À 10h00 précises, les quatre élèves se tenaient devant l’entrée de la pièce dévolue au combat. Eugénie avait été tentée de traverser la porte bleutée mais s’était ravisée après que le garçon ait narré ses aventures avec l’Épouvantard ayant échappé au contrôle de Bianca et Charlotte, les 4e années d’Urtica. Par sécurité, Umbeijo avait abaissé le bandage devant ses yeux. Ainsi, Eugénie se tiendrait tranquille. Ou pas !
Le son de bottines s’amplifia dans l’escalier hélicoïdal. Au fur et à mesure de la progression, la tension grimpa en flèche. Elvira apparut dans l’encadrement du couloir et se rapprocha avec élégance, presque majesté. Elle parvint à leur hauteur, les considéra et leur dit, avec une certaine ironie :
— Deux sur quatre en état de marche, au bout d’une semaine. Fantastique ! Entrez !
— Professeur, vous êtes sûre qu’il n’y a pas d’Épouvantard ?
— Non. Sauf si des élèves ont manqué leur affrontement et l’ont laissé traîner. Passez derrière moi !
Ils emboîtèrent son pas, par sécurité. La pièce ne leur réserva aucune mauvaise surprise. Elle était aveugle mais lumineuse, vivante, alors qu’il n’y avait aucun Feu Éternel pour l’éclairer. La magie du lieu atteignait un haut niveau et datait de la création de Beauxbâtons.
Elvira brandit sa baguette et fit apparaître cinq chaises. Elle les invita à s’asseoir et à lui faire face. Elle rejeta sa capeline en arrière et chercha les bons mots. Puis, elle se lança :
— Les enfants, je m’apprête aujourd’hui à enfreindre un règlement édicté par le Ministère de la Magie. À savoir : créer un club de duel avec des premières années.
Eugénie trépigna sur sa chaise. Les trois autres furent plus circonspects.
— J’imagine vos premières questions. Pourquoi seulement vous quatre et pas d’autres élèves ? Les autres sont-ils à une autre tranche horaire ? Que va-t-on apprendre ? Y aura-t-il des notes ? Et la question finale sera : pourquoi ? D’abord, sachez que c’est secret. Personne n’est au courant dans l’école ou ailleurs et personne ne doit l’être. J’appliquerai un sortilège qui m’assurera de votre silence absolu. Il n’y a et il n’y aura que vous quatre. Même s’il le voulait, nul autre élève ne pourrait venir à ce cours. Quelle que soit son année d’étude ! Est-ce clair ?
— Oui, Professeur, répondit le quatuor d’une même voix.
Elle inspira et expira longuement. Ses yeux jaunirent une seconde avant de revenir à leur teinte originelle.
— Allez ! Je vous dis tout. Claire Obscur a le don de voir des événements du futur. L’une de ses prédictions concerne l’un de vous quatre. Comme cette prophétie survenue en ma présence est nébuleuse, que votre professeure n’a pas voulu analyser son contenu, je ne puis vous éclairer davantage. À partir de cet instant, nos avis sur la suite à donner divergent. Claire préconise de ne rien faire, de ne pas intervenir. Je ne suis pas sur la même ligne de conduite. Ne sachant qui était concerné, j’ai pris les devants. Hercule, tu as pu voir que je sais décider à la vitesse de l’éclair. Aussi, afin de mettre en place certaines actions, j’ai… envoûté le Sondeur pour qu’il vous place tous les quatre dans les ordres les moins confortables pour vous.
— Quoi ?!
— Vous avez fait tomber l’élève le premier soir, pour que Sigrid nous rejoigne. N’est-ce pas, Professeur ?
— Observateur, Hercule. Je savais qu’en te forçant la main en Belgique, je prenais la meilleure décision.
— La lettre du directeur sur ma nature de Cracmol ?
— Mon œuvre.
— L’accès au Sondeur condamné ?
— Je n’avais pas prévu que tu irais le consulter. Tu m’as surprise. J’ai utilisé un sort à toute épreuve.
— Maléfique ?
— Disons… limite.
— Provenant de la réserve interdite ? Colonne M ?
— Hum…
Elle secoua sa crinière brune, stupéfaite et amusée.
— Vraiment bluffant. En une toute petite semaine. Ta capacité à assembler les détails et à les analyser…
— L’attaque sur Hercule, Madame ? C’est quand même pas la professeure Obscur ? Savez-vous comment elle l’a traité en cours ?
— Je suis au courant, Eugénie. Elle a eu droit à des remontrances musclées de la part de notre directeur. Mais je la connais. Elle est très têtue. Il se pourrait qu’elle continue à te mettre des mauvaises notes juste pour te décourager. A-t-elle été désagréable avec vous toutes ?
— Elle a affirmé qu’aucune sportive n’avait jamais eu le Don et m’a promis les pires notes de ma scolarité, concéda Umbeijo.
— Elle ne m’a rien dit de particulier mais Eugénie s’est chargée d’animer le cours.
— Comme toujours, Eugénie ! s’amusa la professeure de M.E.S. Il y a des chances qu’elle continue à être abrupte et à vous sanctionner pour vous dégoûter. Elle pourrait même faire de fausses prédictions pour vous monter les uns contre les autres, provoquer votre séparation. Par contre, je ne pense pas qu’elle ira au-delà.
— Madame, que risquez-vous en créant ce club de duel ?
— Une grave sanction, Umbelina. La révocation. Interdiction d’enseigner. À vie.
— C’est un très gros risque. La prédiction doit être grave.
Les iris lavande jaunirent.
— Oui, Sigrid. Je sais que ce ne sera pas facile pour vous. Je veux vous donner les chances d’affronter le futur. Les meilleures. Savoir et ne rien faire, ce n’est pas moi. J’espère que vous… comprendrez les souffrances, ma totale absence d’empathie, tout ce que je vous ferai subir, tout ce que j’exigerai de vous. Désolée. Pas le choix.
Elle leva sa baguette et lança un sort silencieux. La gestuelle très compliquée et précise dura près de dix secondes.
— Si vous parlez, la Dragoncelle aura l’air d’un rhume à côté de ce sort. Est-ce limpide ?
Ils accusèrent réception du message.
— À présent, levez-vous !
Ils obéirent et les chaises disparurent.
— Mettez-vous face à face !
Alors qu’Hercule se plaçait face à la Portugaise, Elvira s’y opposa :
— Mets-toi en face d’Eugénie. J’ai mes raisons.
Ils intervertirent leurs places.
— À partir d’aujourd’hui, nous allons étudier des sorts de combat. Attaque et défense. À tour de rôle. L’un attaque, l’autre défend. Compris ?
— Oui, Madame.
— La défense basique s’effectue avec Protego. C’est simple mais ne protège pas de toutes les attaques, pas des sortilèges impardonnables. Toute la difficulté va résider dans le geste. Je dirais : dans une multitude de gestes. Si vous avez déjà vu un combat entre deux épéistes, vous savez qu’il existe une multitude d’assauts et tout autant de parades. Votre tâche consistera à repousser, à coups de moulinets, de gestes du poignet, de balayages, d’esquives. À chaque coup donné, un Protego. C’est du un pour un. Il n’existe pas un sort individuel qui permettrait de créer un bouclier permanent autour de soi. Par contre, il existe des défenses pour protéger des zones importantes comme des maisons, un château, etc. Donc, la protection ?
— Protego.
— Bien. Premier sortilège d’attaque : Incarcerem. Il permet de faire jaillir des cordes de votre baguette et de ligoter l’adversaire. J’avais pensé à quelque chose de plus… radical, mais nous avons deux blessés. Alors, le premier lance Incarcerem et l’autre Protego. Il faut exécuter une sorte de 8 ou de symbole infini pour ligoter la cible. Déjà, entraînez-vous à exécuter ces deux éléments. Je m’occuperai de lancer Finite pour annuler l’entrave de votre camarade. Finite signe la fin d’à peu près tous les sorts sauf les impardonnables. Nous étudierons les exceptions plus tard. Allez ! Incarcerem, Protego. À tour de rôle. Essayez de coincer l’autre.
La première à réussir l’entrave fut Sigrid. Mais ensuite, elle sua pour capturer Umbeijo, douée pour la protection et très vive, en vraie sportive. Eugénie et Hercule persistèrent à se capturer mutuellement, oubliant de se protéger. Résultat : les Incarcerem simultanés et ajustés les neutralisèrent avec synchronicité. Eugénie fut prise d’une crise de fou rire, qu’elle communiqua aux autres en cavalant comme un Jackalope au printemps dans la salle blanche. Elvira mesura sa difficulté. Elle formait des enfants, pas des adolescents ou de jeunes adultes. Ils avaient besoin de jouer.
— Finite !
Les liens s’évanouirent. Puisque la jeune Portugaise n’était pas une cible facile, la professeure ordonna :
— Vous trois ! Immobilisez-la ! À toi de les éviter !
— À trois contre un ?
— À 10 contre 1, à 100 contre un, je m’en fiche, Hercule ! Attaquez ! Défends-toi !
Les sortilèges fusèrent. La petite brune fit merveille. Elle était rapide et elle en avait conscience. Elle contre-attaqua et atteignit Eugénie de plein fouet. Son adversaire neutralisée, elle opta pour une tactique réfléchie. Elle se protégeait de Sigrid, enragée et lançait des attaques contre Hercule, trop hésitant. Plus elle s’en prenait au Belge, plus Sigrid devenait vindicative. Soudain, des obstacles apparurent dans la pièce. Des roches, des morceaux de bois, la pluie et le vent vinrent s’en mêler. Un vrai champ de bataille, digne du front franco-germanique.
La surprise passée, Umbeijo tira profit de la situation, de la désorientation d’Hercule et fit mouche. Le Belge mordit la poussière. Mis hors d’état de combattre, le mano-à-mano Umbeijo-Sigrid débuta.
Elvira redoubla d’attention et de prudence. La puissance de Sigrid devait être canalisée, ne pas être relâchée sans contrôle. Jouer avec ses sentiments pour le garçon mais ne pas dépasser les limites. La Portugaise, à découvert, para trois sorts successifs et courut se réfugier derrière une roche.
— Montre-toi ! cria Sigrid.
Elle ne s’attendit pas à ce que son adversaire obéisse dans la fraction de seconde suivante. Elle misait sur sa couardise. L’Incarcerem de la Lonicera toucha l’Aloysia, trop confiante.
— J’ai gagné, j’ai gagné, j’ai gagné, jubila la petite brune, ravie d’avoir remporté sa première victoire.
Elle tomba en avant, saucissonnée de la tête aux pieds. Juste derrière elle, Eugénie, Sigrid et Elvira découvrirent un Hercule dos tourné, mains liées, baguette pointée, cordes éjectées dans la direction de son amie. Il avait lancé le sort sans regarder la cible.
— Bien ! Une petite pause ! Finite !
Les entraves s’évanouirent, le décor disparut et les chaises réapparurent.
— Sigrid, assieds-toi. Inspire à fond, bloque, puis expire. Tranquille. Refais l’exercice trois fois de suite. Prends ton temps pour retrouver une respiration normale. Les autres, venez là. Bon ! Pour une première, c’est pas mal. Non seulement vous avez réussi vos sortilèges, de mieux en mieux au fur et à mesure de l’exercice, mais vous avez oublié qu’il s’agissait d’un entraînement. Maintenant, analysons ce qui s’est passé. D’abord, la répartition des duos. Je vais être très directe, piquante, mais vous commencez à me connaître un peu.
Ils esquissèrent des sourires crispés, à la fois approbateurs et inquiets.
— Hercule… tu perçois Eugénie comme un risque-tout à l’épreuve des sorts. Elle incarnait l’adversaire idéale tandis que Sigrid, que tu vois comme un alter ego cultivé, intelligent et Umbeijo, comme une princesse fragile, précieuse, te causeraient un problème de conscience lors de l’affrontement. Désolé d’avoir dû te pousser dans tes retranchements. Vous devez savoir que votre camarade du Portugal est tout sauf une petite chose fragile. Le professeur Laflèche n’a pas mis des semaines à reconnaître son potentiel au Quidditch ! Attendez de la voir, enragée, se battre pour tous les points au premier match et vous verrez votre camarade d’un nouvel œil. Umbeijo, tu as été précise, vive, astucieuse, tactique. Toutes les qualités d’une joueuse. Tu as décelé le point faible de chacun et utilisé ces connaissances. Cependant, comme tu l’apprendras lors des compétitions de sport, la joie de marquer induit un relâchement qui entraîne une contre-attaque de l’adversaire. Ne baissez jamais la garde. Jamais ! Tout au long de votre vie.
— Oui, Madame.
— Ceci dit, je n’en attendais pas moins de toi. Sigrid, tu as réussi la première chacun des sorts. J’avoue que je l’espérais. Cependant, toi aussi, sois vigilante. Ne crois pas savoir tout de ton adversaire. On ne connaît jamais totalement une personne… En fait, entre ta volonté et ta technique, tu pouvais l’emporter. C’est juste un peu de contrôle et de tactique qu’il te fallait. Tout le monde aura perçu les erreurs de nos deux autres protagonistes ?
— Ils n’ont pas utilisé de Protego.
— Eh oui ! Penser qu’on est un sorcier invincible, ultra-rapide, c’est la mort assurée. Avant toute chose, on doit s’en sortir vivant. Plus tard, lorsque vous travaillerez en équipe, vous assurerez la vie de votre équipier et il en fera autant. C’est l’une des bases que j’enseigne en CHASSE. Eugénie, je sais que la réflexion avant l’action n’a jamais été ta spécialité, mais il faut que cela le devienne. Hercule… ah… Hercule… je sais que tu aurais dû échoir à Lonicera mais en fin de compte, Urtica et la ruse te vont comme un gant. Durant l’exercice, tu as pu paraître comme le point faible. Tu n’osais pas te servir des sorts contre tes camarades, tu as limité ton choix, tu as été précipité dans l’action, que tu exècres, au lieu de la réflexion. Tu as été déstabilisé par l’apparition du décor, agissant comme un Épouvantard à tes yeux. Si les sorts avaient été mortels, tu serais décédé. Comme tes camarades t’ont vu comme le garçon mal adapté au combat, elles ont commis leur plus grave erreur. Vous autres, ne sous-estimez jamais qui que ce soit, y compris Hercule. Surtout Hercule ! Quand vous croyez être sûres, remettez-vous en cause ! Parce qu’au final, si Hercule, les mains dans le dos, avait lancé un sort explosif ou impardonnable, vous ne seriez plus ici mais à l’infirmerie ou au cimetière. Vous avez pensé qu’il ne pourrait pas y parvenir, pas une chose aussi insensée ! Vous n’avez pas eu la foi. Il a eu de la chance ? Non. Il utilise ses cinq sens à fond. Il est capable d’analyser des détails, des sons, des voix, des odeurs et de lancer l’attaque en aveugle. Il est déterminé et la détermination est la clé de la victoire. En fait, tu es rusé comme un vrai Urtica !
Les jeunes demoiselles le considérèrent sous un autre angle.
— Chaque membre du quatuor est essentiel aux autres. Depuis une semaine, à chaque repas, je vous observe. J’examine avec attention votre quête pour trouver en l’autre les richesses convoitées. Même toi, Eugénie, feu follet qui ressent en Hercule la voie pour vivre de nouvelles aventures, qui détecte en Umbeijo une compagne de looping en balai, et en Sigrid, une confidente, une assurance-vie contre ton propre dépassement de limite. Bien ! Assez d’analyse psychologique ! De l’action ! Face à face, même équipe. Si vous ne voulez pas vous prendre un sort noir, l’un des moyens les plus radicaux consiste à désarmer l’adversaire. Qui peut me nommer ce sortilège ?
Eugénie s’excita comme une puce.
— Oui ?
— Expelliarmus.
— Exact.
— Je le connais parce que mon père n’a pas cessé de me le lancer dès que je touchais à une baguette.
En imaginant la situation, les trois autres éclatèrent de rire.
— J’imagine qu’il utilisait Assurdiato et Bloclang ?
— Ce sont ses favoris.
— Hum… Quelle surprise…
Les enfants se tenaient le ventre tellement ils riaient. Ils imaginaient quel enfer avait été le quotidien du médicomage avec la remuante Eugénie. Quand le calme fut revenu, Elvira leur enseigna le mouvement de poignet associé au terme et la force de conviction à mettre pour parvenir à désarmer l’adversaire. Elle organisa des face-à-face. Hercule les remporta tous.
Même si les filles réussirent à le déséquilibrer avec l’Expelliarmus, aucune de ses camarades ne lui arracha sa précieuse compagne. Son attachement pour celle à qui il confiait ses secrets – en la vouvoyant – était viscéral et indestructible.
Chaque année, Armand Fontebrune montait la même blague à l’attention des nouveaux arrivants. Lors du premier repas, il intronisait tous les enseignants et laissait les élèves découvrir leur emploi du temps, une fois installés dans leurs pavillons respectifs. À chaque fois, les jeunes lisaient que l’astronomie serait enseignée à 21h00 pendant une heure, sans savoir qui allait leur transmettre les connaissances puisque le professeur en question brillait par son absence au banquet de rentrée.
Armand le directeur devenait le professeur Fontebrune pour assurer le cours en personne. L’espace, les planètes, les satellites, les constellations n’avaient aucun secret pour lui et constituaient sa passion, aussi puissante que sa haine des spectres. Lorsqu’il n’était pas dans son bureau, il se cachait dans la coupole, les yeux rivés sur l’œilleton du télescope. Les enfants aimaient son cours, sa matière, sa jubilation, ses surprises magiques. Avec lui, la pesanteur disparaissait. Ses mises en scène étaient célèbres : personne n’avait oublié le ballet cosmique avec les étudiants déguisés en étoiles, planètes, satellites et comètes pour le grand carnaval.
Les quatre amis l’adoraient mais pas la coupole où les Arts Divinatoires étaient inculqués. Armand avait proposé une salle de cours dédiée au deuxième étage mais la professeure Obscur avait décliné la proposition. Une autre année, il avait suggéré de construire une tour annexe, aussi haute qu’un phare maritime, plus élevée que le château lui-même mais elle avait opposé un refus sans appel. Son attitude était inexplicable.
Le troisième soir en compagnie du directeur prenait fin. Armand réclama un peu d’aide pour ranger les lunettes individuelles dévolues à l’exploration des cratères principaux de la Lune. Le jeune Belge se proposa. La séance avait failli être gâchée par une météo maussade mais l’enseignant avait dévoilé des ressources insoupçonnées. L’élève demanda confirmation :
— Les lunettes astronomiques vont bien dans ce coffre, Monsieur ?
— Oui. Il y a plusieurs emplacements. Un par lunette et par trépied.
— Très impressionnante, votre chasse aux nuages !
— Je te remercie. Je te parie que tu brûles d’envie de savoir comment j’ai réussi ?
— Bien sûr, Monsieur. J’imagine que ce n’était pas un Ventus basique ?
— Tu supposes bien. Il s’agit d’une combinaison de trois sortilèges. Anemotornada Maxima, Magicus Extremis et Partis Temporus. Tu n’en sauras pas davantage ! Même si je sais que toi, tu n’en feras pas un mauvais usage. Mais je crois que tu comptes parmi tes amies, une jeune fille risque-tout qui adorerait faire la pluie et le beau temps à Beauxbâtons.
Hercule s’amusa de la réflexion du directeur. Il acheva de placer les longue-vues et leurs trépieds dans la malle lorsqu’il la remarqua. La marque A.D avec la couronne. Le coffre avait été réalisé par le même artisan menuisier. Après tout, trouver une autre réalisation de A.D dans l’école n’avait rien de surprenant puisqu’il était prolixe et que les ouvrages de bois étaient monnaie courante dans l’Académie. Dans ce cas précis, c’était inhabituel.
« C’est juste un coffre de rangement, sans sort d’extension. Je pensais… »
Dans son esprit, un nouveau mystère naquit. La pièce du puzzle ne s’imbriquait pas à la perfection. Après la fermeture du couvercle, il salua le directeur et lui souhaita une bonne nuit. Il simula son départ et observa Armand en catimini, caché derrière les portes battantes. L’adulte rangea ses manuels et se dirigea vers la sortie. L’élève se précipita dans l’escalier hélicoïdal, sur la pointe des pieds. Il déboula sur le palier du premier étage et tomba nez à nez avec le concierge.
— Alors, Van Betavende ? On traîne dans le château ?
— J’ai aidé le directeur à remettre l’Observatoire en ordre.
— Hum… Mouais ! Je t’ai à l’œil ! File !
Le Belge n’insista pas et rejoignit le rez-de-chaussée au pas de course. Sur sa droite, de la lumière filtrait depuis la salle du Sondeur. Elle s’était débloquée par miracle, au grand dam de tous les professeurs qui avaient travaillé sur ce mystère. Comme ça !
Au réfectoire, Eugénie avait suggéré en s’époumonant à souhait pour être entendue de tous, que c’était l’œuvre d’un spectre. Depuis, Armand Fontebrune passait tout son temps libre à la chasse aux ectoplasmes.
Les amies n’avaient pas résisté à l’envie de vérifier leurs affectations auprès du Sondeur. La manipulation, diabolique, de la professeure de Bazincourt retirée, la voix étrange avait confirmé que Umbeijo aurait dû échoir chez Aloysia et Eugénie chez Urtica. Quant à Sigrid, elle était entrée dans la salle mais n’avait pas franchi la barrière des isoloirs, de peur que le Sondeur ne ressente Victoire en elle et estime qu’elle n’avait pas sa place dans l’école. Ce soir-là, le jeune garçon ne s’endormit qu’après avoir élaboré un plan d’action précis.