’un échange ? Je prends quatre de tes petites pièces et je t’offre les billets de métro.

— Entendu, Monsieur.

Ils firent du troc avec la satisfaction partagée d’avoir fait une bonne affaire. Grâce à l’expérience et la débrouillardise de la fillette, ils trouvèrent la station, prirent la rame dans le bon sens, descendirent à Barbès et se dirigèrent vers la sortie adéquate. Hercule se laissa guider, vouant une confiance aveugle en son amie.

Ils atteignirent leur destination sans souci : la statue marquant l’entrée de la Place Cachée. Ils firent attention à ce que personne ne les remarque et se glissèrent sous la jupe de la sculpture. Le quartier magique apparut enfin.

— Je suis venu il y a peu de temps, mais j’ai tout de même du mal à me rappeler de ma visite. J’ai gardé un souvenir plus net de mon voyage sur le Chemin de Traverse, à Londres.

— Je pense que Ollivander t’aura marqué bien davantage que Cosme Acajor.

— Assurément. Et la banque ?

— Par là.

Il la suivit en traînant sa valise pour la semaine de vacances. Ils croisèrent la librairie Magilliard et le fabricant de baguettes chez qui aucun des deux n’avait fait affaire. Ils stoppèrent au pied d’une bâtisse en pierres jaunâtres, aux six colonnes minérales taillées à la serpe, torsadées et aux trois marches de surélévation.

— C’est ici.

— C’est aussi imposant que Gringott’s.

Ils passèrent le portail gigantesque. L’intérieur était dans la démesure Art Déco, fait de métal et de verre, avec une myriade de coupoles jointes les unes aux autres. Le bâtiment entier était conçu sur le même dessin architectural et les guichets, répartis tout autour, formaient presque un cercle parfait, si on exceptait l’entrée de la bâtisse.

Les enfants obliquèrent sur la gauche et choisirent un guichetier libre à l’allure pas trop effrayante. La fillette mena la conversation.

Le gobelin, un dénommé Tromdur, réclama sa baguette comme préalable à toute transaction. Il pâlit lorsqu’un fourreau magique lui indiqua l’identité de son interlocutrice. Le véritable nom, Flamel, s’était inscrit en lettres de feu au-dessus de son guichet. Sigrid avait exhibé une clé de coffre, le 237 et exprimé le souhait d’aller faire un retrait.

Le banquier lui avait rappelé que les mineurs n’étaient pas autorisés à emporter plus de cent pièces d’or. Elle avait rétorqué qu’elle souhaitait mettre 850 Gallions en caisse pour disponibilité ultérieure. Le gobelin l’avait alors avertie que l’accès aux rares DAG répartis sur le territoire, était réservé aux sorciers de 14 ans et plus. Elle avait répondu qu’elle connaissait la règle et qu’un adulte, de confiance, effectuerait le retrait.

Face à l’air suspicieux et condescendant du gobelin, Hercule était intervenu et avait cru bon d’ajouter :

— Toujours pas de mesures pour sécuriser les DAG et contrer le gang des Yes-Wands ?

Le caissier s’était renfrogné, confirmant l’absence de résultats dans la lutte contre les truands. Le garçon avait insisté pour accompagner son amie et s’était présenté comme son garde du corps. N’avait-il pas combattu un Spongue et jugulé, quelques secondes seulement, un Obscurus ?

Ils avaient abandonné leurs bagages à la consigne de la banque et emprunté le tunnel ferroviaire menant au coffre. À plus de quinze reprises, ils avaient changé de voie et à chaque changement, cinq embranchements s’étaient présentés. Le wagonnet avait aussi fait des haltes pour s’élever ou descendre et changer de niveau. Tout était conçu pour perdre d’éventuels criminels, à jamais, dans un dédale de tunnels.

Ils stoppèrent dans l’allée des coffres après dix minutes de voyage mouvementé. Ils descendirent et poursuivirent à pied jusqu’au coffre 237. Le gobelin repartit aussitôt après les avoir guidés.

Deux minutes plus tard, une autre créature apparut. Elle s’empara d’une clé précise parmi la centaine de sésames pendant à son ceinturon. Elle réclama la clé de Sigrid, sans un mot, l’assembla avec la sienne et introduisit le tout dans la serrure. Le gobelin tendit une besace vide et leur signifia qu’elle servirait à faire le plein de monnaie. Il ne souriait pas et ne parlait pas comme s’il était muet.

La porte s’ouvrit avec lenteur et Hercule découvrit des montagnes d’or, d’une hauteur et d’une quantité inimaginables. Il n’était pas certain que Père, à la banque moldue où il travaillait, ait déjà eu l’occasion d’assister à un pareil spectacle. Il écarta le tissu du sac enchanté et laissa la fillette effectuer le remplissage par paquets de dix pièces. La tâche fut rapide.

La jeune fille prit quelques Gallions supplémentaires. Un quart d’heure plus tard, ils étaient remontés, avaient effectué le dépôt en caisse et s’étaient rendus dans le dédale du métropolitain. Il ne restait qu’à prier qu’aucune grève surprise et nul incident technique ne vienne perturber le retour au Ministère de la Magie. À 19h00 précises, le Portoloin, une cafetière turque, les emportait à Bruges.




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