Après un dimanche passé à se reposer, le 4e ordre était d’attaque pour une nouvelle semaine de cours. Hercule l’entamait toujours par deux heures passées à la bibliothèque. Les options « balai » de sa classe se retrouvaient avec Wilfried Laflèche. Le temps était exécrable et le garçon, allergique à l’altitude, était heureux de rester au chaud à l’abri, au milieu des livres tellement plus passionnants.
Lorsqu’il se présenta au comptoir, Théophile avait l’air tendu. Il s’en inquiéta :
— Bonjour, Monsieur. Votre week-end fut agréable ?
— Bonjour, Van Betavende. Le début, oui. Hier, beaucoup moins. Tu n’es pas au courant ?
— Au courant de quoi, Monsieur ?
— Les sirènes d’eau douce ont disparu de la Rivière Enchantée.
— C’est grave ?
— Quelque chose les a chassées. Ou dévorées.
— Dév…
— La professeure de Bazincourt va sécuriser les abords avec l’aide d’Ursula Waldmeister.
— Sommes-nous en danger ?
— Je ne peux rien dire. Je pense que monsieur le Directeur fera une annonce au réfectoire. Bien… Puis-je t’aider ? Tu cherches un ouvrage ?
— Ce n’est pas forcément un livre mais plutôt un annuaire des anciens élèves ou un recueil sur les sorciers illustres passés à Beauxbâtons.
— Colonne T, juste en bas de l’escalier. C’est un énorme volume, très lourd. Tu ne peux pas le rater. Je te conseille de demander de l’aide pour le porter jusqu’à ta table de travail.
— Merci, Monsieur. J’aurais une autre question.
— Je t’écoute.
— Il n’y a pas de colonne M. Pourquoi ?
Monsieur Amand ne s’attendait pas à cette interrogation et prit deux ou trois secondes avant de répondre :
— Le M est la 13e lettre de l’alphabet. Les créateurs de la bibliothèque étaient superstitieux, j’imagine.
— Elle date de la fondation de l’Académie ?
— Non. Elle a été aménagée au début du 15e siècle, aux alentours de 1405-1410.
— Avec les enchantements pour insérer les volumes ?
— Tout à fait. C’est merveilleux, n’est-ce pas ? Toute cette culture, tous ces livres.
— Je crois que mes études ne seront jamais assez longues pour tout lire.
Monsieur Amand sourit mais soudain, sa joie se figea. Il tenta de faire bonne figure mais un voile de tristesse l’avait traversé et Hercule s’en était aperçu. Il le remercia et se rendit à la colonne T. Il était aisé de trouver l’annuaire des anciens élèves, car il mesurait pas moins de cinquante centimètres de large pour autant de hauteur et de profondeur de couverture. Il était si pesant et épais que l’ouvrage n’avait ni du carton, ni du cuir mais du bois de noyer pour tenir les pages parcheminées.
— Wingardium Leviosa !
La couverture s’entrebâilla et la fiche partit vers le tableau d’emprunt. Le garçon avait utilisé sa cervelle au lieu de ses muscles. D’une main, il contrôlait la lévitation, de l’autre, il donnait des pichenettes sur le bois pour faire avancer l’objet. Il le fit redescendre sur une table et s’attela à la tâche.
Si A.D avait exécuté les aménagements de la bibliothèque au début des années 1400, il était scolarisé bien avant. Hercule débuta sa lecture par la première année : 1323. Les portraits étaient figés, mais il eut une excellente surprise : le ou les métiers avaient été annotés en latin ou en vieux français lorsque l’information avait été communiquée à l’école.
Au bout d’un quart d’heure, il n’avait pas examiné plus de six années. Il y avait plusieurs correspondances. Les prénoms commençant par la lettre A ou D étaient légion et les noms de famille n’étaient pas en reste. Il décida d’accélérer sa recherche et de moins lire en profondeur, tout en se fiant à son instinct. Il stoppa à l’année 1351. Un certain Armand Delacour avait fait ses études à Beauxbâtons, dans l’ordre Lonicera. Il n’était pas allé en CHASSE mais s’était spécialisé dans l’artisanat magique.
« Des meubles, des coffres, des isoloirs, une bibliothèque et que sais-je encore ! Je me demande si… »
Le garçon souleva un paquet de feuillets et arriva à la promotion 1380. Il poursuivit son criblage à vive allure et s’arrêta à 1386. Robert Delacour, élève à l’Académie, ordre de Lonicera. Devenu maître menuisier magique. Nouveau bond en avant, vingt-cinq années plus tard et poursuite de l’investigation. Louis Delacour, charpentier magique, diplômé en 1421.
« Une dynastie de menuisiers. »
Hercule se leva et retournera voir Théophile.
— Alors, jeune homme ? As-tu trouvé ce que tu cherchais ?
— Je crois. Je me demandais qui pouvait se cacher derrière la mystérieuse signature A.D qui a créé la bibliothèque.
— Armand Delacour.
— Vous le saviez ?
— Bien sûr.
— C’est étourdi de ma part. J’aurais dû vous demander. Euh… j’ai remarqué qu’il y a eu d’autres Delacour parmi les élèves.
— Forcément.
— Pourquoi ?
— C’est une authentique dynastie et l’une des plus anciennes entreprises familiales.
Intérieurement, le garçon croisa les doigts pour que la réponse à la question qui allait suivre, soit positive.
— Elle existe toujours ?
— Oui ! Cinq siècles d’histoire. C’est magique, n’est-ce pas ?
— Prodigieux ! Ils ont tous été menuisiers ?
— Tous artisans du bois. Certains étaient plus à l’aise avec les meubles de petites dimensions, d’autres excellaient à bâtir des charpentes. Il y en a, ce sont les chalets magiques.
— Et où se situe cette fabrique ?
— À Py, un petit village moldu situé en montagne. Pas très loin du mont Canigou.
— Un village moldu ?
— Oh mais ne t’inquiète pas, c’est très peu peuplé, totalement perdu. La famille Delacour y exerce en toute tranquillité.
— Nous sommes condamnés à vivre les uns avec les autres ou à nous cacher, loin de tous ?
— Pas forcément, Van Betavende. Tes parents vivent à Bruges, je crois ?
— Oui.
— La référente Urtica habite au cœur du Quartier Latin de Paris. Tu vois, la foule est une bonne cachette.
— Merci pour toutes ces précisions, Monsieur.
— De rien. D’ailleurs, si une visite d’une fabrique magique t’intéresse, sache que les sorties les vendredis après-midi sont prévues à cet effet. Comme leur entreprise est assez proche, c’est tout à fait envisageable. Les référents des Ordres sont parfois à court d’idées. Je la glisserai à Elvira.
— Ce serait fabuleux, Monsieur !
Théophile lui adressa un clin d’œil. Le garçon repartit à sa table et passa l’heure et demie suivante à feuilleter l’annuaire. Au fil de sa lecture, il découvrit les parents de Casper, ceux de Jacques, le docteur Beauxbâtons tout jeune, Armand Fontebrune avec une chevelure brune et une tête de plus que ses camarades.
Il reconnut Claire Obscur, avec ce regard inquisiteur et cette absence de sourire, une plaque rougeâtre sur la moitié du visage, ce qui sous-entendait que son don s’était manifesté sous sa forme actuelle dès son arrivée à l’école. Il pointa la quasi-totalité des enseignants de l’Académie, hormis Sean Mc Flurry et Ursula Waldmeister, respectivement diplômés de Poudlard et de Durmstrang.
Elvira brillait par son absence. Il y avait bien un homme portant le même patronyme que la référente Urtica, mais il avait intégré l’école en 1802 : son arrière-grand-père, voire son arrière-arrière-grand-père. Il était indiqué que l’homme était réparateur d’objets magiques à Bourg-Enchanteur, la cité sorcière secrète.
« Ah bon ? Pourquoi son ancêtre serait enregistré et pas elle ? Elle a quoi… 25 ou 30 ans. J’aurais dû la trouver vers 1905. »
Il ne sut comment démystifier cette énigme et supposa qu’elle était allée dans une autre école. Cependant, il avait résolu le mystère A.D et ce n’était pas rien.
Il vérifia l’heure. Il était temps de rejoindre le cours de botanique. Il remit l’annuaire en place et s’arrêta près de Jacques Boulanger, son colocataire. Il reproduisait une fleur dans un grimoire dédié aux pantes, fruit de ses heures supplémentaires avec la Suissesse.
— Très jolie fleur, Jacques. Qu’est-ce que c’est ? On dirait le croisement entre une anémone et une marguerite.
— C’est vrai. C’est un gerbera. Une fleur qui existe en de multiples coloris : jaune, blanc, rose, rouge, magenta. Une beauté, hein ?
— J’aime beaucoup.
— Ce que j’adore, c’est sa symbolique.
— Quelle est-elle ?
— L’amour. Sous la forme des tendres pensées. Attends…
Il reprit ses notes et relut :
— L’élan du cœur, l’amour amical, fraternel.
— En effet, voilà un joli langage des fleurs.
— Je viens de la terminer. Je vais pouvoir la remettre au professeur tout de suite.
— Oui. Hâtons-nous. Le retard est préjudiciable.
Hercule ne put s’empêcher de penser à la mésaventure de l’avant-veille.
Désormais, le quatrième ordre ne communiquait plus que sur des banalités à table, réservant les confidences aux promenades, dans le bois ou le jardin. Mais ce midi, le repas débuta par une allocution du directeur. Armand se leva et réclama le silence le plus absolu. Max et Pierre, assis à la table, affichèrent un air grave, comme si une invasion spectrale était à redouter. Hercule ouvrit les oreilles et les yeux en grand.
— Mes chers enfants. Il est assez rare que je prenne la parole pour de mauvaises nouvelles et plus exceptionnel pour des catastrophes. Hum hum ! La Gazette de Paname a rapporté qu’un couple de Spongues avait été relâché par des sorciers inconscients et peu scrupuleux dans un cours d’eau des Pyrénées.
Une vague de murmures envahit l’assistance.
— S’il vous plaît ! Les enseignants et les élèves aînés savent de quoi je parle. Les plus jeunes l’ignorent. Un Spongue est un monstre marin d’une apparence inoffensive. Il ressemble à une éponge mais méfiance ! Cette créature exécute des bonds de dix mètres et dévore n’importe quoi en s’introduisant par les yeux et en vidant sa victime. Une fois rassasiée, elle s’accouple. Elle pond entre cinq… et six… cents œufs.
La terreur gagnait les visages. Hercule n’en perdait pas une miette. Ses amies étaient terrorisées. Le directeur mentionna la disparition des sirènes. Dans l’esprit du Belge, deux hypothèses se dessinèrent : soit elles avaient fui et les Spongues étaient aux aguets, soit elles avaient été tuées et dévorées. Dans ce second cas de figure, des centaines d’œufs avaient été pondus.
Il attendit la suite des informations, à savoir : combien de temps fallait-il pour l’éclosion et la maturité des bêtes ?
Il guetta les réactions des enseignants. Elvira était sous pression mais conservait son regard dur et droit. Mysterio Flamingo trépignait d’impatience, prêt à en découdre avec les monstres aquatiques.
— Si rien n’est fait d’ici deux mois, l’école sera en danger à cause de ces bestioles. Je ne veux pas que ce genre de drame ait encore lieu à Beauxbâtons. Aussi, dès aujourd’hui, les professeurs…
Le jeune Belge enregistra les paroles d’une oreille et observa les réactions. Le directeur avait bien dit « encore » en parlant de l’Académie. Le domaine avait déjà connu pareille péripétie dramatique. Personne n’avait réagi sauf… Agathe Bonnelangue. Elle avait baissé la tête, coupée du discours, du monde, blême. Avait-elle été le témoin d’un décès ?
Lorsque l’allocution prit fin, les élèves entamèrent le repas et commentèrent diversement. Aux bravades de certains fiers-à-bras, Max et Pierre répondirent :
— Ce qui rend les Spongues redoutables, c’est la méconnaissance de leurs victimes. Leur rapidité stupéfiante et leur capacité d’adaptation fait le reste.
La souffrance endurée jusqu’à la mort était, d’après eux, comparable aux baisers d’un Détraqueur, créature cauchemardesque employée à la prison barbare d’Azkaban des sorciers britanniques.
Tout ceci était vague pour les premières années et même pour les plus âgés. Mais dans l’esprit du petit Belge, c’était réel pour Agathe. Comme pour confirmer ses suppositions, il assista à un serrage de poings, avant-bras levé, d’Elvira à l’intention d’Agathe. Le geste de soutien signifiait que l’une allait se battre pour que l’autre n’ait plus à souffrir.
Alors que le garçon se servait une part de flan anisé à la courgette, il lança aux CHASSEurs :
— Messieurs, savez-vous depuis quand la professeure de Bazincourt exerce à Beauxbâtons ?
— Eh bien… euh… je crois qu’elle est arrivée… lors de notre première année d’étude, répondit Max.
— Oui, confirma Pierre. C’est la huitième année.
— Elle a bien fait ses études ici ?
— Je suppose, émit Max. Où aurait-elle donc pu les faire ? Si tu te fais du mouron pour les mesures contre les Spongues, tu t’inquiètes pour rien. Elle va travailler avec Waldmeister, sûrement pour envelopper tout le cours d’eau avec un dôme végétal impénétrable, un peu comme un filet du diable mais insensible au soleil. Plus un sortilège du bouclier qu’elle renforcera chaque jour.
— Comment s’y prendra-t-elle avec les œufs ?
— Ce sera plus compliqué. Fordecafé doit concocter une potion en force et en volume suffisant pour traiter toute la rivière. Même en répandant son produit à la source, en amont, il sera trop dilué en aval.
— Ils ne pondent que dans l’eau ?
— Oui. Au moins, on sait où chercher. J’espère qu’un hibou est parti au Ministère. On aura besoin de l’aide du Département des créatures magiques.
— Vous savez à quel drame le directeur faisait référence ?
— Non, avoua Max.
— Pareil, ajouta Pierre. Je n’ai pas eu vent d’une telle affaire. Peut-être y a-t-il eu d’autres décès mais d’une toute autre nature ?
— Hum…
— Qu’est-ce que tu as en tête ? chuchota Sigrid au creux de son oreille.
— Je vous en parlerai juste avant les cours de l’après-midi. Près de la grille.
— D’accord.
La suite du repas fut fabuleuse mais l’esprit du garçon était ailleurs, comme celui de Madame Bonnelangue, au visage gonflé de tristesse.
Le quatuor n’avait même pas atteint la grille enchantée délimitant le nord du domaine que Hercule n’y tint pas plus.
— Ça y est ! J’ai découvert qui était A.D.
Eugénie en fit tomber ses macarons de surprise :
— Mais comment as-tu… ? Tu n’es pas croyable ! Alors là, il m’épate ! Il m’épate, il m’épate, il m’épate ! Pourquoi je ne trouve jamais rien ?
— Parce que Hercule vit à la bibliothèque quand il ne dort pas dans le foin, plaisanta Umbeijo. On ne peut pas lutter ! Vous avez vu ses notes ? Il va passer le B.A.N.Q.U.E.T à la fin de l’année.
— Alors, dis-nous, se contenta Sigrid, les yeux brillants.
Il leur livra ses découvertes du matin, ses échanges avec Théophile et la proposition de ce dernier. Leur enthousiasme fut total. Eugénie, la plus aventurière de l’équipée, proposa :
— On pourrait recenser tout ce que la famille Delacour a pu créer ? Les meubles, les moindres rangements, la bibliothèque… mais aussi les toits, les greniers. Tu as dit qu’il y avait eu des charpentiers.
— Tout à fait.
— Imagine une charpente de pavillon enchantée… avec un sort d’extension, cela devient gigantesque.
— Ton idée est excellente.
— Le 4e ordre en marche ! Youpi !
— À propos, nous n’avons toujours pas de quartier général, ni d’emblème, ni de devise, rappela Umbeijo.
— Certes, mais nous avons la princesse de notre royaume, la taquina Sigrid.
— Oh non ! Pas la peine de trouver ou de me construire un trône, j’abdique tout de suite.
— L’emblème… oh mais oui ! Jacques, l’un de mes colocataires, m’a montré une très belle fleur aux variétés multicolores : le gerbera. La professeure Waldmeister en cultive sûrement. C’est l’emblème des tendres pensées, de l’amour, de la sincérité des sentiments.
— Ah ces garçons ! Je te vois venir ! Le quatrième ordre des amoureux !
— Eh bien, ma chère Eugénie, je n’ai pas peur, ni honte de dire que vous êtes toutes les trois dans mon cœur. Vraiment.
Eugénie faillit s’appuyer contre la grille nord, le souffle coupé.
— Je suis désolé si je vous ai choquées mais oui, je tiens à vous trois et à nous quatre.
— Jamais on ne m’avait dit un truc pareil, tu vois. D’habitude, c’est plutôt : mais qu’est-ce que tu nous casses les pieds, Eugénie ! Bon, l’eau de rose, ça va cinq minutes mais moi, j’ai besoin d’action ! Quand et par quoi commence-t-on pour l’exploration ?
— Ce week-end ! La salle du Sondeur. Elle n’a pas révélé tous ses secrets. Je suis sûr qu’il y a moyen d’accéder au sous-sol du château par là. L’autre lieu sera plus compliqué.
— À quoi penses-tu ?
— Monsieur Amand m’a affirmé que la colonne M, manquante, n’a pas été créée parce qu’il s’agit de la 13e lettre de l’alphabet et qu’autrefois, et aujourd’hui encore, ce chiffre était considéré comme porteur de malheur.
— Tu ne l’as pas cru ?
— J’ai de sérieux doutes, Umbeijo. Si la colonne M est cachée, c’est dans le salon en tonneau. J’en suis presque convaincu. Agathe et Théophile ne nous ont jamais laissés seuls dans cette pièce. Et… bon sang ! Il est déjà l’heure de reprendre les cours.
Ils se mirent en route en direction du château. Chemin faisant, Hercule ne put se retenir :
— Sigrid… il y a une question qui agite mes cellules grises à propos de votre baguette.
— Je t’écoute.
— Comment en avez-vous héritée ? Votre famille… vous avez rompu avec elle.
— Tout de suite après avoir reçu ma lettre à l’orphelinat, un hibou m’a apporté un paquet. Dedans, il y avait la baguette, une clé de coffre à la banque Pasdelazare, à Paris et un mot anonyme qui me disait comment m’y rendre, dans le quartier magique, comment accéder procéder avec les Gobelins. Quand je suis rentrée à l’intérieur de la chambre forte, j’ai cru devenir folle. Il y avait, dans un coin, toutes mes courses de rentrée. Le reste du coffre était occupé par… un monceau de Gallions.
— Le donateur anonyme, vous n’avez aucune idée de son identité ?
Elle sourit parce qu’elle commençait à connaître Hercule par cœur : il voyait un nouveau mystère à résoudre, une vérité à découvrir.
— Je n’en ai aucune idée. Mais la baguette est originaire des Flamel.
— Je vois. Intéressant.
Ils contournèrent le château pour y pénétrer par l’entrée principale. Ils ne purent reconnaître le paysage en direction des pavillons. D’un bout à l’autre du domaine, la Rivière Enchantée était recouverte d’arches de bois, comme des demi-tonneaux installés en enfilade. Elle était invisible. Pour ce qu’en avaient dit Max et Pierre, les Spongues disposaient de capacités stupéfiantes pour effectuer des bonds mais n’avaient pas de puissance à proprement parler. Ils seraient incapables de fracasser des lames de bois.
Ils se séparèrent sans qu’Hercule ait pu leur faire part de ses craintes à propos de la professeure de français.
Sigrid fila à la bibliothèque, Eugénie partit s’éclater en balai et Umbeijo rejoignit le cours sur les Moldus où elle en apprenait… à Sidonia Alinea puisqu’elle était une référence en la matière. Quant à Hercule, il se consacra au français. Son apparition ne déclencha aucune joie chez Agathe, ce qui était paradoxal.
Lors du déjeuner du mardi, deux personnages, vêtus de tenues sombres, firent leur apparition à la table des enseignants. L’homme et la femme avaient la même allure, sinistre, la même démarche, assurée, le même regard, dur. Ils n’étaient pas très bavards avec leurs hôtes. Ils étaient installés près d’Elvira et d’Ursula. Le directeur ne pipait pas un mot à leur sujet et les enseignants étaient muets comme des carpes.
Les supputations des élèves allaient bon train. La théorie la plus répandue parlait d’émissaires dépêchés par le Ministère de la Magie, Département des créatures magiques. D’autres évoquaient une branche des Aurors, spécialisée dans l’éradication variée. Hercule adhérait à la première hypothèse mais son trouble était ailleurs. Les deux étrangers ne s’étaient pas mêlés aux professeurs mais avaient esquissé une génuflexion devant Agathe qui avait rendu leurs salutations. L’implication dans un drame passé ne faisait plus le moindre doute.
— Mange, ça va être froid.
La réflexion de Sigrid tira Hercule de ses errements mentaux.
— Oui…
Il engloutit les œufs au bacon grillé, délaissant la purée fumante et onctueuse dans le plat. Pourtant, il en raffolait.
— Je dois aller vérifier un détail à la bibliothèque.
— C’est en rapport avec les deux invités habillés comme des corbeaux ?
— Cela se pourrait.
Il quitta la table sous les regards intrigués de ses camarades et d’Elvira. Le jeune Belge avait pour l’habitude de profiter de la pause déjeuner ; les dix minutes de collation ne lui ressemblaient guère.
Parvenu à la bibliothèque, il fila à la colonne T, prit l’annuaire, le fit léviter et s’installa à un bureau. Il réfléchit quelques secondes.
« Notre directeur n’est pas en poste depuis plus de trente ans. Madame Bonnelangue, guère davantage. Prenons une marge d’erreur et commençons les vérifications à partir de 1860. »
Il compulsa le livre, à la recherche d’une information ou d’une intuition. Il examina chaque portrait animé d’élève et chercha si une date de décès était indiquée. Partant d’il y a soixante ans, les étudiants étaient âgés d’à peu près soixante-dix ans aujourd’hui. L’activité était systématiquement annotée par monsieur Amand, qui entretenait l’annuaire avec une rigueur militaire.
À l’année 1871, le jeune Belge découvrit un garçon né en 1861, élève chez Lonicera, sans mention de décès ou de métier exercé : il se nommait Arthur Baudelaire.
« Comme l’écrivain moldu. Se pourrait-il qu’il ait été de la même famille ? »
Monsieur Amand le fixait avec tellement d’insistance qu’il sentit le poids du regard du bibliothécaire. Il consulta la pendule : il n’était que 12h45. L’adulte avait pour coutume de rappeler l’horaire aux élèves plongés dans leur lecture : ils oubliaient souvent par distraction. Mais là…
Hercule regarda la page dans son ensemble et la tourna. Il suivit son intuition photographia chaque parchemin et rangea chaque cliché mental dans sa mémoire. Il en fit ainsi jusqu’à 1917. Puis, à partir de 1860, il repartit à rebours. Plus tard, dans le Pavillon jaune, il prendrait le temps de se plonger dans son mental et mettrait ses petites cellules grises à contribution.
Une heure s’écoula durant laquelle il parvint à feuilleter plus d’un siècle de promotion. Il dut suspendre son activité et remit le volume en place, avec mille précautions, eu égard à son grand âge. Ensuite, il se rendit dans la salle de classe où le cours de mathématiques allait avoir lieu à 14h00. Pendant ce temps, à l’étage supérieur, chez Aloysia, Sigrid et Eugénie attendaient avec les autres élèves. La descendante des Flamel s’impatientait.
— Madame Bonnelangue n’est jamais en retard.
— Ouais, c’est pas faux, Sigrid. C’est bizarre. Depuis cette histoire de Spongues et l’arrivée des émissaires en noir, on dirait que c’est une autre personne. Je ne sais pas si tu as noté mais Hercule n’a pas cessé de l’observer.
— Toi aussi, tu as remarqué que notre camarade était focalisé sur elle. Tu crois que cela a un rapport ? S’il y en a un, il va le trouver.
— Tu sais que j’ai entendu des élèves parler de lui comme d’un enquêteur dont il faut se méfier ?
— Qui a dit un truc pareil, Eugénie ?
— Ce Thibaldus Rosier qui loge dans sa chambre. Je l’ai entendu en parler avec Amélie Lestrange et René Tremblay. Deux pestes en 3e année Urtica et…
Agathe fit enfin son apparition vers 14h10. Sans un seul mot, elle fit entrer les élèves, les laissa s’installer, inscrivit un texte sur le tableau à l’aide de son grimoire magique et les pria d’en réaliser un commentaire général et de définir une liste de mots soulignés. Elle ajouta juste qu’elle ne souhaitait pas avoir à rappeler le silence indispensable pour l’épreuve, sous peine d’exclusion directe sans avertissement préalable.
Son attitude rigide ne cadrait pas avec son caractère. À l’issue du cours, elle s’approcha des élèves et releva les parchemins à la main tandis que d’habitude, ils s’envolaient dans la salle. Elle se réserva Sigrid pour la fin et se pencha vers elle :
— La séance du club de Cecrabebleu, prévue demain, est annulée. Pouvez-vous transmettre cette information à Hercule et Katarina ?
— Bien, Madame.
Agathe fut intriguée. La jeune fille, d’un naturel curieux et précis, ne posait aucune question sur la raison de cette annulation de dernière minute alors que ces heures représentaient l’intermède le plus récréatif de la semaine aux yeux de son camarade belge. Elle esquissa une amorce de sourire et se figea soudain, comme si un frisson d’horreur lui avait causé des sueurs incontrôlables.
Elle s’éloigna, rangea les parchemins dans un sac en cuir et congédia les enfants avec cinq minutes d’avance. Lorsque la salle fut vide, elle fouilla dans les écrits réalisés et ressortit la copie de Sigrid. Elle la posa sur ses cuisses et la lut. Elle fut à deux doigts de s’évanouir.
Aux alentours de 13h30, le mardi 16 octobre 1917, les sorciers en noir disparurent du domaine en compagnie des professeures de Bazincourt et Waldmeister, ainsi que celle du directeur de Beauxbâtons. Le groupe coupa par le jardin, atteignit la grille, déploya un halo lumineux autour de leurs personnes et traversa la porte de fer forgé bleutée comme s’il s’agissait d’une motte de beurre mou.
De là, ils transplanèrent jusqu’à la source de la Rivière Enchantée. Le matin même, avec le concours d’Ambroisine Fordecafé, ils avaient transporté une douzaine de tonneaux de deux cents litres pièce.
Le directeur demanda :
— Vous êtes sûrs que cela suffira ? Le Ministère est certain de son coup, cette fois ?
La femme hocha la tête en signe d’approbation.
— Et les Moldus ? S’il s’en trouve en train de se baigner dans la rivière ?
— Armand, coupa Elvira, à la mi-octobre, avec cette météo glaciale, le risque est nul. Mais un pêcheur, pourquoi pas ! Sa survie sera courte.
— Les Moldus vont bien voir l’eau écarlate !
— Ces messieurs-dames du Ministère les oublietteront en leur servant un rejet accidentel d’un producteur de spiritueux. Cette fois, il n’y aura pas de drame.
— Je l’espère de tout cœur. Agathe est dans un tel état !
Tout fut enfin prêt. Les douze tonneaux, éventrés d’un coup de baguette rageur, répandirent leur contenu dans le torrent jusqu’à la dernière goutte.
Hercule était d’humeur maussade. Non seulement il était privé de jeu avec sa partenaire russe mais la bibliothèque était close. Les élèves étaient priés de regagner leurs quartiers respectifs après avoir pris leur déjeuner. La perspective d’être consignés dans son bureau n’indisposait pas le jeune Belge ou Sigrid mais leurs amies sportives et remuantes voyaient la chose d’un mauvais œil.
Le 4e ordre franchissait le pont lorsqu’un coup sourd retentit dans les lattes de bois couvrant la rivière, sans que les enfants soient capables d’en identifier l’exacte provenance. Figés sur l’ouvrage d’art, ils poussèrent un cri de stupeur lorsqu’un second heurt, plus violent, eut lieu. Un craquement sec et sinistre se produisit.
— Courez ! hurla le garçon.
Les élèves détalèrent sans demander leur reste. Un troisième coup de boutoir eut raison du bois cintré et une bestiole grosse comme un Croup, en forme de boule jaunâtre alvéolée, retomba sur la berge.
Dans la panique, le quatuor ne se séparera pas pour rejoindre ses habitations et fondit droit sur l’abri le plus proche, le Pavillon bleu de Lonicera. La princesse y entra mais les deux filles d’Aloysia qui suivaient, furent rejetées et ligotées par le sortilège anti-intrusion.
Le Spongue exécuta deux bonds successifs dans leur direction. Il parut hésiter un bref instant et choisit de se jeter sur Eugénie.
— DIFFINDO !
Le sort sectionna la créature en deux parties inégales qui retombèrent de part et d’autre de la jeune fille. Comme le monstre, même découpé, s’agitait encore, à cause des nerfs toujours actifs, Hercule lança des Repulso pour éloigner les restes loin de son amie.
Umbeijo ressortit du pavillon, stupéfaite par la vision des prisonnières, d’Hercule baguette en main, campé sur ses jambes, déterminé et la créature sanguinolente, tranchée, abattue. Elle s’avança avec prudence, repoussa Eugénie et Sigrid hors de la sphère d’influence du fronton runique et fouilla dans le sac d’Hercule, tétanisé. Elle s’empara de la loupe magique et déverrouilla le manche pour utiliser le canif. Elle libéra ses amies.
Elle dut traîner Hercule jusqu’au gymnase installé derrière les pavillons. Eugénie s’effondra, terrassée par l’émotion. Les deux autres trouvèrent le professeur Laflèche en pleine séance d’entretien de sa magnifique musculature. Il s’insurgea :
— Mais que faites-vous là ? Vous devriez être consignés !
Les deux jeunes filles lui rapportèrent l’attaque, la brèche, la réaction inattendue du Belge. Il les somma de rester dans le bâtiment, le temps qu’il aille sécuriser le trou, renforcer le sortilège et vérifier que le second Spongue n’avait pas profité des dégâts du premier. Les élèves obéirent sans discuter. Le quatrième ordre resta seul dans son refuge. L’adrénaline retomba sauf pour le garçon, aux muscles durs comme de l’acier, incapables de recouvrer leur souplesse originelle.
— Hercule… parle-nous… s’il te plaît…
Sigrid n’obtint aucune réponse. Ses pupilles, dilatées, étaient fixes.
— Il est choqué. Ou alors, c’est le sortilège qu’il a lancé. Je ne le connais pas. Mais… il a sauvé Eugénie.
— Elle est aussi en état de choc. La créature a voulu la dévorer.
— Pourquoi elle ?
— Pourquoi pas moi ? Je l’ignore. Bon sang ! Les protections devaient résister !
La voix de Sigrid venait de changer de tonalité. Elle se teintait d’une colère inhabituelle. La respiration de la jeune fille s’accélérait lorsque Wilfried fit son retour.
— C’est bon ! Vous pouvez sortir. Je vous accompagne.
— Professeur, dit Umbeijo. Nos deux camarades ne vont pas bien.
— Direction l’infirmerie ! Sors ta baguette, Umbelina ! Toi aussi, euh… jeune fille.
Sigrid, à l’instar d’Hercule, ne prenait ni des leçons de Quidditch, ni d’initiation au vol sur balai. C’était une parfaite inconnue pour Wilfried.
— Allez, venez !
Monsieur Laflèche assembla quatre balais avec un sortilège et en fit des brancards. Il déposa les deux élèves ayant perdu leurs moyens et s’occupa de les conduire à l’infirmerie. Les autres enfants assuraient la sécurité, prêts à utiliser un Expulso, le sort le plus puissant appris en cours privé.
Le convoyage se passa sans encombre jusqu’aux portes du château, sous les regards intrigués et effarés d’Agathe et Théophile, dans l’appartement de la première. À leur arrivée, le médicomage allongea Eugénie et la couvrit, car elle tremblait et bégayait une phrase incompréhensible.
Madame Cacheton s’adressa à sa coiffe à croix clignotante :
— Trouve-moi une puissante potion de sommeil.
— Troisième jupon, deuxième rangée, côté droit, répondit la croix rouge avec des mouvements de bouche.
Elle releva les jupons et fouilla à l’endroit indiqué. Elle s’empara d’une fiole, la déboucha et vida son contenu dans le gosier du garçon en le contraignant à garder le bec ouvert. L’inconscience finit par le gagner et ses muscles abandonnèrent leur tétanie.
Lorsque le professeur et les deux élèves eurent relaté les circonstances de l’accident, le médicomage loua Flamel de ne pas avoir perdu sa fille unique.
Plus tard, dans l’après-midi, après l’assurance que les œufs de Spongues avaient été éradiqués – les restes de deux sirènes évidées attestaient la reproduction des éponges carnivores –, que les Moldus témoins de la Rivière ensanglantée avaient été oubliettés, l’équipée Ministère-professeurs avait appris que la catastrophe avait été évitée de peu. L’alarme d’usage de magie hors des limites du château avait déclenché l’envoi d’un hibou du Ministère à l’école et les deux émissaires avaient pris sur eux de couvrir l’incident, tout en se demandant comment un élève de première année avait pu tuer l’éponge maléfique avec un sortilège capable d’incisions mineures et localisées.
Elvira avait fourni une explication désormais rodée : Hercule Van Betavende, qu’elle tenait pour prodige, lisait beaucoup et expérimentait autant en salle blanche.
Avant même le soir, la nouvelle avait fait le tour de l’école. Désormais, Max et Pierre, les CHASSE-Magus, estimaient que le jeune Belge méritait un titre de CHASSEur d’honneur et la médaille allant avec.
La nuit était tombée depuis des heures. Le château baignait dans le silence. Seuls de rares Feux Éternels distillaient des lueurs dans les couloirs, occasionnant les humeurs grognonnes de sorciers en portrait, incommodés par la luminosité.
Sébastien Grossel, une lanterne à la main, patrouillait. Vieux réflexes d’Auror. Alors qu’il regagnait sa loge, il fut attiré par une lumière filtrant de l’infirmerie. Il vérifia et s’excusa lorsqu’il reconnut la personne veillant le blessé.
— Pardon Professeur ! Je ne pensais pas qu’il y avait encore du monde par ici.
— Ne vous excusez pas, Sébastien. Vous faites votre travail.
— Comment va le petit bonhomme ?
— Mieux, selon madame Cacheton. Il a besoin de repos.
— Bien, bien ! Il a eu de la chance.
— Oui… lui, oui…
— Eh bien, je vous souhaite une bonne soirée, Madame.
— À vous aussi.
Le concierge s’éloigna. L’enfant s’agita dans son sommeil. Il rêvait. Agathe se pencha pour décrypter ses murmures. Elle se redressa, interloquée.
— Baudelaire. Baudelaire…
Ce nom la fit sourire. Hercule rêvait d’auteur de littérature ! C’était merveilleux, pour une enseignante de français, tellement attendrissant. Il ouvrit les yeux, un brin décontenancé. Il la découvrit, étonné et reconnut les locaux.
— Professeur ?
— Rassure-toi, tu es à l’infirmerie. Tu te souviens de ce qui est arrivé ?
— Oui… oui.
— Tu étais en train de rêver ?
— C’est possible.
— Tu parlais de Charles Baudelaire.
— Oh… euh… Non, je me promenais dans ma mémoire. Baudelaire. Arthur. Un élève de Lonicera.
Agathe se raidit et un spasme agita sa mâchoire.
— Professeur ? Madame ?
— Oui ?
— Pourquoi êtes-vous touchée par cette histoire de Spongue ? Est-ce que… Arthur Baudelaire était un de vos élèves ?
La réponse mourut dans sa gorge. Des larmes emplirent ses yeux, perlèrent et firent des rigoles sur ces joues ridées. La voix mal assurée, elle trouva la force d’avouer :
— Arthur est… mort. Dévoré par…
— Oh…
— C’était mon… Arthur… mon… enfant.
— Votre ?… Je suis désolé. Je soupçonnais un lien, mais je ne l’imaginais pas si… proche.
— Tu me rappelles Arthur. Comme toi, il était brillant, courageux, réfléchi, très aimé de ses professeurs et de ses amis. Il était chez Lonicera.
— L’Ordre où j’aurais dû échoir, si le Sondeur n’avait pas joué les plaisantins.
— Vraiment ?
— Disons que d’Urtica, j’ai peu de traits de caractère.
— J’ai eu… très peur. Que l’Histoire ne se répète. Mais tu as réussi à tuer le monstre. Tu as sauvé la fille d’Alfred et tu es vivant.
Les larmes, un instant contenues, reprirent leur marche implacable. Elle posa sa main sur la sienne et il sentit à quel point la déchirure dans le cœur d’Agathe ne s’était jamais refermée. Sa présence en ces lieux ne pourrait que raviver les douleurs. Devait-il être compatissant, empathique ou se fermer comme une huître, forcer la blessure à cicatriser ?
Il n’avait pas le courage d’être brutal. Il aimait trop Agathe pour lui causer le moindre tracas. Il opta pour une tactique de diversion :
— Mes parents ?
— Prévenus par hibou.
— Ah… je leur cause bien des soucis. Trois signalements en un mois.
— Je pense qu’au contraire, tu suscites leur fierté.
— La fierté de Père et Mère ?
— Absolument. Je… je vais… te laisser te reposer. Il est très tard, plus de minuit.
— Merci, Professeur. Merci de m’avoir veillé. Et… euh… puis-je vous demander une faveur ?
— Demande, demande, mon garçon.
— Ne supprimez pas le club de Cecrabebleu.
Elle comprit le sens caché de son message. Il n’était pas Arthur. Le passé ne s’était pas reproduit parce qu’il était impossible qu’il se reproduise à l’identique.
— Promis.
Elle alluma sa baguette avec un Lumos si puissant qu’il éclipsa sa silhouette. Le garçon se retrouva seul et en fût chamboulé. Il n’avait plus l’habitude d’être dans une chambre individuelle. Il mit une bonne demi-heure à se rendormir, le nom de Baudelaire résonnant dans son esprit à l’infini.