Beauxbâtons - 1917

Chapitre 2 : Sortilège 2 : le sondEur imprévu

Par eric_vincent

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La lettre d’admission était arrivée au domicile des Van Betavende. La liste des fournitures l’accompagnait. C’est la mort dans l’âme que le garçon s’était rendu avec ses parents à la Place Cachée, à Montmartre, le quartier magique de Paris pour y acheter la panoplie complète du parfait sorcier. Des livres, des parchemins vierges, des plumes, de l’encre, un chaudron, des ingrédients de base pour fabriquer des potions effrayantes – il avait jeté un regard au contenu de l’ouvrage référent et l’avait aussitôt refermé –, des gants de protection, des uniformes et une tenue de bal. Cette dernière était son unique source de fierté.

Tout s’était déroulé à merveille pour les parents jusqu’à la visite dans la boutique Cosme Acajor. Le vendeur de baguettes magiques, très expérimenté, avait mis la totalité de son stock dans les mains d’Hercule. Orme, sureau, vigne, lierre, avec n’importe quel cœur, du plus capricieux comme les cheveux de Vélanes aux plus guerriers comme des poils de Troll en passant par les raffinées et enjôleuses donations de sirènes, le spécialiste avait fait chou blanc. Aucune baguette n’avait ne serait-ce que frémi avec le jeune Belge.

L’enfant y avait vu la preuve flagrante de sa nature de Cracmol. Au comble du désespoir, Louis avait accueilli un conseil du vendeur d’un regard surpris, sans être dubitatif.

— La maison Ollivander, sur le Chemin de Traverse, à Londres. Monsieur Gervais Ollivander est un confrère de renom. Sa boutique existe depuis 382 avant Jésus-Christ et des sorciers du monde entier s’y rendent pour y acquérir une production de qualité.

— Vraiment ? Bien.

Le fabricant lui assura avec humilité que l’Anglais était le meilleur. Un comble pour un Français à la fierté exacerbée !


Le lendemain, Gertha avait commandé un Portoloin international. Elle et son fils avaient atterri dans une ruelle en retrait, dans la capitale britannique, non loin du Chaudron Baveur. À l’aide d’indications détaillées, ils avaient rejoint la taverne sorcière. Le tenancier, très serviable, s’était fait une joie de les guider jusqu’au mur d’accès au Chemin de Traverse.

Après une centaine de mètres parcourus, ils étaient parvenus au seuil de la minuscule boutique multiséculaire, à peine remarquable à côté de l’imposante banque Gringott’s.

Gertha rassura son enfant :

— Ne t’en fais pas. Tout va bien se passer.

Hercule haussa un sourcil noir, comme à chaque fois qu’une parole dénuée de logique était prononcée. Comment pouvait-elle connaître l’avenir à l’avance ?

Ils entrèrent. Une clochette invisible tinta. Le brouhaha issu de la rue fut étouffé. L’espace fut empli de calme et de sérénité, au grand plaisir du garçonnet.

Madame Van Betavende se présenta à un jeune homme trentenaire. Il s’agissait de Gervais Ollivander, le fabricant. Elle exposa le cas complexe de son enfant. Il l’écouta avec attention. La situation était inédite et la méthodologie ancestrale pour détecter la magie susceptible d’être remise en cause. Un précédent stupéfiant ou dangereux ?

Tandis que Gertha parlait, Hercule déambulait entre les meubles et les présentoirs.

— Ne t’éloigne pas, mon chéri.

— Oui, Mère.

— Il ne court aucun danger, assura le propriétaire. Tu peux aller voir l’atelier de fabrication, à l’arrière, si cela t’intéresse.

— Merci à vous, monsieur Ollivander.

Il s’enfonça dans l’arrière-boutique. Il découvrit les espaces menuiserie, dégrossissage, coupe, taille, affûtage, insertion de cœurs, finition, polissage, lustrage, mise en boîte, étiquetage. Tout était organisé, rangé, ordonné. Un plaisir visuel intense le gagna et il sourit jusqu’aux oreilles.

Il perçut un bruit, semblable à un clapotis. Il passa une porte et s’enfonça dans un couloir aveugle. Une lueur bleutée filtrait tout au bout. Au fur et à mesure de sa progression, la lumière se précisa et devint dansante. Il discerna plusieurs formes : un bassin sur pied d’où émanait cette source lumineuse et une forme humaine, juchée sur un marchepied. Un enfant, penché en avant, la tête dans le réceptacle.

Le Belge s’approcha et effleura l’épaule droite de l’inconnu. Il sursauta et sortit le visage de l’étrange matière liquide. C’était un garçon de huit ou neuf ans. Il avait de grands yeux bleus expressifs et perçants.

— Oh… je suis désolé si je vous ai effrayé, s’excusa Hercule dans un anglais parfait.

— Non, tout va bien.

— Je me présente. Hercule. Van Betavende. Je viens de Belgique.

— Garrick. Ollivander. Mon père tient la boutique.

— Enchanté. Que… que faisiez-vous ? Qu’est-ce que… c’est ?

L’objet, source d’interrogation, paraissait vivant et… bavard.

— C’est une Pensine. Elle est dans notre famille depuis des siècles.

— À quoi cela sert-il ?

— Les sorciers captent leurs pensées avec une baguette et les déposent dans la Pensine. Ensuite, ils peuvent les revoir autant de fois qu’ils veulent.

— Pour les apprendre par cœur ?

— Oui ou les repasser lorsqu’ils ne les comprennent pas tout de suite.

Hercule se mit sur la pointe des pieds et se pencha au-dessus. Les filaments blanc-bleu grouillaient. La Pensine regorgeait de milliers de scènes.

— Quel bel objet ! Il est fascinant ! C’est là où votre famille stocke son savoir-faire ?

— Juste la théorie. Il faut pratiquer, fabriquer pour devenir un maître des baguettes.

— Vous en avez déjà réalisées ?

— Mon père m’a permis, une fois. Mais avant, il faut que j’aille à Poudlard.

— Poudlard ?

— Notre école de magie.

— Je suis inscrit à Beauxbâtons, en France. J’ai toutes mes fournitures sauf…

— … la baguette, je parie.

— Oui. Aucune ne m’a convenu en France. J’ai répété que j’étais un Cracmol mais personne ne me croit.

— As-tu reçu ta lettre ? J’attends la mienne avec impatience. Encore trois ans à espérer.

— Je l’ai reçue mais…

— Alors, tu es un sorcier.

Une voix féminine traversa les murs, amplifiée par un Sonorus.

— HERCULE !

— Désolé, je dois y aller. Merci pour vos explications, Garrick.

— Je t’en prie, Hercule.

Le Belge rejoignit sa mère et le commerçant. L’essayage débuta. Peu à peu, les rayons se vidèrent et les échecs s’accumulèrent. Aucune baguette ne se manifesta entre les mains du garçon. Même pas en négatif.

Le temps passa sous l’œil intrigué du petit Garrick, en embuscade. Il sentait de la magie dans leur hôte. Son flair était celui d’un Croup limier.

Le jeune Anglais eut une lueur dans les yeux et murmura :

— Et si… Oh… ce serait fantastique !

Il disparut quelques minutes et revint avec un minuscule coffret.

— Garrick.

— Hercule.

— Je vois que vous avez fait connaissance, se réjouit Gervais.

— Papa, je me demandais si…

Il tendit la boîte en châtaignier.

— Qu’est-ce que… oh… c’est ce que je pense ? Ta première réalisation ?

— Oui, Papa.

— Bien sûr ! Essayons !

Il ouvrit le coffret et extirpa un bâton court, couleur chocolat, sculpté en vis sans fin, sans aspérité, sans rugosité, poli et nourri à la cire d’abeille. Équilibre parfait.

Il le tendit à Hercule qui s’en empara, le soupesa et le caressa. Une brise balaya le visage du jeune Belge.

— Oui ! Splendide ! Bravo, Garrick ! Excellente initiative !

— Merci, Papa.

L’apprenti jeta un regard enthousiaste à son premier client. Hercule était à la fois ébahi, joyeux, effrayé, impatient et reconnaissant.

— Mon fils, je te laisse faire l’article comme je te l’ai appris.

— D’accord, Papa. Alors… hum…

Il s’éclaircit la gorge et emprunta un ton solennel.

— Bois de cèdre, 18 cm 75, cœur de dard de Billywig. Nature inflexible.

— Bien, Garrick.

Gervais se tourna vers son client et sa mère.

— Je n’aurais pas songé à cette essence. J’ai coutume de dire qu’on ne trompera jamais le porteur de cèdre. Épris de vérité, n’est-ce pas, jeune homme ?

L’intéressé approuva sans retenue.

— C’est son credo, précisa Gertha.

— Je dois donner quelques précisions. Ce bois est peu utilisé. En général, le propriétaire d’une baguette de cèdre possède une force de caractère exceptionnelle et une loyauté inhabituelle. Il est perspicace, éclairé, visionnaire.

— Je veux devenir Enquêteur chez les Aurors, Monsieur.

— Je vois ! Alors, cette baguette sera une compagne merveilleuse. Idéale. La seule inconnue, c’est le cœur utilisé par mon fils. Du dard de Billywig. Je n’ai aucune idée de son influence.

Gervais prépara un écrin pour la merveille. L’acquéreur la serra contre lui tandis que Gertha réglait l’achat de la baguette et du kit d’entretien.

Après de nombreux remerciements, ils saluèrent les Ollivander et reprirent le Chemin de Traverse. Lorsqu’ils furent à la hauteur du magasin de balais volants, le garçon changea de couleur et vira au vert.

— Ce n’est pas une matière obligatoire à Beauxbâtons, précisa sa mère.

— Que le ciel soit loué ! rétorqua son fils.

— Tu sais, je n’ai jamais aimé ce moyen de transport. Ni le Quidditch. Par contre, un voyage en carrosse dans les airs, tracté par les Abraxans…

— Mes pieds resteront sur la terre ferme. L’humain n’est pas un oiseau.

Madame Van Betavende sourit. Hercule et ses certitudes enfantines…


Le 16 septembre 1917, chargé d’une énorme valise étonnamment légère, Hercule dit au revoir à ses parents. Il ne les reverrait pas avant les vacances de Noël. Il les quittait pour la première fois de sa vie et ressentait une appréhension bien légitime. Ils prirent le Portoloin international jusqu’à Paris. Ensuite, au Ministère de la Magie français, ils se séparèrent et il emprunta seul le Tunnel de Transportation.

Il n’avait jamais rien vu de tel. Il y avait un tube de verre dont on voyait ni le commencement, ni la fin, masqué par des parois de roche. À l’intérieur du cylindre, il y avait une sorte d’ovule tout aussi translucide dans lequel des passagers pouvaient se glisser avec leurs valises. Les plus petits accueillaient quatre personnes, les gros en emportaient trente.

Un sorcier lui ouvrit les portes successives. Il entra avec son bagage, choisit une des quatre places et l’employé du Ministère referma. Il s’empara d’un énorme trousseau de clés, chercha un sésame en particulier et l’introduisit dans un pupitre constitué de serrures. Il tourna la clef et Hercule fut propulsé dans le tunnel à une vitesse faramineuse. Deux flambeaux s’allumèrent aussitôt afin qu’il ne soit pas plongé dans l’obscurité.

Il s’apprêtait à ouvrir sa malle et à sortir un livre pour passer le temps lorsque le projectile transparent ralentit et changea de position. L’ensemble siège et harnachement de son bagage bascula de l’horizontale à la verticale. Il se posa en douceur. Il était arrivé à Bourg-Enchanteur, le terminal central dissimulé dans le petit village de Bourg-Madame, au pied des Pyrénées.

— C’est… prodigieux ! Huit cents kilomètres en moins de deux minutes ! Ces Français sont vraiment les rois du transp…

Il suspendit sa phrase. Face à lui et tout autour d’une place souterraine, il y avait au moins soixante cabines, autant de tubes transparents et de destinations.

Il s’extirpa sans tarder, car un couple âgé patientait pour le voyage du retour. Il déambula dans le terminal, déboussolé par l’immensité, jusqu’à ce qu’il repère d’autres enfants avec des bagages et des animaux de compagnie comme des chouettes ou des chats. Il les rejoignit tout en admirant le ballet incessant de la ruche. Tout le monde enfila sa tenue de sorcier et il suivit le mouvement. Le règlement était strict : uniforme obligatoire sauf à Halloween et au bal du Nouvel An.

Le système de transport français était ingénieux et maillait une large portion de l’Europe continentale. Après le Portoloin, c’était le moyen de déplacement le plus rapide. C’était surtout le plus confortable. Hercule l’adorait déjà.

— Les élèves de Beauxbâtons, par ici. Estudiantes de la Escuela Beauxbâtons, por aquí, por favor. Studenten voor Beauxbatons School, hier alsjeblieft. Alunos da Escola Beauxbatons, aqui por favor. Schüler für Beauxbâtons, hier, bitte sehr.

Il aurait reconnu cette voix polyglotte entre mille. La professeure de Bazincourt était chargée de sonner le rassemblement. Lorsque le garçon croisa le regard lavande d’Elvira, il nota l’esquisse d’un sourire.

Un à un, les élèves grimpèrent dans une nouvelle cabine, bien plus longue. Ils tenaient facilement à trente. Une fois remplie, la porte translucide fut scellée. Un pop annonça l’entrée dans le tunnel.

À peine dix secondes s’écoulèrent avant la décélération. Hercule fit un calcul mental rapide : l’école n’était qu’à une cinquantaine de kilomètres du terminal, au cœur des Pyrénées, dans le Mont Creux.

D’après ses lectures et les assertions de ses parents, le Mont Creux était la plus grande illusion du monde. De l’extérieur, on voyait une montagne imposante, majestueuse. De l’intérieur, on évoluait dans une vallée. C’était la raison pour laquelle l’unique entrée était souterraine.

Tout le monde se massa dans le hall caverneux tandis que le module redescendait chercher d’autres élèves. Un homme âgé, toisant près de deux mètres auxquels s’ajoutait une incroyable crinière blanche, s’avança. Il était d’une élégance folle, vêtu d’un costume argenté avec des reflets, coupé sur mesure. Il portait une lavallière couleur lavande et une pochette assortie. Une chaîne d’argent dépassait et le garçon paria qu’il s’agissait d’une montre à gousset. Quant à sa moustache grise en guidon de vélo, c’était un chef-d’œuvre à elle seule. L’homme distillait un parfum de malice.

— Bonsoir à vous tous. Je suis Armand Fontebrune, directeur de l’Académie Magique de Beauxbâtons. Je vais vous demander de laisser vos effets personnels contre la paroi. Allez-y. Posez tout. Tout sauf le foulard blanc que vous devez porter au cou. Voilà, voilà… Parfait ! On se chargera de vous les apporter dans vos dortoirs respectifs dès lors que vous aurez été répartis dans l’un des trois Ordres de notre école. Ils répondent aux noms d’Aloysia, Lonicera et Urtica. Cette étape accomplie, vous vous rendrez dans le grand réfectoire pour un repas de bienvenue, faire connaissance avec vos professeurs, vos camarades de chambrée et écouter un discours soporifique de ma part, un préalable pour vous aider à passer une excellente nuit.

Il jaugea son auditoire et satisfait qu’il ait compris son message d’accueil, il conclut :

— Suivez-moi.

Ils sortirent par une cabane spacieuse à l’intérieur mais plus modeste, vue de l’extérieur. Dehors, ils découvrirent un enchantement de couleurs et de senteurs. Un château asymétrique se dressait fièrement au milieu de jardins à la française, taillés à la perfection. La troupe avança en direction de la bâtisse dont l’essence était médiévale et les finitions datées de la Renaissance.

Sur le perron, Armand fit une halte et précisa :

— Entrez dans la première salle à votre gauche. C’est celle du Sondeur. Il y a des chaises, pour patienter et au fond, trois petites cabines avec des rideaux. Dès que l’une d’entre elles est libre, entrez-y et répondez aux cinq questions du Sondeur. Il n’y a aucun piège, aucune difficulté, aucun classement ou niveau. Soyez juste… spontanés, vous-mêmes. Ne vous inquiétez pas. Selon vos réponses, votre foulard changera de couleur. Bleu, rouge ou jaune, soit l’un des trois Ordres. Vous avez compris ?

Tous les élèves opinèrent du chef. Hercule fut le seul étonné par un point précis : à aucun moment, le directeur n’avait traduit ses propos comme l’avait fait la référente d’Urtica, Elvira de Bazincourt. Les étudiants étrangers avaient compris ses consignes. Pourtant, l’assistance comptait des Portugais, des Espagnols, des Flamands ou des Luxembourgeois germanophones.

« Comment fait-il cela ? Il utilise une langue universelle ? Ce serait prodigieux ! »

Le jeune Belge s’inséra dans la file et pénétra dans le hall d’entrée. En lettres fleuries, parfumées, flottait la devise de l’Académie :

« Nous estions ignorants, nous le serons moins d’ici l’an. »

Tour à tour, les élèves occupèrent les trois isoloirs. Au sortir de leur interview longue d’une à deux minutes, leur foulard blanc avait pris l’une des trois teintes. Le natif de Belgique se demanda où il serait affecté. Il se remémora le passage de « Beauxbâtons : mythes et réalité » où les Ordres étaient décrits en détail.

Aloysia la rouge, symbolisée par une verveine, privilégiait la Cohésion, l’Intellect, la Passion et la Générosité. Sa Devise : « Les mots sont nos armes ».

Lonicera la bleue, avec son chèvrefeuille, misait sur l’Équité, la Patience, la Ruse et la Réflexion. Sa Maxime était éloquente : « Le temps détruira vos murailles ».

Quant à Urtica la jaune, elle faisait siens la Spontanéité, le Courage, l’Individualisme et la Volonté. Son « Qui s’y frotte, s’y pique » était sans équivoque.

Laquelle conviendrait ?

Son tour vint. Il se leva et entra dans la cabine libérée par une fille brune aux yeux noirs expressifs. Son foulard avait jauni et sa tenue bleue avait hérité d’une Ortie. Elle lui adressa un sourire rassurant au passage.

À l’intérieur, il faisait nuit. Avec des étoiles dans le ciel d’encre. L’air était parfumé, une fragrance méditerranéenne. Du jasmin, avec une pointe d’épices. Il y avait un banc avec un dossier.

Une voix sépulcrale ni masculine, ni féminine résonna comme s’il avait pénétré à l’intérieur d’une grotte.

— Sois le bienvenu, Hercule. Assieds-toi.

— Merci.

— Je vais te poser cinq questions simples.

— J’écoute.

— Première question : choisis ta couleur préférée parmi ces quatre propositions : bleu, rouge, jaune ou blanc.

Le garçon réagit à la vitesse de l’éclair :

— Eh bien, la question est erronée, car le blanc n’est pas une couleur mais la résultante des couleurs primaires. De plus, elle est imprécise, car il existe des dizaines de nuances.

— Hum…

— Mais si je devais choisir une couleur…

— Oui ?

— Je n’en élirais aucune. Pourquoi choisir ? Pourquoi se condamner à une vie monochrome, avec des nuances ? Je serais triste de vivre dans un tel monde.

Le Sondeur marqua une pause comme s’il griffonnait la réponse.

— Bien… Question suivante. Parmi ces lieux, lequel aiguise le plus ta curiosité ? Une porte vers un lieu inconnu. Une forêt magnifique. Le cœur d’une ville la nuit. Un lac face aux étoiles. Une montagne enneigée. Une plaine couverte de pâturages et de fleurs.

— Chaque lieu sur terre recèle des beautés cachées. Si je pouvais, je voyagerais sans cesse pour tout découvrir.

— J’en prends note. Troisième question.

Hercule se détendit de plus en plus. Ce Sondeur n’avait rien d’effrayant, en dépit de sa voix sans identité marquée.

— Voilà la possibilité de passer une nuit originale. Sur une plage avec des amis. Dans une chambre très romantique. Dans le palais d’un roi. Dans un château hanté. À la belle étoile. Dans une construction touchant le ciel. Laquelle choisis-tu ?

— Chaque nuit, je rêve d’un lieu différent. Chaque matin, je me réveille plus riche que la veille.

— Oh… Fort bien. Avant-dernière question. Entre la réflexion, la patience et le courage, quelle qualité a la plus grande valeur à tes yeux ?

— Elles sont toutes égales et indispensables à notre monde.

— J’entends ta conclusion. Dernière interrogation avant ma décision. Quel mot possède le plus d’importance à tes yeux ?

— Aucun. Aucun mot, seul, n’a de valeur particulière. C’est leur agencement, leur union et les intentions qu’on y met, qui revêtent une importance capitale.

— Bien, Hercule. Je vois que tu es très singulier. Les trois Ordres ont des qualités et des devises qui te conviennent toutes. Voyons…

Le Sondeur marmonna durant plusieurs secondes, débita un enchevêtrement d’onomatopées comme si tout n’était qu’une farce jouée par un professeur ou le directeur.

Il stoppa et transigea enfin :

— Bien que le choix soit cornélien, ma décision est prise et il te faudra l’accepter. Tu peux sortir.

— Merci, fit le garçon.

Il revint à la lumière et baissa les yeux pour découvrir le choix du Sondeur. Son regard alla de droite à gauche, mais il ne vit pas son emblème. Un coup d’œil à l’assistance médusée lui enseigna qu’un imprévu avait eu lieu. Une vague de murmures parcourut les élèves. Il tira sur son foulard ; il était d’un blanc immaculé, comme sorti du lavoir.

Il sentit son cœur s’emballer. Il quitta la salle, sur le point de hurler qu’il avait eu raison depuis le début. Dans le couloir, il se heurta à trois enseignants. À leurs couleurs et aux emblèmes, il sut qu’il s’agissait des référents des Ordres.

— Par Merlin ! C’est… insensé, anormal, fit le directeur d’Aloysia. Qu’est-ce que c’est, cette folie ?! Il faut appeler Armand.

— Par Nicolas et Pernelle Flamel, un tel cas de figure, je n’imaginais pas, avoua l’homme à la tête de Lonicera. Passionnant, cela promet d’être.

Quant à Elvira, elle ne se laissa pas désarçonner. Elle tira sa baguette tordue et jeta un sort informulé. Puis un second. Satisfaite d’elle, les yeux pétillants, elle s’exclama :

— Bien ! En jaune et avec une belle Ortie.

— Mais… s’offusquèrent les deux autres référents.

— Quoi ? Dans la vie, il faut prendre des initiatives ! Allez, viens avec moi, Hercule !

Le garçon s’approcha et questionna :

— Pourquoi, Madame ?

Elle le fixa droit dans les yeux et lui asséna un troublant :

— Parce que j’ai… Foi-En-Toi.

Il en eut des frissons. Sa persuasion était déroutante et ses yeux lavande s’étaient exprimés avec une telle sincérité.

— À présent, rejoins le réfectoire.

— Bien, Madame.

Abasourdi mais heureux, il se rapprocha des autres élèves massés à l’entrée. Il y avait une foule incroyable, les étudiants de tous ordres et tous âges étaient mélangés. Il patienta dans la file. Un sentiment de félicité l’envahit. Il glissa une main dans son uniforme et caressa sa baguette de cèdre. Ils se communiquèrent leurs chaleurs.




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